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1705
Agathe de Saint-Père-Le Gardeur de Repentigny [1657-1748] ouvre la première manufacture d’étoffes au Canada, rue Saint-Joseph, à Montréal et devient une commerçante prospère. Suite au naufrage de la Seine qui apportait le ravitaillement de toute l’année et pendant qu’« une grave crise financière mène la colonie à la faillite » [Provencher, Jean. Chronologie du Québec, Boréal, p. 61.], Madame de Repentigny ne se laisse pas abattre. Elle reprend à son compte les initiatives de l’intendant Talon visant à rendre la Nouvelle-France autosuffisante en matière de tissus. Elle négocie avec les Agniers et rachète des tisserands anglais capturés par les Indiens à Deerfield près d’Albany. Elle les équipe de métiers et leur adjoint des apprentis. Elle-même poursuit des expériences sur des colorants indigènes et sur leur fixation. Après le départ des tisserands rachetés par les Bostonnais en 1707, la manufacture devenue autonome conservera son rythme de production jusqu’en 1713, année où elle résolut de se retirer des affaires. Auparavant, cette femme de tête et de cœur douée pour le commerce avait inventé et commercialisé le sucre d’érable qu’elle a fait connaître en France. Agathe de Repentigny a su faire reconnaître par la couronne de France l’importance de ses initiatives pour la colonie, le roi lui a accordé une gratification annuelle de 200 livres en reconnaissance de ses services. [Julien, Fabienne. Agathe de Repentigny, une manufacturière au XVIIe siècle, XYZ éditeur, 1996. Prévost, Robert. Québécoises d’hier et d’aujourd’hui, Stanké, 1985]
 
 31 décembre 1737
Fondation des Sœurs de la Charité de Montréal appelées Sœurs Grises, première communauté religieuse fondée par une Canadienne, Madame d’Youville (Marie-Marguerite Dufrost de Lajemmerais, *1701–†1771). À 28 ans, veuve d’Youville avec trois autres compagnes « s’engage secrètement à vivre en commun avant tout pour se dévouer aux pauvres. […] Dès le XVIIIe siècle ces religieuses s’adonnent aux soins infirmiers, s’occupent des pauvres, des personnes âgées, des malades contagieux, des infirmes, des aveugles, de l’enfance abandonnée — la Crèche —, de l’hébergement des orphelins, des incurables et des aliénés. […] mère d’Youville aménage même, pour les “ filles tombées ”, 12 chambres de retraite ; l’ensemble s’appelle Jérico. En plus, elles assistent les familles en distribuant nourriture et vêtements. Elles visitent les prisonniers et soignent les pauvres chez eux; initiatives qui conduiront à la mise sur pied formelle d’un service de visites à domicile, effectuées tous les jours par les religieuses. Une première au Canada. » [D’Allaire, Micheline, Les communautés religieuses de Montréal, Tome 1. Les religieuses et l’assistance sociale à Montréal 1659-1900, Méridien, 1997, p. 73-75-76 et Chronologie de l’établissement des œuvres des Soeurs Grises.] [Lire Chronologie des Sœurs grises.]


La Conquête

 10 février 1763
La Conquête par le Traité de Paris :
 
 18 avril 1763
Marie-Josephte Corriveau est condamnée pour le meurtre de son deuxième mari Louis Dodier et pendue. Selon son propre témoignage, elle refuse de continuer à se faire battre par son mari : « elle ajoute que c’est vraiment dû en grande partie aux traitements de son mari si elle est coupable de ce crime » [Lacoursière, L., « Le triple destin de Marie-Josephte Corriveau, 1733-1763 », Cahiers des dix, vol. 33, p. 230-231]. Comme c’est coutume au XVIIIe siècle, selon la coutume britannique, son corps est exhibé publiquement : elle est suspendue pendant un peu plus d’un mois dans une cage de fer, au-dessus d’une croisée des chemins, à Lauzon, près de Québec. Les folkloristes et les historiens des XIXe et XXe siècle amplifieront la légende de la Corriveau, la rendant plus horrifiante à chaque nouvelle version. [L’histoire des femmes au Québec depuis quatre siècles, Le collectif Clio, p. 128-129 et 136]


 26 décembre 1791
L’Acte constitutionnel donne la qualité d’électeur à tous les propriétaires, à partir d’un seuil assez modeste, sans distinction de sexe. Certaines femmes propriétaires ont ainsi le droit de vote et l’exercent [La constante progression des femmes — Historique des droits des femmes. Gouvernement du Québec, Conseil du statut de la femme, décembre 1995].

