japon .

JAPON



Seiho AWANO
Niji FUYUNO
Dakotsu IIDA
Sei IMAI
Tae KAKIMOTO
Tota KANEKO
Shuson KATO
Hekigodo KAWAHIGASHI
Dhugal J. LINDSAY
Shiki MASAOKA

Shuoshi MIZUHARA
Kusatao NAKAMURA
Teijo NAKAMURA
Ippekiro NAKATSUKA
Soseki NATSUME
Seisensui OGIWARA
Hosai OZAKI
Sanki SAITO
Yoko SUGAWA
Hiryoshi TAGAWA

Sakuzo TAKADA
Kyoshi TAKAHAMA
Mutsuo TAKAHASHI
Suju TAKANO
Hiroaki TANAKA
Santoka TANEDA
Moppo TOMITA
Goro WADA
Seishi YAMAGUCHI
Ryu YOTSUYA



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Seiho AWANO

Seiho Awano, de son vrai nom Toshio Hashimoto, est né en 1899 à Takatori, dans la province de Nara. Il a commencé à s'intéresser au haïku en 1915. En 1917, il a rencontré Kyoshi Takahama (1874-1959), héritier de Shiki Masaoka, et il est devenu l'un de ses élèves. En 1923, il s'est installé à Osaka. En 1929, il a fondé l'école Katsuragi et une revue mensuelle de haïkus du même nom qu'il a dirigée jusqu'en 1989, année où il l'a transmise à Toge Morita. Il s'est converti au catholicisme en 1947. De 1969 à 1988, il a beaucoup voyagé et visité plusieurs pays d'Asie et d'Europe. Il est mort le 22 décembre 1992. Il a publié les recueils de haïkus: Manryo (Les Grains d'ardisia; Seiho kushu kanko kai, 1931), Kunihara (Le Territoire national; Tenri Jiho Sha, 1942), Haru no tobi (Le Milan du printemps; Shorin Shin-Kocho, 1952), Momiji no ga (La Fête des feuilles rouges; Katsuragi Hakko-jo, 1962), Koshien (Koshien; Kadokawa Shoten, 1972), Ryojin o harau (Enlever la poussière du voyage sur le vêtement; Tokyo Bijutsu, 1977), Fushoshin (Impossible de fixer une épingle: être chauve; Kadokawa Shoten, 1980), Anata konata (Au-delà et ici; Hakuya Shobo, 1983), Joya (La Veille du jour de l'an; Hakuya Shobo, 1986), Seiko (Le Lac Seiko; Hakuya Shobo, 1991) et Uchu (L'Univers; Hakuya Shobo, 1993), ainsi que les recueils en prose: Haiku no kokoro (Le Coeur du haïku; Kadokawa Shoten, 1975) et Shizen fu (La Musique de la nature; Hakuya Shobo, 1984). En 1993, Memugi Fukushima et Alain Kervern faisaient paraître La Pluie, celle d'une histoire ancienne, recueil bilingue d'une centaine des haïkus de Seiho Awano composés entre 1986 et 1990.
Traduction: Memugi Fukushima et Alain Kervern.



kangarasu
ware ni kikaseshi
ese jingo


seppen wa
tengankyô no
tsuyu to naru


chôki tare
nobiru hiashi no
ari nagara


kagerô o
nameyuku ushi no
kagebôshi


haru oshimu
kokoro hisureba
oini keri


kakkô ni
kotaezu tetsu no
kazamidori


ichinin wa
sekkyaku narishi
tozantai


kami arau
sunawachi
kokoro araitaku


hisho buryô
koko ni aru no wa
seisho nomi


seku hito no
hatamata shutô
tochiri keri
Un corbeau dans la bise
M'a raconté
Des balivernes


Flocon tombé
Sur ma loupe:
Goutte de rosée


Drapeau en berne
Quand rallongent
Les jours


Vapeurs de printemps
Un boeuf qui passe lèche le sol
Silhouette


En secret
Le printemps me manque
Je vieillis


Au coucou
Elle ne répond rien
La girouette en fer


Il y en a un
Qui n'a plus qu'une jambe
Dans le groupe d'alpinistes


Je me lave les cheveux
C'est-à-dire
Que je me lave l'âme


L'estivant que je suis
N'a rien à faire
Seule une bible devant moi


La toux
Le fait trébucher
De plus en plus sur le Pater

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Niji FUYUNO     loupe@big.or.jp

Née à Osaka, Niji Fuyuno, pseudonyme de Junko Yotsuya, a habité plusieurs années à Tokyo où elle est décédée le 11 février 2002. Sa carrière a commencé par la peinture où elle exprimait sa poésie par des lignes et des couleurs dans un espace cadré. Puis, étudiante, elle a été touchée par les poèmes de l'anthologie Shinkokin-Shû (Nouveau recueil de jadis et naguère; 1206) et par les pièces de théâtre de Monzaemon Chikamatsu (1653-1724). Une autre grande source d'inspiration a été La Poétique de l'espace, de Gaston Bachelard, qu'elle a lue en japonais. Les mots lui sont venus comme la lumière: la couleur, la ligne et le mot coulaient ensemble. Elle aime explorer les possibilités du poème à forme fixe comme le haïku et le tanka, ces petits cosmos qui donnent l'éternité magnifique. On retrouve ses poèmes dans la revue Mushimegane (Loupe) qu'elle a fondée avec Ryu Yotsuya en 1987. Elle a publié le recueil de haïkus Yuki Yohô (Prévision de neige; Chuseki-sha, 1988); en 1993, son poème Ashita Risu ni (Demain, à l'écureuil) a été mis en musique par Akihiro Komori. Elle projette de publier un conte illustré pour enfants. Elle a coécrit le renku La Corbeille.
Traduction des haïkus: Niji Fuyuno et André Duhaime.



Shiro-kujaku asa me ga sameru toki no netsu
Paon blanc
fièvre
quand je me réveille au matin



Ryôte kara hotaru no umi e katamukeru
Avec mes mains
j'inclinais une corbeille aérienne
vers la mer des lucioles



Nigaki ne no hayasa o udegumi shi taru haru
Le printemps réfléchit
les bras croisés
sur la vitesse des racines amères



Ago no umi ittai nan'no futa kashira?
Mer de poissons volants,
qu'est-ce donc que ce couvercle-ci?



Na ga naku te subesube to suru hanmokku
N'ayant pas encore de nom
donc
ce hamac est lisse et glissant



Minasoko no kusa ni yobare nu haru matsuri
Je suis appelée par les herbes
du fond de l'eau
fête printanière



Shiraume ya toshokan ni kizetsu shite iru
Ah, fleur blanche de prunier!
on s'évanouit
dans la bibliothèque



Ashi no hara manako toji ne ba hibiwareru
Roselière
si je ne fermais pas les yeux
j'aurais des fêlures au coeur



Araumi ya nawatobi no naka garandô
Mer agitée
l'espace dans le cercle de la corde à sauter
est entièrement vide



Awayuki ya hohoeme ba sugu no no usagi
Neige légère
si je souriais
je me changerais aussitôt en lapin de garenne

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Dakotsu IIDA

Dakotsu Iida est né en 1885 dans le village de Sakaigawa, Yamanashi. En 1905, à Tokyo, il est devenu membre du Waseda ginsha (Club de haïku de Waseda) où il a connu Ippekirô Nakatsuka. En 1909, il a dû renoncer à ses études en littérature anglaise, à Tôkyô, pour retourner dans son village natal et prendre la direction de la ferme familiale. En 1914, il a recommencé à envoyer ses haïkus à la revue Hototogisu (Le coucou); dans la série d'essais Susumu beki haiku no michi (Le chemin propre pour les haïkistes; 1915-1917), Kyoshi Takahama a loué avec enthousiasme ses poèmes. En 1915, il a été membre du jury du concours de la revue Kirara (Mica), titre qui est devenu Unmo, autre mot pour du mica, quand il en est devenu directeur, en 1917. Pendant la Seconde Guerre mondiale, deux de ses fils sont morts comme soldats; il en a ressenti une grande douleur qu'il a exprimée dans ses haïkus. À sa mort, en 1962, son fils Ryuta lui a succédé à la direction d'Unmo. Il aimait et haïssait son pays à la fois; il admirait cette vie errante qui lui était impossible en tant que chef de ferme et il a métamorphosé son village en une terre mystérieuse où les dieux et les esprits jouent. Il a laissé dix recueils; mentionnons: Sanro shu (Poèmes de l'ermitage; 1932), Reishi (Polypore commun; 1937) et Sekkyo (Vallée recouverte de neige; 1951).
Présentation: Ryu Yotsuya     Traduction des haïkus: Ryu Yotsuya et André Duhaime.



Tsuburanaru na ga me suwa namu tsuyu no aki
Je sucerai ton beau grand oeil.
Automne, saison des rosées.



Aru yo tsuki ni fuji ogyo no samusa kana
Une nuit, au clair de la lune
L'énorme silhouette du mont Fuji apparaît.
Quel froid!



Shimo toke no sasayaki o kiku satsuo kana
Le chasseur
Tend l'oreille
Et écoute les murmures du dégel.



Yamadera no to ni kumo asobu higan kana
Devant la porte du temple dans la montagne
Les nuages passent en se réjouissant.
Équinoxe de printemps.



Shibyo ete tsume utsukushiki hioke kana
Atteinte d'une maladie mortelle
Elle a de beaux ongles
Au-dessus des charbons au coin de la chambre.



Nakigara ya akikaze kayou hana no ana
Cadavre.
Le vent de l'automne souffle
Dans ses narines.



Shunran no hana torisutsuru kumo no naka
Je cueille des fleurs d'orchis au printemps
Et les jette
Dans les nuages.



Hisho no ko o onami tako yuri ni keri
Les grosses vagues
Ont ébranlé l'estivante
Ballottée sur les crêtes.



Takanishi ni heiba o otosu kodama kana
L'écho
Dans le vent fort du nord-ouest
Quand on laisse tomber au fond de la vallée
Le corps d'un cheval.



Yukiyama o haimawari iru kodama kana
L'écho traîne çà et là
Dans la montagne recouverte de neige.

