Jean-Louis Roux fait la « une » des journaux

Le magazine L’actualité révèle dans son édition datée du 15 novembre 1996 (mais disponible en kiosque dès les premiers jours du même mois), que Jean-Louis Roux a porté une croix gammée sur sa blouse de laboratoire alors qu’il étudiait à l’Université de Montréal en 1932. « Le comédien soutient également dans l’entrevue du magazine L’Actualité qu’il a été pétainiste, franquiste et mussolinien en plus d’avoir été membre d’une société secrète qui était vouée à la préparation d’un coup d’état séparatiste. […] Or, l’entrevue fait également état des accointances de M. Roux avec le mouvement anti-conscription. On parle notamment de sa participation à une manifestation au cours de laquelle certains émeutiers auraient fracassé les vitrines des magasins dont les noms avaient des consonances étrangères “ surtout israélites ” ».

e mouvement souverainiste du Québec (Gilles Rhéaume), apprenant la nouvelle, envoie un télégramme à la Reine Élisabeth de Grande-Bretagne pour qu’elle destitue son représentant à l’Assemblée nationale. Le Congrès juif canadien demande (et obtient) une entrevue privée avec Jean-Louis Roux pour le 6 novembre 1996 et lui demande des excuses publiques (il démisionne le 5 novembre 1996 avant de rencontrer le Congrès juif canadien, rencontre qu’il fera quand même). Quant à Jean-Louis Roux, il qualifie son geste passé de « fanfaronnade ». Il avait clairement indiqué, lors de son assermentation, qu’il ne comptait pas remplir son rôle uniquement de façon symbolique, qu’il allait poser des questions sur les décrets et les projets de loi et qu’il pourrait même refuser de poser sa signature sur une loi référendaire ou déclaration de souveraineté, quoiqu’en décide la démocratie.

Après sa démission, le Premier ministre Lucien Bouchard, comme Daniel Johnson, demande qu’à l’avenir le Québec soit consulté pour le choix du lieutenant-gouverneur, comme le voulait la tradition. Jean Chrétien, quant à lui, maintient que la tradition veut qu’Ottawa « informe » Québec de son choix.


Jean-François Nadeau « note aussi que selon ses propres recherches publiées l’année dernière dans Le Devoir (14 mars 1995), M. Roux a continué à signer des articles profranquistes dans le journal étudiant Le Quartier latin, alors que la Deuxième Guerre mondiale était terminée. L’existence de la Shoah était alors connue de tous. Pire, le jeune historien souligne que celui qui est devenu sénateur, puis lieutenant-gouverneur, a continué à reprocher à la société d’être fortement imprégnée de cette idéologie totalitaire avec laquelle il avait personnellement rompu. “ C’est aussi ce qu’il racontait à [la revue] Cité Libre. Encore l’an dernier [à la veille du référendum], il traitait les intellectuels québécois de sortes de nazis. Il a constamment fait de la projection du passé dans le temps présent. Maintenant, ça retombe sur le nez de celui qui voulait donner des leçons ” » [Baillargeon].


« Le problème de M. Roux aujourd’hui, ce qui devrait le mettre à honte, c’est sa duplicité, à triple dose. Il a tenté de gommer son passé. Il a attribué ses vieux démons à ses adversaires politiques pour les salir. Et il ne voit toujours, dans ses dérapages passés, que faute vénielle, “ fanfaronnade et esprit carabin ” disait-il hier [4 novembre 1996] dans un lamentable communiqué. […]

[Quant aux libéraux fédéraux] [c]hoisir un ancien admirateur d’Hitler comme symbole du fédéralisme au Québec, dans ces conditions, eût été suicidaire. […]

S’il avait été homme d’honneur et s’il avait vraiment craint la tentation fasciste, durant la campagne référendaire, M. Roux, au lieu de l’imputer sans preuve à ses adversaires, aurait témoigné ouvertement de son propre cheminement. Il aurait dit aux Québécois d’où il venait et où il allait, et les raisons de ses conversions. […] Au contraire, M. Roux ne se repent nullement et nulle part. Tout ce qu’il dit regretter — on n’en croit pas ses yeux — c’est la révélation par L’Actualité de ses anciennes turpitudes car cela a “ pu heurter la sensibilité de la communauté juive ”. […]

L’épisode de la croix gammée date de 1942. Comment expliquer qu’en décembre 1945, dans un éditorial du Quartier Latin, journal des étudiants de l’Université de Montréal, M. Roux faisait l’apologie virulente du dictateur Franco, six ans après l’écrasement sanglant des forces démocratiques en Espagne ? Esprit carabin encore ? Fanfaronnade toujours ? M. Roux s’est amusé longtemps, avant de se donner des “ convictions ” plus présentables. […] [La vice-première ministre libérale fédérale Sheila Copps] est bien libre, elle qui adore les symboles creux, d’embrasser celui de l’hypocrisie et de le trouver digne du Canada. Mais qu’on ne se surprenne pas, ensuite si les Québécois le méprisent. »


Mini chronologie sur Jean-Louis Roux :
Bibliographie


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Dernière mise à jour : 30 décembre 1999, 11h19