quebec .

CANADA (français)


Micheline BEAUDRY
Yves BRILLON
Lisa CARDUCCI
Vitomir DJENIC
André DUHAIME
Célyne FORTIN
Jacques GAUTHIER
Carol LEBEL
Paule-Andrée LECOMPTE
Robert MELANÇON
Guy MÉNARD
Bertrand NAYET
Jeanne PAINCHAUD
Alphonse PICHÉ
Alain RAIMBAULT
Jean ROYER
Jocelyne VILLENEUVE
Évelyne VOLDENG


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Micheline BEAUDRY     beaudrymicheline@hotmail.com

Née à Montréal en 1942, Micheline Beaudry habite en Montérégie. Retraitée du service social en psychiatrie, elle écrit de la poésie libre, de la prose et du haïku depuis 1999. A publié l'essai Les maisons des femmes battues au Québec (Éditions Saint-Martin, 1984; Battered Women, Black Rose Book, 1985, traduit par Lorne Huston et Margaret Heap). Ainsi que: La forêt de verre (poème du collectif Jongleries, Éditions du CRP, 1998). Marées sous la lune (poème, 2e prix de la revue Arcade, no 48, mars 2000). Participation aux anthologies Haïku et francophonie canadienne (2000), Chevaucher la lune (2001), 55th Basho Festival Haïku Anthology (2001), Hopala (2002), Dire le Nord (2002). Participation aux sites électroniques Temps Libres (de Serge Tomé), De Vous à nous (animé par André Duhaime) et le journal Lynx (dirigé par Werner et Jane Reichhold). Nature morte (poème, 1er prix ex-aequo, dans la revue Brèves littéraires, 2003). A publié les ouvrages Blanche Mémoire (recueil de renku avec Jean Dorval, Éditions David, 2002) et Mammaires (récit, revue Planète Rebelle, 2003).



la lune
arrondit la nuit d'eau
au détour du fleuve


en eaux claires
l'automne et le thé
mêlent leur rousseur


le grillon
il prolonge la soufflerie
de l'ordinateur


le fleuve ne gèle pas
il coule plus lent et plus lourd
dans l'hiver doux


dans la fenêtre
le soleil ne se couche plus
à la même place


chez l'antiquaire
au fond de l'armoire vide
les rais de soleil


courber la tête
en passant sous le lilas
lourd de neige


brume de pétrole
l'autoroute tire un trait
sous le soleil rouge


au cimetière
stèle surmontée d'une croix
jeu d'échecs


le feuillage du saule
puis mes cheveux inclinés
dans le même vent

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Yves BRILLON     brillon@videotron.ca

Yves Brillon est né à Montréal en 1938. Il a fait des études de sociologie à l'Université de Genève, et de criminologie aux Universités de Lausanne et de Montréal, où il a obtenu un doctorat. Chercheur et professeur titulaire, il a travaillé à l'Université de Montréal, au Centre international de criminologie comparée et au Centre de recherche en droit public, de 1971 à 1999. Il a publié de nombreux articles et deux livres dont Ethnocriminologie de l'Afrique noire (Éditions J.Vrin, 1980). En novembre 1997, il a ouvert le site de poésie L'Île de Calliope où, en plus de présenter ses poèmes, il a élaboré une anthologie des poètes du web. Il a publié des haïkus dans les collectifs Haïku et francophonie canadienne (Éditions David, 2000), Chevaucher la lune (Éditions David, 2001) et, en anglais, Sun Through the Blinds (Shoreline, 2003). Certains de ses haïkus ont été traduits en russe, en juillet 2004, et figure sur un site littéraire.





au coucher du jour
grand-mère endormie dans l'ombre -
le tricot achevé


nouvelle voisine -
des soutiens-gorge plus longs
sur la corde à linge


au jardin public
les traces dans la neige
d'anges envolés


une autre nuit blanche -
elle regarde par la fenêtre
tomber la neige


l'arbre de Noël
clignotement de couleurs
dans les yeux du chat


première neige -
sous le noyer du jardin
des traces d'écureuils


matin frisquet -
dans la buée du pare-brise
deux cœurs entrelacés


surface du lac
soudain baignée d'accalmie
l'automne à l'envers


la pluie a cessé -
il n'y a dans le jardin
qu'un saule pleureur


flaque d'eau -
la voiture éclabousse
un coin de ciel bleu

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Lisa CARDUCCI     lisaceleste@163.com

