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Aujourd'hui, c’est un soir d’automne et j’entends les enfants rire de bonheur, le Grand et ses deux copains qui jouent avec le Petit et le Moyen, dehors, comme si c'était l'été. Plus tard, quand les plus jeunes sont dans la baignoire, les grands sortent sur le balcon caché par le tilleul, ils déroulent les sacs de couchage. Étendus à l’abri des regards, ils attendent qu’une fille passe dans la rue et ils la sifflent, à tour de rôle, gageant qu’ils réussiront à lui faire tourner la tête.

Aujourd’hui, il fait 26,2 Celsius. Montréal a brisé le record de chaleur qui datait de 1930 et l'automne n'a jamais été aussi chaud.

Aujourd’hui, j’ai quarante ans et mon corps de femme est plus chaud que jamais, plus collé à moi que jamais, il me botte le cul, m’oblige à me mouiller dans un cœur d’homme. Pourquoi le corps au bout des yeux doux, pourquoi mon cœur et mon corps impudiques, main dans la main ? Avant les enfants, avant la vie, le cul allait tout seul, curieux de ses rencontres, heureux de ses trouvailles, en pleine expérimentation. Maintenant que le triste con est devenu grand, il complique tout, il veut croire, les yeux fermés, et toujours être pardonnée de tout ce que je suis, toujours absoudre l'autre de tout ce qui pique en lui.

Aujourd'hui, mon corps est chaud et veut le sien, il fait chaud comme dans le mot soleil, il n'y a pas d'histoire, juste une envie d'être là, au creux de ses yeux, les enfants qui s'éparpilleraient autour de la maison et nous auraient laissé le temps.

Le temps de goûter encore ses caresses fortes, qui montent le long du dos presque avec des pieds tellement on les sent progresser pas à pas jusqu’à la nuque, des caresses qui font tourner la tête pour que les bouches puissent déverser leurs salives, un désir qui n'attend pas, qui veut tout à la fois, être dans les lèvres ensemble, les mains sur les seins, les fesses dans les cuisses, le sexe dur comme la sève au printemps, la lave qui coule comme d'un volcan.

Un désir qui explose à force de tout vouloir maintenant, juste avant que les enfants n'aient besoin de dire une chose très très importante, quand les vêtements sont encore un peu arrimés aux corps et qu'on peut les remettre en un quart de tour et sourire aux anges indiscrets, heureux de la chaleur qui nous a baignés.

Aujourd'hui, il est ailleurs et je ne dors pas, c'est en dedans comme un ouragan. Mon corps de femme pris au piège de son rôle de mère. Ma vie de femme qui veut l’amour toujours l’amour.