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Sei IMAI

Sei Imai est né en 1950 sur la côte de la Mer du Japon et il y a grandi; il habite maintenant à Yokohama. L'obscurité et la violence de cette mer du nord ont exercé une grande influence et ont formé les bases de sa vision du haïku. Il dirige la revue de haïkus Machi (Ville). Il aime Basho, Shuson Kato, Ezra Pound, et William Carlos Williams. Il est aussi scénariste; son scénario du film Asian Blue a été choisi comme l'un des dix meilleurs de l'année 1995 par l'Association des scénaristes japonais. Il a publié le recueil de haïkus Hokugen (L'Extrémité du Nord; Bokuyo-sha, 1984) et une anthologie des 350 meilleurs haïkus sur le voyage (Kagyu-sha, 1988).
Traduction des haïkus: Sei Imai; Ryu Yotsuya et André Duhaime.



Himawari o chokusha shi heddo raito kiyu.
Les phares
Éclairant un tournesol
Se sont éteints.



Hiashi nobu tsukue no shita ni nami no oto.
Le printemps est là.
J'entends le bruit des vagues
De dessous mon bureau.



Ko-tokage no matataku kao ya uma no shita.
Un petit lézard
Clignait des yeux
Sous le cheval.



Koware dokei yokotau kanten no sankaku-su.
Par temps sec
Une grosse pendule cassée
Dans le delta du fleuve.



Tokyo no harawata ni tsuki kosoku ro.
Les autoroutes de Tokyo
Ressemblent à des intestins
Sous la pleine lune.



Shimauma no shima no naka yori hatsu-cho ku.
Un papillon blanc sort
D'entre les rayures d'un zèbre.



Kyujo ni man no kuseki hatsu-tsubame.
Voici des dizaines de milliers de places vacantes
Dans le stade de base-ball.
La première hirondelle de l'année.



Megane oku oto mo kikoe te yama nemuru.
Je n'ai entendu que le bruit
Des lunettes déposées sur le bureau.
Montagne couronnée de neige.



Eiga-kan izuru ya mishira nu tsukiyo ari.
En sortant du cinéma
J'ai fait face à une étrange nuit
Sous un clair de lune.



"Isuraeru" fuyubo-uri ni kuni toe ba.
À une marchande de chapeaux en plein air
J'ai demandé d'où elle venait.
Elle a répondu: «Israël».

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Tae KAKIMOTO

Tae Kakimoto est née en 1928 à Otsu et elle y habite toujours. Elle a grandi dans le grand temple historique Miidera où son père était bonze. Collégienne, sous l'influence des tankas d'Akiko Yosano, elle s'est intéressée à cette forme poétique pendant quatre ans; en 1947, elle a publié ses propres tankas dans la revue Kugo (Harpe chinoise). Elle a aussi été émerveillée par la série de tankas Chibusa soshitsu (Perte de mamelles; 1954) de Fumiko Nakajo, une oeuvre sur l'expérience déchirante du cancer du sein. Puis, pendant plusieurs années, elle a cessé d'écrire pour s'occuper de sa famille. En 1976, elle a participé à l'atelier de haïku parrainé par le magasin Seibu, et elle a commencé à écrire et à publier des haïkus. De 1977 à 1982, elle a été membre de la revue Uzu (Tourbillon) de Toshi Akao. Elle est présentement liée aux groupes Soen (Jardin d'herbes), Byakuen (Hirondelle blanche) et Sai (Rhinocéros). Elle a publié les recueils: Mukoku (Vallée du rêve; Shoshi kisetsu sha, 1984), Chojitsu (Jours de papillon; Fujimi-shobo, 1989), Kaseki (Pierre florale; Shin'ya sosho sha, 1995) et Hakutai (Corps blanc; Kashin-sha, 1998).
Présentation: Ryu Yotsuya     Traduction des haïkus: Ryu Yotsuya et André Duhaime.



Yuku natsu no sudare o kakage nani mo mizu
L'été passe.
Je soulève un store
Je ne regarde rien.



Hata akaki Nara no urate o hiru no tsuki
Un drapeau rouge
Dans une ruelle de Nara
Et la lune de jour.



Nadeorosu hobone katashi kiku no naka
Au milieu des chrysanthèmes
Je passe la main sur mes pommettes.
Qu'elles sont dures.



Shitsu kana tashikani aoki negi-batake
Mal de dents.
Évidemment les poireaux sont verts
Dans le champ.



Utsusemi o hiroe ba mizu no kobore keri
J'ai ramassé la dépouille d'une cigale.
De l'eau en est tombée.



Hasu saku ya mimi boroborono zo to iru
Les lotus ont fleuri.
Je suis à côté d'un éléphant
Aux oreilles usées.



Dorotsuki no ashi no shirosa yo haru no kawa
Blancheur
De pieds maculés de boue.
Rivière du printemps.



Susuki mata fuyuru monuke no e no kakari
Les graminées se multiplient toujours.
Pend la mue d'un serpent.



Fuyu-cho to i te tsurigane no bido kana
Un papillon d'hiver près de moi.
La grosse cloche du temple
Bouge légèrement.



Ana o horu oto ga tsubaki no ushiro kana
Bruits du creusage d'une fosse
De derrière les camélias.

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Tota KANEKO

Tota Kaneko est né à Chichibu, Saitama, en 1919 et il habite à Kumagaya. Son père, Isekikou Kaneko, était médecin et poète. Étudiant à l'Université de Tokyo, en 1941, il a fait parvenir des haïkus à la revue Kanrai (Tonnerre d'hiver) du groupe du même nom dont il est toujours membre. En 1962, il a mis sur pied le groupe Kaitei (Trajet de mer) qui est peu à peu devenu un groupe très structuré. Il est présentement président du Gendai haiku kyôkai (Association du haïku contemporain) et responsable d'une chronique sur le haïku dans le journal Asahi. De 1943 à 1974, il a été à l'emploi de la Banque du Japon. Sa carrière littéraire se divise en trois grandes périodes: jusqu'aux années 50, il a été défenseur du haïku d'avant-garde; puis, après des études approfondies du haïku classique, il a animé des débats entre l'avant-gardisme et le conservatisme; influencé par des poètes comme Issa et Santoka, il consacre ses efforts à promouvoir le haïku comme forme de poésie populaire. Il compte une cinquantaine de livres, dont l'anthologie Shounen (Jeunesse; 1955).
Traduction des haïkus: Dhugal J. Lindsay; André Duhaime et Ryu Yotsuya.



ginkouinra asa-yori keikou su ika-no gotoku
dès le matin
les employés de banque
émettent des fluorescences
comme des calmars



asa hajimaru umi-e tsukkomu kamome-no shi
le matin commence
la mort d'une mouette
qui plonge dans l'océan



ume saite niwajuu-ni aozame-ga kite iru
prunier en fleur
des requins sont venus
et ont rempli le jardin



akebi-no mi karushi tsubute-toshite omoshi
une akébia
si légère mais trop lourde
pour être lancée très loin



koma mawaru aoba-no chijou tsuma-wa umi-ni
une toupie tourne
sur la terre sous un épais feuillage
ma femme va bientôt accoucher



kikansha toubu mazu tsuki ase-no kikanshu tsuku
le devant de la locomotive à vapeur
arrive le premier et après
le conducteur en sueur



sake kuu tabi-e sora-no koumon-to naru yuuhi
en voyage pour me gaver
de saumon, le soleil du soir
devient l'anus du ciel



kiri-ni hakuchou hakuchou-ni kiri-toiu beki-ka
dans le brouillard un cygne vient
peut-être devrais-je dire
que le brouillard se jette sur un cygne



kokyuu-to-wa konna-ni higurashi-o suu koto desu
respirer
c'est aspirer
tant de voix claires de cigales du soir



haruzamu-no rousou chijimiyamanu kana
froide journée de printemps
est-ce que le vieux moine
n'arrêtera jamais de rapetisser

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Shuson KATO

Shuson Kato (ou SHUSON) est né à Tokyo en 1905 et il y est mort en 1993. Il se met d'abord à l'école du tanka. Puis il apprend les techniques du haïku auprès de Murakami Kijo (1865-1938), le poète des petits et des humbles, et plus tard auprès de Tomoji Nose (1894-1955). Il devient disciple de Shuoshi Mizuhara, et participe à la revue Ashibi (L'arbre d'ivresse aux chevaux). Mais il s'en éloigne pendant la guerre, et lance la revue Kanrai (Froid tonnerre). Il apporte en poésie un son nouveau, rapprochant l'art du haïku de la vie de tous les jours. Avec deux autres poètes, Nakamura Kusatao (1901-1983) et Ishida Hakyo (1913-1969), il crée «l'école humaniste», qui prend en compte, en poésie, les exigences contradictoires de l'être humain, si déroutantes et si incompréhensibles soient-elles. Il publiera plusieurs journaux de voyage, à la suite de nombreuses pérégrinations à travers le monde, mais le premier d'entre eux, Setsugo no ten (Ciel d'après neige, 1943), est une compilation d'oeuvres marquant un changement complet de style poétique, à l'occasion d'un voyage effectué en pays d'Oki et de Sado. Il publiera également, de 1943 à 1948, une série d'études critiques sur l'oeuvre de Basho, dans laquelle il développera les points de vue d'un lecteur assidu des classiques, et d'un compositeur de haïku innovant.
Présentation: Alain Kervern     Traduction des haïkus: Makoto Kemmoku et A. Kervern.