Lisa Carducci est née à Montréal en 1943. Après 30 ans d'enseignement du français et de l'italien au Québec et en Chine, elle travaille à la Télévision Centrale de Chine, à Beijing. Auteur de vingt livres, en français ou en italien, elle a aussi publié maints articles et textes littéraires dans des revues, journaux et anthologies au Canada, en France, en Italie, en Chine, etc. Elle a tâté de tous les genres: poésie, roman, nouvelle, journalisme, théâtre, littérature pour enfants et même dessins animés. Mentionnons son recueil de haïkus Sous le vent est-ouest (BeiYue WenYi ChuBanShe, 1993), publié en français et en chinois, et le recueil de renkus D'une saison à l'autre (avec André Duhaime; Le Loup de Gouttière, 1993) et La Chine, telle que je la vis (une coédition des Éditions Littérature chinoise de Beijing et Humanitas de Brossard, 1998. Elle a coécrit le renku La Corbeille.



livre ouvert gelé
le nord gémit dans le vent
sur la page blanche


au temps de l'amour
mes rêves d'espace libre
meublé de fantômes


tes mains sur ma peau
parmi les rayons lunaires
font du cinéma


un ciel bleu baiser
croit au leurre transparent
de l'éternité


boulevard vivant
ma peur a couleur de fièvre
et goût de violon


jouer sur ton corps
au silence des étoiles
un air de guitare


mes mains te regardent
étrange photographie
où mes yeux te touchent


tu connais par coeur
la grammaire de mon corps
et son dictionnaire


pendant ton sommeil
je joue avec les nuages
et tu n'en sais rien


entre les étoiles
il faut bien un peu de ciel
de lumière tue

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Vitomir DJENIC

Vitomir Djenic est né le 15 novembre 1971 à Banja Luka, ex-Yougoslavie, et habite à Hull, Québec, depuis août 1995. Technicien en santé animale, il écrit depuis une dizaine d'années, sans toutefois avoir vu son oeuvre publié. Il s'intéresse au haïku depuis son arrivée au Canada et travaille à un premier recueil.
Traduction: Vitomir Djenic, André Duhaime et Olivera Skiljevic.

moji drugovi
ljudi bez adresa


na stanici
ja cekam
prolece


autobus
bez slobodnog mesta
zimsko jutro


most drzi
obale
reke


slika kuce
u novcaniku
putnika


poznata lica
iza nepoznatih
maski


sirove misli
sazrevaju na papiru


u poljima psenice
zaspalo sunce
i jesen


tri puta vec
pocinjem
istu pesmu


na trotoarima
leto i stolovi
puni smeha
mes amis
les hommes sans adresse


à la gare
j'attends
le printemps


l'autobus
sans place libre
matin d'hiver


le pont tient
les bords
de la rivière


une photo de sa maison
dans le portefeuille
du voyageur


des visages connus
derrière des masques
inconnus


des pensées vertes
mûrissent sur le papier


sur les champs de blé
le soleil couchant
et l'automne


trois fois déjà
je recommence
le même poème


sur les trottoirs
l'été et les tables
pleins de rires
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André DUHAIME     andreduhaime@videotron.ca

