croatie .

CROATIE


Masa BAMBIC
Nediljko BOBAN
Marijan CEKOLJ
Smiljka GAGIC
Anto GARDAS
Anica GECIC
Snjezana MUSTAC
Marinko SPANOVIC
Mihael STEBIH
Jadran ZALOKAR


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Masa BAMBIC

Née en 1919 à Rijeka, Maša Bambi est comptable à la retraite et vit à Zagreb. Elle a écrit des pièces de théâtre, des poèmes, des nouvelles et des romans pour enfants. Son oeuvre est largement reprise, entre autres, dans des anthologies, des manuels scolaires et des revues. Elle collabore régulièrement à la revue Vrabac/Sparrow. En 1993, elle a remporté le deuxième prix lors du concours national de haïku de Croatie et, en 1995, elle en était la grande lauréate. Elle a publié le recueil de haïkus Kucanje srca/Beating of Heart (Hrvatsko haiku drustvo, 1996).
Traduction des haïkus: Ljubica Sego; André Duhaime et Olivera Skiljevic.



Prhnuse vrapci.
Njise se grm kupine -
modra usta djevojcice.


Bez topline lebdi
zvijezda prognanika
u tudjini.


Pjena vodopada.
Disem prozracnost
svih sumova.


Ribarsko selo.
Romor kise ispire
slane zuljeve.


Nosen vjetrom
krik galeba
reze suru hrid.


Na svrsetku svih
puteva, pocetak je
modrih daljina.


Prhnu lasta.
Vine se djecji smijeh
do sunca...


Sljivik - o grane
se lome teske kapi
jesenske kise.


Gradski perivoj.
Prastare krosnje listaju
minule godine.


Zaroni pastrva...
Mjehurici udisu
praskavo sunce.
Volent les moineaux.
Se balance le buisson de ronces -
la bouche bleue d'une petite fille.


Sans chaleur
l'étoile de l'exilé plane
dans un pays étranger.


Écume de la cascade.
Je respire la clarté
de tous les bruissements.


Village de pêcheurs.
Le bruit de la pluie rince
les durillons salés.


Porté par le vent
le cri de la mouette
coupe la roche grise.


À la fin de toutes
les routes, le commencement
des bleus lointains.


S'envole l'hirondelle.
S'élance le rire d'enfant
jusqu'au soleil...


Pruneraie - sur les branches
les lourdes gouttes de pluie d'automne
se brisent.


Parc de ville.
Les très vieilles ramures feuillent
les années passées.


Plonge la truite...
Les bulles aspirent
le soleil éclatant.

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Nediljko BOBAN

Né en 1967 à Dernbach, Nediljko Boban vit à Samobor et travaille à Zagreb comme conseiller juridique. Il a passé son enfance en Herzégovine dont la géographie a profondément marqué sa poésie. Il a publié le recueil de poèmes Pokoljenja snova (Générations des rêves), et le recueil de haïkus et de tankas Igra lastavica/Swallows' Play (Hrvatsko haiku drustvo, 1996). Ses haïkus et tankas ont paru dans diverses revues: Albatros/Albatross (Roumanie), Blithe Spirit (Angleterre), Haiku (Allemagne), Haiku Southwest (États-Unis), Ko (Japon), Topos (Pologne) et Vrabac/Sparrow (Croatie), ainsi que dans les anthologies Haiku iz rata/War Haiku (Hrvatsko haiku drustvo, 1992) et Duizend kolibries (Mille colibris; Sintjoris, 1993). Il a reçu divers prix au concours de haïku de Honolulu (1993), au concours du Hrvatsko haiku drustvo (1997) et au concours Itoen New Haiku (Japon, 1997). Il écrit également des contes et des nouvelles.
Traduction des haïkus: Ljubica Sego; André Duhaime et Olivera Skiljevic.



Male svjetiljke
krijesnica, carolija
ljetne noci.


Obrisi u daljini -
starac s motikom
prekopava sunce.


Slikarsko platno.
Djecak slika prstima
prateci majcin kist.


Kosnica u potkrovlju.
Zlatni odsjaj
ispunjava tamu.


Kos sa stabla
spusta mrvice kruha
na djecakov dlan.


Slikovnica srca.
Drage seoske kuce
u gnijezdima sunca.


Sat mog djetinjstva
nema vise kljuceva.
Sjecanje ga navija.


Posljednji pjev.
Ptica na kamenjaru
sahranjuje sunce.


U starom kovcegu
baladu umrlog
cuva cvrcak.


S gorske vrleti
usamljeni orao
prezire nizine.
Les petites lampes
des lucioles, la magie
d'une nuit d'été.


