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Exultation de vie

Le plus beau moment au monde
La nuit s’enfuit, superbe et traquée,
sachant l’heure du retour
où je l’attendrai,
libre de mes pensées obscènes,
libre du grand feu de l’aurore
alors qu’au loin, l’attendrissante clarté
s’éveille à mes yeux.

Mes sens au repos,
je peux m’évader dans les sous-bois
et examiner, dans le plus simple abri,
l’éveil de la splendeur du mal,
l’éveil de l’espoir de l’homme.

Le leurre est bon
On y croit comme à la douceur d’un chant d’oiseau
On pense que c’est vrai.

Même la nature, rassurée, entame sa journée
de chants,
de courses folles,
de gambades effrénées.

La vie pousse partout,
joue partout
Nul animal en péril.

Le soleil luit, trop beau, trop chaud.

Le soleil crève les feuillages,
cherche la moindre parcelle d’humidité,
sèche la mousse inerte et se couche soudain,
vaincu par tant d’espaces cachés
pendant que mes bras silencieux
resserrent le feuillage des fougères
autour de mon corps,
pendant que mes yeux rieurs
s’enfoncent vers les ténèbres.

 

 



Réalisation: guyjoncas.com 2004

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Mensonge de vie

Espace réduit qui me retient
ou me condamne
J’entrevois quelques verts feuillages
en position d’attente.

Le frais ruisseau coule,
emportant quelques brindilles mortes,
rencontrant roches et ténèbres
des soirs de brume,
soirs de sommeil lourd.

Le frais ruisseau m’enveloppe
de son murmure,
sa plainte égarée.

M’enfuis avec lui,
longeant les troncs,
bifurquant face à un obstacle
comme mon corps sacrifié
face à l’irrémédiable ennui.

Au seuil de la rivière,
quelque élan craintif, le gosier sec,
s’approche du ruisseau.

Nul craquement, nulle détonation
sauf mes yeux inertes dans l’eau
douce à la bouche.

L’animal s’éloigne, sans bruit
et je fonce vers la rivière
y retrouver mes frères noyés
dans le flot de la multitude.

Il y a pourtant plein de vie là-dedans,
Plein du tumulte des eaux qui se
rencontrent
mais nulle compagne pour suivre ma trace,
nulle amie pour protéger mon cœur
happé par la profondeur
d’un gouffre immobile
et noir,
et froid.