Le Devoir



La partition et la bêtise humaine

a tentative d’implanter des frontières nationales à l’échelle locale est une monstruosité qui mène à de très graves troubles sociaux. Toute personne raisonnable qui dispose de quelques rudiments d’histoire et d’une capacité d’anticipation moyenne devrait normalement en venir à cette conclusion. Le ministre Dion, même s’il échappe au cadre de la raison, le sait très bien. Mais il sait surtout une chose : l’écrasante majorité des Québécois, profondément pacifiste, est de nature à être ébranlée par l’évocation indirecte d’un désastre à la yougoslave. Assis sur cette certitude, il use indirectement d’une imagerie politique hautement inacceptable : la menace.

Il me désole de constater que le Canada, qui s’enorgueillit de sa réputation internationale en matière de droits de la personne, se sert de cette réputation pour coiffer ses vues les plus rétrogrades d’une auréole de vertu. Par exemple, l’idée d’un découpage du Québec en fonction d’un vote référendaire dont les résultats seraient considérés sur la base territoriale des comtés, découle d’une politique d’enclaves incompatible avec toute logique de paix démocratique. Il faut être grandement étourdi pour prétendre que des méthodes qui ont maintes fois prouvé leur incapacité intrinsèques à préserver la paix sociale soient une réponse à la protection des droits de quiconque.

Ceux qui, comme Stéphane Dion, soutiennent que si le Canada est divisible le Québec l’est aussi, ne semblent pas percevoir de différence entre la séparation d’un couple qui ne marche pas et l’amputation multiple d’un corps humain.

Ils sont totalement dépourvus de sens commun. Il existe une différence entre l’accession à l’indépendance d’un État déjà constitué, viable et démocratique, et l’implantation d’une frontière au milieu de mon salon. Je peux comprendre que quelques agitateurs s’égosillent dans des appels frénétiques à demeurer au Canada coûte que coûte, mais que des élites se servent de ce bassin de bêtise à des fins politiques me saisit de dégoût.

Martin Desrochers

Étudiant à l’École du Barreau du Québec
Montréal, 7 février 1997



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Dernière mise à jour : 29 décembre 1999, 23h52