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1837
Pendant la Rébellion de 1837-1838, les femmes s’avèrent « actives, certes, mais à la périphérie de l’action. C’est en grand nombre, semble-t-il, qu’elles assistent aux assemblées populaires de protestation. […]
 
Le comité central permanent des Patriotes sanctionne en 1837 la fondation, par Mme Girouard, de l’Association des dames patriotes du comté des Deux-Montagnes. Ces femmes se réunissent pour “ concourir, autant que la faiblesse de leur sexe peut le leur permettre, à faire réussir la cause patriotiques ”. »
 
Les années 1837-1838 et les suivantes sont pour les femmes des années d’angoisse, de deuil, de dévastation, de pauvreté, de misère et de ruptures de famille. En plus des morts au combat et des centaines de prisonniers, la défaite se solde par 12 hommes exécutés, 98 condamnés à mort et 58 déportés en Australie, dont 44 ont des enfants. « Entre 1836 et 1840, on enregistre le plus bas taux de nuptialité depuis 1711. Même phénomène pour les naissances, car c’est aussi durant ces années que le taux de natalité est à son plus bas. »
 
On peut lire dans le journal Le Canadien que le quartier Saint-Rock à Québec « renferme de 95 à 110 veuves qui gagnent leur vie à la journée, et dont une grande partie a bien souvent de la peine à trouver de l’ouvrage dans cette saison. Elles ont avec elles environ 200 orphelins. L’âge, la maladie, les infirmités rendent un grand nombre de ces pauvres femmes incapables de travailler une partie de l’hiver. […] Il y a encore dans Saint-Rock 100 à 110 pauvres familles. [Un] certain nombre d’entre elles, il est vrai, est réduit à la misère par les suites de la boisson, dont l’usage est si funeste et si répandu parmi nos classes ouvrières… À côté de ces familles si souffrantes par la faute de leur chef, il en est un grand nombre dont la misère ne vient qu’à la suite des maladies contagieuses qui règnent presque continuellement au milieu de notre population pauvre… » [Le Canadien, 23 janvier 1837, cité in : Ouellet, Fernand, Histoire économique et sociale du Québec 1760-1850, Montréal, Fides, 1966 in : L’histoire des femmes au Québec, p. 175 ; Collectif Clio, L’histoire des femmes au Québec, Le Jour, 1992, p. 158-159] — [Témoignages].
 
Mars 1844
Érection canonique des Filles de la Charité d’Émilie Tavernier-Gamelin sous le nom de Sœurs de la Charité de la Providence. Ces personnes consacrent tout leur temps à diverses catégories de personnes démunies : vieillards, malades mentaux, sourdes et muettes, orphelins. Elles organisent aussi des visites aux malades et aux pauvres à domicile. [D’Allaire, Micheline. Les communautés religieuses de Montréal, tome 1 : « Les communautés religieuses et l’assistance sociale à Montréal 1659-1900 », Méridien, 1997, p. 105.] À venir : Chronologie d’Émilie Tavernier-Gamelin.
 
1848
Fondation des Sœurs de la Miséricorde : depuis 1845, Rosalie Cadron-Jetté, veuve d’une cinquantaine d’années, vient en aide aux mères célibataires malgré les préjugés de l’époque et les sarcasmes de certains proches. Appuyée par quelques collaboratrices, elle obéit au conseil de monseigneur Ignace Bourget, et organise l’hospice Sainte-Pélagie, sur la rue Wolfe. Le 16 janvier 1848, monseigneur Bourget érige canoniquement la communauté des Sœurs de la Miséricorde vouées au secours des mères célibataires. En 1851, l’Institut et l’hospice s’installèrent dans deux maisons, entre les rues Dorchester (boul. René-Lévesque) et La Gauchetière bordées par les rues Campeau et Saint-André. Cette année-là, la Miséricorde accueillit 97 pensionnaires. En octobre 1854, les religieuses de la Miséricorde firent leur entrée dans leur nouvel hôpital. Rosalie Cadron Jetté, Mère de la Nativité mourut le 5 avril 1864 âgée de soixante-dix ans. [Source : Grand-mère Rosalie, vie de Mère de la Nativité fondatrice des sœurs de la Miséricorde, Pia Roseau, Beauchemin 1984.]
 
