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carnet de néandertal beach
ou
pour un tombeau de mallarmé




andré duhaime





sans décrocher la lune
voler au-dessus des nuages
y manger même
ça fait plaisir à voir
dire qu'il pleut en bas



. . .



traverser l'atlantique
regarder une canebière éventrée
décalage horaire
clin d'œil du scénariste
en mal de poésie



. . .



tunnel du prado
un serpent de lumière
nous suivait
les marches des accoules
vieilles comme la poésie



. . .



une mystérieuse gare
la station porte-de-l'orient
de la ligne yamanote
les mots de tous les jours
et des montagnes sans nom



. . .



plage de la corniche
fanny la solitaire
en lotus aux seins nus
sans déjeuner
respire sa mer



. . .



au bar de la marine
d'autres vieux jouent aux cartes
un jeune lit pagnol
debout à la porte
le petit prince scrute l'horizon



. . .



très tôt à la plage
pour tout horizon
les maisons de la madrague
et la mer
regarder la mer



. . .



au petit-déjeuner
ils ont engouffré
douze madeleines
que vouloir chercher d'autre
que le bel aujourd'hui



. . .



les coquilles d'escargots
patiemment ramassées
une par une
puis du haut de la terrasse
rafale blanche



. . .



les petits monstres de la mer
je les vois riants
et couverts de sable
ils se chamaillent sans cesse
heures heureuses



. . .



ouvrir la porte
la mer et l'azur sont là
fermer la porte fermer les yeux
la mer est toujours là
ses vagues contre la falaise



. . .



troisième prise
moteurs
sur la terrasse du marigny
yacinthe leandri
meurt docilement



. . .



le mafioso est assassiné
coupez
après le tournage
ils rajouteront quelques collines
et la ciotat sera la corse



. . .



le bon vieux roi louis
a et l'œil et l'oreille
son samsung sonne
mise en abîme
sur la route des crêtes



. . .



portails grilles volets
et mille ocres
IGITVR
sur la pierre angulaire
chez le professeur gastaut



. . .



ainsi donc à l'été 1869
à quelques mètres d'ici
mallarmé
vous séjournâtes
vous rédigeâtes igitur



. . .



à l'ombre de l'auvent vert
quelques verres de frégalon
quelques lignes de mallarmé
un peu de paronomase
voilà puis après



. . .



au cinéma mallarmé
certains font comme si
certains font comme
pas si simple
le montage du fortuit fulgurant



. . .



l'immense ciel bleu
tel un miroir reflétant
de vieilles voix envolées
un miroir de papier
en attendant le rendez-vous



. . .



entrés par la fenêtre
m'arrivent par le miroir
le silence azuré
et ses cheveux mouillés
lier yeux et lèvres aux lieux élus



. . .



un coup d'aile
un coup de métaphore
un corps tatoué de métaphores
rien n'abolirait-il jamais
le réel



. . .



seront-ce
des sons insensés
des sens encensés
étranger je nage dans la nuit
légère éternité



. . .



qu'il est apaisant de dormir
là où déjà
d'autres dormirent
de manger de boire de rêver
où ils rêvèrent



. . .



ces squelettes du musée
arthrose
chuchote une voix
penser grotte
comme penser cicatrice



. . .



qui se soucie des rides
que ces cranes patinés
auraient pu avoir
mes os bien liés
sous ma peau bronzée



. . .



sainte-marie-des-unes
notre-dame-des-autres
les légendes
du guide michelin 1965
n'ont pas trop vieilli



. . .



matin de floréal
ou de prairial peut-être
gros plan sur les galets
bien cadré
ce galet entre les galets



. . .



