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août 1959
Françoise Berd fonde à Montréal l’Égregore, compagnie de théâtre.


Identité nationale du Québec

1961
Claire Kirkland-Casgrain est la première femme élue à l’Assemblée nationale sous la bannière du Parti libéral. Élue députée à une élection partielle dans le comté de Jacques-Cartier, elle est aussi la première femme à occuper le poste de ministre (sans portefeuille) des Transports et des Communications.
 
1962
Alice Girard (1907–1er janvier 1999) est la première femme à assurer un poste de doyen à l’Université de Montréal. Fondatrice et première doyenne de la faculté des sciences infirmières de cette université, elle en a assuré la direction de 1962 à 1973. Docteure honoris causa de l’Université de Toronto et de l’Université de Montréal, elle fut la première Canadienne à présider le Conseil international des infirmières à Genève. [Kérouac, Suzanne. in : Le Devoir, vendredi 22 janvier 1999, p. A9]
 
1964
Adoption de la loi 16 qui met fin à l’incapacité juridique de la femme mariée. Cette loi présentée par la première femme élue à l’Assemblée législative du Québec, Claire Kirkland-Casgrain, met fin à la soumission légale de la femme mariée. L’abolition de l’infériorité légale de la femme mariée ne signifiait pas pour autant l’égalité des conjoints au sein du couple et de la famille, cette loi est la première qui amorce la révision des assises légales du mariage et de la famille, basés depuis plus d’un siècle sur la puissance maritale et paternelle et sur la soumission et la dépendance de l’épouse.
 
Parution du Rapport Parent. Début de la réforme du système d’éducation québécois qui permet aux femmes un véritable accès aux études postsecondaires et une diversification des choix de carrière. [Gazette des femmes, janvier 2000, p. 22]
 
1966
Fondation de la Fédération des femmes du Québec. À l’occasion du 25e anniversaire du droit de vote des femmes québécoises, Thérèse Casgrain et quelques collaboratrices organisent un colloque « La femme du Québec. Hier et aujourd’hui » pour établir un bilan de la condition féminine au Québec. Au cours de la séance de clôture, on vote à l’unanimité la fondation de la Fédération des femmes du Québec. La charte est obtenue en 1966. La nouvelle Fédération sera non confessionnelle et multiethnique [Collectif Clio, Histoire des femmes au Québec depuis quatre siècles, Le jour, 1992, p. 463-467].
 
 22 septembre 1966
Fondation de l’AFÉAS [Association féminine d’éducation et d’action sociale] née de la fusion de l’Union catholiques des femmes rurales (25 000 membres, fondée en 1944) avec les Cercles d’économie domestique (10 000 membres, fondés en 1952). Selon le collectif Clio, « l’association se révélera une véritable tribune d’action sociale ». Les membres du premier exécutif élu de l’AFÉAS sont : Germaine Goudreault de Nicolet (UCFR), présidente; Bibiane Laliberté de Shawinigan (CÉD), vice-présidente; Azilda Marchand, femme d’action avant-gardiste y joue un rôle-clef avec les autres membres mesdames Donat Mayrand de Dolbeau et Hervé Bélanger de Mont-Laurier. (Plusieurs femmes utilisaient encore le nom de leur mari.) [Lamoureux, Diane et al., Femmes en mouvement. Trajectoires de l’AFÉAS 1966-1991, Boréal, 1993, p. 57, & Monet-Chartrand, Simone, Pionnières québécoises et regroupements de femmes, d’hier à aujourd’hui, Remue-ménage, 1990, p. 385-390. Voir 1915 & http://www.afeas.qc.ca]
 
février 1967
Le gouvernement du Canada institue la Commission royale d’enquête sur la situation de la femme au Canada également nommée Commission Bird du nom de sa présidente, Florence Bird, une journaliste torontoise. Pendant trois ans, la commission « va traquer le sexisme dans des secteurs nouveaux ». Outre les 34 études commandées sur des points particuliers dont au moins 7 sont effectuées par des québécoises, elle recevra 469 mémoires, plus de 1 000 lettres et tiendra des audiences publiques durant 37 jours dans 14 villes où plus de 890 personnes viendront exposer leurs griefs. « Malgré certaines réticences constitutionnelles, les Québécoises participent largement au processus. » [L’histoire des femmes au Québec depuis quatre siècles, Collectif Clio, p. 469. Monet-Chartrand, Simone. Pionnières québécoises et regroupements de femmes, p. 415]. [Vers dépôt du rapport]
 
