Légendes de L'Islet-sur-Mer

La légende de la Feuille d`Érable

Un certain jour le bon Créateur

Fit dire aux peuples de la terre

Que chacun choisisse une fleur

Et qu`on soitr exactau rendez-vous

Chacun prendra la fleur qu`il aime

Cette fleur restera l`emblème

Du grand amour que j`ai pour vous.

 

Le jour dit, dans la parade

Les envoyés se rencontrèrent

La France vint choisire un Lys

L`Oeillet fut pris par l`Angleterre

L`Espagne eut un frais Liseron

L`Amérique un Dahlia rose

Et l`Allemand, un vieux Chardon.

 

Quand arrive le Canadien

Emmituoflé dans ses fourrures

Hélas ! il ne restait plus rien

Que des feuillages, des ramures

St-Pierre était plein de regrets

Et caressait sa barbe blanche

Je n`ai plus, dit-il que ces branches

Tu peux regagner ta forêt.

Mais Jésus qu`on ne voyait pas

 Intervimt d`un coeur secourable

S`en allant choisir dans le tas

Offrit une Feuille d`Érable

Et c`est depuis ce beau jour-là

Qu`un peu partout dans la campagne

Dans la plaine et sur les montagnes

L`Érable croît au Canada

La Légende du Rocher Panet

La grève de la côte sud du St-Laurent, vers Montmagny et l'Islet manque parfois de relief. Point de falaises ni de pentes hardies, mais une plage herbeuse où frisonne un peuple immense de zizanies et de scirpes, toujours glauques de la fine argile des marées. L'horizon est vaste vers le nord où les Laurentides courent lorsque le temps est clair. Le matin, la brume les dérobe et les noie dans l'ouate fuyante qui monte de l'eau, et la nuit tombée, on le devine aux phares illusoires que l'incendie allume toujours ici et là leurs flancs granitiques.

L'Islet est un très vieux village, un "bourg", comme on dit là-bas, qui dort paisiblement le long des flots tranquilles, gardé séculairement par son rocher, "l'Islette", qui est généralement désert. À peine si d'aventure, une goélette vient s'amarrer; quelques barriques descendues, quelques planches embarquées, et c'est tout.

Les l'Islettains, vieilles gens, ont force légende, et nulle n'est mieux accréditée que celle du rocher Panet? C'est le pendant de "L'Islette", le sommet émergé d'une petite montagne enfouie sous la vase, que la marée entoure, et qui, dans les grandes eaux, disparaît presque. C'est vraiment peu de choses, mais ce peu de choses à sa légende, qui est peut-être une histoire. Tout le monde là-bas la sait par cœur (presque) on l'a écrite dans la brochurette signée J.T. Jemmat, qui la narre avec enthousiasme.

Une misérable dont la légende a étouffé le nom et la honte, avait osé vendre au démon, en échange de déshonorantes passions, son âme immortelle, et ses éternelles félicités. L'esprit impur ne parut pas satisfait du marché, il voulut aussi posséder le corps de son infortunée victime. Abusant de sa puissance, son infernale malice la jeta sur le rocher qui ne paraissait pas l'aspect triste d'aujourd'hui: on eut dit une émeraude flottant sur les ondes. étalant la vendeur des arbrisseaux et les teintes de ses fleurs. Mais sitôt le pied maudit vint la toucher, les corolles se replièrent flétries, les arbrisseaux périrent desséchés.

Depuis plusieurs semaines, semaines d'angoisse et d'épouvante , elle était là, cheveux épars, secouant des bras noircis, clamant plus fort que les vagues. Souvent dans l'exaltation et les crises de désespoir, la malheureuse se précipitait éperdue au milieu des flots et les flots effrayés la remettait soudain sur son rocher et s'enfuyaient d'horreur.

La paroisse entière de l'Islet fut le témoin atterré de ces scènes lugubres; nul ne pouvait les regarder sans frémissement et quelques-uns moururent de convulsions de terreur. Les mères défendaient aux enfants de regarder le rocher maudit et les grandes personnes se signaient à son aspect. Le saint curé lui, paraissait seul ne pas savoir le fait, ni de s'en émouvoir; mais dans son intérieur, il suppliait le ciel qu'un si exemplaire châtiment vint enraciner au fond des cœurs la répulsion et la haine du vice ignominieux.

