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déjà demain

(haïkus)

andré duhaime






leurs mots
enfants poèmes
mes fragments



les premiers cheveux blancs
de l'une de l'autre
les pages jaunies



étaux étreintes
poèmes et enfants
un même refuge



peut-être bien que l'enfance
jour après jour
ce n'est pas seulement les enfants



l'écriture
les enfants
pays des mille veilles



leurs bras leurs jambes
ont allongé
les cent pas du père



ces enfants petits
je les entends encore e rêve
des adultes téléphonent



le verbe partir
s'est fait plus cher
quelques articles dans ma valise



les poèmes non publiés
faire le deuil
de ce qui aurait pu être



se faire un nom
se faire un prénom
livres d'occasion



fatigué
le souffle court
je me fragilise



les yeux d'un rêveur
caricature
dans le passeport



à la recherche de ma fille
qui trouverai-je
qui me retrouvera



là-bas
qu'y fuit-elle
qu'y ferai-je



la veille du départ
autour de la table
ils et elles sont là



départ de la maison
parterre jaune de mai
tulipes et pissenlits



aéroport
durant ces heures d'attente
un seul bébé pleure



mes enfants
et leurs mères
ciel variable



mirabel
songer
au-dessus d'un cheeseburger



pèlerinage
une marche en silence
surplace dans la file



ça y est
je l'ai bouclée
comme il y a quinze ans



sainte-scho en bas
champs de maïs
épis bleus et rouges



de besançon à toulouse
le demi-sourire de vera
le sien le tien



jane birkin
m'arabesque entre les ailes
d'un airbus 310



dans un bowling de déjà
je l'aimais déjà
moi non plus



les clés du paradis
pleins gaz
geppetto en tapis volant



décrocher la lune
pour que le drame
n'arrive pas ce soir



dihydrate d'azithromycine
ne pas parler
de mon rhume



agentes de bord
complément d'objet indirect
les dessous chics



une étoile filante
là juste au bout
de l'aile droite



turbulence
mots et passagers
coude à coude



l'aube bientôt
replier mes ailes
me délier les jambes



déjà demain
mon plus que parfait orient
sera toulouse-blagnac



atterrissage
que faire
pour dissimuler mes larmes



je la vois
glaces blindées
elle me regarde



premier matin
les bruits de la rue
au-delà des persiennes



encore endormi
dans des rues si étroites
si bourdonnantes



elle est restée au lit
seul comme un grand
j'ai pris les rues



place du capitole
inukshuk urbain
mac donald's



laverie saint-sernin
possiblement une adresse
intéressante



grand café albert
petit déj complet
avec gitane



sous les arcades
rester là à ne rien faire
pour être sous les arcades



des gens silencieux
des gens qui parlent
d'autres gens



un désert sans solitude
écrire ne plus fumer
ne plus écrire fumer



parc du donjon
revenir ici
avec elle



esplanade occitane
sirène des pompiers
je suis dans un film français



le père a son heure
la fille a la sienne
il la lui demande



aujourd'hui
on n'a pas vu la garonne
à cause de la pluie



château balestard
le divin nectar déconcentrait aussi
le miséreux et pauvret françois



