La saison est terminé, Rendez vous a la course de St-Bruno en Fevrier 2009.  Les résultats du marathon de saguenay 2008 sont enfin sortis..

 

 

 

 

 

CHRONIQUE SANTÉ de la Jakasse du mois de novembre 2002

 Arthrose et course à pied

Nous avons tous un beau‑frère ou une tante pour nous rappeler à la moindre occasion que la course à pied est dangereuse pour les articulations. Combien de fois avez‑vous entendu dire : « Tu vas te scraper les genoux à force de courir »! Il est vrai que plusieurs coureurs se blessent à l'entraînement. Nous savons cependant que la plupart de ces blessures surviennent en raison d'erreurs ou de négligence. Pour la majorité d'entre nous qui faisons attention à la progression de notre charge d'entraînement, les blessures sont rares. Cependant, ce genre d'argument ne suffit pas à convaincre les sceptiques. Je me suis alors permis d'effectuer une recherche d'articles traitant le sujet. Les résultats sont très intéressants, de quoi confondre les plus sceptiques.

Tout d'abord, il convient de définir l'arthrose. Il s'agit d'un phénomène dégénératif touchant le cartilage articulaire. Le cartilage recouvre l'os dans une articulation, il réduit la friction entre les os, assurant ainsi une bonne mobilité. Il contribue aussi à l'absorption des chocs, Malheureusement, le cartilage n'est pas vascularisé, sa capacité de régénération est donc limitée. Il faut bien comprendre que l'arthrose est un phénomène tout à fait normal. En effet, en vieillissant, nos articulations s'usent. Par contre, nous pouvons parler d'un problème pathologique si cette usure est précoce, plus marquée que la normale ou concentrée à une zone en particulier.

Plusieurs recherches valides ont étudié l'effet de certains sports dont la course à pied sur les articulations et les liens possibles avec l'arthrose. Je vous résumerai les études qui m'ont semblé les plus pertinentes et les mieux conçues.

Dans un premier cas, une étude américaine a voulu identifier les liens possibles entre la course à pied et le développement d'incapacités physiques reliées au vieillissement. Cette étude s'est déroulée sur une période de trois ans comparant un groupe de 451 coureurs et un groupe contrôle de 330 sédentaires. Tous les sujets étaient âgés de 50 à 72 ans au début du projet de recherche. Les résultats ont démontré que le taux de développement d'incapacités physiques était plusieurs fois inférieur chez les coureurs, de 40% pour les hommes et 89% pour les femmes. De plus, les coureurs avaient un taux de mortalité de seulement 1,49% comparativement à 7,09% pour le groupe contrôle. Selon les résultats de cette étude, les bénéfices augmentent proportionnellement au millage hebdomadaire. En effet, les coureurs avec un volume de plus de 26 milles par semaine avaient un taux d'incapacités moindre que les autres coureurs.

Une autre recherche américaine a étudié les changements de densité osseuse et les signes d'arthrose par radiographie de 41 coureurs de 50 à 72 ans comparativement à un groupe contrôle du même âge. Après 5 ans, la densité osseuse des coureurs avait augmenté de 40% par rapport au groupe contrôle et il n'y avait aucune différence quant aux signes cliniques et radiologiques d'arthrose entre les deux groupes.

Mais qu'en est‑il des coureurs élite avec leur volume et leur intensité d'entraînement extrêmement élevés? Une étude a comparé l'incidence d'arthrose chez 504 anciens coureurs de niveau collégial aux États Unis avec 287 nageurs. Aucune différence entre les deux groupes n'a pu être mise en évidence. Une étude finlandaise a comparé des athlètes d'élite et un groupe contrôle, en fonction du nombre de consultations dans les hôpitaux du pays de 1970 à 1990, concernant des problèmes d'arthrose aux hanches, aux genoux et aux chevilles. Le groupe d'athlètes comprenait 2049 représentants masculins à des compétitions internationales de 1920 à 1965, le groupe contrôle était constitué de 1403 hommes ayant été classés comme étant en bonne santé à l'âge de 20 ans. Les résultats ont démontré un taux de consultations légèrement plus élevé pour les coureurs et les fondeurs que pour le groupe contrôle. Par contre, ce taux était plus faible comparé à la plupart des autres sports étudiés. Voici un tableau pour illustrer les résultats de cette recherche

 

Sport

Taux de consultation

Moyenne d’âge en 1970

Moyenne d’âge à la première consultation

Course longue distance

1,84

49,4

70,3

Ski de fond

1,58

52,1

70,9

Soccer

2,10

45,4

56,2

Hockey

4,23

39,6

53,3

Basket‑ball

1504

35,0

26,0

Sauts et sprints

1,39

45,6

63,8

Boxe

1 ,70

46,3

61,5

Lutte

2,75

48,7

64,0

Haltérophilie

2,74

44,6

57,3

Lancers

1,53

46,8

60,9

Contrôle

1,00

44,1

61,2

 

Les auteurs ont tiré les conclusions suivantes

 

•          Le taux de consultation légèrement plus élevé chez les athlètes d'endurance (course et ski de fond) comparativement au groupe contrôle et à certaines disciplines, peut s'expliquer par la moyenne d'âge plus élevé des coureurs et fondeurs. Or, on sait que l'arthrose est un signe naturel relié au vieillissement.

•          Les athlètes les plus à risque pratiquent des sports où les blessures méniscales et ligamentaires sont relativement plus fréquentes (hockey, soccer et lutte) en raison des contacts et changements de direction fréquents reliés à ces disciplines. Il est prouvé que les blessures ligamentaires et méniscales augmentent les risques de développer de l'arthrose. Les joueurs de basket‑ball ne peuvent être justement considérés dans cette étude en raison de la moyenne d'âge beaucoup moins élevée que les autres groupes.

•          L'âge moyen de la première consultation est nettement plus élevé chez les coureurs et fondeurs. Ce qui signifie que ce ne sont probablement pas des sports à risque en ce qui a trait à l'arthrose.

•          Les athlètes d'endurance auraient tendance à consulter davantage même à un âge plus avancé car ils désirent demeurer actifs plus longtemps,. De plus, leur espérance de vie est plus élevée que la moyenne.

De plus, l'Académie Américaine des Chirurgiens Orthopédistes recommande l'exercice en tant que partie d'un traitement de l'arthrite et de l'arthrose. Cela n'a rien d'étonnant puisque depuis plusieurs années les physiothérapeutes, entres autres, utilise divers programmes d'exercices pour améliorer ou du moins stabiliser la condition des personnes souffrant d'incapacités reliées à ces maladies.

Il paraît donc assez évident que la course à pied, même à haut kilométrage, ne favorise pas le développement de l'arthrose. De plus, notre sport, en plus de tous les autres bénéfices pour la santé autant physiques que psychologiques, procure une certaine protection puisque nous avons moins tendance à l'obésité que la population sédentaire. Or, plusieurs études ont démontré que le surplus de poids serait un des principaux facteurs de risque dans le développement de l'arthrose. Cependant, la prudence est de mise. Nous devons faire attention aux excès et éviter les erreurs trop communes telles une progression trop rapide ou des espadrilles ne correspondant pas à nos besoins spécifiques. Soyons sages, entramons‑nous intelligemment et nous réussirons probablement à confondre les plus sceptiques.

 

Michel Rivest