Cependant, un jour, un groupe consterné accourut conjurer le saint curé de rendre la paix au village, en adjurant le diable de livrer sa victime et de retourner à son éternel supplice. Un instant le pasteur se recueille, lève au ciel des yeux calmes qui s'emplissent de larmes; puis joignant ses mains longues et décharnées: "J'y vais mes enfants, dit-il; mais vous, priez, priez encore, priez toujours:" A ces mots, il s'embarqua sur les vagues houleuses, guidant lui-même son esquif.

Les paroissiens échelonnés en longue file sur la rive, le front dans le sable, récitaient avec ferveur les psaumes de la pénitence. En voyant approcher d'elle la barque, la malheureuse se prit à se tordre sur le roc, poussant des hurlements à faire peur et pitié à la fois. Le prêtre cependant avait laissé l'embarcation et, pieds nus, lentement gravissait le rocher lorsque soudain, il se voit en face de hideux personnage, à l'œil enflammé, à la respiration entrecoupée; une main se crispait dans sa chevelure humide, l'autre d'un geste menaçant montrait les flots en courroux; la lutte allait s'engager entre l'ange de Dieu et Satan invisible.

La peur circule à travers les rangs, au rivage. Par un de ces pressentiments qui lui sont habituels, le saint vieillard en est averti, et se retournant vers ses fils, il trace un long signe de croix qui fait surgir la possédée mais rend aux enfants la confiance: ils se remettent à prier.

Le prêtre aussitôt récite les foudroyantes formules de l'exorcisme auxquelles le diable terrorisé se voit contraint d'obéir en maudissant. Cette fois, il se décide pourtant à la résistance, et une scène terrible se déroule sur le rocher qui tremble d'abord, puis bondit comme un vaisseau qui va sombrer; d'affreux hurlements échappent de tous les autres, et l'infortunée se frappant la tête contre les pierres; vomit des propos d'enfer, quand tout à coup elle disparaît au sein des flots amoncelés. Aussitôt, un énorme nuage voile le ciel de noir, le tonnerre roule les échos de sa grande voix, et les éclairs agitent dans les nues les épées de feu.

"O Dieu! Venez à notre aide Seigneur! Hâtez-vous de nous secourir" criait la foule du rivage: "O Christ qui avez délivré Madeleine des sept démons qui tenaient son âme captive, écoutez ma prière", soupirait le blanc vieillard sur le rocher.

L'heure est à l'angoisse commune, mais le ciel exauce les vœux, Dieu par un prodige, vient fortifier l'espérance de son serviteur, le roc, s'amollissant comme l'argile garde l'empreinte de son pied droit, et au même lieu, jaillit une source pure et intarissable.

L'âme de l'apôtre touchée d'une invisible main, se sent frémir et est inondée de douceur: "Seigneur, vous lui ôterez son cœur de pierre pour lui en donner un qui soit docile: vous ouvrirez dans ses yeux la source des saintes larmes qui appellent le pardon, et son pied s'affermira dans vos voies."

Aux accents de la prière, la rosée descends des cieux. Soudain une vague écumante jette aux pieds du prêtre le corps de la jeune fille. A-t-elle périe? Non, non! un frisson secoue les membres, les paupières s'ouvrent toutes grandes et le regard s'attache au bienfaiteur; quel regard! Il se baigne d'une gratitude infinie! Heureuse, elle se relève et murmure une prière de foi et d'amour. Tandis que le prêtre baisse sa haute stature, et que ses cheveux blancs ombragent comme un voile pudique la tête de la pécheresse, elle fait les aveux du repentir. Aux premières larmes qui jaillissent de ce cœur renouvelé, le ciel reprend ses teintes d'azur, le soleil déverse des gerbes lumineuses, et le rocher et les deux personnages paraissent comme nimbés d'or; les anges voient la main du prêtre se poser pour effacer les dernières taches d'une honte qui n'est plus. Là-bas, sur la rive, les larmes coulaient réconfortantes. Et lorsque la lionne rugissante, devenue docile, se mit à suivre pas à pas le pasteur, un long cri de triomphante admiration jaillit de toutes les poitrines, alla expirer jusqu'au rocher.

Un siècle a passé, et les paroissiens de l'Islet, sauvegardent de l'oubli, dans un souvenir fait de respect et d'admiration, la vie et l'œuvre du héros de ce drame. Sa mémoire survit dans l'appellation du rocher qu'ils vous montrent, le ROCHER PANET.

Extrait du livre: "Croquis Laurentiens, par le Frère Marie Victorin, des E.C."

 

La légende du beau danseur

Ce samedi soir-là, il y avait grande réjouissance chez José Moreau. Pierre était revenu des États-Unis après trois ans d'absence. On avait tué le veau gras pour le retour de l'Enfant prodigue. Puis Blanche était grandie, prête à se marier, et la plus jolie fille des alentours. Il fallait bien faire quelque chose pour elle.