1849
Le droit de vote est retiré aux femmes [les femmes propriétaires pouvaient voter depuis l’Acte constitutionnel de 1791]. Depuis 1834, les Patriotes, Louis-Joseph Papineau en tête, se comportant en hommes de leur temps avaient tenté de faire passer un « bill » interdisant aux femmes de voter. Pour retrouver l’esprit du temps, il est intéressant de lire ce que ce libéral chef du Parti patriotes écrivait à son épouse en 1830 : « Je reçois ce matin ta bonne et aimable lettre. Quoiqu’elle respire un peu trop d’esprit d’indépendance contre l’autorité légitime et absolue de ton mari, je n’en suis pas aussi surpris qu’affligé. Je vois que cette funeste philosophie gâtes (sic) toutes les têtes et le contrat social de Rousseau te fait oublier l’Évangile de Saint Paul. Femmes soyez soumises à vos maris » [Collectif Clio, L’histoire des femmes au Québec, Le Jour, 1992, p. 142, 163-164].
 
Mère Marcelle Mallet fonde les Sœurs de la Charité de Québec, filles spirituelles de mère d’Youville. [Godbout, Marie-Jeanne. « Les sœurs de la Charité de Québec » in : Cap-Aux-Diamants. La revue d’histoire du Québec, nº 31 automne 1992, p. 47]
 
 12 janvier 1850
Marie-Josephte Fitzbach (1806-1885) ouvre à Québec un refuge pour accueillir les femmes sortant de prison, l’Asile Sainte-Madeleine. En 1851, elle ajoutera un volet éducation à son œuvre et en 1856 selon son désir et celui de ses compagnes, elle fonde une communauté de religieuses, les Servantes du Cœur-Immaculée-de-Marie que la population appellera sœurs du Bon-Pasteur. En 1874, elles ouvrent l’Hôpital de la Miséricorde de Québec et en 1901 la Crèche Saint-Vincent-de-Paul. [Massé, Monique & Marielle Laliberté in : Mémoires d’elle, Médiaspaul, 1999, p. 217-222 ; Labrecque, Yvette scim, « Sœurs du Bon-Pasteur de Québec » in : Cap-Aux-Diamants. La revue d’histoire du Québec, n° 31 automne 1992, p. 48]
 
1851
Le statut d’Indien au Bas-Canada est identifié en fonction de la lignée paternelle. [Collectif Clio, Histoire des femmes au Québec, 1992, p. 169]
 
1859
Les Sœurs Grises de Montréal confient à l’une des leurs, Sœur Julie Gaudry, le soin de créer une œuvre nouvelle, les salles d’asile, formule primitive des garderies d’aujourd’hui. La première salle d’asile construite en 1859 est située à proximité de l’hospice Saint-Joseph, au coin des rues Cathédrale et Saint-Jacques. On y accueille les enfants de la classe ouvrière âgés de deux à sept ans. Trois ou quatre religieuses s’occupent quotidiennement de plus de 200 enfants à qui on propose des activités de toutes sortes, basées surtout sur la mémorisation : chansons et fables, calcul et géographie, exercices de gymnastique, exercices de lecture et jeux variés. [Ces femmes qui ont bâti Montréal, Remue-ménage, 1994, p. 97]
 
1866
Adoption du nouveau Code civil inspiré du Code civil français de 1804 qui confirme la déchéance légale des femmes. Les femmes mariées sont assimilées, à quelques nuances près, aux enfants et aux personnes interdites. Elles doivent obéissance à leur mari, doivent prendre sa nationalité, seul le mari choisit le lieu de la résidence familiale. Elles ne peuvent être seules tutrices de leurs propres enfants, se défendre ou intenter une action, recevoir un héritage. Elles n’ont pas droit au salaire que peut leur procurer leur propre travail. La femme ne peut exercer une profession différente de celle de son mari. Cette loi agira profondément sur les perceptions, les attitudes et les mœurs des hommes et des femmes. [Lamoureux, Diane. Citoyennes ? Femmes, droit de vote et démocratie, Remue-ménage, 1989, p. 89. — Collectif Clio, Histoire des femmes au Québec, Le Jour, 1992, p. 166-167]
 

