Réaction de Lucien Bouchard à la déclaration
de Calgary
Voici quelques extraits du discours de Lucien
Bouchard :
- « Y a-t-il, dans cette offre, plus de pouvoirs pour le Québec
[
] ? [
] Absolument pas. Au contraire. [
] Car pour la première
fois dans un document de cette sorte, les premiers ministres invitent le
gouvernement fédéral à envahir ce qui nous reste dautonomie
et à soccuper de nos programmes sociaux. »
- « Le programme du Parti libéral du Québec,
le rapport Allaire, demandait 22 pouvoirs exclusifs pour le Québec,
le Canada en offre zéro pire, il propose en fait de réduire
la maîtrise de notre politique familiale ou de santé, de tout
ce qui exprime notre solidarité sociale québécoise. »
- « Y a-t-il, dans ce document, une reconnaissance de lexistence
du peuple québécois ? [
] [L]orsquon demandera, dans
quelques années, pourquoi ces deux peuples nont pas pu continuer
à vivre dans le même régime fédéral,
on répondra dabord et surtout [
] quun des deux peuples refusait
de reconnaître lexistence de lautre. »
- « Au début, on disait quil y avait au Canada deux
peuples fondateurs. Dans les années 60, le premier ministre canadien
Lester Pearson reculait dun pas en affirmant que le Québec formait
une nation, mais à lintérieur de la nation canadienne. Dans
les années 70, on dilue encore : Ottawa refuse de parler de
peuple ou de nation, notre présence étant plus subtilement
suggérée par le mot dualité . Dans les
années 80, on est descendu encore de plusieurs pas. Finie la dualité,
mais certains au Canada anglais étaient encore disposés à
nous décrire comme une société distincte. [
] [L]es
premiers ministres du Canada anglais ont fouillé dans tous les dictionnaires
pour trouver les mots les plus anodins, les plus vides, pour nous nommer.
Refusant de nous reconnaître comme un peuple ou comme une nation,
apeurés même par la coquille vide de la société
distincte, les premiers ministres du Canada anglais sont descendus au soubassement,
où ils ont trouvé sans doute le terme le plus passe-partout
qui soit : le caractère unique . »
- « Je note dailleurs que le texte de Calgary parle sans
hésitation des peuples autochtones , mais pas
du peuple québécois.
- « Les premiers ministres canadiens ont une telle volonté
de gommer notre existence comme nation quils ont même rebaptisé,
dans leur texte, notre institution parlementaire. Nous, nous la nommons
fièrement lAssemblée nationale . Mais
ils ont fait disparaître le mot, et ils parlent de notre assemblée
législative . »
- « Je vois aussi quon y écrit que notre caractère
est tellement unique quil est fondamental pour le bien-être
du Canada . Est-ce une façon de dire que nous navons
pas le droit de quitter le Canada, puisque son bien-être en dépend ?
Cette expression nous rendrait donc à la fois socialement uniques,
mais politiquement eunuques ? »
- « Selon eux, nous ne sommes pas une nation, comment pourrions-nous
prétendre à être international, à parler nous-mêmes
aux autres peuples ? Cette clause exprime bien la volonté du
Canada de nous faire entrer dans le moule, le moule réducteur de
légalité des provinces. Elle exprime bien une volonté
de décrire la différence québécoise comme quelque
chose de passéiste et de folklorique qui ne doit avoir aucune conséquence
pour notre avenir. »
- « Dimanche à Calgary, les premiers ministres ont
été clairs. Le Canada neffectuera aucun des changements
souhaités par les Québécois. M. Harris [premier
ministre] de lOntario, a été on ne peut plus net :
Nous noffrons rien de spécifique , a-t-il dit. »
- « Ainsi, les premiers ministres ont démontré
sans lombre dun doute que si les Québécois veulent être
reconnus comme le peuple quils sont, sils veulent maîtriser leur
destin, ils nont quun moyen dy arriver, cest de voter pour la souveraineté,
la prochaine fois, à la majorité. »
[« Calgary nous rapetisse, nous comprime et
nous réduit » in : Le Devoir, 17 septembre
1997, p. A7.]
Déclaration de Calgary.






Dernière
mise à jour : 29 décembre 1999, 16h59