Julie Papineau écrit à son époux, Louis-Joseph Papineau, chef du Parti patriote :
« [ ] Si létat de Montréal nest pas changé [ ], si on ne peut rien obtenir il faudra inévitablement lavoir par la violence » [17 février 1836]
Julie Papineau sinquiète du manque de détermination politique de ses compatriotes face à lAngleterre:
« nous les aidons à river nos chaînes. »
Émilie Boileau-Kimber de Chambly est armée et tient des assemblées de Patriotes dans sa demeure. Une autre met elle-même le feu à sa demeure pour démontrer aux Anglais quelle na pas peur deux et pour les empêcher de profiter de ses biens.
Dune manière moins visible, plusieurs femmes collaborent à la rébellion : elles fondent des balles, fabriquent des cartouches, dessinent et tissent les drapeaux tricolores des Patriotes. Au risque de voir leur propre maison incendiée, des femmes soignent et cachent des Patriotes et des membres de leurs familles poursuivis ou recherchés. La majorité dentre-elles sont seules avec les enfants et les vieillards pour affronter sans armes les troupes britanniques qui pillent et incendient les maisons des Patriotes ainsi que des villages entiers tels Saint-Denis, Saint-Benoît et Saint-Eustache.
Rosalie Dessaules, sur de Louis-Joseph Papineau, seigneuresse de Saint-Hyacinthe, dans un texte daté du 13 avril 1839, décrit létat des campagnes au lendemain des troubles :
« On commence à ressentir vivement le tort qua fait ici le pillage. Il ne samène pas de viande au marché pour la moitié des besoins du village et le peu quil en vient est excessivement cher et de la plus mauvaise qualité et on na pas comme les autres années lavantage de trouver dans la cour ce quil en manque au marché. Ils mont tué, emporté et détruit buf, vache, cochon, mouton, volaille de toutes espèces et je suis encore la moins à plaindre. Combien à qui on a fait la même chose et qui sont dénués de moyens pour voir les premières nécessités de la vie et qui sont chargés de famille, ou âgés ou infirme. »
Dautres femmes comme Eugénie Saint-Germain épouse de Joseph-Narcisse Cardinal, député de Laprairie condamné à léchafaud, intercède auprès des autorités pour sauver la vie de leurs proches. Malgré sa lettre à Lady Colborne, épouse du chef militaire qui a combattu les Patriotes, Eugénie Saint-Germain ne sera pas exaucée, le lendemain elle sera veuve.
« Vous êtes femme et vous êtes mère ! Une femme tombe à vos pieds tremblante deffroi et le cur brisé pour vous demander la vie de son époux bien-aimé et du père de ses cinq enfants ! Larrêt de mort est déjà signé !! »
De même pour Henriette Cadieux épouse du notaire Chevalier De Lorimier, mère de trois enfants dont laîné na que quatre ans et qui na pour vivre « que le produit du travail et de la profession de leur père ».
Et quel exemple de patriotisme nous donne Euphrosine Lamontagne-Perreault ! Cette femme « particulièrement touchée par les troubles puisquelle y perd deux fils, lun tué et lautre en exil, nen affirme pas moins » :
« si cétait à refaire et que mes enfants voulussent agir comme ils lont fait, je nessayerais pas à les détourner parce quils nagissent nullement par ambition mais par amour du pays et par haine contre les injustices quils endurent. »
Des femmes et des enfants de Britanniques sont aussi faits prisonniers par les Patriotes. Ainsi, le presbytère de Beauharnois sert de prison. Durant une semaine, soixante-deux personnes sy entassent : elles sont finalement libérées par larrivée des troupes britanniques. Jane Ellice, seigneuresse de Beauharnois, raconte cette libération dans son journal :
« We thought the
rebels were coming to murder us & loched in Tinas arms I was trying
to compose my mind when Mr. Parker pushed thro the crowd & told us
that we were safe
they did not expect to find us alive. Till 4 oclock
we stood watchin the village in flames ; an awful sight but very beautiful. »
[Patricia Godsell, dir., The Diary of Jane Ellice,
10 novembre 1838, Oberon Press, 1975.]
« Nous croyions que les rebelles arrivaient pour nous tuer,
et serrée dans les bras de Tina, je mefforçais de reprendre
mes esprits quand Mr. Parker se fraya un chemin dans la foule pour nous
dire que nous navions rien à craindre
ils ne sattendaient pas
à nous trouver vivants. Nous regardâmes le village en flammes
jusquà 4 heures ; une vision terrible mais très belle. »
Le lendemain dans son journal elle ne peut sempêcher de souligner la dureté de la répression menée par les troupes anglaises :
« the village
was still burning ; women and children flyin in all directions. Such
are the melancoly consequences of civil war. »
« le village brûlait encore ; des femmes et des enfants
se hâtaient dans toutes les directions. Ainsi sont les tristes conséquences
de la guerre civile. »
Hortense Globensky, une citoyenne du comté des Deux-Montagnes, participe activement à la campagne électorale de son frère député du parti dit « bureaucrate » opposé aux Patriotes :
« Un jour, au cours des insurrections, on la voit se faire oratrice : elle exhorte les paroissiens, au sortir de la messe, à demeurer fidèle au gouvernement. Des Patriotes voulant la faire taire, elle les menace avec un pistolet. En réponse à ce geste, ceux-ci la font arrêter pour port darme illégal et la conduisent à la prison de Montréal. À un autre moment, elle doit défendre seule sa maison. »
[Source pour les témoignages : Collectif Clio, Histoire des femmes au Québec, Le jour éditeur, 1992, p. 158-163]
Dernière mise à jour : 29 décembre 1999, 16h18