au froid soleil de mars
ces tout premiers yens
entre mes doigts nus
bon voyage dit-elle
La distance entre deux continents
Et ce qui circule dans nos mains
notre nuit blanche
autoroute ou aéroport
malgré ma voix blanche
ne t'endors pas
La danse de grues
Sur la plaine blanche
Est-ce un rêve ou un chant de ta voix?
en quête du shinkansen
six gaikokujin
de qui étrangers à quoi
et leurs lourds bagages
Hâte d'aller plus vite
Même en jetant les bagages
Par la fenêtre fermée?!
angle ginza et harumi
dans la foule
un samouraï au grand galop
prouesse tenue
Un gaillard
Sait-il se laisser inspirer
Par une violette au pied du mur?
de gauche à droite
de droite à gauche
tourner les larges feuilles
du www.yomiuri.co.jp
Chercherais-je une réponse
Même derrière les feuilles?
Sinon, des nervures cachées
téléphoner chez moi
ma voix au répondeur
dire que je suis bien vivant
quelque part à tokyo
Entre l'absence et la présence
La mémoire rembobine
Son disque dur
quelques mots dans un carnet
ces rares instants rescapés
de ce chimérique vendredi
sous un cerisier en fleur
Les fleurs d'aujourd'hui
Se faneront-elles
Aussi dans notre souvenir?
fabriquée à shanghai
achetée à saint-sauveur
la veste multicolore
qu'elle portait à shibuya
Le bout du fil perdu
Dans la pelote
Les continents y convergent
nishishinjuku 1-chome
le même nom
aux quatre coins du carrefour
où donc aller
En quête d'un seul nom
Perdu au milieu du carrefour
La question de liberté?
nous nous sommes quittés
sur le quai de la station yurakucho
se revoir un jour
Métamorphose en métamorphose
Comment nous reconnaître?
Sauf nos noms inchangés
vague à l'âme
le mont fuji est là-bas
sur la droite
dit-on
Le mont sacré
Dans l'océan de nuages
Ni droit ni gauche
un air de shakuhachi
avant de dormir
puis rester les yeux ouverts
Se promener
Dans un pays aérien
Vers le rivage fuyant
rêve dans la nuit ensoleillée
projets de mots
au-dessus de l'alaska
Un voyage inverse
Vers le départ
En avançant tout droit
la première égratignure
sur le mur fraîchement repeint
meringue royale
Une plaie sur le mur
Ne tue pas Mercutio
Comme une égratignure
canicule d'août
les jours raccourcissent
les nuits aussi
Une fleur ou un papillon?
Nos regards tournesols
Au bord de l'eau
sous les branches alourdies
la tête haute du bambin
il croque des pommes
Sûr de la main
Qui donne une pomme
Le temps de l'innocence
rue de mon enfance
des cheveux blancs aux fenêtres
devant lesquelles je passe
La reflet me renvoie-t-il
Une image juste du coeur
Qui se souvient de la première neige?
depuis sa mort
je l'entends parfois chanter
col tempo
Un passage musical
Son sourire émerge
Comme si rien n'était
un bouton défait
laisse entrevoir
le tatou de son sein
Le caprice du vent
Ou la malice du destin
Un incident voulu?
si rouges la nuit
les chiffres numériques
du réveille-matin
Est-il l'arôme du café
Qui éteint la lampe?
L'opacité du matin
dans le corridor
s'éloignent le bruit et l'écho
de ses talons
L'imaginaire s'arrête
Devant l'étanchéité de l'ascenseur
Un trait d'union feutré
après-midi d'octobre
au travers l'entrelacs des branches
le ciel gris
Loin de la vitre guindée
S'endort le feu de la cheminée
Un grenat
du polystyrène bleu
autour de l'épouvantail
éventré
Une imitation humaine du ciel
Se déplace
Se tient un homme faux
seul à sa table
avec un café
et trois quotidiens
Un matin pensif
Sans feuilleton
Les clameurs et les flammes lointains
il y avait
lumières et reflets
sur les aspérités verglacées
Dans les bras lassés de la nuit
S'évanouit
L'appel de la journée
fumée et haleine blanche
relient les fumeurs
à la porte
Un cercle de fumée
Ou de feu?