à l'amicale des galets
les uns immobiles
les autres roulés par les vagues
aucun de trop
aucun ne manque



. . .



ces petits galets
au fond de l'eau
ou immobiles sur la plage
pour les pieds nus
douloureux aussi



. . .



pudeur
ce que serviettes et tapis nattés
isolent au grand jour
et celle-là fière des prothèses
qu'elle fait bronzer



. . .



tous ces galets
qui un à un
se sont détachés
du cap canaille
son ombre sur moi



. . .



ses lents mouvements d'ange
le goût salé de sa gorge
son odeur de lavande
entre les yeux et les ailes
l'économie des mots



. . .



tourbillon d'hilarité
fanny chancelle
s'affale soule
fuir les frigides roses
rire et vivre ivre



. . .



dans la calanque d'alon
sans s'assouvir
encore en corps à corps
l'organdi s'ouvre
sur ses lèvres



. . .



faire les cent pas
autour des oliviers
fontaine
ferai-je un grand détour
ou boirai-je à même ton seau



. . .



goths wisigoths ostrogoths
puis amérigroths
court trajet des limos noires
leurs mains
dans le ciment du palais



. . .



sous le soleil de la croisette
un euro dans le chapeau de charlot
et le carrousel tourne
le petit prince avec jack sparrow
allégorie d'eux-mêmes



. . .



parmi les joueurs de boules
fanny et sofia vont
main dans la main
sur le tapis rouge
une barricade les séparera



. . .



grand émoi
un big davincicode
et quelques verres de bandol
que de virgules majuscules
au fond de la calanque



. . .



sofia chérie
incognito rue meynadier
avec les frères yoshida
la mer est toujours là
ses vagues



. . .



dans le jardin du kariforunia
machi-chan écrit
j'ai tant rêvé de vous
elle attend l'amoureux
qui l'attendrait



. . .



lent passage
des millénaires
bosno ljubavi moja
il y a deux ans
la vie était un miracle



. . .



l'enfant au tombeau
il aurait eu huit ans
en voix-off
anatole ou stribor
pari perpétué



. . .



par les matins triomphants
hériter du trivial et fol
mensonge inachevé
ne jamais souffler
sur les cendres du fils



. . .



la dent en or d'une gitane
ressuscite ma mémoire
comme si comme avant
allumer une gitane
allumer ou être allumé



. . .



depuis l'enfance
l'absence
un train dans le lointain
siffle dans la nuit
anecdote ou poème



. . .



flashes en rafale
sofia de la mer
et s'avance vers moi
des ombres s'agitent
sur les murs de la grotte



. . .



dans la fausse commune
des masques et des fentes
un paravent japonais
survit
à la danse des sous-titres



. . .



emmagasiner la lumière
macérer dans l'huile
les épices et l'alcool
tout au monde existe
se heurte dans un livre



. . .



casting pour une grotte
des ombres vacillantes
autour d'une barquette de tapenade
ce que c'est que de n'être que
quelconques figurants



. . .



agonie d'un après-midi
posé là parmi les nuages épars
cette pleine lune orange
ruse contre l'usure
ainsi soit-elle



. . .



bue l'artémise de ses pères
minuit dans l'escalier
spirale vers la nuit
chaque marche
absout l'absurde absolu



. . .



gribouillés dans l'obscurité
illisibles à l'aube
ces mots des épaves
échoués contre d'autres
dans le carnet noir



. . .



du soleil couchant
au soleil levant
sage naufrage sur la page
l'inexorable clapotis
des syllabes



. . .



la lampe renversée
quelques fragments de verre
dans le soleil levant
un sonnet à la japonaise
baume de lumière



. . .



à l'abordage
terrasse sur la mer
pour le dernier petit déjeuner
extase en transit
et mes émois en gros plan



. . .



elle se lèche l'index
la vieille dame
puis tourne une page du var-matin
ne chercher à voir
que le tranchant du déjà vu



. . .



la bretelle aguichante
qui jadis devait pendre
sur l'humérus de cette aïeule
aucune trace de ses ailes
et pourtant



. . .



à l'autre table
un écrivain solitaire et son stylo
toi rien ne te vient
ta muse s'est murée se meure
s'émeut-elle



. . .



pour le retour
une bouteille de fanta
remplie de galets
nouvel artefact
en souvenir de néandertal beach













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