Ari korosu ware o sannin no ko ni mirarenu
J'écrase une fourmi
Et c'est moi que mes trois enfants
Regardent



Ko ni kuru mono ware ni mo kozu hatsu-goyomi
Ce qui va à mes enfants
Ne me va plus
Nouveau calendrier



Do samushi dosen kan to narite otsu
Un temple dans la bise
Une pièce tinte
Dans un tronc



Genbaku-zu chu kuchi aku ware mo kuchi aku kan
Sur ce tableau de bombe atomique
Comme moi, les morts ouvrent la bouche
J'ai froid



Fuyu-bo o nugu ya sobotaru yozora
Que j'ôte mon chapeau
Et se déploie la nuit bleue
Du ciel d'hiver



Tsuini senshi ippiki no ari yukedo yukedo
Dans le feu finira
Cette fourmi
Qui marche qui marche



Fuyu-kamome sei ni ie nashi shi ni haka nashi
Mouettes d'hiver
Sans toit pour les vivantes
Sans tombe pour les mortes



Konchu no nemuri shinigao wa kaku aritashi
Insecte endormi
J'aimerais que la mort
Ait ce visage



Zeiri ase shi kyoshi kane nashi waraiau
Le percepteur en nage
L'instituteur sans le sou
S'esclaffent ensemble



Kaze no toko ippon no fuyu-ki me o sarazu
Malade au lit
C'est un arbre d'hiver
Qui accroche mon regard

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Hekigodo KAWAHIGASHI

Hekigodo Kawahigashi (ou HEKIGODO) est né à Matsuyama en 1873 et il est mort à Tokyo en 1937. Disciple de Shiki Masaoka, il fera évoluer encore la conception qu'avait son maître du haïku nouvelle manière. Dans une étude intitulée Shin keiko ku no kenkyu (Étude sur le haïku nouvelle tendance, 1915), il expose sa théorie du «haïku sans noyau». En 1929, il écrit également une série d'essais intitulée Shinko haïku e no michi (Chemin vers un nouveau haïku). Il réclame pour ce genre de poésie l'abolition des règles qui en font l'originalité: allusion saisonnière, rythme de dix-sept syllabes, même si, dans l'esprit, il s'en tient rigoureusement au «croquis pris sur le vif». Vers 1925, il commence à appeler ses oeuvres des «poèmes courts», comme il aime à désigner le haïku. Ce poème doit être le fruit de stimulations nées de l'émotion du compositeur. Pour que l'authenticité de son expérience poétique soit intacte, elle doit être débarrassée de tout ce qui entrave le haïku traditionnel. Dans ses propres recueils, Sanzenri (Trois mille lieues, 1906), Hekigodo kushu (Recueil de haïkus de Hekigodo, 1916) et Hachi nenkan (Huit années de haïku, 1923), il élargit les thèmes d'inspiration et enrichit la langue utilisée jusque-là pour composer des haïkus.
Présentation: Alain Kervern     Traduction des haïkus: Makoto Kemmoku et A. Kervern.



Ku o hasamu kani shini oru ya kumo no mine
Pinçant le vide
Un crabe va mourir
Nuages de s'élancer



Uma hitori kotsu to modorinu tobu hotaru
Seul le cheval
Est soudain revenu
Dans un vol de lucioles



Haru samushi mizuta no ue no nenashi-gumo
Froid printanier
Dans l'eau des rizières dérive
Un nuage sans racine



Ne-ushi tomo ishi tomo miete kusa moyuru
Boeuf endormi
Ou rocher assoupi, qu'importe
Les herbes montent



Kumo no mine negi no bozu no kotsu to tatsu
Aux cimes des nuages
Un oignon fleuri
Tient tête



Kusa o nuku ne no shirosa fukasa ni taenu
J'arrache une herbe
Sa profonde et blanche racine
À voir me fait mal



Omowazumo hiyoko umarenu fuyu-sobi
À l'insu de tous
Un poussin est né
Rose d'hiver



Kaya ni kite semi suso no e ni hitonaki su
Dans la moustiquaire
Accrochés au rebord
La cigale et son cri



Gakuzen to shite hirune sametaru hitori kana
Étonné
Je me retrouve après un somme
Tout seul



Kura toreba samuki sugata ya uma no shiri
La selle ôtée
Nue et froide m'apparaît
La croupe du cheval

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Dhugal J. LINDSAY

Dhugal J. Lindsay est né en 1971 à Rockhampton, Australie, et il habite à Yokohama. Il a étudié à l'Université du Queensland puis, depuis 1991, à l'Université de Tokyo où il poursuit des études doctorales en biologie marine. En 1991, il s'est joint aux groupes Fuyoh (Fleur de ketmie) de Yoko Sugawa et Kanrai (Tonnerre d'hiver) fondé par Shuson Kato. En 1993, il s'est également joint au groupe Haiku International, tout en participant occasionnellement aux rencontres des groupes Riku (Terre) et Kaitei (Trajet de mer). Il est le premier Occidental, selon Tota Kaneko, à écrire de bons haïkus en japonais. Il a participé à diverses conférences sur le haïku et a été interviewé à la télévision japonaise. Il a collaboré à la création du site Internet Shiki Internet Haiku Salon. Traduction des haïkus: Dhugal J. Lindsay; André Duhaime et Ryu Yotsuya.


shiraiki-to hokuto-o nokoshi souru tatsu
je laisse derrière moi la Croix du Nord
un souffle blanc
et Séoul



shiroiki-no shasou-ni (dare)demo nakunarinu
la vitre du train
buée d'haleine d'hiver
je deviens personne



fuyumozu-ni yobare kono-yo-no te-o tsukamu
une pie-grièche d'hiver m'appelle
je serre mon poing
en revenant à la réalité



furuike-no fukasa shirazari amenbou
le vieil étang
personne ne sait sa profondeur...
araignée d'eau



haru-no rai mashita-ni shinkaigyo oramu
tonnerre du printemps
sous nous dans l'obscurité totale quelque part
des poissons de haute mer



sukuu te-no kurage-ya seimeisen fukaku
j'attrape une méduse
ma ligne de vie
nette et profonde



santouka-ki fukube-no dore-mo magari ori
l'anniversaire de la mort de Santoka
chaque gourde que je vois
est inclinée



botan'yuki seiza-no ashi-o nobashi keri
énormes flocons de neige
d'une position de seiza
je m'étire les jambes



vui-no ji-no sentou omoku kari kaeru
signe de victoire
sa pointe semble lourde dans le ciel
oies migratrices



hanasugi-no usagi-o dakeba myaku uteri
fleurs de cerisier presque disparues
le lapin que je serre contre moi
son pouls s'accélère

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Shiki MASAOKA

Shiki Masaoka ou (SHIKI) est né à Matsuyama en 1867 et il est mort à Tokyo en 1902. Il s'intéresse très tôt à la poésie, et notamment à la poésie classique (tanka et hokku). Il fait du hokku, genre pratiquement tombé en désuétude, le haïku, terme dont il est l'auteur, et lui donne une seconde jeunesse en l'adaptant à son époque, grande ouverte depuis peu aux influences occidentales. En 1895, son manifeste Haïkaï taiyo (Propos sur le haïku) définit cette forme brève comme une oeuvre d'art, au même titre que le roman ou la peinture. C'est d'ailleurs à la peinture occidentale qu'il se réfère quand il préconise un haïku qui soit comme un «croquis pris sur le vif» (shasei), genre par excellence de suggestion de l'espace. Il se réclame aussi de Buson Yosa (1716-1783), peintre et poète admirateur de Basho, faisant ainsi se rejoindre tradition japonaise et esthétique occidentale. La revue Hototogisu (Le coucou), qu'il fonde en 1897, ouvre la voie à de nombreux jeunes talents, à commencer par lui-même, qui contribueront à la renaissance d'un genre qui sera désormais connu sous le nom de haïku.
Présentation: Alain Kervern     Traduction des haïkus: Makoto Kemmoku et A. Kervern.



Nashi muku ya amaki shizuku no ha o taruru
J'épluche une poire
Du tranchant de la lame
Le goutte à goutte sucré



Nobe no kusa zori no ura ni kanbashiki
L'herbe des champs
Libère sous mes semelles
Son parfum



Natsu-arashi kijo no hakushi tobitsukusu
Bourrasque d'été
Les nappes de papier blanc
Sur la table s'envolent



Hiru-naka ya kumo ni tomarite naku hibari
Midi haut perché
À tue-tête
Une alouette et un nuage



Suna no gotoki kumo nagareyuku asa no aki
Du sable entre les doigts
Les nuages s'écoulent
Automne des matins



Shi ni kakete nao yakamashiki aki no semi
Au bord de mourir
Plus que jamais bruyante
La cigale d'automne



Ikutabi mo yuki no fukasa o tazunekeri
Combien de fois
Ne me suis-je interrogé
Sur l'épaisseur de la neige dehors



Kari naku ya iwao ni shiroki yoru no nami
Cri d'oie sauvage
Blanches dans les rochers
Les vagues de la nuit



Keito no jushigo-hon mo arinubeshi
Crêtes de coqs
Quatorze ou quinze
Me semble-t-il



Ajisai ya ao ni kimarishi aki no ame
Hortensias
Elle a choisi le bleu
La pluie d'automne

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Shuoshi MIZUHARA

Shuoshi Mizuhara (ou SHUOSHI) est né à Tokyo en 1892 et il y est mort en 1981. Ce poète sut créer un réel mouvement novateur, aussi éloigné de l'organisation hiérarchique de Kyoshi Takahama que de l'individualisme de Seisensui Ogiwara. Fidèle au principe du «croquis pris sur le vif», il anima avec la revue Ashibi (L'arbre d'ivresse aux chevaux), un forum qui attira de nombreux jeunes talents. Sa théorie de l'authenticité naturelle et de l'authenticité littéraire (Shizen no shin to bungei-jo no shin, 1931) posait le problème de la création artistique et de l'inspiration directe d'une réalité dans la composition du haïku. Bien que celui-ci put s'inspirer de la vie urbaine moderne, les mots de saison restaient de rigueur, ainsi qu'une langue un peu convenue, où les expressions du langage courant ne pouvaient être présentes. L'aspect création collective en poésie le fera innover également dans ce domaine puisqu'il appliquera au haïku les compositions en chaîne qui, jusque-là, étaient réservées au tanka. Le lyrisme de son style, la musicalité des mots choisis et leur sens pictural se retrouvent dans ses recueils Kokyo (Le miroir ancien; 1943), Sorin (Le bosquet de givre; 1951) et Hoko (Le pot d'armoise; 1960).
Présentation: Alain Kervern     Traduction des haïkus: Makoto Kemmoku et A. Kervern.



