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RENKU


Ce renku a été composé du 31 mars 2005 au 25 juin 2006
par
André DUHAIME - Marie SUNAHARA

Tissu urbain.1 (technique mixte sur toile) oeuvre de
Dominique MONNIER-SAGET






au froid soleil de mars
ces tout premiers yens
entre mes doigts nus
bon voyage dit-elle






La distance entre deux continents

Et ce qui circule dans nos mains







notre nuit blanche
autoroute ou aéroport
malgré ma voix blanche
ne t'endors pas






La danse de grues

Sur la plaine blanche


Est-ce un rêve ou un chant de ta voix?







en quête du shinkansen
six gaikokujin
de qui étrangers à quoi
et leurs lourds bagages






Hâte d'aller plus vite

Même en jetant les bagages


Par la fenêtre fermée?!







angle ginza et harumi
dans la foule
un samouraï au grand galop
prouesse tenue






Un gaillard

Sait-il se laisser inspirer

Par une violette au pied du mur?







de gauche à droite
de droite à gauche
tourner les larges feuilles
du www.yomiuri.co.jp






Chercherais-je une réponse

Même derrière les feuilles?


Sinon, des nervures cachées







téléphoner chez moi
ma voix au répondeur
dire que je suis bien vivant
quelque part à tokyo






Entre l'absence et la présence

La mémoire rembobine

Son disque dur







quelques mots dans un carnet
ces rares instants rescapés
de ce chimérique vendredi
sous un cerisier en fleur






Les fleurs d'aujourd'hui

Se faneront-elles

Aussi dans notre souvenir?







fabriquée à shanghai
achetée à saint-sauveur
la veste multicolore
qu'elle portait à shibuya






Le bout du fil perdu

Dans la pelote


Les continents y convergent







nishishinjuku 1-chome
le même nom
aux quatre coins du carrefour
où donc aller






En quête d'un seul nom

Perdu au milieu du carrefour


La question de liberté?







nous nous sommes quittés
sur le quai de la station yurakucho
se revoir un jour






Métamorphose en métamorphose

Comment nous reconnaître?

Sauf nos noms inchangés







vague à l'âme
le mont fuji est là-bas
sur la droite
dit-on






Le mont sacré

Dans l'océan de nuages


Ni droit ni gauche







un air de shakuhachi
avant de dormir
puis rester les yeux ouverts






Se promener

Dans un pays aérien

Vers le rivage fuyant







rêve dans la nuit ensoleillée
projets de mots
au-dessus de l'alaska






Un voyage inverse

Vers le départ


En avançant tout droit







la première égratignure
sur le mur fraîchement repeint
meringue royale






Une plaie sur le mur

Ne tue pas Mercutio

Comme une égratignure







canicule d'août
les jours raccourcissent
les nuits aussi






Une fleur ou un papillon?


Nos regards tournesols

Au bord de l'eau







sous les branches alourdies
la tête haute du bambin
il croque des pommes






Sûr de la main

Qui donne une pomme


Le temps de l'innocence







rue de mon enfance
des cheveux blancs aux fenêtres
devant lesquelles je passe






La reflet me renvoie-t-il

Une image juste du coeur

Qui se souvient de la première neige?







depuis sa mort
je l'entends parfois chanter
col tempo






Un passage musical


Son sourire émerge

Comme si rien n'était







un bouton défait
laisse entrevoir
le tatou de son sein






Le caprice du vent

Ou la malice du destin


Un incident voulu?







si rouges la nuit
les chiffres numériques
du réveille-matin






Est-il l'arôme du café

Qui éteint la lampe?


L'opacité du matin







dans le corridor
s'éloignent le bruit et l'écho
de ses talons






L'imaginaire s'arrête

Devant l'étanchéité de l'ascenseur

Un trait d'union feutré







après-midi d'octobre
au travers l'entrelacs des branches
le ciel gris






Loin de la vitre guindée

S'endort le feu de la cheminée


Un grenat







du polystyrène bleu
autour de l'épouvantail
éventré






Une imitation humaine du ciel

Se déplace


Se tient un homme faux







seul à sa table
avec un café
et trois quotidiens






Un matin pensif

Sans feuilleton


Les clameurs et les flammes lointains







il y avait
lumières et reflets
sur les aspérités verglacées






Dans les bras lassés de la nuit

S'évanouit

L'appel de la journée







fumée et haleine blanche
relient les fumeurs
à la porte






Un cercle de fumée

Ou de feu?