1968
Le parlement fédéral adopte la loi sur le divorce. Au Québec, avant cette date, le mariage était à toutes fins utiles presque indissoluble. Au cours des années qui suivent l’adoption de cette loi, les divorces connaissent une croissance vertigineuse : en 1969, on comptait 8,7 divorces pour 100 mariages, et en 1987, 44,8 divorces pour 100 mariages. Les divorces dévoilent au grand jour les inégalités économiques entre les époux et propulsent des milliers de femmes vers la pauvreté avec leurs enfants. Voir 1986 pour les prochaines modifications à la loi [L’Histoire des femmes au Québec, p. 528].

Publication par le pape Paul VI de l’encyclique Humanæ Vitæ condamnant l’usage des anovulants. Signe de la perte de contrôle de l’Église, bien peu de catholiques obéissent aux prescriptions pontificales.
 
 14 novembre 1968
Établissement du mariage civil au Québec.
 
1969
La Société d’acquêts remplace le régime légal de la communauté de biens. Désormais, les femmes se mariant sans contrat sont associées à la vie économique de la famille; au moment de la dissolution du régime, tout ce qu’un couple a acquis au cours d’une union est partagé entre les époux, alors que chacun conserve les biens propres possédés avant le mariage ou reçus par don, legs ou successions.
 
Le Montréal Women’s Liberation Mouvement est fondé et appuie l’ouverture de la première clinique du Dr Henry Morgentaler. [Gazette des femmes, janvier 2000, p. 27]

La nouvelle Loi de l’aide sociale est adoptée. Cette loi, mise en application le 1er novembre 1970, permet à des femmes chefs de familles monoparentales de toucher des prestations sans avoir à se soumettre aux humiliations de l’ancienne loi des mères nécessiteuses. [Québec (Gouvernement du), Conseil du statut de la femme. La lente progression des femmes, p 5.]

Le Front de libération des femmes du Québec (FLF) « est reconnu comme le premier groupe autonome de femmes militant du second souffle du féminisme québécois (le premier souffle, au XXe siècle, remonte aux suffragettes). Il fut formé à Montréal, à l’automne 1969, pour se dissoudre deux ans plus tard, en décembre 1971. Le FLF a peu “ écrit ” pour publication. Il a plutôt “ agi ” — parfois spectaculairement — et sensibilisé, par ses actions, un nombre considérable de Québécoises à leur condition d’opprimées. Ces Québécoises ont formé, à sa suite, d’autres groupes autonomes de femmes, partout en province. » [« Femmes scandales, 1965-1985 », Nouvelle Barre du Jour, p. 96 cité dans Simone Monet Chartrand, Pionnières québécoises et regroupements de femmes d’hier à aujourd’hui, p. 419] Le groupe « vivra de très près la plus grande partie des événements et conflits qui ont secoué le Québec à ce moment-là : manifestations, campagne électorale de 1970, crise d’octobre, emprisonnements pour certaines, appui à des grévistes, etc., avec le féminisme en plus! Les femmes du FLF vivront ces moments avec un sentiment profond d’écartèlement, la grande question étant : est-on premièrement femme ou premièrement Québécoise? » Dans les années qui suivirent l’Année internationale des femmes en 1975, le féminisme d’inspiration marxiste cesse de constituer le pivot du mouvement et fait place à un féminisme pluralisme. [Linteau, Durocher et Robert, Histoire du Québec contemporain, p. 559 à 561 cité dans Simone Monet Chartrand, Pionnières québécoises et regroupements de femmes d’hier à aujourd’hui, Remue-Ménage, 1990, p. 420 à 429.]

