Compte-rendu du colloque d'automne 1997 à Montréal
Le maître de cérémonie était nulle autre que M. Richard Tremblay, directeur de l'Association québécoise des dons d'organes et chef de police de St-Rémi de Napiervillequi a effectué un excellent travail lors de la présentation des activités. Votre Chapitre a par la même occasion reçu officiellement sa charte attestant sa constitution ainsi que son adhésion à l'Association Nationale. Les deux journées de formation ontété grandement appréciées par tous les participants et les conférenciers ont présenté d'excellents sujets relatifs aux mécanismes d'enquête d'incendie.
La première journée a été une excellente révision et une remise en situation. M. John Coull, enquêteur spécialisé en incendies et explosions pour Origins & Causes Inc et secrétaire exécutif de la CAFI, nous a résumé la préparation requise avant l'enquête ainsi que comment bien documenter la scène de l'incendie.
M. Less McPhee, enquêteur au Commissariat des incendies d'Ontario et ex-président de CAFI,Canadian association of fire investigators
nous a entretenu sur les méthodes d'enquête proprement dites, ainsi que des signes subjectifs présents dur une scène d'incendie et leur interprétation.
La deuxième journée a été surtout axée sur les enquêtes et les éléments de preuve reliée au Québec. Le sergent Gérard Séguin,responsable provincial de profils criminels et coordonnateur provincial des systèmes d'analyse des liens entre les crimes de violence pour la S.Q. a tenu les participants en haleine lors de son exposé sur l'utilisation de la technique d'analyse de déclaration en matière d'incendie criminel. Plusieurs enquêteurs verront maintenant d'un autre oeil la prise de déclaration des témoins et suspects.
Le lieutenant Richard Ménard, attitré au Département de RCI du SPIM (Recherche de causes d'incendies du Service de prévention des incendies de Montréal) a décrit brièvement le rôle de l'intervenant pompier face à l'investigation et l'enquête des causes d'incendies.
Du coté légal, nous avons été particulièrement choyés par la présence de deux conférenciers de prestige. Au niveau criminel, Me François Brière, Substitut en chef-adjoint du Procureur Général du district de St-Jétôme, et du coté civil, Me Steve Reimnitz c.r. de la Société d'avocats Gauthier & Bédard, qui nous ont entretenus sur les éléments de loa preuve exigés dans leurs domaines respectifs en matière d'incendie volontaire. Il va de soit que ces conférenciers ont été grandement appréciés par l'audience et ils n'ont pas hésité à répondre aux questions des participants.
Le "V" de Carbonisation
Par:Charles B. Hobson
Avis: Il s'agit d'une traduction intégrale d'un texte en anglais.
Le signe d'incendie le plus commun, celui qui nous est enseigné
en premier lieu et le premier à identifier, est celui que l'on désigne
comme étant le "V" de carbonisation. Il s'agit d'un des signes
les plus controversés. La controverse n'est pas du fait qu'il existe,
mais comment il se développe et ce qu'il signifie. Un des énoncés
erronés concernant ce signe est qu'un "V" inversé serait l'indication
d'un accélérant liquide. Ceci a été prouvé faux et qu'un "V" inversé
est normal dans des conditions spécifiques.
Nous vous présentons
les deux théories et leurs significations du développement et vous
serez alors en mesure de décider par vous-mêmes de sa signification.
On a dit et enseigné que l'extrémité du "V" pointe vers le point d'origine. Cet énoncé est vrai jusqu'à une certaine limite. Car cet énonce, afin d'être utile, doit être qualifié. Nous devrions dire que le "V" pointe vers un point d'origine et non vers le point d'origine. Voyons cette légende de vieux pompiers concernant le motif du "V".
Alors que le feu brûle, la continuation du feu vers le haut et vers l'extérieur produit un motif distinct ayant la forme d'un "V". Nous pouvons l'observer sur le bois ou sur des murs peints, qui seront plus foncés que les murs environnants. Par contre, dans des constructions de maçonnerie, le "V" apparaîtra normalement plus pâle que les murs environnants. Même dans des structures de métal, on pourra l'apercevoir à l'occasion. Quelquefois, la peinture sera écaillée ou craquée par la chaleur. Dans d'autres circonstances, on notera des taches de chaleur ou de la décoloration. Reculez, vous serez surpris par ce que vous pourriez découvrir.