L'amitié chauffe les cours

Même à l'extérieur







charmant noël
barbara et fée clochette batifolent
sur le pont de l'alma







Le train avance vers le sud

Le paysage s'éclaire

De neige







blancheur sous la pleine lune
balayée de gyrophares jaunes
de gyrophares rouges






Le noël reviendrait de la lune

Sur le traîneau

De la lumière dansante







las tel ce
bouquet de fleurs en papier
empoussiérées






La tristesse reste sur l'étagère

En attendant un événement

Qui la disloque gaiement







à la fenêtre
le jour se lève
jongler
avec une métaphore






Le soleil redonne au matin

Une nouvelle feuille

Quel maxime pour aujourd'hui?







chercher un nom
pour l'enfant
renaître grand-père
ce printemps






L'ancien enfant accueillit

Un nouveau venu

Dans la cour de l'école

Où l'âge ne compte pas







sur la feuille blanche
du père le fils
tracent ses premières lettres






La voix tisse une toile de mots


Un conte merveilleux

Chaque nuit de l'enfance







tant d'années
sans revisiter
scarborough fair






Sur le sol des saisons frileuses

Les voix ressurgissent


Le printemps d'antan







sous le soleil éblouissant
les effluves
des hâtives terrasses






Tout un pareterre fleuri attend

Un garçon-abeille

Noir et blanc







un rêve trop blême
s'évanouit
parmi les jonquilles






Un jour

Les jonquilles fleuriront

Encouragées par les pas de promeneurs







poser un pied puis l'autre
aucun désir de voler
comme l'hirondelle






Retournant au nid

Pour nourrir ses petits

L'hirondelle n'oublie pas de voler













      André DUHAIME vit et écrit dans l'Outaouais, Canada. Depuis le début des années 80, il pratique les formes classiques de la poésie japonaise (haïku, tanka et renku).



      Née à Tokyo, Marie SUNAHARA a vécu au Japon tout en aspirant à la culture occidentale. Après son arrivée en France en 1988, elle a commencé à écrire à Paris où elle vit actuellement. Depuis 1999, elle participe à des manifestations poétiques. Son recueil Le blanc de l'ombre a paru aux Éditions de Carbet, avec le concours du Centre National du Livre (France) en 2002. Deux fois invitée au festival de Trois-Rivières, ses poèmes ont été publiés aussi au Québec dans les anthologies Havre Rêveur et Mouvance de la rivière au fleuve, et dans le livre d'artiste Les chemins d'eau, tous édités par Éditions Création Bell'Arte Champs-Vallons en 2005.



.       Dominique MONNIER-SAGET: «Pour un peintre, me semble-t-il, l'œuvre est plus importante que la personne. Ce qui compte, c'est ce que l'on réalise.
Je vis et travaille à Paris essentiellement et un peu dans le Jura.
J'expose à Paris, en province, en Belgique, en Suisse; présentation d'une exposition personnelle sur la chaîne de TV Paris-Première en 1997; Médailles d'or de l'Académie européenne des Arts en 2001 en Belgique et en Suisse; Catalogue raisonné du Salon d'automne 1903-2003; Cotation Drouot des artistes contemporains 2004, 2005. Parmi les articles de presse: Art et décoration janvier-février 2004, etc.

Marie Sunahara découvre en 2003 mes tableaux lors d'une exposition à Paris et se demande: «Quel est ce peintre qui connaît mon univers?»
Alors commencent des rencontres et la création du livre d'artiste L'iris de la nuit, rapprochement de poèmes déjà écrits et de tableaux déjà peints. Amorce de va-et-vient créatifs à l'œuvre aujourd'hui.

Comme beaucoup, je suis une urbaine. Mon paysage est la ville. Je la ressens multiple et unique, mouvante, changeante; j'y puise une inspiration sans cesse renouvelée.
Je peins des paysages - urbains ou intérieurs - au travers des vibrations ressenties.
Mes peintures suggèrent plus qu'elles ne décrivent. Elles appellent le non-dit. Elles évoquent, laissant un espace de liberté, un espace poétique, un espace inachevé: chacun peut, s'il le souhaite, s'y promener à sa guise et trouver d'autres chemins.
Mes peintures sont faites de traces, de strates, comme nos propres histoires.
J'introduis parfois des bouts de matière ou d'objets qui ont vécu et je me laisse guider par eux, après de longues périodes d'accumulation et de gestation. Je ne connais pas d'avance le jour, l'heure de ma création, ni ce qu'elle deviendra.
Je suis heureuse quand ma peinture parle à celui qui la regarde et déclenche chez lui, émotions et sens. Je suis heureuse quand elle s'accompagne d'échanges, de rencontres, et qu'elle participe à des instants d'interrogation, de contemplation, voire de petits bonheurs…»

Voir son site: http://www.monnier-saget.com


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