Le Parlement décriminalise la contraception et l’homosexualité. « Mais l’avortement demeure un crime : par mesure d’exception, les avortements pourront être pratiqués dans un hôpital sur autorisation d’un “ comité thérapeutique ” formé d’au moins trois médecins. » [Source : Histoire des femmes au Québec, Collectif Clio, 1992, p. 542 et http://web.idirect.com/~cbctrust/CHRONOLO.PT1.html]
 
 8 février 1970
Le rapport de la Commission Bird [institué en février 1967] sur la situation de la femme au Canada est déposé à la Chambre des communes. Le rapport de 540 pages fait 167 recommandations ; la Commission demande l’égalité pour les hommes et les femmes dans tous les secteurs : fonction publique, armée, éducation, responsabilités familiales, divorces, garderies, santé, etc. En plus de mettre en évidence les problèmes vécus par les femmes autochtones, elle révèle des données inquiétantes sur la discrimination subie par les femmes et sur leur pauvreté. « La Commission Bird, par les mémoires, les rencontres et les réflexions qu’elle suscite, aura une influence majeure sur l’articulation de la pensée et de l’action féministes des années à venir. […] La Fédération des femmes du Québec (FFQ) publie un guide de discussion utilisé dans presque tous les groupes féminins. L’Université de Montréal offre un cours du soir où les participants peuvent se familiariser avec le Rapport ». [L’histoire des femmes au Québec, Collectif Clio, p. 469-471. Monet-Chartrand, Simone. Pionnières québécoises et regroupements de femmes, p. 414-416].
 
1971
À l’occasion du 8 mars, le Front de Libération des femmes lance une campagne nationale en faveur de l’avortement libre et gratuit.
 
 1er mars 1971
Droit des femmes à être jurées : Au moment de la comparution de Lise Balcer au procès du felquiste Paul Rose, sept femmes, membres de la cellule « X Action Choc » du Front de libération des femmes (FLF) sautent dans le box des jurés, scandant « Discrimination! » et « La justice c’est de la marde ». Elles appuient ainsi les arguments de Lise Balcer exigeant que les femmes puissent être également jurées si elles sont obligées d’être témoins. Elles eurent toutes des condamnations d’un mois ou deux de prison par le juge Marcel Nicols. En 1971, seules les provinces de Québec et Terre-Neuve interdisaient aux femmes d’être jurées, la loi sera abrogée au Québec quelque mois plus tard. [• La vie en Rose, no du 10 mars 1983, note 2 du texte d’Ariane Emond, p. 54; — • Quiz des femmes, Centre de documentation CEQ; — • Chartrand, Simone. Pionnières québécoises et regroupements de femmes d’hier à aujourd’hui, Remue-Ménage, p. 423]
 
novembre 1971
La cellule Journal du Front de libération des femmes publie le premier numéro de Québécoises deboutte! Après la dissolution du Front de libération des femmes, le groupe du Centre des femmes reprendra la publication de Québécoises deboutte! et publiera neuf numéros de novembre 1971 à mars 1974. Dans les années 1990, les éditrices de Remue-Ménage ont publié l’intégrale de Québécoises deboutte! [Simone Monet Chartrand, Pionnières québécoises et regroupements de femmes d’hier à aujourd’hui, Remue-Ménage, 1990, p. 421]
 
janvier 1972
Le Centre des femmes de Montréal est créé à Montréal par deux ex-militantes du FLF (Front de libération des femmes). Les militantes du centre organisent une clinique d’avortement, forment le Comité de lutte pour l’avortement libre et gratuit et publient un manifeste pour une politique de planification des naissances. Lors des grèves et des manifestations, elles affirment leur féminisme et leur solidarité avec la lutte des travailleurs et des travailleuses. [Monet-Chartrand, Simone. Pionnières québécoises et regroupements de femmes, Remue-ménage, 1990, p. 423]
 