André Duhaime est né à Montréal en 1948. Il habite dans l'Outaouais depuis 1971. Il est professeur de français, langue étrangère. Depuis le début des années 80, parallèlement à l'exploration du récit de rêve (Clairs de nuit, Triptyque, 1988 et Pour quelques rêves, David, 1996), son activité littéraire se caractérise par la pratique des formes classiques de la poésie japonaise. Il anime des ateliers d'écriture. Principales publications: Haïkus d'ici (haïkus; Asticou, 1981), Haïku: anthologie canadienne/Canadian Anthology (codirection avec Dorothy Howard; Asticou, 1985), Pelures d'oranges/Orange Peels (haïkus, traduction de Dorothy Howard; Asticou, 1987), Au jour le jour (haïkus; Noroît, 1988), Voyage parallèle/Parallel Journey (renkus, avec LeRoy Gorman; Asticou, 1989), Traces d'hier (tankas; Noroît, 1990), D'une saison à l'autre (renkus, avec Lisa Carducci; Le Loup de Gouttière, 1993), Cet autre rendez-vous (haïkus choisis; David, 1996), Quelques jours en hiver et au printemps (renku, avec Gordan Skiljevic, dessins de Louise Mercier; David, 1997), Hanging From the Clouds (haïkus; King's Road Press, 1998), Haïku sans frontières: une anthologie mondiale (David, 1998), De l'un à l'autre (renku, avec Carol LeBel, encres de Gernot Nebel; David, 1999), les recueils collectifs Haïku et francophonie canadienne (David, 2000), Chevaucher la lune: une anthologie du haïku contemporain en français (David, 2001) et Dire le Nord (codirection avec Francine Chicoine; David, 2002), ainsi que Par-delà les eaux (renku, avec Alain Kervern, Le Loup de Gouttière, 2005). Il a également les livres de haïkus pour enfants, avec illustrations de Francine Couture: Automne! Automne! (Éd. des Plaines, 2002), Bouquets d'hiver (Éd. des Plaines, 2002), Le Soleil curieux du printemps (Éd. des Plaines, 2003) et Châteaux d'été (Éd. des Plaines, 2003). Après une vingtaine d'années, soit la publication des recueils Peau de fleur (1979) et Visions outaouaises (1983), il publie le recueil de poèmes D'hier et de toujours (David, 2003). Il est coresponsable de ce site.



le monde ce soir
premier plaisir d'automne
peler des pommes


sur les vitres
des traces de nez et de doigts
regardent encore la pluie


fragment de rêve
champlain et bashô prennent le thé
sur la pointe nepean


trottoir verglacé
à petits pas
sur d'autres pas


mon ombre
avec de plus longues jambes
ne me distancie pas


la nouvelle lampe de chevet
ranime les cicatrices
du vieux mur


le vendeur si étonné
que je veuille acheter
le journal d'hier


tout à coup songeur
devant un plat de fraises
voici l'été


l'eau de l'arroseur
se répand sur le gazon
et sur le trottoir


après des années
une rencontre par hasard
nos courts cheveux gris

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Célyne FORTIN

Née en 1943, Célyne Fortin a coanimé les Éditions du Noroît de 1971 à 1991. Elle a publié les recueils de poésie: Femme fragmentée (Noroît, 1982), L'Ombre des cibles (Noroît, 1984), Au coeur de l'instant (haïkus, Noroît, 1986), D'Elle en elles (Noroît, 1989), Voir (L'Arbre à paroles, 1991) et Les Intrusions de l'oeil (Noroît, 1993). Elle a également publié, soit des textes, soit des dessins dans des revues au Québec, en France, en Allemagne et aux États-Unis,. Elle a aussi réalisé de nombreuses conceptions graphiques et/ou illustrations, fait trois livres d'artiste, à tirage limité, et participé à des lectures publiques.Elle a coécrit le renku La Corbeille.



la bise faisait
les joues couleur de corail
le corps marbre blanc


maison dans la neige
odeurs des lointains espaces
le ciel sert de toit


pieds et coeur nomades
l'espace à l'abandon
une fois de plus


la pierre bien chaude
sous les pieds juillet s'avance
au coeur de l'instant


des fougères exquises
leur ombre serait d'argile
tes jambes de plomb


si le vert est vert
un arbre un arbre pourquoi
suis-je une femme


un engoulevent
son vol découpe le ciel
en deux pans de gris


elle court longtemps
la plume pendant que l'oie
reste seule au sol


il y a du vent
il me faut (l')écrire mais
les feuilles s'envolent


j'entends ma voix mais
quelle est cette femme que
le miroir renvoie

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Jacques GAUTHIER     jacgau@aei.ca

Jacques Gauthier, né en 1951, est professeur à l'Université Saint-Paul d'Ottawa. Poète et essayiste, il a publié plus de vingt-cinq livres, dont plusieurs recueils de poèmes aux Écrits des Forges et aux éditions du Noroît, notamment La joie blessée (1992), Les lieux du cœur (1993), Marcheur d'une autre saison (1995), Ce jour qui me précède (1997 - Prix de l'Alliance française d'Ottawa-Hull), L'empreinte d'un visage (1999 - Prix du Café Quatre Jeudis), et un récit aux Écrits des Hautes-Terres, Le voyage de l'absente (1999). Son essai Les défis du jeune couple (Le Sarment-Fayard, 1991) est traduit en quatre langues (néerlandais, italien, portugais, espagnol). Il a fait paraître à cette même maison d'édition La crise de la quarantaine (1999). Spécialiste du poète Patrice de La Tour du Pin, il a publié au Québec et en France quatre importants ouvrages sur sa vie, son œuvre et ses hymnes liturgiques. Il a aussi publié deux ouvrages sur Thérèse de Lisieux aux Éditions Anne Sigier, et deux autres sur Jean de la Croix et saint Paul aux éditions Fides. Il a publié une premier roman historique, Le secret d'Hildegonde (Vents d'Ouest, 2000).



