roumanie .

ROUMANIE


Constantin ABALUTA
Valentin E. BUSUIOC
Ion CODRESCU
Serban CODRIN
Eugenia FARAON
Clelia IFRIM
Dumitru D. IFRIM
Manuela MIGA
Aurel RAU
Stefan Gh. THEODORU


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Constantin ABALUTA

Constantin Abaluta est né en 1938 à Bucarest où il habite toujours. Diplômé en architecture, il a pratiqué cette profession jusqu'en 1969 puis il s'est consacré à sa carrière d'écrivain. Poète, dramaturge, prosateur et traducteur, il a publié une vingtaine d'ouvrages, dont le recueil de haïkus et de tankas, en roumain et en anglais, O lentila pe masa (Une lentille sur la table; Leda, 1996). Il a traduit des poèmes de Charles Cros, Dylan Thomas, Wallace Stevens, T. Roethke, W. S. Merwin, Frank O'Hara, Edward Lear, ainsi que des proses de Samuel Beckett. Ses pièces de théâtre ont été jouées à la radio; ses écrits ont paru dans des revues de Roumanie, ainsi que dans diverses revues à l'étranger: Caractères, Change et Lettre internationale (Paris); Breve (Naples) et Ombrela (Grèce). Il a reçu divers prix autant en Roumanie qu'à l'étranger. Son nom apparaît dans le Who's Who in the World et dans le Who's Who in Europe. Il est membre de l'Uniunea Scriitorilor din Romania.
Traduction: Gina Argintescu-Amza (1), Annie Bentoïu; André Duhaime et Cristina-Iulia Negru.



Cucul cinta -
brusc
nici o diferenta intre cimp si iaz


Toamna -
o frunza uda
a acoperit numarul casei


Pod in ceata -
suieratul trenului
cit e de pur!


O frunza galbena
cade in fata casei
fara ferestre


Orhideea -
in fiecare clipa
tacerea este alta


In bastonul orbului
si-a facut cuib
un greiere


Imbatrinesc -
frunzele copacilor
sunt tot mai mari...


In linistea odaitei mele
ziua care se sfirseste
se-adauga mileniului


Cit timp am privit cerul
un fir de paianjen
a traversat strada


In virful stincii
o spartura
in forma de fluture
Le coucou chante -
soudainement
point de différence entre champ et étang


Automne -
une feuille humide
a couvert le numéro de la maison


Pont dans la brume -
le sifflement du train
qu'il est pur!


Une feuille jaune
tombe devant la maison
sans fenêtres


L'orchidée -
à chaque instant
le silence est autre


Dans le bâton de l'aveugle
s'est niché
un grillon


Je vieillis -
les feuilles des arbres
sont de plus en plus grandes...


Dans le silence de ma petite chambre
le jour qui s'achève
s'ajoute au millénaire


Pendant que j'ai regardé le ciel
un fil d'araignée
a traversé la rue


Au faîte du rocher
une cassure
en forme de papillon

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Valentin E. BUSUIOC

Valentin E. Busuioc est né en 1965 et il habite à Bucarest. Il a publié les recueils 111 poeme (111 poèmes; Muntenia, 1993) et Viaja in direct (La vie en direct; Leda, 1995); il prépare le recueil Vortex. Ses poèmes et haïkus ont été repris dans des anthologies en Roumanie, en Belgique, aux États-Unis et en Grande-Bretagne. Il est membre de l'Uniunea Scriitorilor din Romania.
Traduction: Valentin E. Busuioc; André Duhaime et Cristina-Iulia Negru.





beau apa din palma -
pe linia vietii,
nisipul


prin ceata
paznicul se intoarce
cu fluturi pe felinar


in muzeu
cartita indura
atata lumina!


iarna geroasa -
pe coada toporului
conturul palmei


cazand pe lac
frunza uscata
se intinde


cu privirea spre cer
cainii trag sania
ingenuncheati


nimeni prin ploaie
bolul cu ceai
poarta amprentele tale


ocolind pata de cerneala -
versuri
despre lac


pleoapele pisicii
in ritmul picaturilor
lumanarii


si ras, si plans -
umbra unei crengi
anima statuia
je bois de l'eau de ma paume -
sur la ligne de vie,
du sable


à travers le brouillard
le gardien revient
avec des papillons sur le réverbère


dans le musée
la taupe supporte
tant de lumière!