1808
Campagne électorale au temps de Papineau : Une femme, Marie-Élisabeth Grant, fait campagne électorale dans le comté de Kent (Chambly). « En traversant le village de Longueuil, père me racontait les incidents de sa première lutte électorale. Car c’est ici qu’en 1809, se tenaient hustings et poll pour le comté de Kent [aujourd’hui Chambly]. Père, âgé de 21 ans, encore étudiant en loi, osait s’y présenter contre le seigneur du lieu, le puissant baron Grant de Longueuil (marié à Marie-Charles-Josèphe Le Moyne, baronne de Longueuil.) à qui semblait de droit la représentation de son comté. Père eut alors un adversaire bien terrible : une jeune amazone qui, montée sur un coursier fougueux, parcourait jour et nuit toutes les côtes de la vaste seigneurie s’étendant jusqu’à Belœil et Chambly, et qui savait fort bien faire valoir sa langue et son esprit acérés, auprès de ses censitaires, contre l’audacieux, imberbe et plébien qui osait se mesurer avec monsieur le baron. Bons amis plus tard Mme de Montenach (Marie-Élisabeth Grant, fille de David Alexander, épouse de Charles-Nicolas-Fortuné de Montenach, député d’Yamaska ) et mon père se racontaient souvent les incidents de cette lutte de leur jeunesse. » [Papineau, Amédée. Souvenirs de jeunesse 1822-1837, Les cahiers du septentrion, p. 99-100]

1815
La Female Benevolent Society ouvre l’House of Recovery, une maison de quatre chambres pour les immigrants et pour les pauvres. Ce projet est à l’origine du Montreal General Hospital. L’institution démantelée en 1822, sera remise sur pied en 1832 sous le nom de Montreal Ladies’ Benevolent Society qui sera l’institution de charité pour enfants protestants la plus imposante du XIXe siècle. Entre 1832 et 1900, elle accueille près de 2 600 enfants, et plus de 1 600 autres, de 1900 à 1946. [Repères statistiques : À cette date, Montréal compte une population d’environ 15 000 habitants dont les pauvres sont, en bonne partie, des paysans sans le sou et malades, nouvellement arrivés d’Angleterre, d’Écosse et d’Irlande. L’Hôtel-Dieu reçoit quelques immigrants, mais il ne compte que 31 lits] [D’Allaire, Micheline, Les communautés religieuses de Montréal. Tome I, Les communautés religieuses et l’assistance sociale à Montréal 1659-1900, Méridien, 1997, p. 49 ; Harvey, Janice, in : Ces femmes qui ont bâti Montréal, Les Éditions du remue-ménage, 1994, p. 74-75.]

1822
« Les dames de la bonne société de Québec organisent une des premières sociétés de charité laïque, la Female Compassionate Society afin d’assister lors de l’accouchement les épouses légitimes, protestantes ou catholiques » [Collectif Clio, L’histoire des femmes au Québec, Le Jour, p. 140].

Des femmes anglaises de la bourgeoisie montréalaise fondent le Montreal Orphan Asylum, dont la vocation première est d’accueillir des orphelins âgés de deux à douze ans, sans parenté pouvant en assumer la charge. Entre 1822 et 1900, l’orphelinat reçoit près de 1 000 enfants, alors que 500 autres le fréquenteront entre 1900 et 1946. [Harvey, Janice, in : Ces femmes qui ont bâti Montréal, Les Éditions du remue-ménage, 1994, p. 75]

1825
Jacques Viger fait le recensement de la ville de Montréal. Selon ses chiffres, une Montréalaise sur cinq a une occupation en sus des travaux ménagers. Presque 27 % de la main d’œuvre active de la ville est féminine. Parmi ces femmes qui ont un métier, plus de la moitié sont des domestiques et plus d’un quart sont journalières. Le personnel enseignant est à 40 % féminin. Autres occupations citées : gouvernante, laveuse, sage-femme, couturière, modiste. Autres occupations, où les femmes sont présentes en très petit nombre cependant : forgeron, carrossier, jardinier, aubergiste, corsetier, tisserand, marchand, rentier, mercier, cultivateur, garde-malade, etc. 6 % de toutes les femmes ayant une profession déclarée sont des prostituées. [Collectif Clio, Histoires des femmes au Québec, Le Jour, 1992, p. 123-138]