Seishun no suginishi kokoro ichigo kuu
Printemps de ma vie
Dépassé
Je croque une fraise



Yamishi toki yume kayoishi wa kono fuyu-ta
Malade j'ai souvent
Rêvé d'une rizière d'hiver
La voici



Kitsutsuki ya ochiba o isogu maki no ki-gi
Pivert tape
Dans la prairie les arbres
En hâte quittent leurs feuilles



Taki ochite gunjo sekai todorokeri
Cascade
Les profondeurs d'un monde bleu
Ont vibré



Sekkei o kanashi to mitari yo mo hikaru
Montagne d'été
Neige solitaire
La nuit même brille



Toki yo wa urara-bi no shita ni nao toki
Les jours lointains
Sous un soleil radieux
Plus lointains encore



Waga inochi kiku ni mukaite shizukanaru
Ma vie
Devant ce chrysanthème
Se tait soudain



Koharubi ya shio yori aoki kani no ko
Tiédeur d'automne
Plus verte que la marée
La cuirasse d'un crabe



Iwashi-gumo kokoro no nami no sue kiete
Passe un banc de nuages
La houle de mon coeur
Va expirant



Ono ga koe wasurete hisashi haru no kaze
Ma propre voix
Je l'avais oubliée
Rhume de printemps

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Kusatao NAKAMURA

Kusatao Nakamura (ou KUSATAO) naît en Chine en 1901 et meurt à Tokyo en 1983. Étudiant à l'Université de Tokyo, il fréquente les cercles de haïku. Réservé vis-à-vis du mouvement de rénovation alors en vogue, il exprime son insatisfaction devant les tendances au dilettantisme et au retour aux traditions qui se manifestent autour de la revue Hototogisu (Le coucou), avec laquelle il prend ses distances. Il suit un temps l'école de Shuoshi Mizuhara, mais il s'en éloigne pour se retrouver avec de jeunes auteurs comme Shuson Kato et Hakyo Ishida dans un courant dit de l'«école humaniste». En 1946, il lance la revue Banryoku (Myriades de feuilles). Il est le premier à faire valoir l'idée d'un haïku intégrant les réalités sociales, la réflexion philosophique et l'esprit de la plus authentique émotion poétique, loin du lyrisme conventionnel et de l'académisme rigide. Il laissera plusieurs recueils, dont: Choshi (Premier enfant; 1936), Hi no shima (L'île du feu; 1939), Koshikata yukue (Derrière et devant; 1947), Ginza izen (Toujours la Voie lactée; 1953) et Bokyo ko (Voyage au village de ma mère; 1956).
Présentation: Alain Kervern     Traduction des haïkus: Makoto Kemmoku et A. Kervern.



Furu yuki ya meiji wa toku narinikeri
Tombe la neige
L'époque de Meiji
Est déjà loin



A-zuma kano mikazuki hodono a-ko yadosu ka
Mon épouse
Et mon enfant porté
Comme un croissant de lune



Yuki koso chi no shio nare ya ume mashiro
Que le courage soit
Le sel de la terre
Fleurs blanches du prunier



Miyuki-michi koshikata yukue ainitari
Chemin des neiges profondes
Ce qui est derrière semblable
À ce qui est devant



Sora wa taisho no aosa tsuma yori ringo uku
Le ciel est bleu
Comme au matin du monde
De mon épouse j'ai reçu cette pomme



Kan no ake tsuin tsuin to ko no neiki
Aube glacée
Chant de grillon
C'est mon enfant qui dort



Tagayaseba ugoki ikoeba shizukana tsuchi
Agitée sous la charrue
En paix aux jours de repos
La terre



Aki no hae hitotsu mamizu no ue ni shisu
Mouche d'arrière-saison
Sur l'eau douce posée
Morte



Yakeato ni nokoru tataki ya temari tsuku
Décombres d'incendie
Sur le sol en ciment
Fillettes et jeu de balle



Budo kuu ichi-go ichi-go no gotoku nite
Manger du raisin
Une grappe après l'autre
Comme une grappe de mots

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Teijo NAKAMURA

Teijo Nakamura est née en 1900 à Kumamoto, Kyûshû, et elle est morte à Tôkyô en 1988. En 1920, elle a écrit et publié ses premiers haïkus dans la revue Hototogisu (Le coucou). Mariée puis mère de trois enfants, elle a cessé d'écrire jusqu'en 1932 où, encouragée par Kyoshi Takahama et par sa fille Tatsuko Hoshino, elle s'est remise à l'écriture. En 1947, elle a fondé la revue Kazahana (Flocon de neige dans le vent) qu'elle a dirigée jusqu'à sa mort; Namiko Ogawa en assume maintenant la direction. Teijo a créé un style clair et simple, utilisé des rythmes et sonorités souples. Nourris de la lumière de sa cuisine, ses haïkus se sont répandus dans l'univers. Elle a publié les recueils: Shunsetsu (Neige de printemps; Sanseido, 1940), Teijo kushû (Recueil de Teijo; Kôchô Shorin, 1944), Shungyô (Aube de printemps; Meguro Shoten, 1947), Hanakage (Sous les cerisiers en pleine floraison; San'yû-sha, 1948), Miyakodori (Huîtrier; Shorin Shin-kôchô, 1951) et Hana kushû (Recueil de haïkus de fleurs; Kyûryû-dô, 1983). Essayiste, elle a aussi publié: Furusato no kashi (Gâteaux de mon pays; Chûô Kôron-sha, 1955), Kaze to hana no ki (Notes du vent et des fleurs; Geijutsu Seikatsu-sha, 1973) et Sono hi no kaze (Le vent de ce jour; Kyûryû-dô, 1979). En 1980, elle a publié Teijo haiku saijiki (Almanach de Teijo; Shufu-no Tomo-sha).
Présentation: Niji Fuyuno     Traduction: Niji Fuyuno et André Duhaime.



On'na idete uchi-nagame iru haruta kana
Rizière du printemps!
Une femme était dehors
et la regardait sereinement



To nimo de yo fururu bakari ni haru no tsuki
Allons dehors
là, la douce lune printanière
sa lumière nous couvre



Sono hito mo tsukisou hito mo hanabie ni
Cet homme
et sa suivante
étaient dans l'air frais au temps des fleurs
du cerisier



Keito-dama tôki wa sabishi hiki tsu amu
Une pelote de laine reste loin de moi
ça me rend triste
je tricote en tirant sur le fil près de moi



Seki no ko no nazonazo-asobi kiri mo naya
L'enfant qui toussote
joue aux devinettes avec moi
ça n'en finit pas



Hiyashinsu inu kiite ishi wakaru rashi
Jacinthe
le chien m'écoute
il semble qu'il me comprend bien



Sanpô ni chô no wakare shi tachiaoi
De trois côtés
les papillons sont partis en volant
rose trémière



Manjushage daku hodo tore do haha koishi
Je cueillais des fleurs de manjushage à pleins bras
pourtant
je songeais à ma mère lointaine



Todomare ba atari ni fuyuru tonbo kana
Quand j'ai arrêté mes pas
des libellules sont venues et ont rempli
l'air autour de moi



Yude-tamago muke ba kagayaku hanagumori
J'écale un oeuf dur
l'éclat
cerisiers en fleur sous le ciel brumeux

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Ippekiro NAKATSUKA

Ippekiro Nakatsuka (ou IPPEKIRO) est né en 1887 à Kurashiki et il est mort en 1946 à Tokyo. Il se fait baptiser à sa sortie du lycée, et cela influencera considérablement sa vie. À plusieurs reprises, il interrompra la préparation d'entrée à l'Université de Waseda et sa vie à Tokyo pour retourner se ressourcer dans sa région natale. Il rencontre bientôt Hekigodo Kawahigashi et le mouvement Shin keiko (Nouvelles tendances) qui prône une liberté absolue pour le haïku. Il participe à l'anthologie Nihon haïku (Haïku japonais; 1909), et se fait rapidement reconnaître comme jeune talent. En 1910, il rejette le système de compétition poétique en usage, et revendique la liberté de ses propres choix en poésie. Il publiera alors, à la manière d'un manifeste, Jisen haïku (Choix personnels de haïku). En 1912, la revue Shisaku (Études poétiques), parue l'année précédente, change de titre pour devenir symboliquement Dai issaku (Premières oeuvres). En 1915, il lance la revue Kaiko (Cognassier) avec Hekigodo Kawahigashi; ce dernier se retire en 1923 et Ippekiro Nakatsuka assure la direction de la revue jusqu'à sa mort. Un critique a défini son style comme étant à la fois "classique et ouvert sur des perspectives de nouveautés sans limite".
Présentation: Alain Kervern     Traduction des haïkus: Makoto Kemmoku et A. Kervern.



Kogarasu no naku kumo no nagaruru
Dans les cris des jeunes corbeaux
Nuages
De dériver



Ware o hajite karekusa nado takibi shite iru
J'ai un peu honte
Devant ce grand feu d'herbes sèches
En plein air



Mado no fuji kagayaku ya kotoni tsuma inu hi
Glycines éclatantes
À la fenêtre
Juste quand ma femme n'est pas là



Yo fukuru hodo ni mishi sumi no mokume kana
Plus profondes la nuit
Plus visibles
Les veines du charbon de bois



Yameba futon no soto fuyu-umi no aoki o oboe
Malade au fond du lit
Autour de moi le bleu profond
De la mer en hiver



Kumo no ugoku natsu-mikan mina okiku ureru
Nuages de courir
Mandarines d'été
Grossissent



Kusa o karisusumu waga kata no aozora
Je continue à faucher
Sur mes épaules
Le ciel d'azur



Kusaikire nyonin yutakanaru chibusa o moteri
Les herbes fermentent
Passe une femme
Aux seins superbes



Haru no yoi ya wabishiki mono ni jintaizu
Soir de printemps
Chose pénible entre toutes
Une planche anatomique



Chidori naku yoru kana iteshi onna no te
Est-ce la plainte nocturne des pluviers?
Elles sont glacées
Les mains de mon aimée

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Soseki NATSUME

Soseki Natsume (ou SOSEKI) est né à Tokyo en 1867 et il y est mort en 1916. Dans le mouvement littéraire du «croquis pris sur le vif», qui naît dans les tumultes de l'ère Meiji, Soseki Natsume est au roman ce que Shiki Masaoka est au haïku. L'organe officiel de cette école est la rubrique de haïku du journal Nihon, fondée en 1893, et la revue Hototogisu (Le coucou), fondée en 1897. Auteur d'essais (Omoidasu koto nado, Au gré de mes souvenirs, 1910-1911; Shakai to jibun, La société et moi, 1913; Garasudo no uchi, Dans la vitrine, 1915) et de romans qui lui ont valu une célébrité mondiale (Wagahai wa neko de aru, Je suis un chat, 1905; Kokoro, Le pauvre coeur des hommes, 1914), Soseki Natsume écrit aussi des haïkus. L'impressionnisme pénétrant, la fine psychologie, l'humeur grinçante et l'idéalisme glacé qui ont fait le talent du romancier se retrouvent dans l'atmosphère de ses poèmes. L'ensemble de ses 2,500 haïkus, qui sont autant de témoignages de son existence d'ermite, à la vie intérieure douloureuse et tourmentée, ont été rassemblés et publiés sous le titre Soseki haïku shu (Recueil des haïkus de Soseki) par les éditions Iwanami Shoten pour la première fois en 1917.
Présentation: Alain Kervern     Traduction des haïkus: Makoto Kemmoku et A. Kervern.