Silhouette lointaine -
un vieillard avec une houe
bêche le soleil.


La toile du peintre.
Le garçon peint avec ses doigts
en suivant le pinceau de sa mère.


Une ruche dans la mansarde.
Le reflet doré
remplit l'obscurité.


Un merle dans l'arbre
laisse tomber des miettes de pain
sur la paume du garçon.


Le livre illustré du coeur.
Les maisons chéries de la campagne
dans les nids du soleil.


L'horloge de mon enfance
n'a plus de clé.
Le souvenir la remonte.


Dernier chant.
L'oiseau sur les pierres
enterre le soleil.


Dans une vieille valise
c'est une cigale qui garde
la ballade d'un mort.


Du haut de la montagne
l'aigle solitaire
dédaigne les vallées.

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Marijan CEKOLJ

Marijan Cekolj est né en 1955 à Samobor où il réside toujours. Depuis une vingtaine d'années, ses activités littéraires ont été très variées, en poésie et dans le domaine du haïku plus particulièrement. En 1992, il a fondé le Hrvatsko haiku drustvo, une association de haïkistes, de Croatie et d'ailleurs, qui compte plus de deux cents membres; il en est toujours le président. Depuis 1993, il est le directeur-fondateur de la revue de haïkus, en croate et en anglais, Vrabac/Sparrow. Il est également directeur de la collection de recueils de haïkus bilingues «Hrvatski haiku pjesnici/Croatian Haiku Poets», dans laquelle il a publié les recueils Mjesecina/Moonlight (1994) et U srcu tisine/In The Heart of Silence (1996), ainsi que l'anthologie Haiku iz rata/War Haiku (1992); cette anthologie a été traduite en français par Patrick Blanche sous le titre Nouvelles visions de guerre (Voix d'encre, 1993). Il a reçu plusieurs prix; ses haïkus ont été traduits en plusieurs langues et sont largement publiés dans des anthologies et des revues.
Traduction des haïkus: Ljubica Sego; André Duhaime et Olivera Skiljevic.



Prva jesenska
kisa. Sum vodopada
sve je glasniji...


Olujna kisa:
mrav plovi na latici
divljeg kestena.


Protice potok.
Voda osluskuje vodu
kroz besanu noc.


Pognute glave
tek niknuo kukurijek
raste iz snijega.


Na poljima
psenice nicu krateri
avionskih bombi!


U mraku tvornicke
hale umire jedan
proljetni cvijet...


Baceni kamen
pada u dubinu neba
na jezeru.


Zaba preskace
svoju sjenu:
protice noc...


Ljetna susa.
Blistavilo zvijezda
sve je bljedje.


U krater avionske
bombe polako pada
uveo list...
La première pluie
d'automne. Le bruit de la cascade
devient plus fort...


Orage:
la fourmi navigue sur un pétale
de marronnier.


Coule le ruisseau.
L'eau prête l'oreille à l'eau
par la nuit sans sommeil.


La tête courbée
l'ellébore à peine poussé
vient de la neige.


Dans les champs
de blé poussent les cratères
des bombes!


Dans l'obscurité
d'une usine meurt une
fleur de printemps...


La pierre lancée
tombe dans la profondeur du ciel
dans le lac.


Une grenouille saute
au-dessus de son ombre:
passe la nuit...


Sécheresse d'été.
La lumière des étoiles
pâlit de plus en plus.


Dans le cratère d'une bombe
tombe lentement
une feuille morte...

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Smiljka GAGIC

Smiljka Gagic est née en 1955 et vit à Zagreb. Elle collabore régulièrement à la revue Vrabac/Sparrow et ses haïkus paraissent également dans diverses autres revues. En 1996, elle a remporté le premier prix lors du concours national de haïku de Croatie. Elle a publié le recueil Procvjetalo nebo/Blooming Sky (Hrvatsko haiku drustvo, 1997).
Traduction des haïkus: Ljubica Sego; André Duhaime et Olivera Skiljevic.





Topla noc.
Labud plovi jezerom -
za krijesnicama...


Prelijecuci
vodoskok, golubica
kljucnu zrno vode.


Svjezina jutra.
Na slomljenoj grani tresnje
vrabac cisti kljun.


S ribe kaplje
more iz galebovog
kljuna...


Bljesak munje.
Svjetleca kisa prsti
po ulicnoj lampi.


Na kamenom grobu
skamenila se siva
gusterica.


Tiho jutro.
U zutom liscu dise
jesensko sunce.


Nadlijecu ptice...
Jutros su srusili
staru vrbu.


Druzeci se
s vjetrom - prstima
dodirujem proljece.