me voilà debout
dans ma maison intérieure
où l'enfant demeure


gravir la montagne
pour mieux s'abaisser
prendre son envol en soi


je passe en solitaire
si près du soleil
sans m'égarer


ce qui s'entrouve au couchant
ma main sur ton sein
je ne finis pas de naître


l'aveugle voit mieux
le velours des corps
l'aura duveteux


une goutte de sueur
le pollen de mai
la pluie pour le reste


consentir à la flamme
qui danse de nuit
sourde et muette


écoutez l'été
retenir le blé
pour la beauté d'un automne


je me reconnais
dans les feuilles au vent
regard bienveillant du temps


un enfant engrangera
ce que je n'ai pas semé
la couleur des mots

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Carol LEBEL     carollebel@hotmail.com

Carol LeBel est né à Québec en 1949 et il habite à Chicoutimi. Il enseigne la philosophie au Cégep de Chicoutimi. Il participe régulièrement à différentes manifestations culturelles. Il a publié divers recueils de poésie: Ivresse en miettes (1981), Curriculum vidé (Éditions de l'A.Z., 1982), Difficile de respirer dans les yeux des autres (Sagamie/Québec, 1984), À la sortie du corps (Sagamie/Québec, 1986), Arrêtez vos mots, je descends (Éditions de l'A.Z., 1991), L'Espoir du doute (Le Loup de Gouttière, 1992), Errances (haïkus; Le Loup de Gouttière, 1994), Petites éternités où nous passons (haïkus; Le Loup de Gouttière, 1997) et Des mondes nous échappent (haïkus; Le Loup de Gouttière, 2000) ainsi que De l'un à l'autre (renku, avec André Duhaime, encres de Gernot Nebel; David, 1999).



seul au motel
des silences étrangers
et un robinet bavard


en vitesse   elle quitte le café
dans le cendrier   une lettre déchirée


deux adolescents
se renvoient du pied un oiseau mort
dimanche   il pleut


funérailles nationales
des milliers de personnes
apprennent le nom d'un poète


je ferme un livre
je vais à la fenêtre
la nuit est grande


des fleurs à la main
saluer une inconnue
au cimetière


sur le même banc
deux vieillards font silence
le parc est désert


lueurs de l'aube
quelqu'un marche seul sur la plage


soir de lancement
trois ans de solitude
ce mince recueil


par la fenêtre
un gros glaçon s'égoutte
lentement   patiemment

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Paule-André LECOMPTE

Née à Montréal, Paule-Andrée Lecompte habite à Laval. Enseignante à la retraite depuis plusieurs années, elle occupe ses journées en s'adonnant à diverses activités plaisantes et créatrices. Sa soif d'apprendre l'incite à lire des biographies, des sujets historiques ou mystiques et des recueils de poésie; l'Égypte demeure un mystère qu'elle tente d'éclaircir. En septembre 1998, elle a créé un site web où on pouvait lire biographies, contes, légendes, poèmes et ses haïkus. C'est en naviguant sur le Web qu'elle a découvert le haïku, en décembre 1998, et cette merveilleuse découverte est devenue sa petite folie. En plus du haïku, elle a découvert le renku qu'elle pratique avec ses ami(e)s internautes.



balayés par les vents
les arbres se blottissent
sur le rivage


des notes de musique
tombèrent dans le silence
comme une pluie d'argent


deux rouges-gorges
pour un morceau de pain
se font la guerre


odeur puissante
parfum d'une chevelure
qui nous submerge


éternité dense
aux ailes de phalènes
plane dans la pénombre


soleil couchant
pour se faire une beauté
fait place à la nuit.