Hito ni shishi tsuru ni umarete saekaeru
Les hommes meurent
Et les grues naissent
Translucides et glacés



Mujinjima no tenshi to naraba suzushikaro
Si j'étais souverain
D'une île déserte
Ce serait rafraîchissant!



Aru hodo no kiku nageireyo kan no naka
Tous les chrysanthèmes
Jetez-les donc
Dans son cercueil



Kimi ga koto chiri o haraeba naru aki ka
Ton koto
Quand je l'essuie
Fait-il gémir l'automne?



Yuku hito ni todomaru hito ni kitaru kari
Pour ceux qui sont partis
Pour ceux qui sont restés
Les oies reviennent



Toritomuru inochi mo hosoki susuki kana
Arraché à la mort
Le mince fil de ma vie
Roseaux jaunissant de l'automne



Tatakarete hiru no ka o haku mokugyo kana
Quand on lui tape dessus
La cloche de bois à prières
Vomit les moustiques du jour



Sumire hodona chiisaki hito ni umaretashi
Semblable à la violette
Homme de rien
J'aurais voulu naître



Yamu hi mata misu no hima yori aki no cho
Même alité il vient me voir
Par le store de bambou
Papillon d'automne



Aki-kaze ya hibi no iritaru i no fukuro
Vent gris d'automne
Gerçures à l'intérieur
De mon estomac

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Seisensui OGIWARA

Seisensui Ogiwara (ou SEISENSUI) est né à Tokyo en 1884 et il est mort à Kamakura en 1976. Résolument situé dans le courant novateur du haïku, dont Hekigodo Kawahigashi est le chef de file, il lance avec ce dernier la revue Soun (Strates de nuages) en 1911. Mais bientôt il veut aller plus loin, sous l'influence des épigrammes de Goethe et des petits poèmes de Schiller. En quête de la force et de la lumière qui font l'attrait du haïku, il s'engage dans une forme au rythme libre. Plus audacieux que Hekigodo Kawahigashi, il s'en sépare en 1914 et s'engage dans la voie d'un haïku dont les seules règles sont celles imaginées par le compositeur. «Dépouiller le rythme de sa forme traditionnelle, dit-il, c'est libérer le rythme.» Il écrira une théorie d'un nouveau haïku en 1936, et plusieurs recueils de poèmes, notamment Seisensui kushu (Recueil de haïkus de Seisensui; 1920-1929), Mu-shoju (Sans domicile; 1935) et Choryu (Longs courants; 1969).
Présentation: Alain Kervern     Traduction des haïkus: Makoto Kemmoku et A. Kervern.



Sora o ayumu roroto tsuki hitori
Ciel sans nuage
Elle marche à grands pas
La lune



Tampopo tampopo sunahama ni haru ga me o hiraku
Pissenlits, pissenlits
Sur la plage
Le printemps ouvre les yeux



Yunomi hisashiku kowasazu ni mochi shiju to naru
Ma tasse
Intacte si longtemps
J'ai quarante ans



Waraya furu yuki tsumoru
Chaumière
Neige qui tombe
Neige qui s'accumule



Hotoke o shinzu mugi no ho no aoki shinjitsu
Croire au Bouddha
À la vérité bleue
Des épis de blé



Sora wa sabishi yo ie araba kemuri o ageyo
Le ciel s'ennuie
Maison si tu es là
Montre ta fumée



Gekko horohoro furin ni tawamure
Quelques éclats de lune
Viennent frapper
La clochette à vent



Ikari ni kattoshite yume de atta ka
En colère
Subitement
N'était-ce qu'un rêve?



Yasekitta te o awashiteiru kare ni te o awasu
Elles sont amaigries
Les mains qu'il joint
Lui pour qui je joins les miennes



Ganjitsu no kuriya no oto samuzamuto tsuma ga hitori iru
Jour de l'an dans la cuisine
Petits bruits froids du couteau
De mon épouse esseulée

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Hosai OZAKI

Hosai Ozaki (ou HOSAI) est né à Tottori en 1885. La poésie semble avoir été la seule planche de salut de ce naufragé de la vie. Disciple et ami de Seisensui Ogiwara, qui préconisait un haïku libre, il tente d'abord pendant quelques années de s'intégrer dans la société. Il entre dans une compagnie d'assurances en 1912, après de solides études. Il la quitte en 1920, et tente d'aller faire fortune en Corée et en Mandchourie. Malade et ruiné, il rentre au Japon en 1923. Abandonnant famille et métier, il commence alors une vie d'errance et de vagabondage, pour fuir une douleur morale qui le ronge. Il finira son existence misérable sur la petite île Shodo de la Mer Intérieure, le 7 avril 1926. Il laissera derrière lui des poèmes bruts et bouleversants qui seront publiés après sa mort, et dans lesquels la solitude est tour à tour souffrance et source de réconfort. Il compose ses haïkus au hasard des routes, comme si «l'esprit détaché et la tête vide, on projetait hors de soi un chant intérieur. Faire de la poésie spontanément, exprimer sans retenue ses sentiments...». Makoto Kemmoku et Alain Kervern ont traduit une partie de l'oeuvre de Hosai Ozaki: Portrait d'un moineau à une patte (Folle Avoine, 1991).
Présentation: Alain Kervern     Traduction des haïkus: Makoto Kemmoku et A. Kervern.



Seki o shitemo hitori
Même toussant
Toujours tout seul



Nagisa furikaeru waga ashiato mo naku
Sur la grève
J'ai beau me retourner
Plus de trace de pas



Yama ni noboreba sabishii mura ga minna mieru
Quand je monte sur la colline
Tous les villages me semblent tristes



Tsukemono oke ni shio fure to haha wa unda ka
"Va saler les légumes!"
Mère ne suis-je né
Que pour cela?



Mame o nitsumeru jibun no ichinichi datta
Pour cuire des haricots
Tout ce jour
Était à moi



Waga kao burasagete ayamari ni yuku
La tête ballante
Je vais découragé
Pardon pour tout



Fuyu-kawa ni gomi o nagashite modoru
Dans les eaux de l'hiver
Je jette les ordures
Et je reviens



Ichinichi mono iwazu cho no kage sasu
Sans un mot
Tout le jour
L'ombre d'un papillon



Sabishii zo hitori go-hon no yubi o hiraite miru
Tellement seul
J'ouvre pour voir
Mes cinq doigts



Yube hyoito deta ippon-ashi no suzume yo
Dans le soir
Sur une seule patte
Moineau boitillant

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Sanki SAITO

Sanki Saitô est né en 1900 à Tsuyama, Okayama, et il est mort en 1962 à Hayama, Kanagawa. En 1933, il a commencé à écrire des haïkus et à en publier dans la revue Sômatô (Lanterne magique). En 1935, il est devenu membre du groupe Kikan (Navire amiral) et il a participé aux activités du Kyodai haiku kai (Club de haïku de Kyodai). En 1940, il a participé au premier numéro de la revue Tenkô (Ciel embaumé) et l'arrestation complotée des membres l'a réduit au silence. En 1947, il a cofondé le Gendai haïku kyôkai (Association du haïku contemporain) et il a encouragé Seïshi Yamaguchi à fonder une revue: Tenrô (Sirius) a paru en 1948. En 1952, il a fondé la revue Dangai (Falaise) qu'il a dirigée jusqu'à sa mort. En 1956, il a cessé ses activités de dentiste pour se consacrer au haïku; rédacteur en chef de la revue Haïku depuis un an à peine, la maladie l'a frappé et il s'est retiré. Ses poèmes nihilistes ont été une interrogation humaine et douloureuse alors que le Japon était profondément accablé à la suite de la guerre. Il a publié: Hata (Drapeau; Sanseidô, 1940), Yoru no momo (Pêche de la nuit; Shitiyô-sha, 1948), Kyô (Aujourd'hui; Tenrô haiku kai, 1951), Henshin (Métamorphose; Kadokawa shoten, 1962) et Saitô Sanki Zen-ku-shû (Les haïkus complets de Sanki Saitô; Chûseki-sha, 1983).
Présentation: Niji Fuyuno     Traduction: Niji Fuyuno et André Duhaime.



Shôkôki shizuka ni rai no yo o noboru
L'ascenseur
monte silencieusement
dans la nuit où il tonne



Mizu-makura gabari to samui umi ga aru
La poche à glace
crac
la mer froide brusquement s'ouvrit



Tanpopo kuki mijikashi tenshin ni aoki ana
La tige du pissenlit est courte
Un trou bleu
au plus haut point du ciel



Oochibusa yurayura karita yori kora e
De la rizière moissonnée
vers les enfants
des mamelles gonflées s'approchent
en ballottant



Ryokuin ni san'nin no rôba waraeri ki
Trois vieilles étaient
sous l'ombrage d'un feuillage d'été
elles riaient



Ôki yuri nari reibô no chûshin ni
C'est un lys énorme
qui se trouve
au milieu de la chambre climatisée



Kassôro ki nari fuyuumi ni tsukiatari
La piste d'envol
était jaune
s'élançait contre la mer d'hiver



Migi no me ni taiga hidari no me ni kihei
Le fleuve dans son oeil droit
dans son oeil gauche
il voit un cavalier



Uguisu no yûbe zakuri to yama no kizu
Une entaille saignante
dans la montagne
soir chant du rossignol



Sanjutsu no shônen shinobinake ri natsu
Un garçon faisant de l'arithmétique
sanglotait en cachette
l'été

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Yoko SUGAWA

Yoko Sugawa est née à Tokyo en 1938 et elle y habite toujours. Elle est diplômée en littérature japonaise de l'Université Rikkyo. En 1972, elle s'est jointe au groupe Kanrai (Tonnerre d'hiver) fondé par Shuson Kato; elle est également membre du Gendai haiku kyôkai (Association du haïku contemporain). En 1988, elle a fondé la revue Kikan Fuyoh (Fleur de ketmie, revue trimestrielle) qu'elle dirige toujours. Elle a publié l'anthologie de haïkus Shiori himo (Signet; 1987) et l'anthologie de tankas Suhajikami (Gingembre amer; 1996).
Traduction des haïkus: Dhugal J. Lindsay; André Duhaime et Ryu Yotsuya.