1973
Création du Conseil du statut de la femme (CSF) par le gouvernement du Québec, à la suite des demandes du mouvement des femmes. Onze bureaux régionaux desservent l’ensemble du territoire québécois. Depuis sa création le conseil produit des rapports qui analysent tous les aspects de la condition féminine et des avis qui orientent les politiques gouvernementales pour améliorer les conditions de vie des femmes : développement des services de garde à l’enfance, services d’interruption de grossesse, égalité juridique des époux, fiscalité, formation, autonomie économique des femmes, équité salariale, etc. Se sont succédé au poste de présidente : mesdames Laurette Champigny-Robillard, Claire Bonenfant, Francine C. McKenzie, Marie Lavigne, Thérèse Mailloux (présidente par intérim) et en 1996, Diane Lemieux.
 
Un groupe de femmes artistes ouvre une galerie à Montréal sur la rue Saint-Dominique. Au départ, la galerie s’est appelée les Flamings Aprons [Les tabliers enflammés], en 1974 la galerie change de nom pour Powerhouse. C’est le premier centre d’exposition multidisciplinaire pour les femmes au Québec et au Canada et le deuxième en Amérique du Nord [Chartrand, Simone Monet, Pionnières québécoises et regroupements de femmes d’hier à aujourd’hui, Les éditions du Remue-ménage. — Le Quiz des femmes, Centrale de l’enseignement du Québec].
 
(de 1973 à 1981) Fondation du Théâtre des Cuisines par Solange Collin, Carole Fréchette et Véronique O’Leary. Le collectif regroupe des militantes féministes, des travailleuses, des chômeuses et quelques comédiennes. Leur premier spectacle, Nous aurons les enfants que nous voulons, prend position dans le débat sur la contraception et l’avortement ; le deuxième, Môman travaille pas, a trop d’ouvrage, aborde la question du travail ménager. [Greffard, Madeleine, Jean-Guy Sabourin, Le Théâtre québécois, Boréal express, 1997, p. 85]
 
Claire L’Heureux-Dubé est la première femme nommée juge à la Cour supérieure. Elle sera la première à être nommée à la Cour d’appel du Québec, en 1979 et à la Cour Suprême du Canada en 1987. [Entreprendre, Hors Série N° 10, « Femmes : 100 Québécoises au sommet de l’action », 1999, p. 43]
 
1974
Les femmes de l’ONF [Office National du Film du Canada] lancent la série « En tant que femmes » : des films sur les garderies, les stéréotypes, l’avortement, les femmes au foyer. Du jamais vu sur les écrans québécois… et sur les plateaux de tournage. Rejoignant un vaste public au moyen de la télévision ces films, en plus de faire connaître les conditions de vie des femmes, questionnent les attitudes sexistes et les politiques sociales [Collectif Clio, Histoire des femmes au Québec, 1992, p. 570].
 
Premier Comité de lutte pour l’avortement et la contraception libres et gratuits est formé de représentantes de la CEQ, de l’Association pour la défense des droits sociaux (ADDS) et du Centre des femmes. Ce comité publie en 1974 le manifeste Nous aurons les enfants que nous voulons puis en 1975 un Dossier spécial. [Collectif Clio, L’histoire des femmes du Québec, p. 543 et Diane Lamoureux et al., Femmes en mouvement. Trajectoires de l’AFÉAS 1966-1991, Boréal, 1993, p. 65 et aussi les dates 1969, 1971,1972, 1973, 1978, 1988 et 1989]
 
 23 septembre 1974
32 femmes de tous les coins du Canada arrivent à l’École de la GRC [Gendarmerie royale du Canada] pour former la première troupe de membres régulières depuis la création de la Gendarmerie. Cette décision faisait suite aux recommandations de la Commission royale d’enquête sur la situation de la femme au Canada. La première tunique rouge (tenue de cérémonie) remise aux membres féminins était assortie à une jupe, des souliers à talons hauts et à un sac à bandoulière. Depuis 1989 les membres régulières portent le même uniforme que les hommes : stetson, tunique rouge, culotte marine, bottes longues et ceinturon-baudrier. [Communiqué sur le site internet de la Gendarmerie royale du Canada le 16 septembre 1999].
 