Na suncokretu
leptir pije posljednje
kapi sunca.
Chaude nuit.
Le cygne se déplace sur le lac -
derrière les lucioles...


En survolant
la fontaine, la colombe
a becqueté un grain d'eau.


Fraîcheur du matin.
Sur la branche brisée du cerisier
un moineau se nettoie le bec.


Du poisson
dans le bec de la mouette
s'égoutte la mer...


Éclair.
La pluie brillante éclate
sur le lampadaire.


Sur la tombe en pierre
s'est pétrifié
un lézard gris.


Matin tranquille.
Sous les feuilles jaunes respire
le soleil d'automne.


Les oiseaux survolent...
Ce matin, on a coupé
le vieux saule.


M'associant
au vent - des doigts
je touche le printemps.


Sur le tournesol
le papillon boit les dernières
gouttes de soleil.

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Anto GARDAS

Anto Gardas est né en 1938 à Agici et vit à Osijek. Il est avocat. Romancier, poète, conteur, nouvelliste et auteur pour jeunes, il a publié plus de vingt livres. On retrouve de ses écrits dans diverses revues et anthologies, ainsi que dans des manuels scolaires. En 1981, il a reçu le prix Grigor Vitez pour son roman Ljubicasti planet (La Planète violette) et, en 1995, il a reçu le prix Josip i Ivan Kozarac pour l'ensemble de son oeuvre. Il a publié les recueils de haïkus Grm divlje ruze (Buisson de roses sauvages; Matica Hrvatska, 1994), Zuborenja/Murmurings (Matica Hrvatska, 1996) et Sto sunovrata/Hundred Daffodils (Hrvatsko haiku drustvo, 1997).
Traduction des haïkus: Ljubica Sego; André Duhaime et Olivera Skiljevic.



Zvijezdano nebo.
Mlijecnu stazu prelijece
ponocni sismis.


Zastala brda
kraj rijeke. Ne mogu na
drugu obalu.


Visoka travka.
Mrav stigao do vrha -
viši je od nje.


Sa oranice
gruda zemlje uzleti -
postade seva.


Hladna pecina.
U gluhoj tisini zvuk
kaplje sto pada.


U mrazno jutro
na iglicama bora
iglice mraza.


Plavetno nebo
do beskraja siroko -
cvatu jaglaci.


Zvijezde nad morem.
U dubokoj tisini
dasak svemira.


Uopce uzev:
i veliki je Bashô
volio rizu.


Kakav uzitak!
Kamen u moru gadjam
drugim kamenom.
Ciel étoilé.
La chauve-souris survole
la voie lactée.


Les collines arrêtées
à la rivière. Ne peuvent traverser
de l'autre côté.


Une herbe haute.
Une fourmi est montée à son sommet -
elle est plus haute que l'herbe.


Du champ labouré
Une motte de terre s'est élevée -
est devenue hirondelle.


Caverne froide.
Dans le silence le bruit
d'une goutte qui tombe.


Dans le matin glacial
sur les aiguilles de pin
des aiguilles de glace.


Le ciel bleu et large
jusqu'à l'infini -
fleurissent les primevères.


Étoiles au-dessus de la mer.
Dans le silence profond
le souffle de l'univers.


D'une façon générale:
le grand Bashô aussi
aimait le riz.


Quel plaisir!
Je lance une pierre à la mer
sur une autre pierre.

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Anica GECIC

Anica Gecic est née en 1931 à Zagreb où elle vit toujours. Maintenant retraitée, elle a enseigné la physique à l'école secondaire à partir de 1955. Elle a publié les recueils de haïkus: Odsjaj u ocima (Reflet dans les yeux; Vlastita naklada, 1993), Narucje zivota (Dans les bras de la vie; Skolske novine, 1993), Susreti (Rencontres; Skolske novine, 1994), Poklon zvijezdama/Gift to the Stars (Hrvatsko haiku drustvo, 1995) et Grad na dlanu/Town in Full View (Hrvatsko haiku drustvo; 1997). Ses haïkus ont également paru dans des revues en Croatie, en Angleterre, aux États-Unis, au Japon et en Nouvelle-Zélande.
Traduction des haïkus: Ljubica Sego; André Duhaime et Olivera Skiljevic.



Vrhom planine
u setnji, drzim se
za oblake.


Dva jablana:
prvi raste u nebo,
drugi u zemlju.


Ispred svog repa
vjeverica pobjegla
na vrh bora.


Moj grad na obje
obale rijeke - u
zagrljaju duge.


Nasmijesenom
licu i stranac kaze:
„Dobar dan".


Mala stopa u
utabanom snijegu
velike stope.