Lorsque les voisins commencèrent à arriver, après souper, on rangea les bancs et les chaises le long du mur. Non pas qu'on eût l'idée de danser. Chez Moreau, on ne se permettait pas une pareille licence. Il n'y avait pas, dans tout L'Islet, de meilleur paroissien que José Moreau. Lui et sa famille étaient du premier monde. Moreau n'aurait jamais voulu tomber en disgrâce: il savait trop bien que les danses sont défendues du haut de la chaire.

Cela fit bien quelque chose à José, après souper, quand il vit entrer tous les jeunes gens du village, qu'il connaissait à peine; des têtes folles en quête de danses et de frivolités. Dédé les avait emmené avec lui, Dédé, le violoneux du rang d'en haut, qui avait un talon endiablé et une langue fort bien pendue! Mais José Moreau était trop poli pour montrer son ennui. N'étaient-ils pas les amis de Pierre? Une petite veillée, un petit souper. Amusez-vous bien!

Dédé se mit à taper du talon. Ce Mistigri était si vif, si sautillant, que les chaises commencèrent à se dandiner. Quelle pitié que de laisser de la si belle musique se perdre!

Dans un tour de main, le plancher fut prêt. José Moreau, maître de Céans, se leva, et tendit le bras à sa femme, la vieille mais joyeuse Catherine. Ils firent les premiers pas - pas trop mal! Faut dire que, dans leur jeune temps, ils avaient su s'amuser.

Le grand Dédé, remonté pour vingt-quatre heures, tapait du talon, jouait de l'archet sur ses cordes et faisait voler la poussière - s'il y en avait eu, dans la maison de Catherine. La danse filait grand train; les cotillons, les foins, les saluts-des-dames. Entre les danses, une petite goutte d'eau-de-vie en faisant trinquette.

Qu'est-ce qu'on entendit, dehors, à onze heures sonnant? Le son des grelots, les lisses d'une carriole sur la neige gelée.

Ça frappe à la porte - trois coups.

- Entrez!

La porte s'ouvrit. Un étranger apparut sur le seuil. Il avait les cheveux frisés, la barbe soyeuse, longue, noire comme un geai. Ses yeux brillaient de lueurs fauves. Bien costumé, le monsieur: capot de castor, casque de marte velouté, mocassins de caribou brodés en dards de porc-épic.

Il s'avanca de quelques pas, saluant avec grâce toute l'assemblée. Il jeta son capot et son casque dans un coin, mais garda ses gants de chamois- des gants noirs. Pour les danseuses, il n'y avait plus, dès ce moment, que lui sur le plancher.

Son premier choix fut Blanche, la fille de la maison, taillée au ciseau, d'une taille fine et moulée,belle et distinguée, une vraie demoiselle, bouillante d'esprit - la coqueluche des garçons de L'Islet.

- Mademoiselle, que lui demanda l'étranger, voulez-vous danser avec moi?

Loin d'être à son aise, quand elle commença à danser, elle tremblait dans sa belle blouse de satin pâle, qu'elle modelait bien de ses attraits de jeune demoiselle.

- Vous êtes jolie! murmura son danseur.

- Monsieur, elle répondit, je ne sais guère danser.

Dans tout L'Islet il n'y avait pourtant pas de meilleure qu'elle.
Des veilleurs sortirent pour voir le cheval. Monsieur, quel cheval, et le harnais donc! Des boucles d'argent, sur du cuir blanc patenté flambant neuf. Une carriole reluisante comme un miroir et remplie de peaux de buffles doublées en feutre rouge. Mais parlons du cheval! À l'œil si intelligent qu'on l'eût crut une personne capable de parler; et puissant sur ses jarrets de fer. Une tête fine et ciselée; des narines enflammées; des prunelles de feu dans les ténèbres. Les maquignons ne le connaissaient pas; ils n'avaient jamais vu son pareil. Il avait dû faire une longue course; il était couvert de frimas. François entra demander au voyageur s'il voulait qu'on le dételle, qu'on l'entre à l'écurie pour lui donner de l'avoine, de l'eau.

- Ça ne vaut pas la peine; jetez une peau de carriole sur lui; c'est assez.

Les pas de danse qu'il faisait, mes amis vous auriez dû les voir!

Le père François regardait bouche bée; pourtant il connaissait son tabac! Ça ne peut pas s'expliquer tous les pas qu'il fait. Il les invente!