dur hiver -
sur le manche de la hache
le contour de la paume


en tombant sur le lac
la feuille sèche
s'étend


le regard vers le ciel
les chiens tirent le traîneau
sur les genoux


personne sous la pluie
le bol de thé
porte tes empreintes


contournent la tache d'encre -
des vers
au sujet du lac


les paupières du chat
au rythme des gouttes
de la chandelle


et rire, et pleurs -
l'ombre d'une branche
anime la statue

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Ion CODRESCU

Ion Codrescu est né à Viisoara en 1951 et habite à Constanta. Il est professeur d'art plastique et d'histoire de l'art. La peinture et la poésie sont les deux domaines de sa vie artistique. En 1992, il a fondé la Societatea de Haiku din Constanta et la revue Albatros/Albatross, publiée en roumain et en anglais; il est également l'organisateur du Festival international de haiku, tenu bisannuellement à Constanta. Ses poèmes ont paru dans des revues et anthologies de plusieurs pays: Allemagne, Australie, Belgique, Canada, Colombie, Croatie, États-Unis, France, Grande-Bretagne, Grèce, Irlande, Japon, Roumanie. Il a remporté divers prix au Japon et aux États-Unis. En collaboration avec la traductrice Mihaela Codrescu, il a publié les recueils bilingues, en roumain et en anglais, Desene printre haiku/Drawings Among Haiku (Muntenia, 1992) et Flori nevandute/Unsold Flowers (Hub, 1995); il a aussi publié les anthologies Constanta Antologie de Haiku Anthology (Muntenia, 1992) et Ocolind iazul/Round the Pond (Muntenia, 1994). Il a été invité à lire ses poèmes et à donner des conférences dans divers pays; la Haiku Society of America l'a nommé «ambassadeur du haïku». De ses haïkus ont été traduits par Patrick Blanche et publiés sous le titre L'abricotier change de visage (Voix d'encre, 1994).
Traduction: André Duhaime et Cristina-Iulia Negru.



dupa concert
curatind tacut zapada
de pe masina


zapada se topeste - -
urmele pisicii
din ce in ce mai mari


desen de copil - -
tata gigant printre
membrii familiei


in linistea serii
nelinistita-i
pasarea pe creanga


mama tresare
stergind vechea icoana - -
clopotul bate


zborul porumbeilor
intrerupe
jocul copiilor


pagina goala - -
o furnica
isi cauta un reper


sarbatoare nationala -
el isi intreaba sotia:
in ce zi sintem azi?


prima zi de scoala -
o insula de cerneala
pe caiet


pe cer
abia auzite, abia vazute
pasari migrind
après le concert
enlever silencieusement la neige
qui est sur la voiture


la neige fond - -
les traces du chat
de plus en plus grandes


dessin d'enfant - -
le père géant parmi
les membres de la famille


dans le silence du soir
inquiété est
l'oiseau sur la branche


la mère sursaute
en époussetant la vieille icône - -
la cloche sonne


le vol des pigeons
interrompt
le jeu des enfants


page blanche - -
une fourmi
cherche un repère


fête nationale -
il demande à sa femme:
quel jour sommes-nous aujourd'hui?


premier jour d'école -
une île d'encre
sur le cahier


dans le ciel
à peine entendus, à peine vus
des oiseaux migrent

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Serban CODRIN

Poète, prosateur et dramaturge, Serban Codrin est né en 1945; il habite à Slobozia. Depuis quelques années, il s'intéresse aux diverses formes de la poésie japonaise. Il est directeur-fondateur des revues Orion et Micul Orion (Petit Orion), fondateur de la Scoala de poezie tanka, renku, haiku de la Slobozia, et l'organisateur d'un festival annuel. Il a notamment publié les recueils: Intre patru anotimpuri (Entre quatre saisons, haïkus; Haiku, 1994), Dincolo de tacere (Aux confins du silence, haïkus; Haiku, 1994), Salcii vechi si noi (Des saules anciens et nouveaux, renku; 1995), Pasari ezoterice (Des oiseaux ésotériques, renku; 1996), O pata pe zid (Une tache sur la muraille, renku; 1996), O sarbatoare a luminilor stinse (Une fête des lumières éteintes, poèmes choisis; Startipp, 1997) et Scoici fara perle (Des coquilles sans perles, poèmes choisis; Helicon, 1997); il a par ailleurs plusieurs projets en cours. Avec Florin Vasiliu, il est coprésident de la Societatea romana de Haiku et a copublié l'anthologie de haïkus de Roumanie O suta de catarge (Une centaine de mâts; Haiku, 1997). Il est membre de l'Uniunea Scriitorilor din Romania et de Haiku International Association (Tokyo, Japon).
Traduction: Constantin Frosin et Paula Romanescu; André Duhaime et Cristina-Iulia Negru.