octobre 1974
Sœur Marguerite Jean, s.c.i.m (Congrégation des Sœurs du Bon-Pasteur de Québec) est la première femme canadienne à détenir un doctorat en droit canonique. Diplômée de l’Université Saint-Paul, à Ottawa, détentrice d’une maîtrise en Sciences sociales de l’Université Laval de Québec et passionnée d’histoire, elle est l’auteure de Évolution des communautés religieuses de femmes au Canada de 1639 à nos jours. [Marguerite Jean, Évolution des communautés religieuses de femmes au Canada de 1639 à nos jours, Fides, 1977, quatrième de couverture.]
 
1975
L’Organisation des Nations Unies déclare 1975 Année internationale de la femme ; au Québec, l’adoption de la Charte des droits et libertés de la personne interdit officiellement, pour la première fois, toute discrimination fondée sur le sexe. [Québec (Gouvernement du), Conseil du statut de la femme. La constante progression des femmes, 1995, p. 5]
 
février 1975
Les Éditions de la Pleine Lune, sont nées… un soir de pleine lune, au mois de février de l’année 1975. Du moins, c’est là la date de lancement du premier livre (Le Journal d’une folle de Marie Savard). « Deux événements concourent pour déterminer les circonstances de fondation de la Pleine Lune », première maison d’édition de femmes au Québec. Le manuscrit le Journal d’une folle de l’auteure et poète Marie Savard est refusé par les maisons d’édition où elle l’a présenté. Face à ces refus successifs « elle regarde de près la composition des comités de lecture des maisons approchées et remarque qu’aucune femme n’y siège […] elle attribue ces refus successifs au manque de sensibilité des comités de lecture aux sujets de femmes. Marie Savard décide alors de combler cette lacune en fondant une maison où l’on ne retrouverait que des femmes à la direction. » On est en 1975, le Secrétariat d’État du gouvernement fédéral offre des subventions pour les projets reliés à la thématique de l’année de la femme, et on se rappelle que « sous le régime Trudeau, la mode est au multiculturalisme »; pour satisfaire aux exigences du programme d’aide Marie Savard réunit « cinq femmes qui forment le noyau fondateur ». Autour de Marie Savard : Ginette Nault, imprimeure, Louise Petitclerc, Reuwena Ross (anglophone) et Daphné Savides (d’origine grecque). « La maison sera un lieu de diffusion pour d’autres femmes auteures se trouvant dans la même position et éprouvant les mêmes difficultés à faire publier leur(s) manuscrit(s). » En 1978, Marie Savard et Thérèse Dumouchel, qui formaient l’équipe de direction à ce moment-là, « retournent à leur propre création » et c’est Marie-Madeleine Raoult, l’éditrice actuelle qui prend la relève. « Avec ses soixante-sept titres publiés entre 1975 et 1990, la Pleine Lune fait très bonne figure en récoltant quatorze prix littéraires. » Parmi les récipiendaires, citons Nicole Houde, Jeanne-Mance Delisle, Pauline Harvey, Jovette Marchessault, Yolande Villemaire, Esther Rochon et Rosali Bertell. [Boisclair, Isabelle. L’Édition féministe au Québec. Pleine Lune et Remue-Ménage, 1975-1990, Mémoire de maîtrise ès arts, Sherbrooke,1994, pp. 106-112, 132-133]
 
 20 au  24 juin 1975
Lise Payette présidente du comité des fêtes de la Saint-Jean s’entoure d’une équipe extraordinaire pour organiser sur le mont Royal « la plus belle fête nationale de mémoire de Québécois, la Saint-Jean 75. » [Massicotte, Diane, Le Journal de Montréal, 25 juin 1975] Le soir du  23 juin 1975, la quatrième soirée des fêtes est celle des femmes. « 15 comédiennes font le tour de la “ question des femmes ”… conçu par Jacqueline Barrette et mis en scène par Mouffe [le spectacle] a soulevé toutes les facettes de la vie des femmes, l’historique de la moitié du monde. » [Massicotte, Diane, Le Journal de Montréal, 24 juin 1975 in : Payette, Lise, Des Femmes d’honneur. Une vie publique 1968-1976, Libre Expression, 1998, p. 191, 202].
  
