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I L   É T A I T   U N   P E T I T   P O È M E
(ou encore cliquer ici pour lire le nouveau document : Autour du haïku et du tanka)

André DUHAIME

(André Duhaime anime des ateliers d'écriture
dans le cadre du programme « Les écrivains à l'école »
)





Introduction    Objectif
Un peu d'Histoire    Un haïku … c'est un poème
Exemples commentés    Atelier d'écriture






NOUVELLES PUBLICATIONS




Les albums jeunesse
pissenlits et mauvaises herbes
et
des têtes des queues des pattes
haïkus de André DUHAIME
avec illustrations de Romi CARON
sont parus chez Christian Feuillette éditeur
4252, rue Chambord Montréal (Québec)
Canada H2J 3M2
www.feuillette.ca









     
INTRODUCTION


      En arrivant sur ces pages, vous avez peut-être soupçonné un dépaysement mystérieux, mystique même! Si c'est le cas, je tiens à corriger cette impression… ni kimono, ni hara-kiri, ni sushi en vue, malheureusement! Avec les noms d'automobiles et d'appareils électroniques, bonsaï, ikebana, kabuki, koto, origami et sumo sont des mots entrés dans notre quotidien et qui ont affiné l'idée que l'on se fait du Japon. La curiosité pour les arts traditionnels du Japon a crû, peu à peu, avec l'ascension économique d'un pays qui n'a ouvert ses portes sur l'Occident que depuis un peu plus d'un siècle. Il n'est pas étonnant que cette culture en fascine plus d'un et suscite le désir d'aller au-delà de certains clichés. C'est donc dans un esprit d'exploration que nous aborderons le haïku: "se rapatrier par le détour du dépaysement", comme l'écrivait le poète québécois Jacques Brault, et se "repayser" dans notre environnement quotidien, dans notre ici/maintenant. Pour reprendre également les mots de l'écrivain yougoslave Ivo Andric: "Le plus bel effet est atteint en poésie lorsque le poète réussit à surprendre le lecteur par quelque chose de connu" et encore: "L'éphémère, c'est la vie même."



OBJECTIF


      Cet atelier se veut une initiation à la poésie. Il y a divers types de poèmes et diverses conceptions de ce qu'est la poésie. Les élèves devraient idéalement être exposés lors de rencontres/ateliers à diverses formes de poèmes (acrostiche, anagramme, calligramme, haïku, lipogramme, sonnet, ou encore à des jeux tel "À la manière de…"); ils devraient lire des poèmes plus accessibles avant d'être mis en contact avec les grands poèmes, les chefs-d'œuvre de la poésie de la langue française.
      Avec le haïku, les étudiants sont amenés à la découverte de leur environnement, des autres et d'eux-mêmes, notamment de leur aptitude/plaisir à écrire un poème. La dimension "nature" (cycle des saisons) du haïku permet justement de regarder autour de soi, de prendre conscience et de nommer les objets et les êtres, les événements et phénomènes saisonniers, tant à la campagne que dans un milieu urbain. Importante est la section "atelier", laquelle va tout à fait dans le sens étymologique du mot grec "poiêsis" ("créer"): ne pas seulement écouter des poèmes ni seulement écouter un poète, mais bien tenter d'écrire quelque chose soi-même, un ou deux haïkus!
      Avec le haïku, on tente de fuir le rêve, on tente de ne pas s'évader: il faut entrer dans le réel et le nommer. On tente de fuir le joli: le beau et le vrai ne sont pas toujours jolis. On tente de faire autrement qu'avec la rime et les figures de style (métaphore et personnification). On tente de sortir des stéréotypes qui viennent, naturellement dirais-je, quand on prononce le mot "poésie": une conception quasi innée de la poésie est bien celle d'un texte qui rime, avec allures romantique, surréaliste ou encore symboliste.