Puis il dansa seul - une gigue simple, qui dura une bonne demi-heure, pas moins. Il était inlassable. Les meilleures danseuses lui avaient fait face l'une après l'autre, mais, fatiguées, elles avaient dû s'excuser et s'asseoir.

Des étourdis, au commencement, auraient bien voulu lui en remontrer. Mais ils surent bientôt qu'ils avaient affaire à un maître.

Il se mit à tenir tête à Dédé, le violonneux. C'était pour faire un maître. Dédé trouvait la partie rude. La rage le chauffait, les sueurs l'aveuglaient. Mais il avait trop de vanité pour céder.
Tout-à-coup, crac! une corde du violon cassa. Il l'avait fait à dessein, pour reprendre haleine. Pendant qu'il la remplaçait, il eut le temps de se remettre. François, le garçon d'honneur, en profita pour organiser un cotillon.

- Les gens sont priés!

Le bruit des pieds réveilla petit Paul, l'enfant de deux ans, au berceau. Christine, le prenant sur ses genoux, s'assit dans la porte du cabinet.

Mais l'enfant se cachait le visage aussitôt que l'étranger approchait en dansant:
- Brû.... brû...,brûle, monsieur!

- Pourquoi est-il si sauvage, ce soir? se demande Catherine.

La jeune fille qui dansait avec l'étranger avait un joli collier avec un crucifix - un joyau de famille- Catherine entendit le beau danseur lui demander:
- Voulez-vous le changer pour ce loquet, qui contient mon portrait? Voyez les diamants!

Catherine se leva, l'enfant au bras. Elle alla tremper ses vieux doigts tremblants dans le bénitier à la tête du lit, et la main tendue vers l'étranger, revint faire le signe de croix.

L'effet fut terrible. Le diable - car c'était lui - bondit en hurlant au plafond. La maison trembla jusqu'au solage. Il s'élança vers la porte, pour sortir; mais il s'arrêta à la vue d'une Croix noire de la Tempérance. Fou de rage, il fit une courbe à gauche et sauta d'un bond dans le mur de pierre qu'il défonça d'un seul coup. Il disparut avec un bruit de chaînes battues, répandant après lui une odeur affreuse et faisant jaillir une traînée d'étincelles des sabots de son coursier diabolique.

Les gens étaient terrifiés. Revenant à eux l'instant d'après, ils se mirent à examiner le trou béant dans le mur. Dehors, la neige était fondue à cent verges à la ronde. Sans dire un mot, ils se hâtèrent de s'en aller, dans la nuit ténébreuse.

José Moreau était inconsolable. Pourquoi fallait-il qu'entre tous, il fut victime d'une telle mésaventure, lui, qui de sa vie, n'avait connu tel malheur.

Le maçon, le jour suivant, ne put réparer le mur, en dépit de sa bonne volonté. Sitôt qu'il posait une pierre, elle partait comme un boulet. Rien ne pouvait tenir.
Le curé vint bénir la maison, puis il repartit sans une parole, car José, cette fois, avait fait fausse route.
Le trou au mur, quoiqu'on fit, ne put jamais être refermé. Il reste encore béant comme au premier jour - ou plutôt, à la première nuit. C'est une leçon, un avertissement.

Légende de l'Islet, communiqué par le Docteur J.B.A. Cloutier
(Extrait de "Le Soleil", Québec, dimanche 2 décembre 1945)

La légende du cheval noir de L'Islet

Ce récit n'est pas le seul du genre, particulièrement sur les rives du Saint-Laurent, où le diable est souvent apparu en cheval noir. Il s'agit là d'une légende traditionnelle celle de "Satan constructeur d'église", qui a été adaptée ailleurs, en particulier à Trois-Pistoles (Témiscouata), à Saint-Augustin (Portneuf), et à Saint-Michel (Bellechasse).

Il n'y a pas toujours eu d'église ici, à l'Islet, vous le savez; il n'y avait d'abord qu'une petite chapelle de bois rond. Mes arrières grands-parents se rendaient au Cap St-Ignace pour faire leurs Pâques, se marier, pour faire baptiser leurs enfants ou se faire enterrer. Le seul prêtre des environs, un missionnaire, vivait là, lorsqu'il n'était pas ailleurs, voyageant le sac au dos comme le plus humble des mortels.

La nouvelle courut, un bon jour, que nous aussi, nous aurions notre curé. Grande joie dans toute la paroisse! Mais, mon Dieu comme il fallait que le nouveau curé soit étoffé! Pas d'église, pas de maison pour lui. Mais il était l'humilité même, sans vanité et quel bon cœur, ce M. Panet, notre premier curé. Les prêtres sont bons, mes amis, M. Panet était un saint homme, mais un vrai saint celui-là.

