Chronologie de l’histoire du Québec
1er mars 1837 30 juin 1867


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La rébellion de 1837-1838


 1er mars 1837
Londres proclame les dix résolutions Russell (début de la période qui mène à la Rébellion de 1837) : Londres rejette les 92 résolutions mises de l’avant par le Parti patriote, retire à l’Assemblée législative le seul pouvoir dont elle disposait (celui de voter le budget), permet « au gouverneur de passer outre les députés et d’utiliser les fonds accumulés par la Chambre pour payer la dette du gouvernement » [Laporte].

 7 mars 1837
Assemblée populaire à Saint-Ours pour dénoncer les résolutions Russell.

 15 mai 1837
Assemblée populaire à Saint-Laurent et à Saint-Marc contre les résolutions Russell.

 4 juillet 1837
Assemblée populaire à Stanbridge (Missisquoi) contre les résolutions Russell (à laquelle participe un très grand nombre de sympathisants d’origine américaine).

 18 août 1837
L’Assemblée législative refuse derechef de voter le budget « forçant le Gouvernement à passer outre, au mépris des élus du peuple » [Laporte].

 6 novembre 1837
Affrontement à Montréal entre l’Association patriote « Les Fils de la Liberté » et les membres du « Doric Club » d’allégeance loyaliste (saccage de maisons de patriotes).

 10 novembre 1837
Échange de coups de feu à Saint-Jean-sur-Richelieu.

 16 novembre 1837
Vingt-six mandats d’arrêt sont émis pour crime de haute trahison : arrestation de chefs patriotes (Louis-Joseph réussit à se rendre aux États-Unis).

 19 novembre 1837
« Plus de 1 000 patriotes réunis au marché Saint-Paul […] vont pousser des hourras devant les résidences de ceux qui avaient été emprisonnés. Les loyalistes à leur tour se manifestent, brisant les carreaux des résidences des ex-prisonniers. L’excitation devient alors si intense que les autorités militaires décident de fermer les portes de la ville [de Québec] à huit heures du soir. Pendant l’hiver 1837-1838, Québec vit sous un régime de terreur alimentée par des rumeurs voulant que des bandes de patriotes soient sur le point d’attaquer [Québec] » [Hare, p. 241.].

 23 novembre 1837
Les Patriotes remportent la bataille de Saint-Denis (contre six compagnies d’infanterie).

 25 novembre 1837
Les Patriotes sont défaits à la bataille de Saint-Charles (contre le Lieutenant-colonel George Augustin Wetherall).

 30 novembre 1837
Les Patriotes « se rendent maîtres du village de Saint-Eustache » [Laporte].

 5 décembre 1837
Proclamation de la loi martiale dans le district de Montréal.

 6 décembre 1837
« Quatre-vingts Patriotes sont repoussés par des corps de volontaires à Moore’s Corner, près de la frontière américaine » [Laporte].

 13 décembre 1837
« Le général John Colborne quitte Montréal à destination de Saint-Eustache à la tête de 1 300 hommes » [Laporte].

 14 décembre 1837
Bataille de Saint-Eustache : les Patriotes retranchés dans l’église paroissiale sont exterminés [Laporte].

 15 décembre 1837
L’armée britannique brûle de fond en comble le village de Saint-Benoît [Laporte].

 10 février 1838
Le Parlement britannique suspend la constitution du Bas-Canada et nomme Lord Durham gouverneur général et haut-commissaire pour enquêter sur la Rébellion [Bergeron, p. 98; Lacoursière, p. 311].

 26 février 1838
Raid des Patriotes à Potton, dans les Cantons-de-l’Est [Laporte].

 28 février 1838
« Les Patriotes, commandés par Robert Nelson et Cyrille-Hector-Octave Côté, entrent dans la province et s’arrêtent à Week’s House. Robert Nelson y proclame l’indépendance du Bas-Canada » [Laporte], « la séparation de l’Église et de l’État, la suppression de la dîme, l’abolition des redevances seigneuriales, la liberté de la presse, le suffrage universel pour hommes, le scrutin secret, la nationalisation des terres de la couronne et celles de la British American Land Co., l’élection d’une Assemblée constituante, l’emploi des deux langues dans les affaires publiques » [Bergeron, p. 99].

 27 mars 1838
L’Acte constitutionnel est suspendu au Bas-Canada. Constitution d’un Conseil spécial.