L’Acte de l’Amérique du Nord britannique

 1er juillet 1867
Acte de l’Amérique du Nord britannique (quatre provinces : Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Écosse, Ontario et Québec).
 
1869
Le Parlement vote une loi qui prohibe l’avortement. L’avorteur, l’avorteuse ou l’avortée sont passibles d’emprisonnement à perpétuité et la femme qui provoque son propre avortement risque 7 ans de prison. [Source : Histoire des femmes au Québec, Collectif Clio, p. 186 et http://web.idirect.com/~cbctrust/CHRONOLO.PT1.html]
 
Dans le but de limiter la transmission du statut d’Indien, le gouvernement du Canada décide de priver de leur statut les Amérindiennes épousant des non-Amérindiens ainsi que leurs descendants. Si une femme se marie avec un autochtone d’une autre bande ou d’une autre tribu, elle appartient désormais au groupe de son mari. Si son mari, par décision du surintendant de la réserve, est expulsé, elle subit le même sort. Cette loi prévoit aussi qu’à la mort de son mari elle ne peut hériter : seuls ses enfants sont les héritiers du père et il revient à ces derniers de pourvoir à la subsistance de leur mère. Cette dernière clause sera modifiée en 1874 : le tiers des biens du mari va à l’épouse et les deux tiers aux enfants. Pour couronner le tout, elles sont exclues du pouvoir politique à l’intérieur de leurs communautés : les conseils de bande sont élus par les seuls mâles majeurs du groupe et les femmes n’ont plus aucune voix officielle. « La “ civilisation ” occidentale leur aura fait perdre leurs anciens droits et les aura placées comme toutes les autres femmes du pays sous la tutelle des hommes. » [Collectif Clio, Histoire des femmes au Québec, Le Jour, 1992, p. 169]
 
1874
Fondation du YWCA [Young Women’s Christian Association] de Montréal pour venir en aide aux femmes immigrantes et des régions rurales qui venaient s’installer à Montréal et devaient faire face à de nombreuses difficultés : logement, emplois précaires, bas salaires, etc. Les huit fondatrices se préoccupaient de l’amélioration des conditions de vie des femmes, d’équité salariale et de leurs conditions de travail. Elles organisaient des cours (1878) ; offraient des services de placement (1885) ; un service de garderie (1886) ; une première maternelle gratuite (1893) et des camps de vacances bilingues pour jeunes filles (1917). Le YWCA poursuit son action encore aujourd’hui à Montréal. [Riffaud, Lise B. Ces femmes qui ont bâti Montréal, Éditions remue-ménage, 1994, p. 107. Voir site]
 
1882
Promulgation de la loi permettant à un homme d’épouser la sœur de sa défunte épouse [45 Vict., c42] ; les femmes demeurent privées de ce droit avec leur beau-frère. Les légistes de l’époque justifient ainsi ce double standard : « Très souvent on voit la sœur d’une femme décédée prendre soin de ses enfants, et devenir, pour eux, une seconde mère. On a pensé que, dans l’intérêt des enfants, on devait permettre à son beau-frère de l’épouser. » L’initiative fédérale est grondée par les théologiens et les juristes conservateurs du Québec ultracatholique. [Gagnon, Serge. Mariage et famille au temps de Papineau, Les presses de l’université Laval, 1993, p. 225]
 
1885
Le gouvernement du Québec vote une loi qui impose des normes aux patrons. Il leur est désormais interdit d’engager des filles de moins de 14 ans (et des garçons de moins de 12 ans) ; le nombre maximum d’heures de travail par semaine est fixé à 60 pour les femmes et les enfants (et à 72,5 pour les hommes). [Roy, Marcel et Dominic Roy, Je me souviens. Histoire du Québec et du Canada, Éditions du Renouveau pédagogique, 1995, p. 335.]
 