katakage-mo naku yuku hachigatsu juugonichi
le jour où nous avons perdu la guerre
même pas un coin d'ombre
pour me reposer donc je marche



saigo-ni-wa yabure kabure-ya oohanabi
à la finale
avec un abandon désespéré toutes à la fois
les fusées du feu d'artifice



ochiba-no yama nobori-no michi-ni aru kudari
à travers les feuilles d'automne
même si la route monte sans cesse
ici un tournant qui descend



ajisai-ya tatami-ni hiroge pari shigaizu
fleurs d'hortensia...
étalé sur le tatami
un plan des rues de Paris



kitchin-ni negi arawarete shinkon nari
à la cuisine
des poireaux sont lavés
nouvelle bru



konoehei-no boushi guratto abu harau
d'un mouvement brusque
le bonnet à poil du hallebardier
chasse le taon ennuyeux



shiwabukite kihei-no hitori onna naru
quelqu'un tousse je me retourne
un des cavaliers de la garde devant moi
est une femme



higan-made imouto-no toki ane-no toki
jusqu'à l'équinoxe
ma soeur cadette jouit de la saison
ma soeur aînée aussi



waraikawasemi-ni asane-o okosaruru
grasse matinée interrompue
j'ai été réveillée par le rire
d'un kookaburra



sekirei-ya shakkuri-no-you-ni fuyu-no sora
bergeronnette...
le ciel d'hiver
comme un hoquet

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Hiryoshi TAGAWA

Hiryoshi Tagawa est né en 1914 à Tokyo où il habite toujours. En 1941, il a obtenu un doctorat en génie de l'Université de Tokyo; il a travaillé pour la compagnie Furukawa jusqu'à sa retraite, en 1975. C'est durant ses études universitaires qu'il a commencé à écrire des tankas et des haïkus, et à peindre. Il a publié des haïkus dans le premier numéro de la revue Kanrai (Tonnerre d'hiver) du groupe dont il est toujours membre. Il a fondé le groupe Riku (Terre) en 1976. Il a publié sept anthologies, la plus récente étant Shito-no Me (L'Oeil du disciple; 1993).
Traduction des haïkus: Dhugal J. Lindsay; André Duhaime et Ryu Yotsuya.



biwa urete juushin sagaru ninputachi
les nèfles mûrissent
baisse le centre de gravité
des femmes enceintes



kooru taki-ni tetsu-no kugi utsu seinen-tachi
ils plantent des ongles de fer
dans une chute d'eau glacée
ces jeunes



kamo oyogu mijikaki mio-wa asobu kamo
des canards sauvages glissent
le court sillage
d'un canard qui s'ébat



mado-ni yuki jibun-no hone-no nega hakobu
neige à la fenêtre
j'ai avec moi une radiographie
de mon squelette



shima-ni umare shima-ni sei ou ari-to semi
nées sur cette île
et sur cette île elles mourront
fourmis et cigales



busou shite ryoushi kawaya-o idekitaru
armé et prêt pour le combat
un chasseur sort précipitamment
des toilettes



inu sakaru machi-e muketari me-no mokei
accouplement de chiens en rut
le modèle réduit d'un oeil
est exposé à la rue



kiri saku-ya attoiu ma-no bannen nari
paulownia en fleur
en un instant
je suis devenu un vieil homme



seisho yome-to sasou haruka-na inazuma-wa
l'éclair lointain
me fait signe
«lisez la bible»



tennou-mo rouhan motasu sakura-kana
même la peau de l'empereur
est parsemée de taches de vieillesse
cerisier en fleur

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Sakuzo TAKADA

Sakuzo Takada est né en 1906 à Tokyo; il y est décédé en janvier 2001. De 1926 à 1929, il a étudié le français à l'Université des langues étrangères de Tokyo (Gaigo). De 1945 à 1984, il a été au service du Japan Travel Bureau. Musicien, compositeur et auteur, il a joué de la mandoline dans l'orchestre symphonique de Tokyo, a composé et traduit plusieurs chansons pour enfants; passionné par les hymnes nationaux, il en a regroupé près de deux cents dans diverses publications. Il a commencé à étudier le haïku dans le groupe Tosen (Éventail hivernal), sous la direction de Shoichiro Fukagawa (1902 -1987). Il a fait partie du groupe San'En (Trois singes). Il est membre du conseil d'administration de Haiku International Association. Il assume la présidence du groupe Toranomon, qu'il a cofondé en 1990, de même que la publication du feuillet mensuel et de l'anthologie annuelle. Depuis une dizaine d'années, il traduit en anglais des haïkus de divers poètes japonais, classiques ou contemporains, des traductions qui paraissent dans des revues et dans des recueils collectifs, au Japon et à l'étranger. Il a publié les recueils de haïkus Shin ryoku/Fresh Green (1982), Sanju/80 haiku (1986) et Hinoe uma/84 haiku/84 haïkus (1990), l'anthologie Excellent Haiku of Japan in the Edo Period (1991) et Let Us Write Haiku (1991).
Traduction: Sakuzo Takada et André Duhaime.



negi bozu
minna chonchon
sawatteku


bengara no
iro nijimasete
haru no ame


o kyu no
niwa no hirosa ya
tori sakaru


wa gashi ten
asa no noren ni
kake-kaenu


ro o ya
penshon shareta
tsukuri nari


tsubame no ko
kao zentai wo
kuchi ni shite


gayoshi ni
4-B de egaku
natsu no umi


shu cho ya
nawa de musubare
meoto iwa


doraibu uei
tozasare dewa no
yama nemuru


boshu no
oka no kifuku ya
fuyu biyori
Les fleurs d'oignon -
Chaque enfant les touche
Et les tapote tendrement.


La couleur rouge
Est répandue dans la pluie
Qui tombe au printemps.


Qu'il est grand le terrain
Du palais du roi, très grand!
- Des oiseaux s'accouplent.


Le magasin de
Gâteau japonais changé en
Écran fait de lin.


Un rossignol chante -
L'édifice de cette pension
Est bâti très chic.


Les hirondeaux
Ouvrent leur bec aussi grand
Que leur visage.


Dessine la mer d'été
Avec un crayon 4-B
Sur du papier blanc.


Marée d'automne
Les îles sacrées d'un ménage
Sont liées par des cordes.


L'autoroute fermée
Et les monts de Dewa se sont
Endormis.


Les terrains de Boshu
Sont faits de coteaux et de vallons -
Belle journée d'hiver.

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Kyoshi TAKAHAMA

Kyoshi Takahama (ou KYOSHI) est né à Matsuyama en 1874 et il est mort à Kamakura en 1959. À la suite de Shiki Masaoka, il reprend, avec la direction de la revue Hototogisu (Le coucou), l'héritage de son maître. Défenseur d'une option plutôt traditionnelle du haïku, celui-ci reste pour lui l'«art de chanter les fleurs et les oiseaux». Il tentera d'en adapter les règles à son époque, en maintenant la forme classique du genre. Il définira ainsi en 1936 la manière dont les poètes peuvent étendre la logique saisonnière propre au haïku à un environnement qui ne soit plus japonais. Les éléments du haïku qui résistent aux évolutions: métrique immuable, inspiration codée, grammaire classique, sont la substance même de cette poésie, estime-t-il. Et c'est sans doute pour cela que le haïku est toujours aussi populaire. Il étendra l'influence de l'école du «croquis pris sur le vif» sur tout le Japon, avec un sens de l'organisation qui fera de lui une référence incontournable du haïku contemporain. Il publiera lui-même des recueils de facture traditionnelle, mais il saura renouveler les thèmes d'inspiration; mentionnons Kyoshi kushu (Recueil de haïkus de Kyoshi; 1928) et un de ses manifestes, Genkon no haïku kai (D'un poème formé de suites de haïkus; 1903).
Présentation: Alain Kervern     Traduction des haïkus: Makoto Kemmoku et A. Kervern.



Nagareyuku daikon no ha no hayasa kana
Au fil de l'eau
Une feuille de navet
À toute vitesse



Kiri hitoha hiatarinagara ochinikeri
Feuille de paulownia
Offerte aux feux du soleil
Dans sa chute



Hata no gotoku nabiku fuyuhi o futo mitari
Comme un drapeau
Il flotte semble-t-il
Le soleil d'hiver



Ite-cho no ono ga tamashii oute tobu
Dans la froidure un papillon
À tire d'aile
Poursuit son âme



Toyama ni hi no ataritaru kareno kana
Lointaine cime
Que frappe le soleil
Terres dénudées



Mono okeba soko ni umarenu aki no kage
De chaque objet que l'on pose
Il naît quelque chose
Qui ressemble à l'automne



Kare ichi-go ware ichi-go aki fukami kamo
Un mot de lui
Un mot de moi
L'automne mûrit, je crois



Kozo-kotoshi tsuranuku bo no gotoki mono
Une année l'autre
Comme enfilées
Sur la même perche



Ozora ni mata wakiideshi kotori kana
Au firmament
Montent à nouveau
Des gerbes d'oiseaux



Temari-uta kanashikikoto o utsukushiku
Pour jouer à la balle
Si triste la comptine
Si jolie la voix

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Mutsuo TAKAHASHI

Mutsuo Takahashi est né en 1937 à Kita-kyushu, Fukuoka, et il habite à Zushi, Kanagawa. Après ses études universitaires, il s'est installé à Tokyo et s'est lié d'amitié avec des artistes de diverses disciplines. Romancier, dramaturge, librettiste, essayiste et poète, il écrit parallèlement des poèmes modernes et des poèmes de formes traditionnelles. Trois recueils de ses poèmes et un disque compact (Voice Garden - Koe no niwa) ont été traduits et publiés en anglais; ses poèmes ont par ailleurs été traduits et publiés en diverses langues. Il participe à des lectures publiques, tant au Japon qu'à l'étranger. Principales publications: la pièce de théâtre Ojo Media (Princesse Médée; 1984, Prix Kenkichi Yamamoto de la Fondation globale pour l'échange international); les recueils de poèmes modernes: Okoku no kozo (Structure du royaume; 1982, Prix Rekitei commémorant Toson Shimazaki), Usagi no niwa (Jardin des lapins; 1987, Prix Jun Takami), Tabi no e (Peinture de voyage; 1992, Prix Camélia), Ane no shima (Îles de mes soeurs; 1995, Prix de la Maison de la poésie japonaise moderne; les recueils de haïkus: Kyuku cho (Cahier des anciens poèmes; Yukawa shobo, 1973), Kodo sho (Extrait des ouvrages d'un enfant féroce; Ringo-ya, 1977), Kanazawa hyakku (Cent haïkus à Kanazawa; Chikuma shobo, 1993), Tamamono (Don; Seikoku shooku, 1998); le recueil de haïkus et de tankas Keiko onjiki (Exercice - manger et boire; 1987, Prix Yomiuri) et l'essai Watashi jishin no tame no haiku nyumon (Introduction au haïku pour moi-même; Shincho-sha, 1992).
Présentation: Ryu Yotsuya     Traduction des haïkus: Ryu Yotsuya et André Duhaime.



