Le Devoir



La Marche mondiale des femmes se met en branle

Éric Desrosiers

es organisatrices de la Marche mondiale des femmes, prévue pour l’an 2000, ont franchi un pas important ce week-end à Montréal en se donnant une plate-forme de revendications et un comité de liaison international. Toutefois, les quelque 150 déléguées d’un peu moins de 70 pays du monde entier, qui se sont réunies pour l’occasion, se sont séparées, au terme de trois jours de discussions, bien conscientes du travail qu’il reste à abattre.

Lancée par des Québécoises à la suite du succès de la marche Du pain et des roses, organisée en juin 1995, l’idée d’une marche mondiale des femmes avait rapidement provoqué l’enthousiasme des déléguées au Forum des femmes de Pékin en automne 1995. Depuis, environ 1 150 organisations de femmes provenant de 105 pays se sont associées au projet.

Bien qu’il soit encore trop tôt pour savoir exactement en quoi consistera cette marche mondiale, il est toutefois probable qu’elle se mette en branle dans chaque pays le 8 mars 2000, Journée internationale de la femme, pour culminer dans un grand rassemblement et l’arrivée d’une délégation internationale au siège des Nations unies à New York aux alentours du 17 octobre, Journée internationale de la lutte contre la pauvreté.

« La tenue d’un événement international, confiait hier Awa Ouedraogo, une déléguée du Burkina-Faso, va beaucoup nous aider, chez nous, à ouvrir les yeux des femmes et surtout sur la violence conjugale. »

Au chapitre des revendications communes que les déléguées se sont données, et qui visent toutes l’élimination de la pauvreté et de la violence faite aux femmes, on trouve un appel lancé aux États pour qu’ils fassent de l’accès au travail pour chaque citoyen, de l’équité salariale, de la santé et de la sécurité du revenu, mais aussi de la reconnaissance aux femmes du droit de disposer de leur vie et de leur corps et de maîtriser leur fécondité des priorités.

On souhaite également l’établissement d’un fonds international spécial consacré au développement social, l’annulation de la dette de tous les pays du tiers monde, ainsi que l’établissement d’un organisme démocratique, plus efficace que l’ONU, ayant le pouvoir d’établir un système économique mondial plus juste.

Certaines proposition ont nécessité une bonne dose de compromis en raison des différences culturelles et sociales entre les déléguées. Cela a été particulièrement vrai autour de la question de la reconnaissance des droits des lesbiennes que les déléguées arabes et plusieurs déléguées africaines se disaient, du moins pour le moment, tout simplement incapables de défendre dans leur pays.

Quant au comité de liaison international, il comptera 32 représentantes nationales provenant d’Afrique, d’Amérique, d’Asie, d’Europe ainsi que des groupes autochtones et des organismes internationaux.

Espérant que l’événement saura attirer, dans la mesure où on le fera connaître, les mouvements de femmes qui manquent toujours à l’appel, notamment en Europe, les membres du comité organisateur de la rencontre du week-end dernier rappelaient que son ampleur dépendra beaucoup des moyens financiers qui pourront être rassemblés pour sa tenue.


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Dernière mise à jour : 29 décembre 1999, 16h27