La Presse


Les réalisateurs de la SRC… 40 ans plus tard

l’hiver 1959, les réalisateurs de Radio-Canada sortaient dans la rue pour défendre leurs droits. […] [C’était l’une] des premières manifestations où les intellectuels québécois se sont révoltés contre le pouvoir établi. Au nombre des sympathisants, on comptait René Lévesque, Pierre Trudeau, Jean Marchand, Marcel Dubé, Jeanne Sauvé et Pierre Bourgault.

Rappelons les événements :



 5 décembre 1958
Les 74 réalisateurs de Radio-Canada approuvent par un vote majoritaire le principe de la création d’une association professionnelle affiliée à [la Confédération des travailleurs catholiques du Canada (CTCC),] l’ancêtre de la CSN [Confédération des syndicats nationaux]. [Mais, voilà, Radio-Canada les considère comme du personnel cadre et refuse donc le droit d’association.]
 
 23 décembre 1958
Les membres donnent un mandat de grève au conseil d’administration.
 
 29 décembre 1958
Les deux parties restent sur leurs positions. Le porte-parole des réalisateurs, Fernand Quirion, décide de passer à l’acte. « Nous sortons », lance-t-il. Jean Duceppe, alors président de l’Union des artistes, affirme que ses membres vont respecter les lignes de piquetage. Les grévistes obtiennent l’appui de 3000 collègues.
 
 12 janvier 1959
Les artistes organisent un spectacle-bénéfice [intitulé Difficultés temporaires] pour soutenir les employés de Radio-Canada touchés par la grève. La Comédie canadienne fait salle comble plusieurs soirs. Un second spectacle prend l’affiche par la suite.
 
 4 février 1959
Les négociations reprennent après 19 jours d’interruption.
 
 7 février 1959
Un accord de principe est conclu [grâce à la médiation d’Egon Chambers]. Les réalisateurs obtiennent la reconnaissance de leur association. Reste à s’entendre sur les conditions de retour au travail.
 
 2 mars 1959
Une vingtaine de policiers montés à chevaux donnent la charge contre les manifestants qui encerclent le quadrilatère formé des rues Dorchester, MacKay, Sainte-Catherine et Bishop. Trente personnes sont arrêtées, dont René Lévesque.
 
 7 mars 1959
Radio-Canada et l’Association des réalisateurs signent l’entente établie un mois plus tôt. La grève a duré 68 jours.


[…] « Il y avait un clivage entre le milieu anglophone et francophone, rappelle [Max Cacopardo, auteur d’un documentaire de 60 minutes sur les événements, diffusé à Radio-Canada, le mercredi 1er septembre 1999]. Les réalisateurs de Toronto n’ont pas appuyé la grève. Les employés de CBC, à Montréal, ont aussi continué à travailler. À Ottawa, les réalisateurs ont dû négocier avec des anglophones qui ignoraient presque l’existence du réseau français. Et sur le plan politique, les ministres étaient tous des anglophones qui avaient une pâle connaissance de ce qui se passait au Québec. Tous les journaux francophones appuyaient la grève, tandis que les journaux anglophones, The Gazette et Montreal Star, étaient contre. C’était une autre manifestation de ce qu’on appelle les deux solitudes. »

[…]


Le Devoir


N’ajustez pas votre appareil

[…]

uarante ans après, cette grève est considérée, tant par ses acteurs (parmi lesquels on compte René Lévesque, Gérard Pelletier, Jean Marchand, etc.) que par les politiciens et les historiens, comme l’étincelle de la Révolution tranquille, l’amorce du réveil nationaliste québécois, lequel aurait été nourri, entre autres choses, par l’indifférence d’Ottawa vis-à-vis de la télévision française. […]


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Dernière mise à jour : 29 décembre 1999, 16h22