On avait décidé de bâtir l'église, et M. Panet se demandait comment faire charroyer la pierre nécessaire. Il veillait une nuit et pensait: "Les chevaux sont si rares et il n'y a pas de morte saison dans les travaux de la terre. Où en trouver? Celà l'empêchait de dormir. Tout à coup son nom fut prononcé dans la nuit. Ai-je la berlue? se demanda-t-il.

La même voix l'appela une seconde fois, une voix de femme, très doucement: François, François!

Effrayé, mais il se dit en lui-même, je suis en état de grâce. Je n'ai donc rien à craindre. Se redressant, il répondit: Au nom de Dieu, que me voulez-vous? Une belle dame lui apparut, blanche et rayonnante: "Je suis Notre-Dame du Bon Secours, dit-elle. Ne crains rien et sois confiant! Demain, à ton réveil, tu trouveras un cheval devant ta porte. Tu t'en serviras pour charroyer la pierre de ton église. La seule précaution, c'est qu'il ne faut jamais le débrider. N'oublie pas!

Elle disparut, et le bon curé tomba endormi dans sa chaise. Il se réveilla en sursaut à l'aurore. C'était en mai 1768. Le soleil éclairait déjà sa chambre. L'apparition revint à sa mémoire, mais il crût qu'elle était rêve. S'agenouillant pour faire sa prière, il entendit le piaffement d'un cheval dehors. Regardant par la fenêtre, il vit attaché à l'épinette rouge devant sa porte, un magnifique cheval noir dont le poil luisait au soleil. Quelle surprise! Il se passa la main sur les yeux. Mais le cheval était encore là. Il sortit sur le pas de la porte et mit la main sur la crinière du cheval pour s'assurer. Le cheval frémit de la tête aux pieds.

Les ouvriers arrivèrent à cinq heures.- "Mes amis , dit M. Panet, j'ai emprunté un cheval pour vous. Il paraît que c'est une bête peu commune. Il vous aidera à charroyer la pierre. On le dit chatouilleux. Faites-y attention! Il ne faut pas le débrider, jamais, vous entendez? Autrement, il vous échapperait.

Comment s'appelle-t-il votre cheval, M. le Curé, demande Germain-à-Fabien? Après un moment de réflexion, il répondit: Il s'appelle Charlot. Je te le confie, mon Germain! N'en soyez pas inquiet, M. le Curé.

On attela Charlot à un petit chariot à roues très basses, et l'ouvrage commença. Bien que le premier voyage de pierres fut assez gros, Charlot s'en allait comme s'il n'avait eu qu'une plume derrière lui. Le curé, les voyant arriver, leur cria de ne pas se gêner, de mettre lourde la charge. Le deuxième fut deux fois plus lourd; le troisième, trois fois. Ça n'était rien du tout pour Charlot. Mais le chariot n'était pas assez fort. Les hommes en firent un deux fois plus grand, et ils y entassèrent les pierres comme si elles avaient été du foin. Les roues craquaient. Mais Charlot semblait se moquer d'eux; il touchait à peine à terre en marchant.

- Quel cheval, mes enfants, que ce Charlot! Noir comme geai, pas un poil blanc, quatre pattes parfaites, et membré de fer, donc! Et une queue qu'il portait, une croupe superbe. - Mais il y a donc toujours un mais - de mauvaise humeur, méchant de gueule. Il fallait y faire attention. Peu importe, puisqu'on n'avait pas à le débrider.

Germain ne laissait pas les autres approcher de son cheval. Mais un beau jour, il ne put pas venir. Il faisait baptiser. Charlot passa aux mains de Rigaud-à-Baptiste.

Rigaud était un fort travailleur, mais entêté et se croyant plus futé que les autres. Puis vantard! À l'entendre, il savait tout. Son cheval, il ne lui manquait que la parole; sa vache c'était une fontaine intarissable - le lait en était de la crème pure; ses cochons engraissaient seulement à se chauffer au soleil; son chien était plus fin que bien du monde; ses poules pondaient deux oeufs chaque jour, les dimanches comme la semaine; sa terre était si fertile que le seul soin nécessaire était pour la retenir; sa femme faisait les meilleurs crêpes; sa fille avait refusé tous les farauds des alentours; elle attendait un avocat de la ville, qui devait toujours venir, mais n'arrivait jamais. Et dame! quel maquignon lui-même il était! La moitié d'un cheval, quoi!