 27 mai 1838
Envoyé par le gouvernement britannique, John George Lambton, comte de Durham, arrive à Québec en sa qualité de gouverneur général et avec la responsabilité de décider de la « forme et du futur gouvernement des provinces canadiennes » [Brown, Craig. p. 252 ss.].

 28 juin 1838
Proclamation d’amnistie pour tous les détenus sauf huit chefs qui sont exilés aux Bermudes [Laporte].

 3 novembre 1838
Les « Frères chasseurs », mouvement clandestin qui poursuit la lutte des Patriotes, se mobilisent dans différents points de la Montérégie (Beauharnois, Sainte-Martine, Saint-Mathias).

 4 novembre 1838
Nouvelle proclamation de la loi martiale.

 5 novembre 1838
Les Patriotes de Beauharnois s’emparent du bateau à vapeur « Brougham ».

 7 novembre 1838
Six cents frères chasseurs, commandés par le Dr Côté, affrontent des corps volontaires à Lacolle. Ils sont défaits et se dispersent rapidement [Laporte].

 9 novembre 1838
Les frères chasseurs attaquent des Loyalistes retranchés à Odelltown, mais ils doivent se retirer au bout de deux heures de combat. Fuite de Robert Nelson aux États-Unis. Fin de l’insurrection de 1838 [Laporte].

 27 novembre 1838
Institution d’une cour martiale afin de juger 108 accusés.

 11 février 1839
Dépôt du rapport Durham, une brique de trois cents pages recommandant, entre autres, l’assimilation des Canadiens français. Dans son rapport, il constate que la lutte entre le Haut et la Bas-Canada en est une de race, deux nations se faisant la guerre au sein d’un même État. Il propose l’assimilation de ce « peuple sans histoire et sans littérature » par le biais de l’union du Haut et du Bas-Canada – dans cette union, les Canadiens français seraient alors clairement minoritaires, ce qui assurerait aux anglophones la majorité des deux chambres unifiées. Il propose que les gouverneurs soient responsables devant leurs électeurs (et même élus par le peuple). La réaction au Bas-Canada est l’indignation (Mgr Lartigue de Montréal dénonce ces propositions dont le but est de « nous angliciser »). [Brown, Craig. p. 252 ss]
 
« La vérité, c’est que personne n’en voulait. Tout d’abord les Anglais du Haut-Canada qui, à cause de la supériorité numérique des Canadiens français du Bas-Canada se voyaient menacer d’être “ mangés tout rond ” (traduction littérale) par “ une race de vaincus… ”. Quant aux Canadiens français qui avaient bien du mal à digérer l’Union, dans laquelle ils voyaient, non sans raison, toutes sortes de dangers, la seule idée de faire partie d’un tout dans l’Amérique du Nord aurait suffit à leur faire déclencher une nouvelle révolution : pour eux, accepter cette idée c’était se vouer à la disparition » [Catela de Bordes, p. 184].

 15 février 1839
Douze patriotes sont pendus à « la prison du Pied-du-courant » [angle des rues Notre-Dame et De Lorimier à Montréal] : Joseph Narcisse Cardinal (notaire 30 ans, marié, 5 enfants), Joseph Duquette (étudiant en loi, célibataire, 22 ans), Pierre-Théophile Decoigne (notaire, 27 ans, marié, 2 enfants), François-Xavier Hamelin (cultivateur, lieutenant de Milice, 23 ans, célibataire), Joseph Robert (cultivateur, capitaine de Milice, 54 ans, marié, 5 enfants), Ambroise et Charles Sanguinet (les deux frères, cultivateurs respectivement agés de 35 et 36 ans, mariés, chacun 2 enfants), François-Marie Thomas Chevalier de Lorimier (notaire, 35 ans, marié, 3 enfants), Pierre-Rémi Narbonne (peintre-huissier, 36 ans, marié, 2 enfants), François Nicolas (instituteur, 44 ans), Amable Daunais (cultivateur, 21 ans, célibataire), Charles Hindenlang (de nationalité française, militaire, 29 ans, célibataire). (Cf. photo) Cinquante-huit sont déportés dans une colonie pénitentiaire d’Australie » [Brown, Craig. p. 252.]. — « Dans tous les pays du monde, celui qui verse son sang pour la patrie a droit au titre de héros. Les peuples libres savent se souvenir de leurs patriotes. » [Lacoursière]
 
1840  Population blanche du Bas-Canada : 650 000.
Population blanche du Haut-Canada : 450 000.
 
 23 juillet 1840
Sanction de l’Acte d’Union (qui entrera en vigueur le  10 février 1841) :
« Il faut dire que l’Acte d’Union, fabriqué pour noyer les Canadiens français, [est] comme on dit familièrement une législation de broche à foin. Très rapidement, une fois le gouvernement responsable acquis, le Canada-Uni s’av[ère] ingouvernable. Les ministères succèd[ent] aux ministères, à la cadence de un et parfois deux par an » [Catela de Bordes, p. 185].