L'amitié chauffe les cours
Même à l'extérieur
charmant noël
barbara et fée clochette batifolent
sur le pont de l'alma
Le train avance vers le sud
Le paysage s'éclaire
De neige
blancheur sous la pleine lune
balayée de gyrophares jaunes
de gyrophares rouges
Le noël reviendrait de la lune
Sur le traîneau
De la lumière dansante
las tel ce
bouquet de fleurs en papier
empoussiérées
La tristesse reste sur l'étagère
En attendant un événement
Qui la disloque gaiement
à la fenêtre
le jour se lève
jongler
avec une métaphore
Le soleil redonne au matin
Une nouvelle feuille
Quel maxime pour aujourd'hui?
chercher un nom
pour l'enfant
renaître grand-père
ce printemps
L'ancien enfant accueillit
Un nouveau venu
Dans la cour de l'école
Où l'âge ne compte pas
sur la feuille blanche
du père le fils
tracent ses premières lettres
La voix tisse une toile de mots
Un conte merveilleux
Chaque nuit de l'enfance
tant d'années
sans revisiter
scarborough fair
Sur le sol des saisons frileuses
Les voix ressurgissent
Le printemps d'antan
sous le soleil éblouissant
les effluves
des hâtives terrasses
Tout un pareterre fleuri attend
Un garçon-abeille
Noir et blanc
un rêve trop blême
s'évanouit
parmi les jonquilles
Un jour
Les jonquilles fleuriront
Encouragées par les pas de promeneurs
poser un pied puis l'autre
aucun désir de voler
comme l'hirondelle
Retournant au nid
Pour nourrir ses petits
L'hirondelle n'oublie pas de voler
André DUHAIME vit et écrit dans l'Outaouais, Canada. Depuis le début des années 80, il pratique les formes classiques de la poésie japonaise (haïku, tanka et renku).
Née à Tokyo, Marie SUNAHARA a vécu au Japon tout en aspirant à la culture occidentale. Après son arrivée en France en 1988, elle a commencé à écrire à Paris où elle vit actuellement. Depuis 1999, elle participe à des manifestations poétiques. Son recueil Le blanc de l'ombre a paru aux Éditions de Carbet, avec le concours du Centre National du Livre (France) en 2002. Deux fois invitée au festival de Trois-Rivières, ses poèmes ont été publiés aussi au Québec dans les anthologies Havre Rêveur et Mouvance de la rivière au fleuve, et dans le livre d'artiste Les chemins d'eau, tous édités par Éditions Création Bell'Arte Champs-Vallons en 2005.
. Dominique MONNIER-SAGET: «Pour un peintre, me semble-t-il, l'œuvre est plus importante que la personne. Ce qui compte, c'est ce que l'on réalise.
Je vis et travaille à Paris essentiellement et un peu dans le Jura.
J'expose à Paris, en province, en Belgique, en Suisse; présentation d'une exposition personnelle sur la chaîne de TV Paris-Première en 1997; Médailles d'or de l'Académie européenne des Arts en 2001 en Belgique et en Suisse; Catalogue raisonné du Salon d'automne 1903-2003; Cotation Drouot des artistes contemporains 2004, 2005. Parmi les articles de presse: Art et décoration janvier-février 2004, etc.
Marie Sunahara découvre en 2003 mes tableaux lors d'une exposition à Paris et se demande: «Quel est ce peintre qui connaît mon univers?»
Alors commencent des rencontres et la création du livre d'artiste L'iris de la nuit, rapprochement de poèmes déjà écrits et de tableaux déjà peints. Amorce de va-et-vient créatifs à l'œuvre aujourd'hui.
Comme beaucoup, je suis une urbaine. Mon paysage est la ville. Je la ressens multiple et unique, mouvante, changeante; j'y puise une inspiration sans cesse renouvelée.
Je peins des paysages - urbains ou intérieurs - au travers des vibrations ressenties.
Mes peintures suggèrent plus qu'elles ne décrivent. Elles appellent le non-dit. Elles évoquent, laissant un espace de liberté, un espace poétique, un espace inachevé: chacun peut, s'il le souhaite, s'y promener à sa guise et trouver d'autres chemins.
Mes peintures sont faites de traces, de strates, comme nos propres histoires.
J'introduis parfois des bouts de matière ou d'objets qui ont vécu et je me laisse guider par eux, après de longues périodes d'accumulation et de gestation. Je ne connais pas d'avance le jour, l'heure de ma création, ni ce qu'elle deviendra.
Je suis heureuse quand ma peinture parle à celui qui la regarde et déclenche chez lui, émotions et sens. Je suis heureuse quand elle s'accompagne d'échanges, de rencontres, et qu'elle participe à des instants d'interrogation, de contemplation, voire de petits bonheurs…»
Voir son site: http://www.monnier-saget.com
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