nuit admirable
la rivière
retient le clair de lune


la brise avait fui
le lac serein
rempli de nonchalance


de grand matin
l'écho d'un rire
voltige dans la plaine


comme l'épeire
tisse sa toile
la vie englue nos rêves

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Robert MELANÇON     melancor@ETFRA.UMontreal.CA

Né à Montréal en 1947, y vit. Robert Melançon a publié, entre autres: Peinture aveugle (VLB éditeur, 1979), Au petit matin (renga avec Jacques Brault; Hexagone, 1993), L'avant-printemps à Montréal (VLB éditeur, 1994), Notes sur un jour d'hiver (Éditions du Silence, 1997) et Neuf limericks neufs (Des Antipodes, 1998).



       Dans le parc soudain
très vide, un parapluie
       s'éloigne.


       Les bruits des voitures,
je les entends de la même
       oreille que les oiseaux.


       Tous dorment.
Je nage dans la nuit que
       verse la fenêtre.


       La pluie passe
dans la rue, papier
       qu'on froisse.


       Dans la neige fraîche
près du métro, mille flèches:
       pattes de pigeons.


       Les fourmis courent,
courent sur le patio
       tellement immense.


       Dans un verre d'eau,
3 tulipes, fanées,
       plus ou moins.


       Un vieil homme promène,
à pas lents, un vieux chien
       dans la pluie de 8 heures.


       Là, puis là, encore,
disparaît, apparaît, là,
       ici, la luciole.


       Train de nuit:
le cognement des boogies
       sur les rails - woogie.

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Guy MÉNARD

Guy Ménard est né à Granby, en 1948. Après des études de philosophie, de théologie et d'anthropologie, il enseigne quelques années en Afrique (Éthiopie), il est, depuis 1982, professeur au département des sciences religieuses de l'Université du Québec à Montréal et directeur de la revue Religiologiques. Il a publié des essais (De Sodome à l'Exode, Guy Saint-Jean, 1993; Les ruses de la technique (avec C. Miquel), Montréal et Paris, Boréal et Méridiens-Klincksieck, 1988; Petit traité de la vraie religion - à l'usage de ceux et celles qui souhaitent comprendre un peu mieux le XXIe siècle, Montréal, Liber, 1999). Il est également l'auteur de deux romans (L'accent aigu, Montréal, Leméac, 1983; Jamädhlavie, Montréal, Boréal, 1990), d'un recueil de poésie (Fragments, Montréal, Hurtubise HMH, 1978) et des recueils de haïkus Hiéroclips. Haïkus baroques (Montréal, Ex Libris + Poésie, 1998) et Les cloîtres (dessins en coffrets de Christiane Lemire et haïkus de Guy Ménard.) Voir son site.


si prenante, à l'aube,
au flanc du mont bleu, l'odeur
des eucalyptus


retenant leur souffle
en entendant le hoquet
des kalachnikovs


la forêt bruissait
de fées, d'elfes et de faunes;
Puck parlait à Pan


noire déchirure
hurlant sur la toile blanche
d'un grand Borduas


l'hyène ricane;
dans ses vieux murs, Harrar dort;
Rimbaud rôde encore


à l'heure où les faons
vont boire - au risque des fauves,
à l'insu de l'aube


le Petit Prince à
l'allumeur de réverbères:
«N'éteins pas la nuit!»


giclées d'or safran,
bronze bruissant, spasmes fauves,
grands râles porphyre


mon cœur en exil,
comme l'été banni, comme
un voilier d'outardes


gargouille alanguie,
sphinx à l'affût, noire énigme,
tu dors? tu m'épies?

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Bertrand NAYET     bnayet@atrium.ca

Originaire de France, Bertrand Nayet vit au Manitoba depuis 1975. Il a été agriculteur et traducteur; il enseigne actuellement le français et le théâtre au Collège Louis-Riel à Saint-Boniface. Il fait preuve d'éclectisme puisqu'il est comédien, peintre, écrivain (nouvelles, contes, pièces de théâtre et poésie). Il a publié le recueil de nouvelles La Vie quotidienne et autres champs de mines (Éditions du Blé, 1998) et le recueil de haïkus Juste un grand vent. Ses textes ont paru dans la revue littéraire Prairie Fire et dans des collectifs: Blé (publié par Les Éditions du Blé lors de leur 25e anniversaire), Théâtre en pièces (publié par les Éditions du Blé pour le 75e anniversaire de la troupe du Cercle Molière) et le recueil Haïku et francophonie canadienne (Éditions David, Éditions du Blé et Éditions Perce-Neige, 2000). Dans l'hebdomadaire La Liberté, il a publié une série de contes de Noël, les romans épistolaires Klondike et, en collaboration avec Charles Leblanc, Correspondances. En 1999, en hommage à Louis Riel et à l'exubérance littéraire, il fonde avec d'autres écrivains franco-manitobains Le Collectif des écrivains post-néo-riélistes dont il devient le secrétaire perpétuel. (Photo: Martine Pelletier)



