Le Devoir



Assemblée annuelle de la Banque Laurentienne
La proportion de femmes augmentera au conseil

D’ici l’an 2000, le tiers des membres du conseil devra être des femmes

es actionnaires de la Banque Laurentienne ont approuvé une recommandation de la direction de la banque et du clan d’Yves Michaud pour que, en l’an 2000, les femmes aient le tiers des sièges au conseil d’administration, lequel compte actuellement 18 membres dont trois femmes. Avec un même nombre de membres, il faudra donc remplacer trois hommes par trois femmes.

Cette recommandation a fait l’objet, hier matin à l’assemblée générale de la Banque Laurentienne, d’un vote étonnamment serré. Sur plus de 8,7 millions de votes, il y en a eu 48,06 % en faveur de la proposition, 33,76 % contre et 18,18 % d’abstentions. Henri-Paul Rousseau, président et chef de la direction, a expliqué que plusieurs investisseurs institutionnels (fonds de pension (1), sociétés de gestion, dont la Caisse de dépôt) ont une politique uniforme qui s’applique à toutes les banques et compagnies dans lesquelles ils détiennent des actions. Plusieurs ont voté contre ou se sont abstenus parce qu’ils n’acceptent pas le principe d’un quota.

La présidente du conseil de la Banque Laurentienne, Jeannine Guillevin Wood.

Sur le plan de la présence des femmes et à d’autres égards, cette plus petite des grandes banques canadiennes se distingue déjà. Elle fut l’une des premières à voir siéger une femme à son conseil d’administration et la première à avoir une présidente du conseil, Jeannine Guillevin Wood. Les autres femmes élues hier sont Lise Watier, de Montréal, et Jill Bodkin, de Vancouver.

Heureux de ce vote

Fort heureux de ce vote favorable, M. Rousseau a dit souhaiter, sourire aux lèvres, que toutes les femmes du Canada deviennent désormais des clientes de sa banque. Pour sa part, Yves Michaud, à la suite de ce vote serré, en a conclu que « le mouvement féministe a encore des croûtes à manger ». Il se réjouissait cependant de l’ouverture manifestée par la direction de la banque et aussi par les actionnaires. Il a rendu hommage à la Banque Laurentienne pour avoir été la première à ne pas contester l’inscription de ses recommandations dans son avis d’assemblée générale. À propos de la réunion d’hier, il a eu cette remarque : « Ce fut l’une des plus courtes et gratifiantes assemblées de banque depuis trois ans. »

Une autre proposition mise de l’avant par M. Michaud a été adoptée, soit un code de procédure pour les assemblées d’actionnaires qui donne un délai raisonnable (de sept à dix minutes) pour les interventions et un droit de réplique de cinq minutes. La direction de la banque a également suggéré aux actionnaires de voter en faveur de cette résolution, ce qui a été fait.

En revanche, les actionnaires ont aussi suivi l’opinion de la direction qui n’était pas d’accord avec M. Michaud sur d’autres points. La nomination d’un ombudsman choisi à l’extérieur de la banque en constituait un. M. Rousseau soutient qu’un client insatisfait peut toujours s’adresser à l’ombudsman canadien qui, lui, est extérieur à toutes les banques. Le clan Michaud a perdu en outre sur sa proposition d’interdire l’élection d’un candidat au conseil d’administration qui ferait déjà partie de cinq autres conseils d ’administration.

M. Rousseau s’y est opposé pour ne pas éventuellement se priver d’un bon candidat. Pour sa part, M. Michaud a reconnu que cette proposition ne visait pas la Banque Laurentienne mais les cinq banques de Toronto, qu’il accuse de pratiquer le jeu des copains d’abord. On retrouve au conseil d’administration de ces banques 134 personnes qui ensemble se retrouvent à 1544 conseils d’administration, ce qui fait une moyenne de 11,6 conseils d’administration par personne. C’est trop, soutient-il, à moins de jouer un rôle de pantouflard.

M. Michaud trouve par ailleurs « farfelu » qu’on élise un administrateur qui ne détienne aucune action de la banque dont il aura à approuver les grandes orientations. Il n’a pas fait de débat sur ce point hier, mais il a promis qu’il reviendra l’an prochain avec des propositions pour toutes les banques. Pour l’heure, il réfléchit en particulier sur la question des fusions. Il pense que cela peut être bon pour les consommateurs mais mauvais pour les actionnaires dans la mesure où les banques étrangères prendront une plus grande part du marché canadien, affaiblissant ainsi les institutions nationales. Mais il avoue avoir des sentiments partagés à ce sujet, pour l’instant.

Du point de vue de la direction de la banque, les interventions de M. Michaud et de ses disciples — car il n’est plus seul maintenant — sont saines, puisque la gestion des entreprises appartient aux actionnaires.

« Mon seul regret, ajoute M. Rousseau, c’est quand on vient à mon assemblée pour parler des problèmes des autres banques. J’aime moins ça. »

Nouveau statut

Le débat sur les diverses propositions a sans doute eu pour effet de donner moins de relief aux changements en cours d’année, entre autres nouvel examen du positionnement stratégique et un changement à la structure de propriété par suite de la mise en vente du bloc majoritaire d’actions détenues par le Mouvement Desjardins. Selon M. Rousseau, ce nouveau statut (aucun actionnaire ne peut détenir plus de 10 % des actions) et une évaluation plus juste du titre donnent aujourd’hui à la Banque Laurentienne la marge de manœuvre nécessaire pour saisir les occasions d’accélérer sa croissance, que ce soit par des acquisitions ou par des alliances stratégiques.

La Banque Laurentienne voit des avantages aux fusions qui s’annoncent maintenant, mais elle déplore que la fusion soit la seule formule de regroupement que permette la loi canadienne. Cela pénalise les institutions de petite taille. Il faudrait, selon M. Rousseau, des règles plus souples pour permettre des alliances qui laissent place à l’identité propre des partenaires. On pourrait par exemple mettre en commun des technologies, des programmes de formation, mais conserver séparément son siège social et sa personnalité. M. Rousseau pense qu’il pourrait y avoir ainsi une douzaine de groupes financiers au Canada.

En 1998, la Banque Laurentienne vise à obtenir un rendement sur l’avoir des actionnaires de 12,5 %, en comparaison de 12 % en 1997. Elle veut de plus améliorer de 75 à 72,4 % le ratio d’efficacité, c’est-à-dire le rapport entre les frais d’exploitation et le revenu total.


Note :

(1) Au Québec, on appelle fréquemment « fonds de pension » la « caisse de retraite » ; cet anglicisme est un calque de l’anglais « pension fund ».



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Dernière mise à jour : 29 décembre 1999, 18h54