1976
Le GIERF [Groupe interdisciplinaire pour l’enseignement et la recherche sur les femmes] est créé à l’Université du Québec à Montréal. Bien que depuis 1972-73 certains cours sur la condition des femmes, notamment en sociologie et en histoire, aient été dispensés, le groupe est né de la volonté d’une quinzaine d’enseignantes de créer un ensemble d’activités ayant pour but la promotion de la condition féminine. Profitant de mandats relatifs à l’élaboration de programmes, au développement de la recherche sur la condition des femmes et à l’établissement de liens avec les différents groupes populaires de femmes le GIERF a réussi à constituer à l’UQAM [Université du Québec à Montréal] l’un des plus vastes champs interdisciplinaires au Québec et au Canada sur la situation des femmes et les rapports de sexe. En 1990, l’IREF [l’Institut de recherches et d’études féministes] prend la relève et poursuit le travail amorcé par le GIERF. [Source: Canadian woman studies/Les cahiers de la femme, volume 6, numéro 1 et le site Internet de l’UQAM].
 
1976
Les Éditions du Remue-Ménage sont fondées en 1976. L’idée est lancée en août 1975 par un groupe de militantes constitué de Louise Toupin, Raymonde Lamothe, Claire Brassard, Sylvie Dupont, Louise Vandelac, Catherine Germain, Nicole Lacelle et Lise Nantel. « Elles sont déjà engagées dans des groupes militants, certaines au sein du FLF, d’autres au Centre des femmes, d’autres encore au sein du Comité de lutte pour l’avortement. Ce sont là les racines des fondatrices des Éditions du Remue-Ménage. Le premier lancement a lieu à l’occasion du 8 mars 1976 pour la publication de la pièce Môman travaille pas, a trop d’ouvrage du Théâtre des Cuisines. En novembre, elles pendent la crémaillère pour inaugurer leur premier lieu de travail et lance trois livres. Aujourd’hui les choix éditoriaux du collectif couvrent tout le champ de l’expérience des femmes. « Nous voulons que les recherches féministes soient diffusées dans un langage accessible. Nous voulons que l’écriture, la littérature des femmes soit davantage répandue »  [Lisette Girouard, Les Éditions du Remue-Ménage, La parole Métèque, no 6 p. 39, cité p.154]. Parmi les auteures connues publiées chez Remue-Ménage, nommons : Nicole Brossard, Louky Bersianik, Simone Monet-Chartrand et Louise Cotnoir. L’Agenda des femmes est publié tous les automnes, « jalonné de textes et de courtes réflexions. À chaque année, ces textes abordent un nouveau thème qui reflète l’évolution des préoccupations féministes » [Boisclair, Isabelle, L’Édition féministe au Québec. Pleine Lune et Remue-Ménage, 1975-1990, Mémoire de maîtrise ès arts, Université de Sherbrooke, 1994, pp. 145-175].
 
mars 1976
En mars paraît le premier numéro de la revue Les têtes de pioche. La revue sera publiée jusqu’en juin 1979. Fondée par un collectif d’écrivaines, la revue comptera parmi ses collaboratrices Nicole Brossard, Madeleine Gagnon et France Théorêt. [Boisclair, Isabelle. L’Édition féministe au Québec : les éditions de la Pleine Lune et les éditions du Remue-Ménage, 1975-1990, Mémoire de maîtrise, Sherbrooke, 1994].
 