UN PEU D'HISTOIRE


      Le haïku est une forme poétique d'origine japonaise qui existe depuis plusieurs siècles; cette forme classique a une longue histoire et est très présente au Japon et un peu partout dans le monde d'aujourd'hui. En effet, depuis un peu plus d'un siècle, et surtout depuis la Seconde Guerre mondiale, il a traversé les frontières du Japon. Durant le seul 20e siècle, au Japon où prime le principe maître/disciple et où l'adhésion à telle école plutôt qu'à telle autre est essentielle dans la pratique du haïku, cette forme poétique a connu une quinzaine d'écoles majeures et il est plutôt imprécis de parler du "haïku", il faudrait parler du "haïku selon…", ce qu'on ne fait pas en Occident, faute de documentation appropriée. Ainsi, il faudrait dire le haïku selon Bashô (1644-1694). Le haïku selon Buson (1716-1783). Le haïku selon Issa (1763-1827). Le haïku selon Shiki (1867-1902), père du haïku moderne, celui-ci a mis de l'avant l'école "shasei" (ou "description d'après nature" ou "croquis pris sur le vif": c'est l'école à laquelle j'adhère le plus spontanément et la surnomme "croqué sur le vif"); c'est à lui que l'on doit l'appellation "haïku" et non plus "hokku". Le haïku selon Kyoshi (1874-1959), héritier de Shiki, codificateur très strict et propagateur du haïku dit traditionnel qui chante "les fleurs et les oiseaux". Le haïku selon Hekigodo (1873-1937), autre disciple de Shiki et chef de file du haïku avant-gardiste et expérimental, tant pour l'esprit que pour la forme (ni 5/7/5 syllabes ni kigo).



UN HAIKU … C'EST UN POÈME


      Le haïku est un poème! Emprunté à une tradition autre et loin du souffle poétique occidental, le haïku peut sembler anodin au premier abord; en fait, il est banal ou sublime, tout se jouant sur la corde raide tendue entre le poète et le lecteur. Il diffère des autres textes brefs (proverbe, maxime, sentence, aphorisme ou poème bref), les sens et le concret du quotidien y dominent, l'abstraction et la généralisation en sont préférablement absents. La grande difficulté pour les débutants, c'est de vouloir trop dire, tout dire (fragmentaire, un seul détail doit suffire pour évoquer le tout), de vouloir faire très beau (le haïku est un poème "vrai").
      Sa principale caractéristique est de "dire l'instant dans l'instant", de situer dans le temps et l'espace, tel un polaroïd. Il est en même temps l'expression du permanent et de l'éphémère. La convivialité du haïku en fait un poème facile d'accès, notamment par sa simplicité apparente, sa pratique se démontre toutefois tout autre.
      Sa seconde caractéristique est sa brièveté. Il est traditionnellement composé de 17 syllabes, réparties sur trois lignes (5/7/5 syllabes). Il est souhaitable de respecter cette pratique lors de premiers contacts avec le haïku; il faut quand même savoir que les grands maîtres ne se sont pas laissés contraindre par cette pratique.



EXEMPLES COMMENTÉS


      Voici quelques exemples de haïkus. Les éléments qui vont suivre, s'il faut les séparer pour les analyser, il faudrait normalement tenir compte de tous en même temps lors de la composition d'un haïku.

a - les saisons
      D'une façon générale, beaucoup de haïkus traditionnels évoquent une des quatre saisons, ceci parfois d'une façon très vague ou parfois sur un élément tout à fait spécifique à une saison. Le poème est ainsi situé dans le temps et dans l'espace, il n'est pas une idée abstraite. Le but du haïku est de transmettre l'intensité d'un moment avec très peu de mots, comme si tu prenais une photo de l'instant présent. Il s'agit d'un moment pris sur le vif de la vie quotidienne, d'un bonheur minuscule, d'une peine soudaine, d'un court souvenir, d'un peu de tout!

après avoir fait
un beau grand tas de feuilles
hop! sauter dedans
les pelouses couvertes
de milliers de pissenlits
un autre bouquet

b - le 17 syllabes ou le "5/7/5"
      Le 5/7/5 est une structure japonaise que les premiers traducteurs de haïkus ont adoptée , un peu arbitrairement, pour des raisons de composition graphique peut-être, afin de rendre le haïku japonais qui est écrit en 17 "onji" (mais pas toujours, ni aujourd'hui ni pour les maîtres comme Bashô et Issa) en une seule ligne verticale. On peut tenter l'exercice de le respecter, ce qui fait un très bon exercice stylistique, ou non.

nuit de la St-Jean
avec le feu d'artifice
voilà les vacances
du matin au soir
chercher quelque chose à faire
la pluie n'a cessé

c - sans rime
      Le haïku est composé de trois vers qui ne sont pas rimés, sinon accidentellement deux lignes seules peuvent rimer. Cette caractéristique habituelle de la poésie est absente du haïku. Le haïku prend sa force non dans la rime mais bien dans les autres éléments que nous analysons présentement.

une bande d'oiseaux
s'agitent bruyamment
dans un arbre sans feuilles
un cerf-volant monte
devient bientôt tout petit
dans le grand ciel bleu

d - la syntaxe
      Une phrase incomplète est souvent le propre du haïku, fragment de la réalité. Les haïkus d'hiver peuvent laisser entendre que le froid favorise une communication minimale. Verbe à l'infinitif dans un cas et verbe absent dans l'autre. Absents aussi les sujets.