Aujourd'hui, il avait sa chance. Charlot était à lui, son cheval. On l'entendait partout: "Hue donc par ici! Mon cheval! par là.

Germain l'avait bien avertit: "Surtout, ne vas pas le débrider." Mais Rigaud de répondre: "Ne t'inquiète pas, mon Germain! les chevaux, ça me connaît! Donc, Rigaud jubilait en charroyant de la pierre.

C'était en août: il faisait chaud. En traversant la rivière La Tortue, il arrête son cheval au milieu, et but deux fois dans le creux de sa main. Il siffla, mais Charlot ne voulait pas toucher à l'eau. - C'est curieux! qu'il pensa. Peut-être est-ce à cause de sa bride. Si je la lui ôtais. Qui a jamais vu un cheval boire avec sa bride! Ça prend un curé pour ne pas connaître les chevaux!" Il lui passa la main dans la crinière, pour l'amadouer. Charlot en frémit. Et voilà la bride débouclée.

Pou...i-i-che...! Le cheval, flambant nu, partit à l'épouvante. Rigaud, lancé à quinze pieds en l'air, se ramassait dans le lit de la rivière. Revenant à lui, il aperçut le cheval qui filait comme le vent le long du chemin du roi.

M. Panet, le Curé, s'en revenait à ce moment chez lui, tête nue. comme c'était son habitude, quand il portait le bon Dieu à un malade. Il vit venir le cheval échappé, près du rocher où se dresse aujourd'hui le "monument" et tôt le reconnut. - Charlot lui-même! Mais allons donc, qu'est-ce qu'il est arrivé? Il fait un grand signe de croix pour l'arrêter. Charlot se cabra, et, quittant le chemin, piqua droit au nord, vers le rocher qui surplombe le fleuve. Le rocher se fendit avec un coup de tonnerre. Des flammes lèchent le bord de la fissure, large de plusieurs pieds. Et le diable - car c'était lui - s'engouffra tout droit dans l'enfer, laissant derrière une odeur de souffre.

Depuis ce jour, il y a là une caverne, dans le rocher - "le trou du Diable" ou encore "la porte de l'enfer". Elle est taillée comme à la hache, dans le roc. Sa gueule noire, tournée au nord, défie les gros nordès qui sifflent sans fin, les nuits d'hiver.

Charlot était loin d'être fier de lui, après cette tâche imposée de force. Charroyer la pierre des églises n'a jamais été un plaisir pour lui. Il paraît qu'il en était à la dixième. Ce que les contribuables de Québec lui doivent une dette. Dame aussi! Il prit sa revanche contre les paroissiens de l'Islet.

Pendant des années, on ne put passer sans accident près de la caverne du rocher, surtout la nuit. Des chevaux de passage renaclaient d'épouvante. D'autres butaient et commençaient à boiter. Une "ménoire" de la voiture se cassait, ou le "bacul" ou le "porte-faix"; ou une roue s'enfonçait jusqu'au moyeu dans l'ornière. On y entendait quelquefois des hurlements, ou le cliquetis de chaînes en mouvement. Un animal sauvage - comme un loup - sortait de la caverne en vomissant des flammes. Les jeunes gens n'osaient plus se rendre de ce côté chez leurs blondes, le dimanche soir. Tout celà c'était la faute du beau Rigaud, qui avait débridé son cheval noir. Comme on lui en voulut! Tant et tant, qu'il ne put de ce jour jamais regarder un cheval noir en pleine face.

 

Le réveillon du diable.

On l'appelait "Jambon", non qu'il eut reçu ce nom sur les fonds baptismaux de l'Église de Bonsecours, en l'an de grâce 1825, mais, jamais sobriquet ne fut mieux porté à cause de sa grosse figure brune, presque noire, ridée, crevassée, huileuse, ayant enfin toutes les teintes d'une cuisse de porc salée fumée à loisir!

Néanmoins, deux petits yeux luisants comme des perles, pointus comme des vrilles, illuminaient son masque appétissant et l'on devinait que cet amas de graisse recelait pour plus d'un sou de malice.

"Jambon" croyait dur comme fer que la seule raison pour lui d'être au monde était de jouer des tours et Dieu sait ce qu'il en avait dans son sac. Mais aucun n'égala pour l'audace de la conception, celui qu'il exécuta pendant la nuit de No&etrem;l 1863 et qui fut pour ce "ratoureur" comme on dit dans nos campagnes, le plus beau fait d'armes de sa vie.