Présentée sur la scène du Théâtre du Nouveau Monde, la pièce La nef de sorcières marque une étape importante de la prise de parole féministe. Ces textes commandés par les comédiennes à un collectif d’auteures brisent le silence qui entoure le vécu des femmes : « À elles seules, elles prennent toute la place de mots possibles pour faire surgir l’intime de leur travail, de leurs désirs, de leurs corps, de leur humiliation, de leur révolte, de leur lassitude… » [Guilbault, Luce, Marthe Blackburn, France Théoret, Odette Gagnon, Marie-Claire Blais, Pol Pelletier, Nicole Brassard, La nef des sorcières, l’Hexagone, Typo, 1992. & Greffard, Madeleine et Jean-Guy Sabourin, Le Théâtre québécois, Boréal express, 1997, p. 86.]
 
juillet 1976
La chambre nuptiale de l’artiste montréalaise Francine Larivée est exposée au Complexe Desjardins. Concept inusité — une vaste sculpture dans laquelle le public pénètre — dans l’histoire de la pratique artistique du Québec, l’œuvre gigantesque à laquelle a travaillé une équipe d’une centaine de personnes pendant deux ans met en lumière les difficultés des rapports de couple, la consommation du corps-objet féminin, l’oubli de soi par la soumission aveugle aux diktats socioreligieux consacrant le mariage. L’œuvre monumentale est présentée à nouveau la même année dans un centre commercial à Laval, l’année suivante au pavillon du Québec à Terre des hommes et en 1982 dans le cadre de l’exposition Art et féminisme au Musée d’art contemporain de Montréal. [Couëlle, Jennifer, in : Ces femmes qui ont bâti Montréal, Édition du Remue-ménage, 1994, p.449-450. L’histoire des femmes au Québec, Collectif Clio, Le jour, 1992, p. 565; voir avril 1982 et ce site]
 
 15 novembre 1976
Le Parti québécois est majoritaire à l’élection de novembre. Le parti de René Lévesque a réussi à faire élire 4 femmes à l’assemblée nationale. Avec Lise Payette, vedette de la télévision, Louise Sauvé Cuerrier, Jocelyne Ouellet et Denise Leblanc-Bantey.
 
1977
La notion d’autorité parentale remplace celle de puissance paternelle qui disparaît du Code civil. Avant cette date, la signature de la mère n’était pas requise juridiquement pour toutes les décisions relatives aux enfants. Disparaît aussi la notion d’enfants illégitimes [L’Histoire des femmes au Québec, p. 528 et 533].
 
 2 avril 1977
2 000 femmes défilent dans les rues de Montréal pour le droit à l’avortement libre et gratuit. [Voir aussi les dates 1969, 1971,1972, 1973, 1974, 1978, 1988 et 1989]
 
1978
Fondation de l’Institut Simone de Beauvoir à l’Université Concordia de Montréal est fondé par Maïr Verthuy. Institution féministe, l’Institut Simone de Beauvoir propose des programmes interdisciplinaires qui « englobent et modifient tous les champs du savoir », contribuent à la croissance féministe et ouvrent de nouvelles perspectives sur la société. [Canadian woman studies/Les cahiers de la femme, volume 6,numéro 1. / Université Concordia.].
 
Première publication de l’Agenda des femmes qui allait créer une tradition de publications à succès pour les Éditions du Remue-Ménage.
 
Le gouvernement du Parti québécois, sous la pression des militantes féministes, crée des cliniques de planning des naissances dotées de services d’avortement appelées « cliniques Lazure » du nom du ministre de la Santé d’alors. En agissant ainsi, le gouvernement du Québec, n’ayant aucun pouvoir en matière de législation pour décriminaliser l’avortement, fait porter son intervention sur l’accessibilité du service aux femmes. [Collectif Clio, Histoire des femmes au Québec, Le Jour, éditeur, 1992, p. 544 .Voir aussi les dates 1969, 1971,1972, 1973, 1974, 1978, 1988 et 1989]
 
