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IRLANDE


Gilles FABRE
Jim NORTON
Seán O'CONNOR

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Gilles FABRE     gillesfabre@hotmail.com

Né en France en 1964, Gilles Fabre est professeur de français et traducteur à Dublin depuis 1988. Son héros est Corto Maltese et ses auteurs préférés sont Cioran et les poètes Hosai Osaki, Takuboku, Santoka Taneda. C'est au cours d'un voyage autour du monde, en 1994, qu'il a écrit ses premiers haïkus afin de relater ses rencontres et ses moments d'échange privilégiés avec la Nature et les gens. Depuis 1996, les magazines Alliance (Australie), Blithe Spirit et Presence (Grande-Bretagne), et Haiku Spirit (Irlande), ainsi que des sites Internet, tels que Taoism & Poetry's Haiku Moon et Shiki Internet Haiku Salon, ont publié de ses haïkus, ce qui lui a par ailleurs donné la possibilité de rencontrer et de dialoguer avec des personnes partageant cette passion qui permet d'enrichir chaque instant et d'apprécier la vie à sa juste valeur: l'écriture et la lecture de haïkus.
Traduction: Gilles Fabre.



A perfect bookmark
if it was longer
this grey hair of mine


Just when I thought
today would be forgotten:
ladybird on my guitar


W    COME TO VERMONT
on the border sign
a farmer's coat


Christmas wrapping papers
burning in the fire -
New Year's Day


First full moon of the year -
and it's trapped
in a bare tree!


After Mass
the priest kneels again
to lock the church door


Putting winter blankets
back in the press
I disturb a spider


In the shade of an olive grove
a party
eating olives


Pub's round toilet window
just big enough -
summer full moon


It had only one leg
the sea-gull
that woke me up
Parfait signet
s'il était plus long
mon cheveu blanc


Juste quand je pensais
oublier cette journée:
une coccinelle sur ma guitare


B    NVENUE AU VERMONT
sur le panneau frontalier
la veste d'un fermier


Les emballages de Noël
brûlent dans la cheminée -
premier de l'an


Première pleine lune de l'année -
et elle est prisonnière
d'un arbre nu!


Après la messe
le curé se ragenouille
pour verrouiller la porte de l'église


En rangeant les couvertures d'hiver
dans le placard
je surprends une araignée


À l'ombre d'une oliveraie
des convives
mangent des olives


L'oeil-de-boeuf des toilettes du pub
juste assez grand -
pleine lune d'été


Elle n'avait qu'une patte
la mouette
qui m'a réveillé

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Jim NORTON

Jim Norton est né en 1947 à Dublin où il habite toujours. Il enseigne la méditation selon les traditions bouddhiste et shambhala, et il anime des ateliers d'art contemplatif. En 1994, il a fondé la revue Haiku Spirit, qu'il a dirigée jusqu'en 1997. Ses haïkus, qui expriment sa quête de liberté parmi le bruit, les difficultés, les peines et aussi les joies de la vie dans une capitale, ont paru dans l'anthologie One Hundred Haiku (Iron Press, 1991) et dans les magazines Bare Bones, Blithe Spirit, Presence et Poetry Ireland. Il a publié le recueil Words on the Wind (haïkus et poèmes brefs; Waning Moon Press, 1997: 6 St Anthony's Rd, Rialto, Dublin 8, Eire).
Traduction des haïkus: Gilles Fabre et André Duhaime.



Coughing -
and the stranger upstairs
coughs, too


Tall yellow grasses,
the canal a blue strip
through fuming traffic


Locked myself out -
my troublesome neighbour
knows the right kick


They sing at night
the blackbirds of Rialto
never to be seen


Between tenements
red ball of winter sun:
she hobbles on home


Look at it,
an ugly, battered heater!
Here, let me warm you…


Hours till dawn:
in the hospital grounds
for whom does it sing
so sweetly?


Dinner over
in the bowl
one grain


On a country road
an old man walks away
as night falls


This butterfly
has chosen a thistle flower
to fall asleep on
Je tousse -
et l'inconnu à l'étage
tousse, aussi


Hautes herbes jaunes,
le canal une bande bleue
à travers les gaz d'échappement


Enfermé dehors -
mon voisin bagarreur
donne le bon coup


Ils chantent la nuit
les corbeaux de Rialto
on ne les voit jamais


Entre les bâtiments
la boule rouge du soleil d'hiver:
elle rentre chez elle en clopinant


Regardez-le,
ce radiateur, laid et cabossé!
Allez, laisse-moi te réchauffer…


Presque l'aube:
dans l'enceinte de l'hôpital
pour qui l'oiseau chante-t-il
cette douce mélodie?


Le dîner terminé
dans le bol
un grain


Sur une route de campagne
un vieillard s'éloigne
à la nuit tombante


Ce papillon
a choisi une fleur de chardon
pour s'endormir

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Seán O'CONNOR

Seán O'Connor est né en 1963 à Dublin, Irlande. Durant trois années, il a fait des recherches en politique internationale et il a beaucoup voyagé au Moyen-Orient, en Afrique du Nord, en Europe de l'Est et en Russie. Tout en travaillant comme infirmier dans un hôpital phychiatrique, il complète présentement une maîtrise en philosophie, se spécialisant en études de la paix; il s'intéresse particulièrement à l'intervention du Fonds Monétaire International en Roumanie et à l'économie bouddhiste. Pour Seán O'Connor, adepte du zen, la pratique du haïku est avant tout une forme d'exercice spirituel. Depuis le début de 1998, il est directeur de la revue Haiku Spirit, où ses haïkus ont paru antérieurement.
Traduction: Patrizia Interlandi et Gilles Fabre; André Duhaime et Jean-Mario Longpré.



Fresh steaming kidneys
on London Underground tracks
late night suicide.


Watery blood oozing
hand washing an ox tongue
in a cold white sink.


In his buxton chair
an old man smiles at a child
piss drips to the floor.


I soap his body
growing beneath the water
a yellow cloud.


A tiny old woman
taking her pulse
- it stops.


Hot day
the soles of my feet
on cold sand.


Hot sun after rain
wet statue of the virgin
slightly steams.


Cleaning these white bowls
after a meal of raw horse meat
- parsley.


Riverside heron
a glance upstream and down
- away it flies.


A month since his death
sorting the box of ward socks
- his name on one.
Des reins frais et fumants
sur les rails du métro de Londres
suicide tard dans la nuit.


Du sang clair suinte
une main lave une langue de boeuf
dans un froid évier blanc.


Dans son fauteuil roulant
un vieux sourit à un enfant
de la pisse dégouline sur le plancher.


Je savonne son corps
s'agrandit au fond de l'eau
un nuage jaune.


Une petite vieille
je prends son pouls
- il s'arrête.


Canicule
la plante de mes pieds
sur le sable froid.


Chaud soleil après la pluie
la statue mouillée de la Vierge
fume légèrement.


Laver ces bols blancs
après un repas de viande de cheval crue
- persil.


Héron au bord de la rivière
un coup d'oeil en amont puis en aval
- il s'envole.


Un mois après sa mort
je trie une boîte de chaussettes d'hôpital
- son nom sur l'une d'elles.

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