Lettre à Françoise (Extraits)

Ce texte est publié en entier chez Vigile

Lettre d’un Québécois à une Helvète

Appel à l’Europe française

de Jean-Luc Gouin

Objet : Anglicisation tous azimuts de l’Europe. L’anglais : langue de communication ou langue du « Tairoir »?

[Ce texte étant tout d’abord une lettre personnelle à une amie, pour la circonstance je donne à celle-ci un prénom fictif.]

on amie Françoise,

Si l’Europe française s’écrase,
le combat québécois s’écroule

Tu as écrit :

[…] La réalité, c’est une construction. Mais les nations et les pays, qui sont en soi des individualités – politiques, historiques – ont des instruments linguistiques, culturels, un savoir et des technologies qui leur permettent d’être au monde dans le respect de ce qu’ils sont.

[…] Si ce que l’on fait, dit ou écrit est excellent, en français ou en allemand, par exemple, la communauté mondiale devra forcément s’ouvrir à d’autres langues que ce sabir déchiqueté et parloté aux quatre coins du Globe. Si nous réussissons à être supérieur en qualité, ou à tout le moins équivalent aux meilleurs, nous « condamnons » les autres – cet Autre – à sortir de leur solipsisme et à connaître la langue dans laquelle naît et s’exprime cette grandeur et cette beauté. L’excellence est une arme imparable sinon invincible.

[…] C’est au nom de la communication planétaire que l’on détruit une véritable communication entre les gens. Au nom d’une communication virtuelle avec tous, on se rend incapable d’un échange authentique avec qui que ce soit. Et on donne sur des aberrations telles que le département de Géographie d’une université francophone se présente dans une langue qui n’est aucune des quatre [!] langues officielles du pays où est située ladite université, laquelle fut érigée grâce aux deniers publics de citoyens français, allemands, italophones et romanches de ce même pays.

[…] Il ne s’agit même plus d’offrir la traduction anglaise d’un site ayant une autre langue de base, le français en l’occurrence, mais bien de « faire anglais » dès l’abord en éliminant « tout de go »… la langue des concepteurs, administrateurs, voire bien souvent de la majorité des visiteurs dudit site! Et quand le français n’est pas complètement évacué, le site est plutôt franglais. Comme au Québec des années soixante… C’est à pleurer.

[…] La différence est stupéfiante entre les sites franco-européens — suisses, belges, luxembourgeois ou français — et les sites québécois. A priori, il n’est pas évident de savoir si on est en France ou… aux États-Unis. Autrefois, on aurait dit que le Québec s’écroule assurément si la France tombe. Désormais, il serait peut-être plus juste d’affirmer que c’est actuellement le Québec qui tient cette langue magnifique à bout de bras. En pleine Amérique hostile, mesquine et anglophone mur à mur!

[…] C’est un mensonge monstrueux, un canular invraisemblable, d’affirmer que l’anglais permet la communication entre les peuples. Une langue qui rend toutes les autres inutiles ou superflues, et qui les réduit progressivement au folklore, instrument purement local et nostalgisant d’échange, n’est pas une langue de communication. C’est une langue de destruction. Destruction du génie des langues particulières, dilution du génie des cultures qui enrichissent de leurs différences la mer Humanité. Enfin, annihilation des peuples.

Jean-Luc Gouin, Québec, 5 février 1997.


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Dernière mise à jour : 29 décembre 1999, 20h15