Za bucne svadje
snijeg je zapao u
gluhoj tisini.


Vrsci jablana
lagano se klanjaju
zvijezdama.


Izlozba knjiga:
koliko snova pod
staklenom plocom!


Ljudi prolaze...
Neke vidim prvi i
posljednji put.
Sur le sommet de la montagne
en promenade, je me tiens
dans les nuages.


Deux peupliers:
l'un grandit dans le ciel,
l'autre dans la terre.


Devant sa queue
l'écureuil s'est enfui
sur le faîte d'un pin.


Ma ville sur les deux
rives de la rivière - dans
l'étreinte de l'arc-en-ciel.


Au visage souriant
même l'étranger dit:
«Bonjour».


Sur la neige
de petits pas dans
de grands pas.


Pendant la querelle bruyante
la neige est tombée en
silence.


Les faîtes des peupliers
s'inclinent lentement
devant les étoiles.


Exposition de livres:
combien de rêves sous
les comptoirs vitrés.


Des gens passent...
J'en vois quelques-uns pour la première
et la dernière fois.

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Snjezana MUSTAC

Snjezana Mustac est née à Kotor en 1955 et habite à Dubrovnik où elle travaille à l'École d'hôtellerie et de tourisme. Elle écrit de la poésie depuis l'âge de 18 ans, mais elle n'a commencé à publier qu'en 1996, dans la revue Vrabac/Sparrow.
Traduction des haïkus: Snjezana Mustac; André Duhaime et Olivera Skiljevic.







Sporo i njezno
leptir otvara
svoj zivot.


Iza zastava
zaledjeni zivoti.
Nigdje nikoga...


Vec u osvit zore
ptice pjevaju
svu svoju pjesmu!


Pomicuci sjene -
odlazi ljeto
u dubinu sume...


U sparno jutro
nebo i zemlja disu
isto sunce.


Pjescani sprud
ispred bora, pruza se
u beskonacnost...


Bijelo jedro
utopljeno u modroj
daljini...


List paprati
susti na glatkom
staklu stola.


U plicaku se
maleni vali igraju
s djecjom rukom.


Dva prijatelja
na istoj klupi parka
dijele sutnju.
Lentement et tendrement
le papillon s'ouvre
à la vie.


Derrière les drapeaux
les vies gelées.
Personne nulle part...


À la pointe du jour
les oiseaux chantent
tout leur chant!


Remuant les ombres -
l'été s'en va
dans la profondeur de la forêt...


Dans le matin suffocant
le ciel et la terre respirent
le même soleil.


Le banc de sable
devant le pin s'étend
à l'infini...


La voile blanche
trempée dans le bleu
au loin...


La tige de la fougère
chuchote sur la vitre
lisse de la table.


Au bord de la mer
les vaguelettes jouent
avec la main de l'enfant.


Deux amis
sur le même banc du parc
partagent le silence.

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Marinko SPANOVIC

Marinko Spanovic est en 1955 à Samobor où il habite toujours. Il s'intéresse au haïku depuis une vingtaine d'années. Il fait partie du comité de rédaction de la revue Vrabac/Sparrow et il est directeur littéraire de la collection «Hrvatski haiku pjesnici/Croatian Haiku Poets». En plus de quelques recueils de poèmes, il a publié les recueils de haïkus Poljubac svjetlosti/Kiss of Light (1995) et Brbljanje o neizrecivom/Gassing About the Unspeakable (1998). Ses haïkus sont repris dans diverses revues et il a gagné quelques prix.
Traduction des haïkus: Ljubica Sego; André Duhaime et Olivera Skiljevic.



Rano proljece...
Pa makar svijet propadne
- zuti jaglac!


Na pustos grobova
proljece svaki dan
nesto donese...


Proljetni vjetar.
U vinu se kotrlja
trpkost jeseni.


Oceva smrt...
Od danas pocinje
moja starost.


Groblje.
Jablan otkucava ponoc
na sjenu kriza.


Zubor potoka
odnosi vrbu
duboko u suton.


U rupici gljive
drijema stonoga
budnih ticala.


Vrijeme zetve.
Trudnica toci vino
vrsiocima.


Pruzajuci ruku
kojom prosi, skriva drugu
koje nema.


Dvije sjene
disu pod lipom
sjenu vjetra.
Printemps hâtif...
Même si la fin du monde arrivait
- la primevère jaune!


Dans le cimetière abandonné
chaque jour le printemps
apporte quelque chose...


Vent printanier.
Dans le vin roule
l'âpreté de l'automne.


La mort du père...
Aujourd'hui commence
ma vieillesse.