plus de miettes de croissants
que de mots
sur cette page



rue des arts
plus vieux que mon pays
cet hôtel privé



plusieurs fois centenaire
la poutre de bois
derrière l'ordi



basilique saint-sernin
près d'une colonne je lis
cent phrases pour éventails



aux jacobins
pas de prière
pas de haïku



des murs et des murs
entendre des écoliers
n'en voir aucun



il est à ma gauche
elle est à ma droite
ils parlent en même temps



aux ombres blanches
shiki et couchoud sont là
pour quelques euros



le printemps des poètes
un salve d'avenir
le printemps d'un poète



to be or not to be
to win or toulouse
erasmus hour 2 for 1



mise en abîme
mes seuls cheveux blancs
dans tous les miroirs



desperados
en vérité en vérité
tout ceci est très cela



on ira tous à carcassonne
voir si ça vaut le clair de lune
avec lomer



toulouse-by-night
quartier arnaud-bernard
rigoles d'urine



fermer les yeux
pour ne pas voir le sommeil
n'en être pas vu



fenêtres closes
qui hérite de l'autre
la nuit ou le jour



vienne la nuit
le jour et son fruit
annotés en rêve



les anges de la nuit
si discrètement harmonisent
songes et mensonges



lessive
à la mi-voyage
le mot retour surgit



on marche
au hasard d'un miroir
elle replace une mèche



exotisme
rebec et accordéon
rue du taur



trouver enfin
entre coussins et oreillers
la confortable position ftale



nuit de mai
je rêve d'une sur
nous avons l'âge de mes enfants



fleurs défraîchies de leur sofa
roses pivoines ou chrysanthèmes
j'y dors très bien



premier matin si tôt
réveillé parmi les moteurs
cloche d'église et pigeons



essayer
ne pas faire de bruit
sortir dans la vieille ville



dommage
si l'un des trois loquets
les réveillait



petit matin gris
toutes ces lumières
à la mie câline



samedi matin
chacun promène
son chien



tout à coup une femme en blanc
passe en vociférant
mes poèmes muets



sous la plaque commerciale
de me yves yvert
un graffiti blanc



en bâillant un passant regarde
un vagabond qui urine
à côté de son banc



marché aux puces
un million de haïkus
j'ai pas acheté



vertige légère nausée
sur les pavés inégaux
je trébuche



saint-félix-lauragais
à la commanderie des templiers
pause gauloise



on the dharma bums' road
ou sur le chemin des croisades
ma mère voyage en nowhere



une promenade seul
sieste au salon
puis sortir ensemble



enfin le soleil
la chaleur sur les grands boulevards
un banc au soleil



nuit de larmes
ses yeux au soleil
boursouflés



réminiscences
des longues conversations
de nos soirées



sur les berges de la garonne
instant de fraîcheur
sous le pont-neuf



pause pomme
la poussière
sur mes souliers



ville rose
sa poussière
ne l'est pas



contre les vieilles briques
la garonne expose
toiles au soleil



m'amuser avec son chat
réapprendre à tuer le temps
de temps en temps



diézel
il était vieux le mec
son autre chat



odeurs de cuisson
un bouchon saute
elle va m'appeler



charcoal dans une oreille
dans l'autre
les cloches de saint-sernin



stationnement gênant
noter quelques mots
contre une boîte postale



rue de la barutte
un demi puis deux
nous à l'ombre



dernier matin
dernier tee-shirt
froissé



une dernière heure
un dernier sandwich à deux
deux cigarettes



la laisser là
la laisser mûrir
ne pas mourir entre temps



je rejoins les autres
elle
reste plus seule



à l'aéroport
les derniers mots
restent dans la gorge



où cacher
mes larmes
dans cette file



tu nous aimeras-tu
encore assez un jour
pour faire le voyage de retour



870 km/h
et mes idées
fixes



le cinéma muet de jennifer
señori señorita
j'ai soif moi aussi



café sans sucre
pauvre miel
sur mes mots bleus



réveil en sursaut
j'allais dans des rues
avec elle



quelque part
au fond de mon sac
mes clés



léger brouillard
le démarreur à distance
repère mon auto



défaire ma valise
odeur de cigarette
et cadeaux



le gâteau quatre-quarts
l'a-t-elle mangé
a-t-il séché



manger du cassoulet
regarder
les photos



là-bas tu te lèves
ici je me couche
ton salon déserté



ce château la sabine vidé
me rappelle
d'un coin de corps morts



courriels
appels téléphoniques
la distance à nouveau



le bracelet
écrit-elle
me garde présent



son visage
contre des briques rouges
mon futur intérieur



sous première neige
blason adhésif
des bonshommes cathares









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