trottoir verglacé
aller à pas incertains
dans d'autres pas
sur l'étagère
dans un rayon de soleil
un château de sable

e - les cinq sens
      Un haïku est généralement le fruit d'un de nos cinq sens: le toucher, le goût, l'ouïe, l'odorat ou la vue. Il fait appel à un sens pour percevoir le réel et non à l'intellect.

après la cueillette
dans toute la maison
l'odeur des pommes
au retour de l'école
un groupe passe en chantant
comme ce midi

Il combine parfois deux ou trois sens dans un même texte. Dans certains cas, le haïku est né de plusieurs sens activés simultanément. Et parfois, comme ci-dessous, ce sont tous les sens qui entrent en action. Dans un cas, après le bruit des gouttes d'eau, il y a le toucher de s'asseoir, le parfum et la vue des lilas, le goût de la crème glacée. Dans un autre, l'odeur et le goût des fraises, le toucher de la cueillette, la vue du rouge et, on peut l'imaginer, les éclats de voix des jeunes cueilleurs enthousiastes!

après l'averse
s'asseoir près des lilas
avec une glace
le rouge des fraises
tache les doigts et la bouche
des jeunes cueilleurs

f - la métaphore et la personnification
      La métaphore et la personnification devraient être absentes du haïku. Comme nous sommes des Occidentaux et que notre poésie nous influence même en composant des haïkus, il est difficile d'éviter toutes ces figures de style: les utiliser d'une façon minimale reste souhaitable.

sur les vitres
des traces de nez et de doigts
regardent la pluie
bonne grand-mère
la pleine lune veille
sur les tulipes

g - parfois un peu rigolo
      Écrit de manière très simple mais précis, subtil et dense, le haïku cherche parfois à faire sourire, sans être à proprement parler une blague, du seul fait qu'il met en scène un fait cocasse, rigolo.

fondant puis regelé
le bonhomme de neige
arqué contre le vent
là-bas un gros homme
fait un château de sable
avec une pelle à neige

h - la musicalité
      La musicalité (sonorité) du haïku renforce la signification, d'une façon subtile sinon inconsciente pour le lecteur. C'est bien subjectif mais quand même, voici… Le "p" évoque les mouvements saccadés de l'oiseau et les nasales font ressortir le très jeune âge de l'enfant qui n'a pas encore un langage bien articulé. Les "j" évoquent le froid qui règne alors que le "o" symbolise le milieu clos qu'est une voiture.

le moineau surpris
regarde et prend le pain
lancé par l'enfant
leurs joues rougies
les plus jeunes somnolent
au chaud de l'auto

i - choisir deux mots
      En cas de panne d'inspiration et pour stimuler l'imagination, on peut chercher le premier et le dernier mot du haïku à écrire ou choisir un mot et son contraire; dans certains cas, on peut avoir deux mots en tête - par exemple, hiver et fraises - , éloignés l'un de l'autre en apparence mais qu'un fait vécu ou qu'une perspicace observation de la vie quotidienne uniront. Ou encore, il peut y avoir deux mots qui trottent dans la tête - par exemple, été et guimauve -, un peu de travail de composition parviendra à les inclure dans un même haïku.

dans ce long hiver
que des fraises surgelées
sont un bon dessert
dernier signe de l'été
l'odeur du feu de camp
et des guimauves




     
ATELIER D'ÉCRITURE


  • lire divers haïkus,
  • exposer brièvement les principales caractéristiques du haïku,
  • choisir un thème relatif à une saison,
  • faire un remue-méninge sur les réalités extérieures propres à cette saison: flore, faune, vêtements, aliments, sports, etc. Les écrire au tableau,
  • reprendre l'énumération de ces mots en les situant dans le temps, durant le jour (matin, midi, soir) ou la nuit,
  • reprendre une autre fois cette énumération en tentant de prendre conscience du rôle joué par les sens (premièrement l'odorat, l'ouie, le goût, le toucher et finalement la vue, sens souvent trop présent),
  • demander aux participants de raconter un fait vécu, un souvenir, relatif au thème,
  • en grand groupe, tenter de mettre en 5/7/5 un de ces récits,
  • laisser une période de silence pour permettre aux participants d'écrire leur propre haïku,
  • écrire au tableau quelques-uns de ces haïkus et les commenter (les polir, les corriger) selon les caractéristiques du haïku exposées au début de l'atelier.


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Les haïkus d'André Duhaime sont extraits de
Le Soleil curieux du printemps, Châteaux d'été,
Automne! Automne! et Bouquets d'hiver,
albums publiés aux Éditions des Plaines.





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