1827
Angélique Blondeau-Côté [1755-1838], alors septuagénaire, fonde l’Association des Dames de la Charité, puis l’Orphelinat catholique, pour venir en aide aux veuves et aux orphelins ayant besoin de services tels le gîte, la nourriture, les vêtements, etc. Membre des Sœurs Grises, elle s’est occupée toute sa vie des pauvres et des orphelins. [Harvey, Janice, in : Ces femmes qui ont bâti Montréal, Les Éditions du remue-ménage, 1994, p. 76 ; D’Allaire, Micheline, Les communautés religieuses de Montréal. Tome I, Les communautés religieuses et l’assistance sociale à Montréal 1659-1900, Méridien, 1997, p. 31]

1828
Madame Émilie Tavernier, veuve Gamelin, membre active du groupe des Dames de la Charité, héberge chez elle, puis au rez-de-chaussée d’une école située à l’angle des rues Saint-Laurent et Sainte-Catherine, quelques veuves âgées pauvres et infirmes. Aucune mesure sociale n’existe alors au Québec pour s’occuper des ces personnes nécessiteuses. C’est le début de l’œuvre des Sœurs de la Providence. [D’Allaire, Micheline. Les communautés religieuses de Montréal, tome 1 : « Les communautés religieuses et l’assistance sociale à Montréal 1659-1900 », Méridien, 1997, p. 104.] — (Voir aussi 1844) À venir : Chronologie d’Émilie Tavernier-Gamelin.

1829
Une femme laïque, Huguet Latour-McDonnel, instaure un asile pour les femmes de « mauvaise vie » qui veulent se convertir, c’est-à-dire en arriver à gagner leur vie convenablement. L’année suivante, 30 prostituées s’y abritent. L’incorporation civile de l’Institut des filles repenties de Montréal est votée en 1833. Malheureusement, l’Institut qui a abrité 300 femmes de 1829 à 1836 disparaît en 1837, faute d’argent. [Lemieux, L., Histoire du catholicisme québécois, Les XVIIIe et XIXe siècle, Tome I, Boréal, 1984, p. 169s. cité in : D’Allaire, Micheline, Les communautés religieuses de Montréal. Tome I, Les communautés religieuses et l’assistance sociale à Montréal 1659-1900, Méridien, 1997, p. 32]

1832
Année d’une des pires épidémies que l’on ait jamais vues : le choléra qui sévit en Europe arrive à Québec et à Montréal au printemps. On dénombre 3 292 morts à Québec, et la ville de Montréal perd le dixième de sa population. Femmes et enfants sont particulièrement affectés par la crise économique qui sévit et la maladie.
1832, l’élection partielle du quartier ouest de Montréal fait des morts et des blessés au cours de l’intervention des troupes britanniques. [Collectif Clio, Histoire des femmes au Québec, Le Jour, 1992, p. 157]

octobre 1832
Mary Graddon Gosselin, « première femme à fonder un journal bas-canadien destiné aux femmes » lance le Musée de Montréal, ou Journal de littérature et des arts. Seul le premier numéro est totalement rédigé en français ; par la suite cette publication familièrement connue sous le nom de Ladies’ Museum sera bilingue. « Les modèles de femmes qui sont véhiculés dans le Musée de Montréal, mis à part celui de la femme de lettres, sont ceux de l’épouse et de la mère. » [Harvey, Janice, in : Ces femmes qui ont bâti Montréal, Les Éditions du remue-ménage, 1994, p. 79 : Collectif Clio, Histoire des femmes au Québec, Le Jour, 1992, p. 241-242]

1833
Fondation du Club des femmes patriotes dont les réunions se tiennent rue Bonsecours. Julie Bruneau, épouse de Louis-Joseph Papineau, y participe avec d’autres épouses de Patriotes. [Harvey, Janice, in : Ces femmes qui ont bâti Montréal, Les Éditions du remue-ménage, 1994, p. 598]

L’abolition de l’esclavage met un terme à l’exploitation des femmes noires et amérindiennes qui, depuis 1709, servaient comme domestiques non payées dans certaines familles montréalaises. En 1744, la ville de Québec dénombre parmi ses femmes domestiques à peu près 5 % d’esclaves noires et 10 % d’Amérindiennes. [Collectif Clio, Histoire des femmes au Québec, Le Jour, 1992, p. 133]

1834
Les parlementaires du Bas-Canada, de même que les Patriotes, sous la gouverne de Louis-Joseph Papineau, expriment leur intention de retirer leur droit de vote aux femmes, ce qui deviendra réalité en 1849. [Harvey, Janice, in : Ces femmes qui ont bâti Montréal, Les Éditions du remue-ménage, 1994, p. 598] — Nouvelle épidémie de choléra, les femmes de Québec et Montréal en sont très affectées.


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Dernière mise à jour : 29 décembre 1999, 19h24