Cimetière.
Le peuplier sonne minuit
sur l'ombre des croix.


Le gazouillis du ruisseau
emporte le saule
profondément dans le crépuscule.


Dans le petit trou d'un champignon
un mille-pattes sommeille
ses tentacules éveillés.


Le temps des moissons.
La femme enceinte verse du vin
aux travailleurs.


Il tend une main
pour mendier, cache l'autre
qu'il n'a pas.


Deux ombres
sous le tilleul respirent
l'ombre du vent.

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Mihael STEBIH

Mihael Stebih est en 1948 à Cakovec; depuis 1984, il partage sa vie entre sa ville natale et Toronto. Poète, peintre et sculpteur, il explore présentement le verre, le cristal et le pastel; il a participé à une cinquantaine d'expositions de groupe et à une trentaine d'expositions solo. On retrouve de ses oeuvres en Allemagne, en Australie, en Autriche, au Canada, en Hongrie, en Italie et au Royaume des Émirats arabes. Il s'intéresse au haïku depuis plusieurs années et il a publié Opet na putu/On Journey Again (Hrvatsko haiku drustvo, 1995).
Traduction des haïkus: Ljubica Sego; André Duhaime et Olivera Skiljevic.



Topli vagoni.
Iz stare godine snijeg
pada u Novu.


Snijeg pred oknom.
Lagano se uspinjem
k oblacima.


Pokisli vrabac
na goloj grani tresnje
- pernati Budha.


Na lokvi zuti
list akacije. Po njem
kapljice neba.


Grad i metez.
Koliko svjetla za
oci koje lutaju!


Obrok u krcmi.
Samo na jednom stolu
gori svijeca.


Magla u sumi.
Uz promukli krik ptice
odroni se list.


U tihoj kisi
zvon s crkve rasut je
po krovovima.


Sruseni zvonik.
Od ceste do brezuljka
klece visibabe.


Kao da cekaju
cempresi uz obalu
krik galeba.
Wagons chauds.
De la vieille année la neige
tombe dans la nouvelle.


Neige par la fenêtre.
Lentement je monte
dans les nuages.


Le moineau mouillé
sur la branche nue du cerisier
- Bouddha de plumes.


Dans la flaque
la feuille jaune d'acacia. Sur elle
les gouttes du ciel.


Ville et cohue.
Tant de lumière pour
les yeux vagabonds!


Repas à l'auberge.
Sur une table seulement
brûle une chandelle.


Brouillard dans la forêt.
Avec le cri enroué d'un oiseau
une feuille tombe.


Sous la pluie silencieuse
le son des cloches de l'église
sur les toits.


Le clocher démoli.
Du chemin jusqu'à la colline
les perce-neige à genoux.


Comme si les cyprès
sur la rive attendaient
le cri d'une mouette.

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Jadran ZALOKAR

Jadran Zalokar est né le 29 juillet 1947 à Ljubljana; il habite à Rijeka où il est bibliothécaire à l'université. Son intérêt pour le haïku est tout récent et ses haïkus paraissent principalement dans la revue Vrabac/Sparrow.
Traduction des haïkus: Ljubica Sego; André Duhaime et Olivera Skiljevic.







Kisna ulica
izgubljena
medju oblacima.


Cas kraj dimnjaka,
cas pred vratima -
promrzli macak.


Protiv bure
nemocno siri krila
mali golub.


Staro groblje.
Promrzla dusa na
ledenom nebu.


Travanjski vjetar.
Tko je brzi -
mjesec ili oblaci?


I prije nego je sletjela
pticica je zanjihala
proljetnu grancicu.


Na cijelom nebu
dvije lastavice
i jos krice!


Zov ljubavi.
U sunce ulijecu
dva galeba.


Sicusni mravi,
ali samo
u mom svijetu!


Zalazi sunce.
Grancica cempresa
pticom usnula.
Rue sous la pluie
perdue
parmi les nuages.


Tantôt à côté de la cheminée,
tantôt à côté de la porte -
le chat gelé.


Dans la bourrasque
en vain il ouvre ses ailes
le petit pigeon.


Vieux cimetière.
L'âme gelée dans
le ciel glacé.


Vent d'avril.
Qui est le plus rapide -
la lune ou les nuages?


Et avant qu'il se soit posé
le petit oiseau a fait bouger
la petite branche printanière.


Dans tout le ciel
deux hirondelles
et encore elles crient!


Appel d'amour.
Dans le soleil entrent
deux mouettes.


Toutes petites les fourmis,
mais seulement
dans mon monde!


Le soleil se couche.
La petite branche de cyprès
endormie avec l'oiseau.

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