Seara in verde -
pana si lemnul din gard
inmugureste


Pe drum cu umbra
tocmai am vazut macii -
avem ce tace


Nopti fara greieri -
ceva i se intampla
universului


Un ciob de ceasca -
sapte fire verzi de grau
prezic Anul Nou


Zori de martisor -
din omul de zapada
ramane soarta


Palpaie-adesea
lumina in candela -
respira Iisus


Prizoniera -
o floare fara nume
in gardul de spini


Seara de vara -
un patrat fara iarba
sub masa de sah


Vantul serii vai -
curg pe un brad frunzele
altui arbore


Soare in apus -
o umbra ducand alta
umbra pe umar
Soir en vert -
même la clôture en bois
bourgeonne


Sur la route avec l'ombre
nous venons de voir les coquelicots -
nous avons de quoi nous taire


Nuits sans cigales -
quelque chose arrive
à l'univers


Morceau de tasse -
sept tiges de blé vertes
présagent du nouvel an


Aube du printemps -
du bonhomme de neige
ne reste que le sort


Elle vacille souvent
la flamme de la chandelle -
Jésus respire


Prisonnière -
une fleur sans nom
dans la haie d'épines


Soir d'été -
un carré sans herbe
sous la table d'échecs


Vent du soir hélas -
glissent sur un sapin
les feuilles d'un autre arbre


Coucher de soleil -
une ombre porte une autre
ombre sur l'épaule

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Eugenia FARAON

Eugenia Faraon est née en 1948 à Husi, Moldavie, où elle habite toujours. Elle a publié des poèmes dans les revues littéraires: Convorbiri literare (Causeries littéraires), Flacara (La Flamme), Cronica (La Chronique), Ateneu (Athénée), Moldova (La Moldavie), et des haïkus dans les revues Haiku de Bucarest et Orion de Slobozia. Elle a publié les recueils de poèmes Boltile rugii (Les Voûtes de la prière; Macarie, 1994) et Floarea cerului (La Fleur du ciel; Helicon, 1997), ainsi que le recueil de haïkus, en roumain, en français et en anglais, Freamat si clestar (Frémissement et cristal; Haiku, 1996). Elle est membre de la Societatea romana de Haiku depuis 1991 et de la Societatea de Haiku din Constanta depuis 1995.
Traduction: Constantin Frosin; André Duhaime et Cristina-Iulia Negru.



Fosnetul a stat.
Copacul se deschide
sa-ncapa luna.


Vai, iarasi umbra
de pe un geam pe altul -
am plecat, sau vin?!


Fantana noua.
Cu apa din caldare
curge si soarele.


La geam, pe file
reflexe galben-verzui -
cad frunzele viei.


Ochiul apei -
ierburi ducand cu norii
cerul intre maluri.


Curioasa, broasca
se strecoara cu luna
peste pragul casei.


Disputa-n gradina -
mama strange mararul
eu, un haiku.


Plopii in siruri -
umbra trenului
sarind obstacole.


Ce bine-ti sta
astazi Dumnezeule
in pomi infloriti!


Tihna iernii -
lunga Dumineca
a campiei.
Le frémissement a cessé.
L'arbre s'ouvre
pour contenir la lune.


Hélas, encore l'ombre
d'une fenêtre à l'autre -
je suis parti ou je reviens?


Nouveau puits.
Avec l'eau du seau
coule le soleil.


Par la fenêtre, sur les feuilles
des reflets jaune verdâtre -
tombent les feuilles de la vigne.


Surface de l'eau -
des herbes et les nuages portent
le ciel entre les berges.


Curieuse, la grenouille
se faufile avec la lune
au-delà du seuil de la maison.


Dispute dans le jardin -
maman ramasse le fenouil
moi, un haïku.


Peupliers en rangées -
l'ombre du train
saute des obstacles.


Comme tu es beau
aujourd'hui mon Dieu
dans les arbres fleuris!


Paix de l'hiver -
l'interminable dimanche
de la campagne.

