Radio-Canada
Instrument de propagande ?
(Godin sur les os de St-Laurent)

Lettre ouverte au Directeur général des programmes, information télé (SRC-RDI)

objet : Lettre de Claude Saint-Laurent publiée dans « Le Devoir » du 27 avril 1998

 Siège social SRC : commho@ottawa.cbc.ca 
 Ombudsman : Ombudsrc@Montreal.src.ca 
 Auditoire@Montreal.SRC.ca 
 [Adrélec de M. Saint-Laurent : in@ccessible…]

ans l’édition du 27 suivant, M. Claude Saint-Laurent, de la SRC, s’offusquait des allégations de M. Pierre Godin (Devoir du 1er avril) selon lesquelles la Société d’État sombrerait dans la propagande politique. Pro-« canadian », il va sans dire. Mais disons-le tout de même.

Pareille tartufferie de M. Saint-Laurent confine à penser que ladite Société prend réellement ses auditeurs pour des valises. Pour exemple, et en guise de rebuffade du propos de ce monsieur, je présente ici la copie conforme d’une courte lettre que j’ai acheminée le 11 août dernier (il y a donc déjà neuf mois !) à la direction de la SRC/RDI ; et en outre à M. Mario Cardinal lui-même, alors « ombudsman » de la moulinette à unifoliés. Voici cette lettre.

L’Unifol à lier
Lettre à la SRC / RDI *

Merci ! pour la belle heure JACQUES BREL de ce dimanche 10 août, à 21 heures. Je m’explique mal toutefois que vous ayez attendu 4 ans (document de la Sept/Arte de 1993) avant de la proposer à vos auditeurs…

Dommage par ailleurs que ces rares moments de « bonheur » soient masqués, étouffés, dénaturés par une télévision « CiBiCienne » de plus en plus propagandiste. Entre autres, le mot « Québécois » semble être devenu littéralement tabou sur SRC et RDI, alors que les vocables « Canada », « Canadiens », « Canadiennes » (avec leur traînée de drapeaux rouge et blanc mâtinés de poudre aux yeux) le remplacent systématiquement. Jusqu’à la quasi-extinction. Comme si… votre auditoire n’était pas massivement québécois.

Vous êtes de toute évidence puissamment déboussolés et dans le plus grand désarroi – avec vos maîtres, la ministre Copps et le président Beatty – pour plonger ainsi, tête évidée, dans une télévision transformée en instrument politique. Décidément, désormais en soi ubac d’une monstruosité, la Cuba du Nord n’est pas celle que l’on croyait. Rien à faire ! M. Chrétien demeurera jusqu’à son dernier souffle le frère spirituel des Pierre-Elliot, des André Ouellet et des Marc Lalonde, aujourd’hui relayés par les Stéphane Dion en mal de pouvoir. Castrant de préférence. Dieu ! que tout ceci serait ridicule… si ce n’était une réelle atteinte à la démocratie.

Rappelez-vous tout de même le mot de Cocteau : « Il faut savoir jusqu’où aller trop loin ». Car du bâillon naît le désespoir. Qui est, comme le savait Léo, la forme supérieure de la critique.

J’ajouterais : sa pénultième forme.

* Cette lettre a également été publiée sur vigile à l’adrélec suivante :
http://www.vigile.net/pol/antiQ/gouinCBC.html

Pour terminer, je dirai avoir largement délaissé les ondes radio-canadiennes depuis lors. C’en est trop ! Et je ne parlerai pas (ou si peu) des assommants Jeux olympiques… alors que la québécité y est totalement dissoute sous la canadian’té. C’était infiniment plus chaleureux avec les « Lys d’or » de Richard Garneau à TVA. Et m’expliquerez-vous enfin, monsieur, ce « CBC » constamment accroché aux basques de SRC dans ses auto-présentations et ses auto-promotions… alors qu’à l’antenne anglaise, le sigle « SRC » n’apparaît jamais. Jamais! et en aucun temps !

Ces succinctes illustrations d’une télévision au service de l’« État » canadien, M. Saint-Laurent, et vous le savez mieux que quiconque par-delà les poncifs de votre langue de bois, ne constituent que la toute fine pointe de l’iceberg. Parfois raffinée jusqu’au subliminal, parfois moins subtile, votre propagande s’étale de cent manières : contenu d’émissions, priorités d’antenne, visibilité de dossiers et d’individus, symboles et images retenus, traitement de l’information en général et choix spécifique des animateur-es (il faut voir notamment moues et becs pincés des Michèle Viroly et autres Raymond Saint-Pierre lorsqu’ils abordent les questions à teneur québéco-québécoise, et la salivation de Robert-Guy Scully quand il a le « bonheur » de s’entretenir avec un « grand » Canadian bien nanti du portefeuille…).

Quand on prend ses « clients » pour des valises, monsieur, eh bien ils s’en vont voir ailleurs. Ce que je fis. Et comme je voudrais que mes impôts en fassent autant ! Au moins la « grosse » Presse de Montréal, elle, elle ne me coûte rien quand je l’ignore. Gratuite à vie, en quelque sorte…

Votre lettre, M. Saint-Laurent, me remet Hamlet en mémoire : « Words, Words, Words. »

Pierre Godin a raison.

Jean-Luc Gouin
Québec,
Ce 4 mai 1998


PS : Quelques jours après la présente, en fin de semaine du 9 mai, la même SRC/RDI nous informa qu’on aurait retrouvé en eaux chiliennes l’embarcation du fameux Gerry Roufs, disparu lors de la course de voiliers autour du monde l’an dernier. Or nous eûmes droit constamment, du téléjournal régulier à celui des sports, de SRC en RDI, à la même rengaine : « le Montréalais », « le Canadien »… Bref, Anything but « Québécois ». C’en est risible.


Voir aussi : http://pages.infinit.net/histoire/gouin_rdi.html (autour du chansonnier Claude Gauthier à RDI).


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Dernière mise à jour : 18 avril 2000, 21h13