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Partie 7
Hérosgènes
Enveloppée du linceul d’une terre rougeâtre
aux odeurs de mal, ma chair découvre lentement l’étrange
secret de ses os blancs, étrange délire de mort.
Toute la chaleur du centre du monde attire mon être inerte
vers la recherche de démons imaginaires qui crient leur ennui
et transposent, dans l’écho des rumeurs souterraines,
leurs lamentations les plus imprévues. M’attendent
dans leur abîme pour chanter les promesses d’une absolue
tendresse.
Tête pleine du rire strident des sirènes persistant
à braver mon plaisir, le cœur résiste encore
sous l’emprise des sentiments suaves qui bercent mon sang
entre les algues et le corail d’un pays où brillent
divers souvenirs d’une existence austère comme la froide
carcasse à la dérive du matin.
J’échappe tout doucement à l’emprise
de vie qui s’obstine dans la moelle des os, entouré
du bourdonnement de la vermine en quête d’une nourriture
aussi douce que le chant des oiseaux morts.
J’entends, sous des milliers de combats obscènes,
les murmures de la mort, là où souffle le grand feu
de l’indulgence éternelle, moi qui n’ai jamais
connu la tentation, ni du bien, ni du mal. Qui n’ai jamais
su trouver, à travers mes joies inquiètes, de quoi
se nourrissent les passions de notre enfance.
À quelques instants de le fuir à jamais, je regarde
avec un fausse joie, comme un espoir vain, cette triste charpente
suspendue entre l’air et l’eau, dans les marécages
de la nuit créée par les vertus en perdition de mon
imagination.
Je devine, sous les plus étranges pensées de mes
os, des milliers d’attentions aussi précieuses que
mon sang dont se sont imbibés les sons d’un désespoir
de verre.
Insondable geste de mes vies futures.
J’ai peur pour une détresse qu’on croyait inventer.
Pour mon corps assailli par une horde de démons hurlants.
S’emparent des espoirs passés. Caressent le doux battement
de mes palpitations.
Sursaut, sous une secousse imprévue, des insectes et des
vers logés au plus profond de la terre.
Le soupir de l’ombre rôde tout près. Douce noirceur.
Si près d’elle, envahi par, exalté de son odeur
fétide qui charme l’indolence. Sens la nuit, dans la
splendeur de ses amères pulsions. Si loin d’un instant
de solitude. Inertie sans recours, avance au rythme des alliances
souterraines, rampe mon ombre stratifiée vers l’ardente
promesse de la terre, ce rouge sans formes, là où
se trouve mon désir cherchant la douceur de l’oubli.
Seul avec les cris du désespoir, j’éloigne
sans bruit et fonce vers le centre de la terre, vers le grand feu
où luit l’éveil de la fureur du mal. Attise
les plus vieux regrets, tristes souvenirs d’un corps en attente
de plaisirs ondoyants.
J’avance dans l’incertitude de mes attitudes, hésitations
de racines endormies. J’agite comme pour pleure un souvenir
familier et, en ce jour de désespoir blanc, songe en silence
à la possibilité de pénétrer dans le
pourpre sourd de la terre.
Au seuil du moment d’alternance, j’examine autour mes
frères de semence illuminés par les flammes de ce
royaume d’or où les noires sorcières chantent
mes plus douloureuses attentes. Les noires que je vois et sens,
sans toucher.
Au seuil du spectacle de mon corps transformé, je pose le
geste d’attention et me laisse emporter dans mon doux refuge
blanc, caressé par des milliers de mains intimes et d’amertumes,
aussi sombres que la ferveur de mon agitation. Sans le respect des
hommes ni des dieux, j’abandonne enfin à leurs faveurs,
au doux tapotement du moule unique de ma fragile création.
Bien couvé, je prélasse dans le noyau dont je suis
le fruit pourri, triste de ne discerner la jouissance du moment
précis où tout commence et se termine. J’ai
l’oubli des âmes mortes et la douce secousse des illusions
muettes comme mon seul silence.
Possédé de la crainte des oiseaux torturés,
j’écarte les plus insondables frayeurs de mon cocon
et, à l’aube du huitième jour, j’enfonce
mes plus profondes racines pour enfin m’élancer vers
le cosmos, près du printemps d’un ciel bleu et pur
comme le cristal d’une nouvelle existence où tu pourras,
ma chère, toucher un instant de mes yeux, un moment entre
l’inaltérable désir de ton corps.
Un moment de l’intervalle de ton corps.
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