Arrivée massive d’Irlandais (jusqu’en 1900) catholiques et anti-anglais (surtout poussés par la famine) ; ils s’allient rapidement aux francophones d’ici mais contribuent néanmoins à angliciser le pays. [Leur hostilité envers les Anglais s’explique par les incessantes tentatives de colonisation de l’Irlande depuis 1171. En dernière date, la Grande-Bretagne avait supprimé le parlement irlandais par l’acte d’union du  7 juin 1800.]
 
 28 juillet 1840
Décès de lord Durham (tuberculose), cinq jours après la sanction royale de l’Acte d’Union.
 
1841
Première session du premier parlement de l’Union s’ouvre à Kingston [Hare, p. 265.].

1844
Le gouvernement déménage à Montréal. — Fondation de l’Institut Canadien de Montréal, une « association littéraire et scientifique [… ,] un centre intellectuel aux diplômés des collèges classiques en l’absence d’une université laïque française » [Bergeron, p. 133].

1845
François-Xavier Garneau (photo), notre premier historien, publie l’Histoire du Canada depuis sa découverte jusqu’à nos jours. (Il aura des difficultés avec le clergé qui voudrait voir le caractère religieux de la colonisation ressortir davantage ; il accédera à ces demandes).

1847
Élection des Réformistes ; Robert Baldwin et Louis-Hippolyte La Fontaine forment le gouvernement ; dorénavant c’est le parti majoritaire à l’Assemblée qui gouverne la colonie ; le gouverneur devient simplement le représentant de la reine et l’agent de liaison entre la métropole et la colonie [Bergeron, p. 119].

 25 avril 1849
Incendie du Parlement à Montréal (début de la période de « gouvernement ambulant »). Le gouvernement déménage à Toronto. On retire le droit de vote aux femmes.

années 1850
Début de l’industrialisation. Implantation graduelle des syndicats de travailleurs ; en 1881, le « syndicat américain, Knights of Labour, […] réussit à s’implanter au Québec […] mais, 5 ans après, il dispara[ît] du Québec à la suite des attaques virulentes de Mgr Taschereau » [Bergeron, p. 139].

1851
Le gouvernement déménage à Québec.

1852
Création de l’Université Laval. Elle sera dotée d’une charte royale le  8 décembre 1852 ; le  6 mars 1953, le pape Pie IX autorise l’archevêque de Québec à conférer les degrés en théologie [Hare, p. 304.].

1854
Abolition officielle du régime seigneurial.

 1er février 1854
Incendie des édifices parlementaires à Québec. « Le gouvernement du Canada-Uni n’aurait peut-être pas envisagé le déménagement du siège du gouvernement à Ottawa et la construction d’un édifice monumental, si le parlement à Québec n’était pas disparu si soudainement » [Hare, p. 282.].

1855
Le gouvernement retourne siéger à Toronto.

1856
Décision par un vote de 62 contre 51 que Québec soit la capitale permanente à partir de 1859 [Hare, p. 265.].

1857
« George-Étienne Cartier devient Premier ministre avec John A. Macdonald. Il [encourage] la politique ferroviaire et [contribue] à l’établissement de la Confédération canadienne » [Robert 2.].

1858
Une loi est votée pour adopter une monnaie à valeur décimale au lieu de la livre sterling [à l’époque, £ 1 = 20 s. (shillings) ; 1 s. = 20 d. (pence)]. Le gouvernement imprime alors son propre dollar [bien d’autres banques en feront tout autant]. Il faudra attendre 1944 pour que l’impression des billets de banque soit le privilège exclusif de la Banque du Canada.

juillet 1859
Construction du Parlement de Québec (travaux terminés en février 1860). Celui-ci abriterait le gouvernement du Canada-Uni jusqu’à son déménagement, après quoi, on prévoit que le nouvel édifice servirait de bureau de poste ; le gouvernement déménage comme prévue à l’automne de 1865 et l’édifice de Québec « devient le siège de l’Assemblée législative de la nouvelle province de Québec à partir de 1867 » [Hare, p. 282.].