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Clelia IFRIM

Clelia Ifrim (Cecilia Bucur) est née en 1950 à Bucarest et elle y habite toujours. Elle a pris le nom de sa fille comme nom de plume. Elle a publié ses premiers poèmes dans la revue Luceafarul en 1979; deux textes en prose ont paru dans l'ouvrage collectif Debut 1986 (Début 1986; Cartea Romaneasca, 1986); elle est présente dans l'Anthologie de théâtre court (Oradea, 1993) avec la pièce Cimpul lacom de medalii (Le Champ avide de médailles), qui a été mise en scène à Kichinev à l'occasion de la Semaine des 100 ans de théâtre roumain. Elle a été mise en nomination à l'Union nationale des théâtres de Roumanie pour la pièce Centru de excelenta (Centre d'excellence; 1994). Elle a reçu le grand prix, section langue anglaise, lors du concours Itoen New Haiku (Japon) en 1994. Elle est membre du comité de rédaction de la revue Semn (Signe). Elle a plusieurs projets en cours, plus particulièrement la publication du recueil de haïkus et d'essais Haiku: la Portile Orientului (Haïku: aux portes de l'Orient).
Traduction: Dumitru D. Ifrim; André Duhaime et Cristina-Iulia Negru.



Pipa de cires -
fluturele cauta
mireasma florii.


Joc electronic -
monezi in buzunare
nimic in suflet.


Trei stele in riu -
hotul de pui bea apa
abia la ziua.


O scrisoare
in iarba crescuta pe prag -
efemeride.


Casa de chirpici -
o vrabie culege
citeva paie.


Zapada cazind
pe cintarul din piata -
zero absolut.


Pelerin dormind -
fluture pe timpla lui
vis neintrerupt.


Ploaie de vara -
aluneca un tipar
printe degete.


Marginea frunzei -
regina furnicilor
intorcind sirul.


Luna de vara
dizolvata in mare -
pilula de somn.
Pipe en cerisier -
le papillon cherche
le parfum de la fleur.


Jeu électronique -
de la monnaie dans les poches
rien dans le cœur.


Trois étoiles dans la rivière -
le voleur de poulets boit de l'eau
presque le jour.


Une lettre
dans l'herbe poussée sur le seuil -
éphémères.


Maison en torchis -
un moineau cueille
quelques pailles.


La neige tombe
sur la balance du marché -
zéro absolu.


Un pèlerin dort -
le papillon sur sa tempe
rêve ininterrompu.


Pluie d'été -
glisse une loche
entre les doigts.


Bord de feuille -
la reine et la file de fourmis
font demi-tour.


La lune d'été
dissoute dans la mer -
somnifère.

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Dumitru D. IFRIM

Dumitru D. Ifrim est né en 1937 à Raducaneni-Iasi et il habite à Bucarest. Juriste, spécialiste en droit international, il est conseiller parlementaire au Sénat de la Roumanie. Il est membre de l'Association roumaine des hommes de sciences et de l'Association de droit international et des relations internationales. Il a publié poèmes, essais et traductions dans des revues roumaines (dont Romania literara); ses haïkus ont paru dans diverses revues roumaines et étrangères: Itoen (Japon) et Mirrors (États-Unis). Il a publié le recueil de poèmes O fuga a melancoliei (Une fugue de la mélancolie; Albatros, 1983), le recueil d'essais et d'impressions de voyages In numele omeniei (Au nom de l'humanité; Sport-Turism, 1988) et Poeme franceze (Scripta, 1994), une traduction de Poèmes français de Rainer Maria Rilke. Il est ancien vice-président de la Societatea romana de Haiku, membre de la Societatea de Haiku din Constanta et membre du comité de rédaction de la revue de haïkus Semn (Signe). Il a reçu le prix d'excellence lors du concours Itoen New Haiku (Japon) en 1995.
Traduction: Dumitru D. Ifrim; André Duhaime et Cristina-Iulia Negru.



In piata mare
cu un cocos in brate -
batrinul dresor.


Pe tot cuprinsul
o singura cetate -
gluga de porumb.


Sute de fluturi
pe o capsula de mac -
povesti secrete.


O impuscatura -
pe intinsul cimpiei
eternitatea.


Aceeiasi mi-e fata
dar in oglinda vad
un necunoscut.


Un fluture prinde
acceleratul de lasi -
venim impreuna.


Camera goala -
iubirea a luat cu ea
chiar si peretii.


Pe cimpul verde
scarabei uriasi -
pepenii galbeni.


Noapte de clestar -
lacul roteste incet
stelele pe cer.


In lanul de mac
culege o batrina -
sperietoarea.
Au grand marché
avec un coq dans les bras -
le vieux dresseur.