Raconter toutes les bonnes ou mauvaises farces de "Jambon" nécessiterait un volume. Sachons seulement qu'à cette époque, la crainte du diable et des âmes trépassées était formidable sur les rives du Saint-Laurent, de Québec à la Gaspésie. On ne parlait avec crainte et tremblements que de feux follets et loups-garous et surtout de la Corriveau.

Ah! La Corriveau, que de sommeils elle a troublé, que de songes effrayants elle a causés, que de corps elle a rendus moites dans les draps de rude laine. Le souvenir de cette horrible mégère qui assassina ses deux maris et dont le cadavre après une juste pendaison, fut enchaîné dans une cage de fer, sur des hauteurs de Lévis, hanta pendant un siècle les cervelles affolées; par les gros temps, alors que le vent sur le fleuve soufflait en tempête, on croyait entendre gémir l'âme de la Corriveau, claquer ses os comme des castagnettes dans l'affreuse prison.

"Jambon", on le pense bien, histoire de s'entretenir la main, exploita cette peine. N'entendit-on pas, certaines nuits, dans la maison abandonnée, des plaintes lamentables accompagnées de bruits de chaînes.

Ceux qui eurent le malheur de s'approcher des fenêtres en revinrent à demi-morts, il y avait de quoi, sapristi. Ils avaient entrevu dans la pénombre formée par deux chandelles, une espèce de squelette en proie aux plus fantastiques convulsions derrière des barreaux. Le lendemain, il n'était question que de cette épouvantable apparition dans le village de Bonsecours; et Jambon courant de l'un à l'autre la trogne apeurée, disait:"Cé la Corriveau! Cé la Corriveau! L'diable l'a transportée icite ben sûr", et tout le monde s'en alla répétant: "Cé la Corriveau, la yeuse des yeuses."

Une année durant Jambon terrorisa Bonsecours et les villages voisins: car on venait de 10 lieues pour voir la maison hantée. Jambon s'introduisait les soirs de noirceur par la cave où il enfouissait dans le vieux four à pain le mannequin, la cage, les chaînes, les chandelles nécessaire à sa mise en scène.

Les récits de ceux qui se risquaient à jeter un oeil sur ce théâtre infernal, revenaient de plus en plus horrifiques. "Bonguienne de bonguienne, j'vous dis que j'ai vu l'yable qui piquait la Corriveau avec sa fourche" obstinait un gars. "Pis moé, j'lai entendu qu'elle criait sous votre respect comme un pourceau qu'on saigne", lancait un autre.

Les femmes se signaient et récitaient un Ave Maria. Plusieurs en perdaient le boire et le manger. Jambon aurait continué de produire Belzébuth dont il s'était constitué le factorum.

No&etrem;l approchait et, là-bas dans les rangs à Saint-Cyrille, les Gamache vous préparaient un de ces réveillons dont, on s'en léchait les babines, plusieurs jours après, rapport qu'ils allaient marier la plus grande de leurs filles, le lendemain des Rois. Le tout se terminerait par une sauterie qui durerait bien plus qu'au petit jour blanc. Et, l'on arroserait cela du filet rouge d'une grosse barrique de vin canadien. Le violonneux retenu pour la circonstance s'appelait, devinez comment - Aristide Couillard, mes amis! Un pédant qui, revenu des États, voulait en remontrer à tout le monde et particulièrement à David Bélanger dit "Jambon".

Depuis quinze ans le violonneux reconnu de la paroisse, à ce titre, il était le commercial de toutes les fêtes, et on l'avait négligé pour faire place à ce blanc-bec. "C'est-y l'cas. David, que tu n'iras point chez les Gamache au réveillon?" demandaient quelques indiscrets, hypocritement apitoyés. "Oui" répondait maître Jambon:"les Gamache ont pris un violonneux de quat'sous qui vient du Maine. -Dommage mon pauvre David car les Gamache font d'gros chantiers chaque année; ils ont les moyens et on va avoir un dur réveillon. - Beaucoup de plaisir tout de même, souhaitait David, narquois, car le drôle avait son idée et ruminait une atroce vengeance.

No&etrem;l resplendissait d'étoiles au firmament, et de flambeaux dans l'église de Bonsecours. Des effluves échappées de la crêche de l'Enfant-Dieu, semblaient avoir métamorphosé toutes choses ici bas.

Les paroissiens venus à la messe de minuit se croyaient dans un temple d'apothéose et une joie surnaturelle illuminait les visages! Le chœur venait d'attaquer le chant d'allégresse:" Il est né le divin Enfant. Jouez hautbois, résonnez musettes."

