La confession secrète de Trudeau (1977)

LE TÉLÉJOURNAL (SRC) — Dimanche 9 août 1998

Josée Thibeault :
La divulgation de documents obtenus en vertu de la Loi d’accès à l’information jette un éclairage étonnant sur l’analyse faite par l’ancien premier ministre Pierre Elliott Trudeau de sa stratégie pour préserver l’unité canadienne. En 1977, devant les membres de son cabinet, le chef libéral avait affirmé avoir fait une erreur. Et pour éviter l’éclatement du pays, il n’écartait pas la perspective d’une décentralisation des pouvoirs. Daniel L’Heureux explique.

DÉBUT DU REPORTAGE :

Daniel L’Heureux :
En 1977, Pierre Trudeau est au pouvoir depuis 9 ans, mais à Québec René Lévesque vient de faire élire le premier gouvernement souverainiste. Un véritable choc pour le premier ministre fédéral, qui avait pourtant déclaré un an plus tôt que « le séparatisme était mort ». Réunissant son cabinet le 17 mars 1977, Pierre Trudeau, qui n’était pourtant pas porté à remettre en question sa vision du Canada, avoue à ses ministres que sa stratégie pour garder le pays uni avait été une erreur. C’est qu’il avait cru qu’une forte présence francophone à Ottawa convaincrait le Québec de rester dans le Canada.
 
Pierre Elliott Trudeau [images de 1978] :
« … parce qu’ils ont vu que le progrès est vraiment possible quand on envoie à Ottawa des représentants qui peuvent convaincre leurs concitoyens de la justice de leur cause. »
 
Daniel L’Heureux :
Il avait aussi misé sur le bilinguisme : Trudeau avait espéré que l’exemple fédéral aurait entraîné le reste du pays, mais se rendait à l’évidence que sa stratégie n’avait pas donné l’effet escompté. « L’Ouest se méfie du Canada central […] le pays n’est pas très uni, » disait-il à ses ministres. Le Ottawa Citizen, qui dévoile aujourd’hui ce qu’il appelle la confession secrète de Trudeau (1), ne manque pas de noter que cette admission survenait alors même que l’ancien premier ministre vivait une période trouble. C’était à l’époque où son mariage avec Margaret Sinclair venait de se briser. À son cabinet, Pierre Trudeau lance l’idée que la seule façon de recréer le consensus national serait peut-être « d’ouvrir la constitution et d’envisager la décentralisation ». « Attention », disait-il à ses ministres, « il n’y a pas de raccourci possible » même si, ajoutait-il, « [l]a nouvelle constitution ne serait pas très différente de celle que le Canada a présentement. » Détail ironique de cette étonnante réunion du cabinet : un des ministres de Trudeau suggéra de tenir une réunion sur l’unité nationale au lac Meech, là même où 10 ans plus tard Brian Mulroney conclura un accord, un accord que Pierre Trudeau combattra férocement.
 
Daniel L’Heureux, Radio-Canada, Ottawa.
 


(1) Le reporter nous montre la copie du journal sur lequel on peut lire : « Trudeau’s secret confession — In 1977, Trudeau conceded to his cabinet that bilingualism and centralization has failed to thwart Quebec separatists : “ I made a mistake, ” he said »
Traduction : « La confession secrète de Trudeau — En 1977, Trudeau avoue à son cabinet que le bilinguisme et la centralisation n’ont pas réussi faire échec au séparatisme: “ J’ai fait une erreur, ” dit-il. »



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Dernière mise à jour : 29 décembre 1999, 16h24