Les motifs sous forme de "V" peuvent vous informer sur le point d'origine et sur le type d'incendie en cause. Comme vous le savez, des foyers secondaires peuvent survenir suite à plusieurs facteurs. Donc, nous devons s'assurer que nous comprenons que le "V" pointe seulement vers un point d'origine et non nécessairement vers le point d'origine initial
.
La théorie provenant de cette vieille philosophie est comme suit:
"la direction prise par le feu se situe normalement vers le haut et vers l'extérieur".
Cette direction est directement reliée au transfert de chaleur par la convection (l'air et les produits de la combustion chauffés par le feu deviennent plus légers que l'air ambiant et s'élèvent, pour ainsi transférer la chaleur vers le haut). Le transfert de chaleur par conduction (à condition que le combustible impliqué soit composé d'une matière) et par radiation (les rayons de chaleur étant transférés dans toutes les directions du front de flammes) amènent à la formation de l'action pyrophorique du combustible à proximité du front de flammes.
Suite à ceci, les produits volatiles créent par la pyrolyse sont allumés par la flamme et sa propagation. Le feu augmente de volume en oxydant le combustible disponible. Étant donné que la plupart de ces combustibles affectés par la chaleur, sont au- dessus du feu, il aura tendance à brûler vers le haut. Le motif de calcination laissé dans ce secteur prendra la forme d'un cône inversé ou d'un "V".
Si l'incendie est lent, tel qu'un incendie dans un sofa, les flammes s'élevant le long du mur laisseront une carbonisation large ou un motif de suie.
Quelquefois, ce sera la largeur complète du sofa à sa base qui brûlera presque entièrement vers le haut. Normalement, ceci laissera un "V" plus prononcé. D'autre part, lorsqu'un feu actif tel qu'un feu amorcé à l'aide d'accélérants touche un mur, le motif de calcination sera généralement plus étroit. Donc, un "V" étroit est associé à une chaleur extrême et un développement rapide. Ceci a aussi été associé à l'usage d'un accélérant. Donc, en théorie, nous pouvons dire qu'un "V" étroit est associé avec un feu rapide alors qu'un "V" plus large est associé avec un feu lent. La déduction est que vous trouverez toujours un "V" quelque part si vous regardez bien, le dernier point est que le "V" pointera vers un point d'origine. Ce ne sera pas nécessairement le point d'origine initial de l'incendie. Assez de cette vieille légende.
Maintenant regardons ce qui a été prouvé concernant le motif du "V". Le motif du "V" survient lorsque le feu brûle vers le haut sur une surface verticale. Les informations suivantes concernant le développement du "V" provient d'une série d'essais d'incendies à l'échelle d'un quart. Le premier essai utilisa une pièce ouverte sans plafond ni toiture. Lorsqu'un feu normal a été allumé à la base d'un des murs, le feu brûla directement vers le haut. Il débuta avec la forme d'un "V" inversé mais c'était en réalité le panache des flammes (front de flammes). Il continua à brûler jusqu'à ce qu'il traverse le haut du mur. À ce point, les deux côtés de calcination étaient parallèles sans indication de la forme d'un "V".
Le deuxième essai utilisa une pièce à l'échelle avec un plafond. Ici, on provoqua un incendie normal au niveau du plancher à la jonction d'un mur. Comme lors du premier essai, la première forme démontrée par le feu était celle d'un "V" inversé ou le panache de flammes.
Comme le sommet du panache de flammes atteignit la moitié de la hauteur du mur avec les côtés des motifs de calcination toujours parallèles, nous avons noté une décoloration qui débutait au niveau du plafond et qui se dirigeait vers le bas. Ce motif avait la forme d'un "V" prononcé (large). Premièrement, ce "V" se terminait légèrement au-dessus du sommet du panache de flammes. Il se dirigeait ensuite vers le niveau du plancher formant un "V" prononcé se terminant au point d'origine initial.
