Témoignages de femmes
pendant la révolte des patriotes de 1837-1838

Julie Papineau écrit à son époux, Louis-Joseph Papineau, chef du Parti patriote :

Julie Papineau s’inquiète du manque de détermination politique de ses compatriotes face à l’Angleterre:

Émilie Boileau-Kimber de Chambly est armée et tient des assemblées de Patriotes dans sa demeure. Une autre met elle-même le feu à sa demeure pour démontrer aux Anglais qu’elle n’a pas peur d’eux et pour les empêcher de profiter de ses biens.

D’une manière moins visible, plusieurs femmes collaborent à la rébellion : elles fondent des balles, fabriquent des cartouches, dessinent et tissent les drapeaux tricolores des Patriotes. Au risque de voir leur propre maison incendiée, des femmes soignent et cachent des Patriotes et des membres de leurs familles poursuivis ou recherchés. La majorité d’entre-elles sont seules avec les enfants et les vieillards pour affronter sans armes les troupes britanniques qui pillent et incendient les maisons des Patriotes ainsi que des villages entiers tels Saint-Denis, Saint-Benoît et Saint-Eustache.

Rosalie Dessaules, sœur de Louis-Joseph Papineau, seigneuresse de Saint-Hyacinthe, dans un texte daté du 13 avril 1839, décrit l’état des campagnes au lendemain des troubles :

« On commence à ressentir vivement le tort qu’a fait ici le pillage. Il ne s’amène pas de viande au marché pour la moitié des besoins du village et le peu qu’il en vient est excessivement cher et de la plus mauvaise qualité et on n’a pas comme les autres années l’avantage de trouver dans la cour ce qu’il en manque au marché. Ils m’ont tué, emporté et détruit bœuf, vache, cochon, mouton, volaille de toutes espèces et je suis encore la moins à plaindre. Combien à qui on a fait la même chose et qui sont dénués de moyens pour voir les premières nécessités de la vie et qui sont chargés de famille, ou âgés ou infirme. »

D’autres femmes comme Eugénie Saint-Germain épouse de Joseph-Narcisse Cardinal, député de Laprairie condamné à l’échafaud, intercède auprès des autorités pour sauver la vie de leurs proches. Malgré sa lettre à Lady Colborne, épouse du chef militaire qui a combattu les Patriotes, Eugénie Saint-Germain ne sera pas exaucée, le lendemain elle sera veuve.

« Vous êtes femme et vous êtes mère ! Une femme… tombe à vos pieds tremblante d’effroi et le cœur brisé pour vous demander la vie de son époux bien-aimé et du père de ses cinq enfants ! L’arrêt de mort est déjà signé !! »

De même pour Henriette Cadieux épouse du notaire Chevalier De Lorimier, mère de trois enfants dont l’aîné n’a que quatre ans et qui n’a pour vivre « que le produit du travail et de la profession de leur père ».

Et quel exemple de patriotisme nous donne Euphrosine Lamontagne-Perreault ! Cette femme « particulièrement touchée par les troubles puisqu’elle y perd deux fils, l’un tué et l’autre en exil, n’en affirme pas moins » :

« … si c’était à refaire et que mes enfants voulussent agir comme ils l’ont fait, je n’essayerais pas à les détourner parce qu’ils n’agissent nullement par ambition mais par amour du pays et par haine contre les injustices qu’ils endurent. »


Du côté des « bureaucrates »

Des femmes et des enfants de Britanniques sont aussi faits prisonniers par les Patriotes. Ainsi, le presbytère de Beauharnois sert de prison. Durant une semaine, soixante-deux personnes s’y entassent : elles sont finalement libérées par l’arrivée des troupes britanniques. Jane Ellice, seigneuresse de Beauharnois, raconte cette libération dans son journal :

« We thought the rebels were coming to murder us & loched in Tina’s arms I was trying to compose my mind when Mr. Parker pushed thro’ the crowd & told us that we were safe… they did not expect to find us alive. Till 4 o’clock we stood watchin the village in flames ; an awful sight but very beautiful. » [Patricia Godsell, dir., The Diary of Jane Ellice, 10 novembre 1838, Oberon Press, 1975.]
« Nous croyions que les rebelles arrivaient pour nous tuer, et serrée dans les bras de Tina, je m’efforçais de reprendre mes esprits quand Mr. Parker se fraya un chemin dans la foule pour nous dire que nous n’avions rien à craindre… ils ne s’attendaient pas à nous trouver vivants. Nous regardâmes le village en flammes jusqu’à 4 heures ; une vision terrible mais très belle. »

Le lendemain dans son journal elle ne peut s’empêcher de souligner la dureté de la répression menée par les troupes anglaises :

« the village was still burning ; women and children flyin in all directions. Such are the melancoly consequences of civil war. »
« le village brûlait encore ; des femmes et des enfants se hâtaient dans toutes les directions. Ainsi sont les tristes conséquences de la guerre civile. »

Hortense Globensky, une citoyenne du comté des Deux-Montagnes, participe activement à la campagne électorale de son frère député du parti dit « bureaucrate » opposé aux Patriotes :

« Un jour, au cours des insurrections, on la voit se faire oratrice : elle exhorte les paroissiens, au sortir de la messe, à demeurer fidèle au gouvernement. Des Patriotes voulant la faire taire, elle les menace avec un pistolet. En réponse à ce geste, ceux-ci la font arrêter pour port d’arme illégal et la conduisent à la prison de Montréal. À un autre moment, elle doit défendre seule sa maison. »


[Source pour les témoignages : Collectif Clio, Histoire des femmes au Québec, Le jour éditeur, 1992, p. 158-163]


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Dernière mise à jour : 29 décembre 1999, 16h18