juin 1978
Adoption par l’Assemblée nationale du Projet de loi nº 43 qui modifie la Loi sur le salaire minimum et institue un congé de maternité payé de dix-huit semaines pour les québécoises salariées. Depuis 1971, le programme fédéral d’assurance-chômage accordait aux travailleuses salariées admissibles quinze semaines de prestations de maternité. Le projet de loi adopté par le gouvernement du Québec protège l’emploi de ces travailleuses. Le programme d’allocation de maternité entre en vigueur le  1er janvier 1979. [Huguette, O’Neil, Belle-moue, Triptyque, 1992, p.50-60. L’histoire des femmes au Québec, Le Jour, 1992, p.508-510]
 
 20 septembre 1978
Le Conseil du statut de la femme dépose son rapport. Pour les québécoises : égalité et indépendance. Le rapport de plus de 350 pages « allait faire la somme des revendications des Québécoises à la fin des années [19]70 et projeter l’image d’un lien nécessaire entre lutte nationale et lutte des femmes ». Pour faire suite aux 306 recommandations pour l’établissement d’une « politique d’ensemble de la condition féminine » le gouvernement de René Lévesque décide de faire de ce rapport sa politique en matière de condition féminine et met sur pied un Secrétariat à la condition féminine chargé de sa mise en œuvre . [L’histoire des femmes au Québec, Collectif Clio, p. 479].
 
 14 novembre 1978
À Montréal, au Théâtre du Nouveau Monde (TNM), première représentation de la pièce de Denise Boucher Les Fées ont soif soutenue et applaudie par un public féminin enthousiaste après avoir subi la censure du Conseil des arts de la région métropolitaine et les réactions de colère de la droite laïque catholique. La pièce mettant en scène une Vierge Marie statufiée dénonce les rôles traditionnels réservés aux femmes, soit ceux de la vierge, de la mère et de la putain. [Greffard, Madeleine et Jean-Guy Sabourin, Le théâtre québécois, Boréal express 1997, p. 88, & dossier de presse in : Boucher, Denise, Les fées ont soif, les éditions Intermède, 1978]
 
février 1979
Fondation du Regroupement provincial des maisons d’hébergement et de transition pour femmes victimes de violence conjugale. Une dizaine de maisons en 1976, elles sont 23 en 1978 et plus de 50 en 1997 réparties à travers le Québec. On y accueille gratuitement les femmes victimes et leurs enfants [Lacombe, Madeleine. Au grand jour, Éditions du Remue-Ménage, 1990, p. 76-77].

Pol Pelletier fonde le Théâtre expérimental des femmes avec Nicole Lecavalier et Louise Laprade suite à une rupture avec le Théâtre expérimental de Montréal dont elle était cofondatrice. Elle quittera le TEF en 1985. Elle raconte son expérience dans un spectacle solo Joie. [Pelletier, Pol. Joie, Éditions du Remue-ménage et les Cahiers de théâtre Jeu, no 65, décembre 1992. Site http://cam.org/~samasati].
 
1979
Lise Payette devient la première femme à occuper le poste de ministre à la Condition féminine.

Le Conseil du statut de la femme lance une publication gratuite : La Gazette des femmes, nom d’un journal féministe français du XIXe siècle. Cette publication gratuite constitue rapidement un point d’ancrage important pour tous les groupes de femmes du Québec. Une journaliste trop tôt disparue, Catherine Lord « lui a donné une impulsion significative » [L’histoire des femmes au Québec depuis quatre siècles, Coll. Clio, p. 577]. Aujourd’hui, en 1997, l’équipe éditoriale maintient la revue à la fine pointe de l’actualité en matière de condition féminine. La gratuité est tombée; on peut s’abonner et la revue est en vente dans les kiosques à journaux.
 
Claire L’Heureux-Dubé est la première femme nommée juge à la Cour d’appel du Québec. En 1987 elle sera nommée à la Cour suprême du Canada.


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Dernière mise à jour : 31 août 2001, 12h05 HAE.