Le troisième essai utilisa un accélérant (essence à briquet). Le développement était similaire aux deux autres essais. L'exception ici, étant que le sommet du panache de flammes se dirigeait vers le plafond à un taux beaucoup plus rapide. Le sommet du panache de flammes était beaucoup plus près du plafond avant que la décoloration descendante ne survienne. Cette décoloration se propageait beaucoup moins au niveau du plafond et joignit plus rapidement le motif formé par la propagation verticale. Pour cette raison, le "V" était plus étroit que les observations obtenues lors des deux essais précédents.
Le quatrième essai utilisa aussi une pièce à l'échelle d'un quart avec un plafond. Ici, on alluma un feu normal dans un des coins. Encore, le feu progressa vers le haut; le motif de calcination suivit la forme du panache des flammes et produisit un "V" inversé. Dans ce cas, par contre, le panache de flammes était plus large et couvrait les deux murs. Ainsi, le "V" inversé était plus prononcé que pour un mur simple. Le feu continua vers le haut avec la forme d'un "V" inversé presqu'au plafond, et la décoloration se diriga vers le bas au même intervalle de temps que lors de l'essai avec accélérant. Nous assumons que la chaleur était concentrée dans un coin et semblait être plus élevée que lorsqu'elle se propagea sur un mur unique. Ici, les côtés du "V" descendaient pour prendre la forme d'un sablier et continuaient vers le bas pour former un "V" complet.
Un cinquième essai a été entrepris pour vérifier la vieille théorie qu'un "V" inversé était le résultat d'un accélérant liquide en présence. Encore, utilisant une pièce à l'échelle (1/4), une quantité d'essence à briquet fut versée à la base d'un mur et allumée. Ici, le motif initial de la calcination était celui du panache de flammes, un "V" inversé. À cause de la base prononcée du feu, le motif était plus large que lors de tous les autres essais. La largeur du motif était la seule différence. Le feu progressa, allant du "V" inversé du panache de flammes à un feu parallèle à un "V" normal.
On tenta un sixième essai, mais sans mettre le feu. Ici, les matériaux du NBS (National Bureau of Standards) furent révisés. Il a été déterminé qu'un sofa rembourré loin de tout mur pourrait générer suffisamment de chaleur pour causer un embrasement impliquant toute la pièce. En se basant sur ce principe, nous pouvons assumer que tous les murs seraient également calcinés et qu'il n'y aurait aucun motif de "V" provenant d'un incendie qui aurait débuté sur une surface verticale.
Afin de compte, vous pourriez ou ne pourriez pas avoir un "V"; vous aurez seulement à vérifier de près. Il se peut que vous ayiez à reconstituer la scène; par exemple, lorsque le feu a détruit certains panneaux et que les pompiers les ont enlevé lors des opérations de déblaiement. Si vous regardez attentivement, vous pourriez observer quelquefois les lignes de calcination sur les poteaux de la structure. C'est la même chose qu'un enfant qui assemble un casse-tête avec des pointillés pour former une image. Vous pourriez aussi faire cet exercice mentalement afin de reconstituer le "V".
La théorie qu'un "V" étroit démontre un incendie rapide et qu'un "V" prononcé un incendie lent est encore vrai. Ceci est à cause du fait qu'avec un feu rapide et chaud, la chaleur atteint le plafond et est irradiée ensuite vers le plancher au stage initial du développement de l'incendie et couvre seulement une superficie limitée, alors que pour un incendie lent, la chaleur se propage surtout vers le plafond, produisant un "V" plus large.
Dans un coin, où nous avons un courant thermique ascensionnel de tirage, il aura tendance à tirer le feu vers le haut et ceci produit un "V" inversé. Ceci est vrai seulement lors du stage initial de l'incendie. En progressant, il se redressera et formera un "V" traditionnel.
Tiré de "Fire Investigation a new concept" par Charles B. Hobson. Charles C Thomas Publisher Sprinfield Illinois-U.S.A.
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Association canadienne d'enquêteurs d'incendies,
Section Québec.