Sur toute la plaine
une seule citadelle -
la moyette de maïs.


Des centaines de papillons
sur une capsule de pavot -
contes secrets.


Un coup de feu -
dans l'immensité de la plaine
l'éternité.


Mon visage est le même
mais dans le miroir je vois
un inconnu.


Un papillon prend
le train rapide d'Iasi -
nous allons ensemble.


Chambre vide -
l'amour a pris avec lui
même les murs.


Sur le champ vert
scarabées géants -
les melons jaunes.


Nuit de cristal -
le lac tourne lentement
les étoiles dans le ciel.


Dans le champ de pavot
cueille une petite vieille -
l'épouvantail.

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Manuela MIGA     sakura@lnx.bibnat.ro

Manuela Miga est née en 1947 à Constanta et elle habite à Bucarest. Diplômée de l'Académie de Théâtre et Film de Bucarest, en 1971, elle est chef du Département de documentation en culture de la Bibliothèque nationale de Roumanie. Elle pratique les diverses formes de poésie japonaise; elle a publié poèmes et articles sur ces formes dans des revues en Roumanie (Albatros/Albatross, Amurg sentimental, Contrapunct, Haiku, Orion, Pantheon, Semn, Steaua, Tomis), en Angleterre (Blythe Spirit), en Croatie (Vrabac/Sparrow), aux États-Unis (Mirrors, Modern Haiku) et au Japon (The Daily Yomiuri, , Mainichi Daily News). Ses poèmes ont été publiés dans les anthologies: Umbra libelulei (L'Ombre de la libellule; Haiku, 1993), The Haiku Seasons (Kodansha International, 1996), Haiku World (Kodansha International, 1996) et O suta de catarge (Une centaine de mâts; Haiku, 1997). Elle a publié le recueil 99 exercitii de haiku/99 haiku exercises/99 exercices de haïkou (Sakura, 1994). Elle a reçu les prix: Daily Yomiuri (Tokyo, 1994), Itoen New Haiku (Tokyo, 1994 et 1996) et Orion pour le meilleur recueil de haïkus (Slobozia, 1995). Elle a lu de ses œuvres à la Radio Romania Cultural. En 1997, elle a participé à l'exposition internationale de mail-art organisée par le Musée d'art de Bistrita-Nasaud.
Traduction: Ioana Cristina Pop et Manuela Miga; André Duhaime et Cristina-Iulia Negru.



Nevrednic ma simt
de rodire - bob de grau
ramas in hambar


Incotro ai pornit,
puf de papadie?
Vine furtuna!


Caldura mare.
O musca linge ochiul
pestelui putred


Plici! Doua muste
pe caietul de-algebra
fac infinitul


Inot pe spate;
falnicul meu burtoi e
muntele Fuji


Ma trezesc din somn
numarand silabele;
haiku-ul rade


Sunt definitiv
nebuna dupa haiku.
El, de asemeni


Ploaia scutura
florile magnoliei -
barca pentru melc


Pe jaluzele
umbra vechiului salcam –
motan motaind


Ploua linistit.
Pe buza prapastiei
o fata oarba
Je me sens indigne
de la fertilité - grain de blé
resté dans le grenier


Où t'en vas-tu,
aigrette de pissenlit?
L'orage s'en vient!