1859
Le gouvernement revient siéger à Québec.

1861
Des hommes d’affaires fondent la compagnie Montreal City Passenger Railway, une compagnie de transport de tramway tirés par des chevaux.
 
automne 1865
Le parlement déménage à Ottawa, selon la volonté (influencée par le gouverneur général) de la reine Victoria.

 22 juin 1864
John A. Macdonald s’engage formellement à introduire au Canada un Parlement ayant pour base le principe fédératif.

 2 septembre 1864
John A. Macdonald et George-Étienne Cartier se prononcent en faveur d’une « grande confédération de toutes les colonies. »

 10 –  29 octobre 1864
Conférence de Québec : élaboration d’un plan en 72 propositions (brouillon de l’Acte de l’Amérique du Nord Britannique). Au cours des discussions, on s’entend difficilement sur l’union fédérative (« défendue particulièrement par les Canadiens français, ceux-ci voulant garder une assemblée législative pour le Bas-Canada » [Catela de Bordas, p. 189]). Les francophones du Bas-Canada ne sont pas intéressés au projet de la confédération.

À l’une des nombreuses conférences pour débattre du projet de confédération, on propose, au cours du banquet traditionnel qui accompagne toutes les conférences, d’appeler le nouveau pays Dominion du Canada. C’est lors d’un de ces banquets qu’on choisit aussi la devise du futur pays, inspiré du 8e verset du 72e psaume de David : « Et dominabatur a mari usque ad mare » [Catela de Bordas, p. 197] (« Et il dominera d’une mer à l’autre »).

 4 novembre 1864
Les francophones du Bas-Canada commencent à faire campagne contre la confédération. « Antoine-Aimé Dorion […] — qui pourtant en 1859 avait préconisé une confédération — fait publier une lettre aux électeurs dans laquelle, après avoir étudié les résolutions de Québec, il conclut que ce n’est pas une confédération que l’on propose mais tout simplement une fédération déguisée, avec, en fin de compte, l’ensemble des pouvoirs assumés par un parlement central. Bref, à ses yeux, les assemblées provinciales n’auraient que des pouvoirs dérisoires. Il y voit une source de batailles entre les deux paliers de gouvernement et conclut en disant que le mieux est de consulter le peuple sur un changement pareil » [Catela de Bordes, p. 193]. Antoine-Aimé Dorion déclare qu’en cas d’adoption du projet : « ce jour figurerait dans l’Histoire comme ayant eu une influence malheureuse sur l’énergie du Haut et du Bas-Canada, car je considère comme une des plus mauvaises mesures qui pouvaient nous être soumises. S’il arrivait qu’elle soit adoptée sans la sanction du peuple de cette province, le pays aurait plus d’une occasion de le regretter » [Catela de Bordas, p. 194].

Les défenseurs de la confédération au Bas-Canada, étaient Georges-Étienne Cartier et ses partisans, une certaine bourgeoisie marchande et le clergé (« l’Église catholique chez nous préférait la Confédération à l’annexion aux États-Unis parce qu’elle préférait l’ordre qui découle du système monarchique au républicanisme des libertaires à l’américaine ou à la française » [Pierre Chaloult, le 1er juillet 1868, cité in : Catela de Bordes, p. 199]). D’autre part, Antoine-Aimé Dorion décrit l’affaire comme du « poison », une calamité ; les conservateurs parlent plutôt d’un « contre-poison ».

 10 mars 1865
Adoption du projet de confédération par 91 voix contre 33. Le premier ministre Étienne-Pascal Taché, détenant la majorité à l’Assemblée, s’assure de son adoption.

1866
Codification du droit civil.

 6 décembre 1866
À l’Hôtel Westminster Palace de Londres, Alexander T. Galt fait adopter l’article 93 pour que les droits scolaires des minorités soient garantis au Bas et au Haut-Canada.

 28 mars 1867
La reine Victoria donne la sanction royale et décrète que l’Acte de l’Amérique du Nord Britannique prendra force de loi dès le  1er juillet 1867.


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Dernière mise à jour : 11 mai 2006, 11h01