Sumi o mote sumi utsu yami o hakaru tote
Il bat un morceau de charbon de bois
Contre un autre
Comme pour mesurer la profondeur des ténèbres.



Zu ni nose te katsu shitatarasu kata ni chi ni
Elle emporte de l'eau sur sa tête
En fait dégoutter
Sur ses épaules et sur ses seins.



Tabi-zukue hitomoshi te kusaki tsuyu ni iru
J'allume la lampe sur la table de l'auberge.
Arbres et herbes sont déjà dans la saison des pluies.



Furusato wa tarai ni sizuku natsu no mono
Dans mon pays
Tout plongés dans l'eau de la cuve
Des vêtements d'été.



Atataka ya ware o hanaruru tsume no oto
Douce chaleur du printemps!
Le bruit des ongles que je coupe
Et qui tombent.



Arakusa no mina boku to naru taisho kana
Les herbes sauvages croissent
Jusqu'à devenir des arbres.
Jour de canicule!



Ichiburi ya yuki ni toritsuku nami-gashira
Plage d'Ichiburi.
Les crêtes des vagues se cramponnent à la neige.



Muragimo mo midori sasu nari tabi futsuka
La verdure teint même mes viscères.
Deux jours en voyage.



Hachi-gatsu ya kusa ni moyai te fune no retsu
En août
Une ligne de barques
Amarrées aux herbes.



Kari-makura arau nami yori hatsu-nezame
En voyage
Je me réveille du premier rêve de l'an
Où les vagues balaient mon oreiller.

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Suju TAKANO

Suju Takano (ou SUJU) est né à Fujishiro en 1893 et et il est mort à Sagamihara en 1976. Pendant ses études médicales à l'Université de Tokyo, il commence à composer des haïkus et se met à fréquenter Shuoshi Mizuhara. Devenu professeur de médecine, il continue à écrire de la poésie et, peu à peu, il se rapproche de l'école de Kyoshi Takahama, dont il devient un fidèle héritier spirituel. Cette école prône une «description objective de la réalité» dans des poèmes dont chacun doit être une allusion à la nature, celle «des fleurs et des oiseaux» que chante la tradition. Il restera un poète doué pour découvrir la beauté fugitive cachée dans les moindres instants de la vie quotidienne. Ses poèmes révèlent un sens aigu de l'«observation objective», chère à Kyoshi Takahama. En 1953, il lance la revue Seri (Ombellifères). Il a laissé plusieurs recueils, dont Hatsu garasu (Premier corbeau de l'an; 1947), Seppen (Flocon de neige; 1952) et Yaka-shu (Bouquet de fleurs des champs; 1953).
Présentation: Alain Kervern     Traduction des haïkus: Makoto Kemmoku et A. Kervern.



Hyakusho no chisuji no ware ni mugi aomu
Du sang paysan
Dans mes veines
Moisson bleue



Hojo no o-bisashi yori haru no cho
Du grand auvent
Du temple
Un papillon surgit



Yo no iro no shizumiyukunari o-botan
Elle sombre
Dans les flots de la nuit
La grande pivoine



Hane watte tento-mushi no tobiizuru
Fendue en deux ailes
La coccinelle
S'envole



Maimai no chisaki uzumaki tsuki no soba
Modeste spirale
De l'escargot
Tout près de la lune



Mata hitori toku no ashi o kari hajimu
Quelqu'un d'autre encore
S'est mis à faucher
Les roseaux lointains



O-hoda o kaeseba ura wa ichimen hi
Je retourne
La grosse bûche
Dont l'envers est en feu



Hitohira no kareha ni yuki no kubomi ori
Sous une feuille morte
La neige
S'affaisse un peu



Sora o yuku hitokatamari no hana-fubuki
Au ciel s'en vont
Les pétales de cerisiers
D'une seule envolée



Namekuji no hidari magari to migi magari
Limaces virent
Les unes à gauche
Les autres à droite

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Hiroaki TANAKA

Hiroaki Tanaka est né en 1959 à Osaka et il habite à Shimamoto, Osaka, avec sa femme et ses trois filles. Il travaille comme ingénieur en électronique; il aime le sashimi et les plats japonais en casserole. En 1977, il a commencé à écrire des haïkus et à en publier dans la revue du groupe Ao (Bleu) dirigé par Soha Hatano, ancien élève de Kyoshi Takahama. Aujourd'hui, il continue son activité avec ses camarades en tenant un kukai, assemblée où les poètes composent et critiquent mutuellement leurs poèmes, trois fois par mois, et publie le bulletin Minase no (Champ de Minase); il est également membre du groupe Shin (Matin). Il s'intéresse beaucoup aux poètes chinois, tel Li Po, et à la philosophie d'Henri Bergson. Il a publié les recueils: Sanshin (Lettre de la montagne; édition privée, 1979), Kakan ikko (Un pot sous des fleurs de cerisier; Bokuyo-sha, 1985) et Oki tan (Histoire de la princesse des fleurs de cerisier; Furansu-do, 1992), ainsi qu'une anthologie des 350 meilleurs haïkus sur les nombres (Kagyu-sha, 1990).
Présentation: Ryu Yotsuya     Traduction des haïkus: Ryu Yotsuya et André Duhaime.



Kame naku ya otoko wa mukuchinaru beshi to
Une tortue chante.
On dit
Que l'homme fait mieux de rester silencieux.



Ureshiku mo naki amacha-butsu mite-i tari
Sans me réjouir
Je vois la statue de Bouddha nouveau-né
Arrosée de tisane.



Daigaku mo aoi matsuri no kino kyo
Tous ces jours
L'air de la Fête des mauves
À l'université aussi.



Tera no ko no akaki kao shite hechima-sui
L'enfant d'un bonze
A un visage rubicond.
De l'eau de luffa.



Kotogotoku zenshu ni ari kinukatsugi
Toutes ses oeuvres sont contenues
Dans cette collection.
Des colocases bouillies avec leur écorce.



Sukina e no urezu ni are ba kusa momiji
La peinture que j'aime
Reste invendue.
Feuilles rouges des herbes sauvages.



Tawabure ni biso o tsure te yukige no wa
Comme divertissement
Il emmène un beau bonze
Dans un champ recouvert de neige à moitié fondue.



Tanbai no ware ni atama o sage shi hito
Un homme
A incliné la tête pour me saluer
Moi qui me promenais en cherchant des fleurs de prunier.



Yaku otoshi taru hito no te no akaki kana
Les mains de l'homme
Qui a participé au rite purificatoire
Elles sont rouges.



Onozukara hito wa mukiai yo no nagashi
Deux personnes s'assoient
Inconsciemment face à face.
Que la nuit d'automne est longue!

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Santoka TANEDA

Né à Hofu en 1882, Santoka Taneda (ou SANTOKA) se situe dans la lignée de Seisensui Ogiwara, fondateur d'une école de haïku de style libre. Ses poèmes sont généralement appréciés pour leur dépouillement, et un rythme qui se coule dans la simplicité des mots quotidiens. Mais sa grande popularité tient au fait qu'il s'est pratiquement confondu, dans son oeuvre et dans sa vie, avec l'archétype même du poète selon la tradition classique qui veut que poésie et voyage relèvent d'une même démarche spirituelle basée sur le triptyque: pauvreté, solitude et méditation. Sa vie et son oeuvre sont étroitement liées, pensée, parole et action ne faisant plus qu'une seule et même chose. La première partie de sa vie ne fut qu'une suite d'échecs douloureux, puis, moine errant, il parcourut le Japon en tout sens, vivant d'aumônes et animant des cercles de poésie. «Quand vous voyagez, disait-il, vous arrivez à comprendre les êtres humains, la poésie et la nature.» Si la philosophie zen et le haïku furent ses compagnons de voyage, le saké aussi, puisqu'il mourut après un coma éthylique à Matsuyama, le 11 octobre 1940. Il laissa quelques recueils, faits de haïkus glanés au bord des routes: Hachi no ko (L'homme au bol de mendiant; 1932), Somoku-to (Le stoupa des herbes et des arbres; 1933), Sanko suiko (Voyage dans les montagnes et sur les eaux; 1935), Zasso fukei (Paysages d'herbes sauvages; 1936) et Kaki no ha (Feuilles de kaki; 1938).
Présentation: Alain Kervern     Traduction des haïkus: Makoto Kemmoku et A. Kervern.



Ichinichi ware to waga ashi-oto o kikitsutsu ayumu
Du matin au soir
Écoutant le bruit de mes pas
Je marche



Amadare no oto mo toshi totta
Le bruit des gouttes de pluie aussi
A vieilli



Ashi wa te wa shina ni nokoshite futatabi nihon ni
Laissant mains et jambes
En Chine
Les soldats reviennent au Japon



Mizu no aji mo mi ni shimu aki to naru
Le goût de l'eau
Me pénètre le coeur
Voici l'automne



Futto kage ga kasumete itta kaze
Soudain une ombre passe
Le vent



Tsuki kara hirari kaki no ha
De la lune
Tombe légère une feuille de kaki



Fumumai to shita sono kani wa katawa da
Je n'ai pas voulu
Marcher sur le crabe
Il est infirme



Ha no ochite ochiru ha wa nai taiyo
Les feuilles sont tombées
Plus de feuille à tomber
Soleil



Kare-yuku kusa no utsukushisa ni suwaru
Je m'assieds sur la beauté
De quelques herbes en train de se dessécher



Omoni o oute mekura de aru
Portant sur le dos un lourd fardeau
Un aveugle

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Moppo TOMITA

Né dans un quartier populaire de Tokyo en 1897, Moppo Tomita, c'est-à-dire «Tomita la jambe de bois», se voit privé de l'usage de ses jambes dès l'âge de deux ans. Ce handicap et la pauvreté l'empêchent de fréquenter même l'école élémentaire. Il apprend à lire tout seul. À partir de 1914, il envoie des haïkus à la revue Hototogisu (Le coucou), ce qui lui vaut d'être guidé et conseillé par Sekitei Hara (1886-1951) et Aro Usuda (1879-1951). En 1917, il se lie d'amitié avec Seifu Arai (1897-1972), directeur de la revue Akane (Garance) qui publie, après sa mort, Moppo kushu (Les oeuvres complètes de Moppo Tomita). Un frère sourd-muet et des soeurs prostituées meurent de la tuberculose, maladie qui le frappe aussi. C'est en luttant contre ce mal qui le ronge et la misère qui le harcèle que Moppo Tomita consacre une existence difficile à la «voie du haïku». Il exerce plusieurs petits métiers et développe parallèlement un grand talent de poète. Moppo Tomita meurt brûlé lors du grand tremblement de terre de Tokyo en 1923.
Présentation: Alain Kervern     Traduction des haïkus: Makoto Kemmoku et A. Kervern.