sur l'amas de troncs
poussés par la Rouge en crue
un peu de neige


un merle a sifflé,
le chat suit du regard
la chute d'un pétale


une femme en bleu
aux seins lourds et ronds
derrière une poussette


un bruit
la nuit dans la maison,
mon fils grince des dents


l'enfant tousse dans la nuit,
un angle aigu
sur ma montre


matin d'hiver gris,
odeur d'orange fraîche
sur tes doigts


trois matins
que la petites nonne grise
ne nettoie plus le trottoir


derrière cet homme,
dans l'air sec et glacé,
l'odeur du tabac brûlé


au bout du sentier
le passage de mon souffle,
givre sur ma barbe


rivière en étiage
les piles du vieux pont
sont visibles à nouveau

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Jeanne PAINCHAUD     jeannepainchaud@hotmail.com

Jeanne Painchaud vit à Montréal. Elle a publié le recueil de récits Le tour du sein (Triptyque, 1992), les recueils de haïkus Je marche à côté d'une joie (Les Heures bleues, 1997) et Soudain (David, 2002) ainsi que Sous nos pas (renku en collaboration avec Francine Chicoine, David, 2003). Elle a monté une exposition de haïkus écrits par des poètes québécois, Haïkus, poèmes en trompe-l'oeil, des années 20 à aujourd'hui; d'abord présentée à Montréal en 1997, cette exposition a voyagé dans plusieurs villes du Québec. Son travail se caractérise par une approche ludique de la langue et par l'exploration de sujets tout à fait féminins, comme le sein et la relation mère-enfant.



Si j'avais gardé tout le sable
De tes souliers
Le temps n'aurait plus compté


Tu as froid dans mes bras
Tu veux que je réchauffe
Le vent


Une rognure d'ongle
Sur la tuile bleue
Une lune devant tes yeux


Dans tes cheveux   je découvre
Une lente   un pou
Comme on en trouve
Dans les très vieux haïkus


Chaque nuit depuis 2000 nuits
Sentir ton cou humide
Endormi


Des pleurs de perdant:
Au milieu des échelles
Tu tombes sur des serpents


Je n'ai pas pu imaginer
Ce tigre invisible
Que tu vois sur mon nez


Tranquillement
Tu pêches dans l'étang
Où une truite mange ses enfants


Entre nous deux
Une coccinelle inerte
Et ta petite tristesse


Tu aimes marcher
Devant moi dans mon ombre
Comment t'expliquer qu'à midi
Elle est cachée sous mes pieds?

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Alphonse PICHÉ

Né à Chicoutimi en 1917, et résidant à Trois-Rivières de 1918 juqu'à sa mort survenue le 2 décembre 1998, Alphonse Piché était un poète du fleuve, de la vie et de l'amour, qui a mené un combat acharné contre la vieillesse, la déchéance et la mort. Son oeuvre a été couronnée de nombreux prix littéraires au Québec et au Canada. Plusieurs de ses poèmes ont été traduits ou mis en musique. Il a reçu un doctorat honoris causa de l'Université du Québec à Trois-Rivières en 1988. Un prix qui porte son nom est décerné chaque année à un jeune poète de Trois-Rivières. L'oeuvre poétique d'Alphonse Piché comprend: Ballade de la petite extrace (Fernand Pilon, 1946), Remous (Fernand Pilon, 1947), Voie d'eau (Fernand Pilon, 1950), Poèmes 1946-1950 (Bien public, 1966), Poèmes 1946-1968, plus Gangue (Hexagone, 1976), Fenêtre (Ateliers Presse-Papier, 1987), Éros et Thanatos (Ateliers Presse-Papier, 1989), Fables (Hexagone, 1989) et Retour (Écrits des Forges, 1997). Il a publié des haïkus dans Néant fraternel (Écrits des Forges/Koudhia, 1991) qui propose Dernier profil (Écrits des Forges, 1982), Sursis (Écrits des Forges, 1987) et Gîte.



