l y a 30 ans ce mois-ci,
[janvier 1968]
René Lévesque publiait
Option Québec, un document-choc
de 6 000 mots. La première parution avait eu lieu quatre mois
plus tôt dans Le Devoir. Ce manifeste, Pour
un Québec souverain dans une nouvelle union canadienne,
avait été préparé par un petit groupe de militants
libéraux, en vue de renouveler loption constitutionnelle du Parti
libéral du Québec.
Loption Lévesque, comme on lappelait, était une formule de compromis entre le maintien du Québec dans le régime fédéral canadien et lindépendance complet telle que préconisée notamment par le RIN [Rassemblement pour lIndépendance Nationale]. M. Lévesque voulait faire du Québec un pays souverain au sein dune association économique réunissant le Québec et le reste du Canada.
Dix ans après la mort de son principal protagoniste, cette option reste éminemment dactualité. En témoignent, entre autres, les récentes déclarations du premier ministre [Lucien] Bouchard, se réclamant à lévidence de lhéritage du père fondateur du Parti québécois.
[ ]
Le MSA [Mouvement Souveraineté-Association] connut une croissance très rapide. À la fin de lhiver 1968, il comptait 7300 membres, selon le comité directeur tonné, outre M. Lévesque, de François Aquin, Rosaire Beaulé, Gérard N. Bélanger, Marc Brière et Raynald Brisson.
Cette option été celle de la majorité des francophones du Québec nés peu après la Seconde Guerre mondiale (la génération du baby-boom), et elle lest restée à loccasion des consultations populaires tenues en 1980, 1992 et 1995. Elle marque lhistoire récente du Québec et, lors du référendum doctobre 1995, elle a obtenu lappui de 49,5 % des Québécois qui se sont prononcés.
[ ] [On se rappellera] la « longue marche » de M. Lévesque, sa mobilisation populaire [ ] lévolution de lengagement référendaire, apparu en pleine campagne électorale de 1973, à lencontre même du programme officiel du PQ. Celui-ci, au cours de la dernière semaine le campagne, publié dans les journaux des placards publicitaires soutenant quun vote pour le PQ nétait pas un vote pour la souveraineté : « Aujourdhui, je vote pour la seule équipe prête à former un vrai gouvernement. En 1975, par référendum, je déciderai de lavenir du Québec. Une chose à la fois! Chaque chose en son temps. Je vote Parti québécois. Je vote pour le vrai ! »
Ce nest quau congrès de lannée suivante, en novembre 1974, que les délégués adoptèrent la proposition de lexécutif (dont MM. Lévesque et Claude Morin, baptisé le père de létapisme) un référendum sur lindépendance après la prise du pouvoir par le par un vote de 630 voix contre 353 et 20 abstentions. La formule électoraliste « le pouvoir dabord, lindépendance ensuite » avait et a toujours de farouches opposants, dont Louis ONeill.
Ce référendum, les dirigeants péquistes avaient promis de le tenir au cours du premier mandat. M. Lévesque a tenu parole, contre vents et marées, même si, au printemps 1980, la conjoncture ne lui était pas favorable. Le premier ministre, qui avait de la suite dans les idées, avait publié en novembre 1979 un livre blanc sur la souveraineté-association. Intitulé La Nouvelle Entente Québec-Canada, ce projet de société était, à toutes fins utiles, une version mise à jour du manifeste que M. Lévesque avait présenté à ses électeurs de MontréalLaurier, 12 ans auparavant.
La raison profonde de léchec du PQ au référendum était la suivante, note M. [André] Bernard [auteur dun essai publié avec la dernière refonte du manifeste] : la quasi-totalité des non-francophones et la majorité des francophones du Québec, en 1980, sidentifiaient au Canada et non pas au Québec. « Le pays de la majorité des électeurs du Québec, à lépoque, cétait encore le Canada. Au delà des mots, au delà des subtilités tactiques et des stratégies, le choix proposé au référendum, cétait le choix dun pays : le Canada ou le Québec. »
Le spécialiste de la politique québécoise (il a notamment publié un livre sur les élections davril 1981, en collaboration avec notre rédacteur en chef, Bernard Descôteaux) relate les années pénibles qui suivirent la défaite référendaire, jusquà la mort de M. Lévesque. « Il fallait revenir à la raison dêtre du parti ; plus quune simple affirmation de lobjectif, il fallait selon des milliers danciens militants, une prise de position claire en faveur de la souveraineté-association. Il fallait recommencer. La démobilisation avait assez duré. Mais tout nétait pas à recommencer. Lhéritage de René Lévesque devait permettre de repartir du point où lon en était au moment où avait débuté la démobilisation. »
Regain, deuxième défaite. Aux difficultés prévues par Option Québec, en janvier 1968, se sont ajoutés « de nouveaux obstacles nés des comportements agressifs que les adversaires du Québec multiplient à légard des séparatistes et, même, à légard des personnes qui, simplement, semblent vouloir la paix et la prospérité et préconisent la tolérance ».
Option de compromis et de changement, la souveraineté-association peut constituer la « solution » pour les Québécois. « Les années ont passé et cela est maintenant devenu évident, pour des milliers de Québécois. Option Québec est dactualité aujourdhui plus que jamais. »
Dernière mise à jour : 29 décembre 1999, 23h42