Grande chaleur.
Une mouche lèche l'œil
du poisson putride


Clac! Deux mouches
sur le cahier d'algèbre
font l'infini


Je nage sur le dos;
mon ventre magnifique est
le Mont Fuji


Je me réveille
en comptant les syllabes;
le haïku rit


Je suis définitivement
folle du haïku.
Lui, aussi


La pluie secoue
les fleurs du magnolia -
barque pour escargot


Sur les persiennes
l'ombre du vieil acacia -
un matou somnole


Il pleut doucement.
Au bord du précipice
une fille aveugle

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Aurel RAU

Aurel Rau est né en 1930 à Josenii Birgaului, Bistrita-Nasaud, et il habite à Cluj. Il est poète, rédacteur en chef de la revue Steaua (L'Étoile). Il a publié plusieurs recueils de poèmes, entre autres: Focurile Sacre (Les Feux sacrés; ESPLA, 1956), Jocul de-a stelele (Le Jeu d'étoiles; EPL, 1965), Turn cu ceas (Tour à horloge; Dacia, 1971), In inima lui Yamato (Dans le coeur de Yamato; Albatros, 1973), Micropoeme (Micropoèmes; Dacia, 1975), Zodiac (Zodiaque; Eminescu, 1991) et Gutuiul Japonez (Le Cognassier japonais; Timpul, 1996). Il a traduit divers poètes: Antonio Machado, Constantin Kavafis, Saint-John Perse et Bashô. Il a reçu des prix de poésie de l'Academia romana et de l'Uniunea Scriitorilor din Romania. Il est président de la Societatea romana de Haiku.
Traduction: Paula Romanescu; André Duhaime et Cristina-Iulia Negru.
Primul trandafir
Si toate pasarile
Si eu
singur
cuc
La première rose
Et tous les oiseaux
Et moi
tout
seul
A face
umbra pamintului
Om sau cruce
Cum vrei s-o iei
Faire
ombre par terre
Homme ou croix
Comme tu veux le prendre
Muiat de ploaie
am intrat sub umbrela parcului
ciuruita
Mouillé de pluie
je suis entré sous le parasol du parc
troué
Drama lui Naso
sa fii tradus zi si noapte
de pescarusi
Le drame de Naso
être traduit jour et nuit
par les mouettes
Pescarusi, pescarusi
S-au culcat si ei
culca-te
suflete!
Mouettes, mouettes
Elles se sont couchées aussi
couche-toi
âme!
Nu stiu
bun
la
ce-i
fructul gutuiului japonez
Si-l culeg
Je ne sais
bon
à
quoi est
le fruit du cognassier japonais
Et je le cueille
0 Si zac
ling-o apa
albastra
uitat
pe planeta
noastra
Et je gis
près d'une eau
bleue
oublié
sur notre
planète
Gutui japonez
In fata casei
unde lucrez eu
haiku
Cognassier japonais
Devant la maison
où moi je travaille
haïku
Ninsi ciresii
de floare
miei albi
Va avea un an bun
plinsul
Cerisiers enneigés
de fleurs
agneaux blancs
Auront une bonne année
les pleurs
Creanga sub apa
Ca o mina
Ma atinge
Inlemnesc
Trec
Branche sous l'eau
Comme une main
Me touche
Je fige
Je passe
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Stefan Gh. THEODORU

Stefan Gh. Theodoru est né en 1921 à Braila et il habite à New York. Il a quitté la Roumanie en 1964 pour s'installer aux États-Unis où il a continué à travailler comme ingénieur. Sa carrière littéraire a commencé en 1952, avec l'obtention d'un prix au concours de cinématographie roumaine. Poète, romancier, nouvelliste, dramaturge et historien, il a publié une quinzaine d'ouvrages, dont les recueils de haïkus, en roumain, en français et en anglais: Intilnire in amurg (Rencontre au crépuscule; Haiku, 1994), Traista cu stele (Le Sac à étoiles; Tempus, 1995) et Centum (Centum; Haiku, 1997). Il est membre de la Société des inventeurs des États-Unis, de l'Académie des sciences de New York, ainsi que de l'Association internationale des écrivains et artistes.
Traduction: Ana Luana Stoicea et Constantin Frosin; André Duhaime et Cristina-Iulia Negru.



Brotac zglobiu
a sarit pe ridichea
ce-am aruncat-o


O turturica
gangurind mi se plange -
are dreptate


Trece un caine
cu zapada pe spate -
unde o duce?


E iarna in toi -
singura frunza pe ram
lupta cu vantul


Timid, o broasca
incearca primavara
cu-un oracait


Intins de miristi -
un singur spic de straja
si-un mac ofilit


Pace-n poiana -
grijile ei in paza
licuricilor


Sperietoarea -
in copilaria mea
primul prieten


Cu demnitate
in hainele mele vechi -
sperietoarea


Fulgii din inalt -
inaltul din infinit
eu de nicaieri
Une petite grenouille espiègle
a sauté sur le radis
que j'avais jeté


Une tourterelle
roucoule et se plaint à moi -
elle a raison


Passe un chien
avec de la neige sur le dos -
où la porte-t-il?


Au cœur de l'hiver -
la seule feuille sur la branche
lutte contre le vent


Timide, une grenouille
essaie le printemps
avec un coassement


Vastes champs fauchés -
un seul épi monte la garde
et un coquelicot fané


Paix dans la clairière -
ses soucis gardés
par les lucioles


L'épouvantail -
dans mon enfance
premier ami


Avec dignité
dans mes vieux vêtements -
l'épouvantail


Les flocons du ciel -
le ciel de l'infini
moi de nulle part

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