1888
L’Université McGill est la première université québécoise à ouvrir ses portes aux femmes qu’elle n’admet qu’à son école normale et à sa faculté des arts. En 1917, il y a plus de femmes que d’hommes à la Faculté des arts de McGill, comme la plupart des corporations professionnelles leur sont interdites, elles doivent se tourner vers l’enseignement pour gagner leur vie. En milieu francophone, la situation est encore plus désastreuse. [Quiz des femmes de la CEQ et Collectif Clio, Histoire des femmes au Québec, p. 223. Voir 1900, 1911, 1918, 1922.]
 
1892
La distribution d’information et de matériel contraceptif ou abortif devient illégale. « Est coupable d’un acte criminel et passible de deux ans d’emprisonnement celui qui (…) offre en vente, annonce pour les vendre ou en disposer, quelque médecine, drogue ou article destiné ou représenté comme servant à prévenir la conception ou à causer l’avortement ou une fausse couche, ou publie une annonce de cette médecine drogue ou article. » [63-64 V. c 46 art. 3]
 
1893
Fondation du Montreal Local Council of Women (MLCW) : première association féministe au Québec, organisation à majorité protestante. Les femmes francophones catholiques ne jouissent pas de la même liberté d’action que les anglophones qui n’ont pas à faire face à un clergé hostile. Certaines Canadiennes françaises épousent les idées du libéralisme et rejoignent les rangs du MLCW où se retrouvent Marie Gérin-Lajoie, Joséphine Marchand-Dandurand, Caroline Béique, Marie Thibaudeau. [L’Histoire des femmes au Québec. Le Collectif Clio. Le Jour, 1992.]
 
Joséphine Marchand-Dandurand fonde la première revue féminine du Québec, Le coin du feu (1893-1896) qui s’adresse de façon explicite aux Canadiennes. Mme Dandurand écrit dans le premier numéro : « enfin, comme M. son mari qui a son club, sa pipe, ses gazettes, madame aura aussi, et ce ne sera que justice, son journal à elle, qui ne s’occupera que d’elle » [Beaulieu et Hamelin, La Presse québécoise des origines à nos jours, t. III, Québec, PUL, 1977, p. 293]. On ne peut parler de journalisme féministe dans ce cas-ci car les valeurs véhiculées dans Le coin du feu sont conservatrices et traditionnelles et Joséphine Marchand s’entoure presque exclusivement de collaborateurs masculins. [Isabelle Boisclair, L’Édition féministe au Québec : les éditions de la Pleine Lune et les éditions du Remue-Ménage 1975-1990, Mémoire de maîtrise, Université de Sherbrooke, septembre 1994, p. 79]
 
1897
Fondation de l’hôpital du Sacré-Cœur : Georgiane et Léontine Généreux et Aglaée Laberge fondent l’hôpital du Sacré-Cœur destiné à recueillir des cancéreux ou des invalides. [L’Histoire des femmes au Québec. Le Collectif Clio. Le Jour, 1992.]
 
janvier 1898
Fondation de la première École d’infirmières canadienne-française par les Sœurs Grises de l’Hôpital Notre-Dame. À cette date, il y avait trois écoles de sciences infirmières à Montréal, toutes trois de langue anglaise : celle du Montreal General Hospital depuis 1890, celle de la Royal Victoria depuis 1893 et celle de l’Homoepatic Hospital depuis 1895. L’École sera affiliée à l’Université de Montréal en 1922. [D’Allaire, Micheline, Les communautés religieuses de Montréal. Tome 1 : Les communautés religieuses et l’assistance sociale à Montréal 1659-1900, Méridien, 1997, p. 98-99]
 


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Dernière mise à jour : 16 septembre 2000, 16h29