Un souvenir vieil
informe la solitude
il neige à plein ciel


Doux soleil d'hiver
quelques notes de Schubert
grignotent le coeur


Dans un clos de paille
par le rang au bout du monde
gîte la grisaille


Lichettes de neige
dans les antres sis au nord
squelette d'hiver


Visage à la vitre
un enfant éternel
regarde le vide


Dans un vase de grès
temps et espace
quelques immortelles séchées


Le couchant divin
perclus
dans une flaque d'eau sale


Brindille de vie
une femme jupe au vent
étend du linge


Don de l'espace
une mouette en arrêt
sur un piquet


Stigmates d'automne
les feuilles mortes
débris de soleil

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Alain RAIMBAULT     ralain@ercg.ednet.ns.ca

Alain Raimbault est né à Paris en 1966. Après une enfance méditerranéenne et des études de Lettres et de Langues à l'université de Poitiers, il s'est dirigé vers l'enseignement. Résident du Canada depuis 1998, il habite à Grand-Pré et enseigne actuellement à Greenwood, en Nouvelle-Écosse, dans une école francophone. Il a fait paraître des poèmes et des nouvelles dans diverses revues en France (Albatroz, Mires, Verso), en Belgique (Inédit), aux États-Unis (River/Rivière) et au Canada (Éloizes, Envol, Exit, Feux Chalins, Moebius, Possibles, Virages. Il a publié deux romans-jeunesse: Herménégilde l'Acadien (Hurtubise-HMH, 2000) et L'arbre à chaussettes (Hurtubise-HMH, 2001). Il a également publié les recueils de haïkus Mon île muette (David, 2001) et >New York loin des mers (David, 2002).



dessiner le soir
la feuille si maladroite
boit sec l'ambroisie


l'oeillet nu frissonne
il trahira ses dentelles
insomnie du rose


un calendrier
brûlent les lunes les mois
morts, de bonne foi


elle collectionne
additionne les miroirs
soustrait les rayons


la mélodie lasse
l'innocente après-midi
indécise attente


souvenirs perdus
la quête de l'arbre absent
un matin pluvieux


sourire d'avril
un film français noir et blanc
un dortoir d'école


tu n'écriras plus
à quoi bon se mal aimer
le témoin s'éloigne


la pie du couvent
au désert la cloche sonne
l'oubli de l'enfance


ni retour ni ombre
tu ne me laisses rien de tangible
la plume tremble

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Jean ROYER     jeanroyer@videotron.ca

Jean Royer, poète et écrivain québécois, a dirigé les pages culturelles du journal Le Devoir à Montréal, où il a été critique littéraire de 1977 à 1991. Il a ensuite dirigé les Éditions de l'Hexagone jusqu'en 1998. Il a aussi été le correspondant québécois du Magazine littéraire et de la revue Europe. Historien de la littérature, il a publié plusieurs anthologies, dont Le Québec en poésie chez Gallimard, et une série de six recueils d'entretiens, avec deux cents écrivains du Québec, des Amériques et de l'Europe, sous le titre Écrivains contemporains. L'ensemble de sa poésie lui a valu le prix Claude-Sernet en France et le prix Alain-Grandbois au Québec. Il a été reçu membre de l'Ordre des francophones d'Amérique en 1998. Jean Royer est président de la Rencontre québécoise internationale des Écrivains et président de l'Académie des lettres du Québec. Les présents haïkus sont extraits du recueil Le Chemin brûlé (Hexagone, 1986). (Photo: Josée Lambert)



En fuite
dans l'instant de sa voix
insaisissable.


Le corps
sans limite quand l'habite
la voix seule.


Son secret
confondu au souffle
de l'univers.


Son chant
s'épuise dans un mouvement
invisible.


L'espace
légendaire de sa voix -
ce qui reste.


D'un cri
le silence occupe ce lieu
inédit.


M'écrire
le récit de la voix porte
un écho.


Trou de mémoire -
une voix d'avant moi
me traverse.


Musique si lente
où s'effeuille
la parole.


