Mise au point sur le débarquement de Dieppe

Date : Vendredi, 19 Septembre 1997 17:59:49 +0200
De : Pierre Rombourg
Sujet : Le débarquement canadien à Dieppe


her Monsieur Routhier,

Dans votre excellente chronologie de l’histoire du Québec, je lis ceci :

18 août 1942
6 100 soldats (dont 4 963 Canadiens – les quatre cinquièmes) s’embarquent pour Dieppe pour faire un raid majeur et ainsi tester la défense des troupes allemandes le long des côtes. Vers 3 h 47, ils tombent nez à nez sur un convoi allemand : de part et d’autre, c’est la surprise générale. Vers 9 heures du matin, on prend conscience de l’échec de l’opération. Des 4 963 Canadiens, 2 753 tombent, 2 210 rentrent en Angleterre (dont 617 sont blessés).

J’avais quinze ans à l’époque et me souviens fort bien de l’espoir insensé qui nous a étreint à la nouvelle du débarquement. Hélas, cet espoir fou n’a duré qu’une journée, et, à l’époque, nous nous demandions avec désespoir par quel miracle l’Allemagne pourrait perdre la guerre.

La légende du « raid de test » qu’ont invoqué les Alliés a la vie dure, mais elle est fausse. Cinquante-cinq ans plus tard, il est temps de dire la vérité.

En effet, on n’arrive pas à comprendre les raisons militaires qui ont présidé à la décision d’envoyer ces troupes à un massacre programmé : il était bien évident que 6 000 hommes ne pourraient pas faire grand-chose face à une armée d’invasion forte de près d’un million d’hommes. Par ailleurs, l’État-major allié était parfaitement au courant de l’état des défenses allemandes, d’une part par ses propres observations aériennes, d’autre part et surtout par les rapports fournis quotidiennement par la Résistance française.

L’occupant avait en effet recruté un grand nombre d’ouvriers français (bien payés avec les indemnités d’occupation fournies par la Banque de France) pour construire ses défenses. La résistance avait sans peine infiltré ces milieux, qui la tenaient au courant, jour par jour de l’avancement des travaux. De plus, les réseaux connaissaient parfaitement les troupes d’occupation, leur nombre, leur activité, et jusqu’à l’immatriculation de leurs régiments. Ces renseignements étaient immédiatement transmis par radio à Londres.

Dans ces conditions, on se demande pourquoi on a envoyé 6 100 soldats à un massacre certain, pour un bénéfice tactique nul, puisqu’ils ne pouvaient rapporter que les renseignements que l’État-major allié possédait déjà.

La vérité n’est pas d’ordre militaire. Staline, dont les troupes étaient en pleine déroute et qui avait perdu le tiers de son territoire réclamait à cor et à cris à ses alliés la formation d’un second front. Le débarquement à Dieppe a répondu à deux préoccupations : faire preuve de bonne volonté vis-à-vis de l’URSS, et lui démontrer qu’une invasion du continent n’était pas possible dans les conditions de l’époque. C’est donc pour des raisons purement politiques que plus de 2 700 de vos compatriotes sont morts inutilement.

Croyez à mes sentiments amicaux,

Pierre Rombourg


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Dernière mise à jour : 29 décembre 1999, 18h20