Yume ni mireba shi mo natsukashi ya fuyu-ki-kaze
En rêve je les revois
La mort sera plus familière
Dans les arbres la bise



Mizu no yona kumo o suku hi ya shobu saku
Pareil à de l'eau
Le jour à travers les nuages
Iris en fleurs



Hitsugi moru yo o suzumi-go no ukagainu
Un enfant qui prend le frais
Me regarde veiller
Ma soeur dans son cercueil



Natsu-hajime nori no suna kamu asage kana
Début de l'été
Grain de sable dans une algue
Du petit déjeuner



Yamifusu ya semi nakashiyuku yoru no mon
Toute la famille est malade
Et la cigale chante
Aux portes de la nuit



Kusuri-gami ni ku o kaki tameru yosamu kana
Sur du papier à pharmacie
Je jette des poèmes
Nuit glacée



Unagi tomo narade aru mi ya satsukiame
Je ne suis plus un homme
Mais pas encore une anguille
Pluies de juin



Yosamusa ya fukeba isukumu aburamushi
Froid de la nuit
D'un souffle je cloue sur place
Un cafard



Nakitasa o futo utaikeri aki no kure
Du chagrin plein la gorge
Je fredonne soudain
Soir d'automne



Ari-domo no shiri mina hikaru haru-hi kana
L'arrière-train de chaque fourmi
Étincelle
Soleil de printemps

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Goro WADA

Goro Wada est né à Mikage en 1923 et il habite à Ikoma. En 1952, avec Itsuro Uhara et ses collègues de l'université, il a commencé à faire circuler un cahier littéraire, à écrire des haïkus et à publier dans la revue Byakuen (Hirondelle blanche) dirigée par Kanseki Hashi, auquel il a succédé en 1992. Il a été lié au groupe Uzu (Tourbillon) de Toshi Akao, haïkiste d'avant-garde, et au groupe Haiku Hyoron (Critique Haïku) de Shigenobu Takayanagi, haïkiste du Shinko Haiku (Jeune et nouveau haïku). Il a reçu le prix du Gendai haiku kyokai (Association du haïku contemporain) en 1969. Le grand tremblement de terre a détruit sa maison à Kobe en 1995; cette expérience est devenue un des motifs les plus importants de sa création. Il a publié les recueils: Nanajuman Nen (Sept cent mille ans; Haiku Hyoron Sha, 1968), Sakura-mori (Gardien de cerisiers; Shoshi kisetsu Sha, 1984), Horyuji Densho (Récit transmis oralement au temple Horyuji; Chuseki-sha, 1987), Shokan (Calme momentané; Chuseki-sha, 1993) et Sokkyo no yama (Montagne improvisée; Umesato shobo, 1996), les essais: Haijin sobo (Voyez au loin les haïkistes; Chuseki-sha, 1989), Haiku to shizen (Haïku et Nature; Shokabo, 1989) et Akao Toshi no sekai (Le monde de Toshi Akao; Umesato Shobo, 1991).
Présentation: Ryu Yotsuya     Traduction des haïkus: Ryu Yotsuya et André Duhaime.



Sansanto aki no taiko o kutsugaesu
Le soleil fait briller le grand lac
De tout son éclat
Jusqu'à ce qu'il le renverse.



Tokyo o ichinichi aruki shokatsu-sai
J'ai marché dans Tokyo
Toute la journée.
Fleurs de grandes giroflées.



Shinu toki wa sobyo araware haru no tsuki
Quand il mourra
Un dessin apparaîtra devant lui.
La lune du printemps.



Yume sameyo tenjo taifu tako agaru
Revenez de votre rêve!
Un cerf-volant monte
"Grand vent dans le ciel" y est écrit.



Doko ni jushin nemuri ori shi kana
Dans une pupille
Le corps d'une bête dormait
À cet instant-là.



Isshi tari nu hiru no gaganbo hon atsushi
Journée,
Une patte manque à la tipule.
Livre épais au-dessous.



Yama o saki otoko ori kuru nigatsu kana
Un homme déchire la montagne
Et en descend.
Février.



Haru no so sanchu ni kigi tachidomari
Funérailles du printemps
Des arbres s'arrêtent
Dans la colline.



Butto no yume mite asa no samusa kana
J'ai rêvé de la tête du Bouddha
Et après
Froid du matin.



Furue-ji no waga na o nokosu tera no fuyu
Je laisse mon nom
Écrit en tremblotant
Dans le cahier du temple d'hiver.

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Seishi YAMAGUCHI

Seishi Yamaguchi (ou SEISHI) est né à Kyoto en 1901 et il est mort à Nishinomiya en 1994. Il participe très vite aux activités du club de haïku de l'Université de Kyoto. Puis, il organise le club de haïku de l'Université de Tokyo. Il devient disciple de Kyoshi Takahama, et se retrouve au coeur du mouvement littéraire de la revue Hototogisu (Le coucou). Ami de Shuoshi Mizuhara, il promeut bientôt un courant novateur, opérant un changement radical quant à la conception même de ce qu'est un haïku. Ce ne sera plus l'«art de chanter les fleurs et les oiseaux», mais la ville et la vie moderne. Son premier recueil, Toko (Havre glacé; 1932), révèle à travers une sélection de 300 poèmes un ton audacieux qui fait date dans l'histoire du haïku. Puis, en 1935, il publie Koki (L'étendard jaune), journal d'un périple effectué en Corée et en Mandchourie; il s'y positionne clairement vis-à-vis du courant partisan d'un haïku sans allusion saisonnière. Ensei (Lointaine étoile) paraît en 1945; c'est une oeuvre qui confirme l'originalité de sensibilité et d'inspiration de Seishi Yamaguchi. Après la guerre, un grand débat sur ce que doit être le haïku s'instaure, et, en 1948, Seishi Yamaguchi crée la revue Tenro (Sirius). Dépassant les débats sur la forme, il apporte une contribution approfondie et sans concession sur la nature du genre, et sur son essence fondamentale.
Présentation: Alain Kervern     Traduction des haïkus: Makoto Kemmoku et A. Kervern.



Kaze hikite chikara wa yubi no aida moru
Grippé
La force me glisse
Entre les doigts



Natsu-kusa ni kikansha no sharin kite tomaru
Dans les herbes d'été
Les roues de la locomotive
S'immobilisent



Tsuki no de no kinaru umi e to hiki susumu
La lune se lève
Vers la mer qui jaunit
Se traîne un crapaud



Shichigatsu no aone majikaku yokoro
Juillet
Près des montagnes bleues
Un haut fourneau



Hotaru ete shonen no yubi midori nari
Luciole captive
Les doigts du garçonnet
Tout verts



Karikarito kamakiri hachi no kao o hamu
La mante religieuse
Croque
Une tête d'abeille



Katatsumuri uzu no owari ni ten o utsu
Point final
De l'escargot
Au milieu de sa coquille



Haru no hi ya posuto no penki chi made nuru
Soleil de printemps
Boîte aux lettres repeinte
Dégoulinades jusqu'à terre



Pisutoru ga puru no kataki mo ni hibiki
Le coup du départ
Rebondit à la surface dure
De la piscine



Mizusumashi ugoku kazu dake minawa umu
Un insecte remue
Des rides naissent
En nombre sur l'eau

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Ryu YOTSUYA     loupe@big.or.jp

Ryu Yotsuya est né à Sapporo en 1958 et a grandi à Tokyo où il habite toujours. Il a commencé à écrire des haïkus en 1972. En 1987, avec Niji Fuyuno, il a fondé la revue Mushimegane (Loupe). Il a publié diverses critiques sur le haïku, sur la peinture moderne et sur le cinéma; ses essais sur Ippekiro Nakatsuka (1887-1946), fondateur du haïku de forme libre, et sur Natsuyuki Nakanishi (1935), peintre contemporain majeur, ont eu un grand retentissement. Il a publié le recueil de haïkus Jiai (La Charité; Kumo-shuppan-sha, 1987), Tomizawa Kakio (Kakio Tomizawa: critique sur un haïkiste; Kagyu-sha, 1995) et l'anthologie de haïkus japonais contemporains Gendai Haiku Shusei (Rippu-shobo, 1996).
Traduction des haïkus: Ryu Yotsuya et André Duhaime.



Hime-jo'on hime-jo'on hime-jo'on te no kasho ari
Vergerettes,
Vergerettes,
Vergerettes.
Brûlure à la main.



Asa no haigyo gakki no gotoku mado narabu
Bonjour, le dipneuste!
Ainsi que des instruments de musique
S'arrangent les fenêtres.



Yugata ippon no susuki to natte to o mite iru
Soir.
Il est une haute tige de graminacées
Regardant la porte.



Keshi-gomu no kasu mina nagaki hikan kana
On hiverne.
Elles sont toutes longues
Les saletés de la gomme à effacer.



Doki seri sora ni tsubame no mitsuru hodo
Le coeur palpite
Jusqu'à ce que le ciel
Soit plein d'hirondelles.



Warai ai kyanpu no hai no tamari keri
Nous riions.
Au camping
S'accumulait la cendre.



Ao budo kaze o oikosu koe ari ki
Une grappe de raisin vert bougeait,
Et une voix a précédé le vent.



Haru no yoi shiro hato no o ni kage tamaru
Crépuscule de printemps
Les ombres s'assemblent
Sur la queue d'un pigeon blanc.



Natsu giri ga kutsu no katachi de kuru asa ka
Matin d'été
La masse de vapeur qui vient
A la forme d'une chaussure.



Yume tsuzuku tenisu no netto yureru yume
Le rêve continue.
Bouge un peu
Le filet du court de tennis
Dans le rêve.

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