Géographie
où se perdre
de vive voix.

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Jocelyne VILLENEUVE

Jocelyne Villeneuve est née en 1941 à Val d'Or, Québec; elle a vécu à Sudbury, Ontario, de 1953 jusqu'à sa mort, en mai 1998. Elle a publié ses livres en français et en anglais chez divers éditeurs ontariens et québécois: Des gestes seront posés (Prise de Parole, 1977), Contes des quatre saisons (Héritage, 1978), Le Coffre (Prise de Parole, 1979), Nanna Bijou: le géant endormi (Prise de Parole, 1981), Nanna Bijou: The Sleeping Giant (Penumbra, 1981), La Princesse à la mante verte (Prise de Parole, 1983), La Ménagerie (Plaines, 1985), Terres des songes (Vermillon, 1986), Contes de Noël (Plaines, 1987), Greenmantle (Penumbra, 1988), Les Friperies (Prise de Parole, 1989), Le Geai bleu et le papillon (Vermillon, 1992) et Vie première (Meera, 1992). Des extraits de ses ouvrages ont été diffusés sur les ondes de Radio-Canada. Dans le domaine du haïku, ses poèmes ont paru dans diverses revues et anthologies au Canada, aux États-Unis et au Japon; elle a publié les recueils: La Saison des papillons (Naaman, 1980), Feuilles volantes (Naaman, 1985) et Marigolds in Snow (Penumbra, 1993); elle a laissé le recueil inédit Bagatelles.



J'entends la grive -
Derrière moi, les notes oubliées
d'un autre été.


Des phrases composées
dans le soleil qui flâne
sous ma plume.


Du soleil couchant
des mouettes en courbes roses
obliquent vers demain.


Les érables en feu.
Ma main ralentit sa marche
sur la page blanche.


Le geai s'envole.
La branche où il était perché
continue de vibrer.
hunger moon
watching
as I turn forty


first day of Spring -
the neighbour's child walks in
unannounced


my parents
chatting in the swing
day of golden sunlight


Labour Day
back from the cottage
June on the calendar


friends
sharing one tea bag
this winter's day
la lune de la faim
me regarde dormir
j'ai quarante ans


premier jour du printemps -
l'enfant du voisin entre chez nous
à l'improviste


mes parents
jasent blottis au fond de la balançoire
soir couleur âge d'or


Fête du Travail
découverte au retour du chalet
le calendrier indique juin


jour d'hiver
un couple se partage
un seul sachet de thé
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Évelyne VOLDENG

«Née en Bretagne, Évelyne Voldeng est venue s'établir à Ottawa en 1968. Elle est professeure au Département des études françaises à l'Université Carleton. Elle s'intéresse à la poésie des 19e et 20e siècles, aux écritures féminines et au conte populaire. Romancière mais surtout poète, elle a publié cinq recueils: Les Plaquebières (Rougerie, 1980), La Rose épervière (Rougerie, 1983), Les Étoiles d'eau (Rougerie, 1987), Mes Amérindes (Éditions Louis Riel, 1988) et La Cosse blanche du temps (Rougerie, 1992). Elle préfère le poème court, dense, lyrique, néo-surréaliste. Profondément influencée par la nature, elle fait souvent appel à une imagerie florale. Elle passe ses moments de loisir à poursuivre ses recherches universitaires, à écrire et à voyager, souvent en Asie et au Japon notamment où elle a parlé récemment du haïku en France, au Japon et au Québec. Son recueil Haïkus de mes cinq saisons est paru aux Éditions David (2001).» Elle est décédée accidentellement le 1er juillet 2002.


Jardin botanique
un oiseau sur mon collier
de coquillages.


Les poissons séchés
fragrance sauvagine
marché de Tôkyô


Banquet raffiné
un éclair de baguettes
du boeuf de Kôbe.


Deux lions enlacés
une crinière rouge
une scène de kabuki.


Le papillon bleu
au coeur du volubilis
essaime le temps.


Une cataire
la plante des décombres
rendez-vous des chats.


Les boutons rouges
éclosent en feuilles vertes
et ma robe déteint.


Marée de souliers
le bouddha d'émeraude
sourit aux lotus.


La fleur de misère
croît au pied des palais blancs
les chiens l'arrosent.


Le vaste océan
salure des revenants
grande tombe bleue.

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