L'instant choisi par Jambon, placé en arrière de l'église pour préparer sa revanche. Ah! on voulait manger sans lui, boire sans lui, danser sans lui, eh bien! Ils en verraient de belles les Gamache et compagnies car ils auraient la visite d'un hôte sur lequel ils ne comptaient pas, tonnerre!

Jambon s'éclipse et enfile le premier escalier conduisant au clocher, puis le deuxième, puis le troisième. Les portes pour la messe de minuit avaient été décadenassés, la voie s'ouvrait libre devant lui. Il grimpa d'une traite jusqu'aux cloches. Il s'agissait maintenant d'attaquer l'une des extrémités du frontispice, et là commençaient les difficultés de l'entreprise.

Sur un piédestal, à l'aile gauche de la façade en pierre, là dominant sous la clarté des étoiles, "Jambon" aperçoit celui qu'il cherche: c'est un diable en bois haut de six pieds, dont la forme monstrueuse constitue une menace vivante depuis des années à l'adresse des pécheurs. De longues cornes et de vastes oreilles pendantes ornent une tête qui tient le milieu entre celles du taureau et du chien. Son corps qui rappelle le singe, est noir et couvert de poils rudes; pieds de fauve, griffes au lieu des mains, ailes de chauve-souris; dans le dos, queue retroussée, museau féroce et yeux fantastiques, contribuent au plus bizarre assemblage, le tout surmonté d'un effroyable trident. Sur le piédestal, correspondant à l'aile droite, étincelle la cuirasse d'or de St-Michel, l'ennemi et le vainqueur de Satan armé du glaive avec lequel il fait face à son redoutable adversaire.

Mais le personnage actuellement près des trois cloches de bronze n'a des yeux que pour la statue du prince des ténèbres. En bas, l'harmonium gronde, un cantique s'élève à travers le toit: "Gloria in Excelsis Déo! Jambon n'en a cure. Au risque de se rompre vingt fois le cou, agrippé à la toiture comme un lézard, il atteint le grippet, ainsi qu'on l'appelle souvent le diable en Bas de Québec et commence à vous le secouer de la belle manière sur sa colonne. Un chanteur en ce moment entonnait;" Ca bergers, assemblons-nous, allons voir le Messie... Et les cloches se mirent à sonner et l'on aurait cru entendre la voix de la chrétienté sortit de ces bouches de métal . L'homme qui ébranlait alors le dragon, profite de ce bruit couvrant tous les autres pour lui donner le coup de grâce. Le monstre lancé dans le vide, tourbillonna deux ou trois fois sur lui-même et s'abattit avec un bruit mou sur le banc de neige.

Le réveillon battait son plein chez les Gamache; autour des tables bien servies, les convives entamaient le dessert et les jeunes gens brûlaient de se mettre en place tout à l'heure pour la danse. La quiétude la plus profonde régnait.

Au dehors, une carriole approchait avec lenteur, en glissant sur la neige. Quand elle fut rendue dans l'ombre jetée par la maison sur la plaine lisse, le conducteur l'arrêta, l'homme descendit de voiture et vint jeter un oeil à la fenêtre la plus illuminée: C'était Jambon. Il entendit distinctement un convive demander: "Quien, Gamache l'a donc pas Jambon comme violonneux ce soir?" Non, répondit l'amphytrion, y est trop gourmand ce Jambon, y aurait tout mangé et tout à lui seul, j'espère qu'y doit dormir comme un ange à l'heure qu'il est... Et chacun de rire.

Mais un autre riait encore plus fort dans son fort intérieur: Jambon était retourné à sa carriole et avait retiré de sous une grande peau de buffle, l'épouvantable dragon qu'il avait précipité en bas de l'église. Et, au milieu d'un bruit formidable de vitres cassées, de tables renversées, de femmes hystériques, poussant des cris aigus avant de perdre connaissance, d'hommes fuyant épouvantés en voyant "Belzébuth", prince des damnés, surgir lui-même au milieu du banquet, une voix éclatante, terrible vengeresse, hurla:

"Cé moé, l'yable qui vient au réveillon.!"

 

La légende du Ruisseau Sauvage

((Un jour, un de tes descendants s'empoisonnera en buvant de cette eau.))

ainsi parlait le chaman (sorcier malécite) Aigle Pêcheur en visite chez notre ancêtre Nazaire, bâti sur la terre ancestrale au bord de la Rivière Tortue vers les années 1850.

     Dans ce temps-là, les premiers colons se bâtissaient près d'une rivière pour leurs besoins domestiques en eau potable. La Rivière Tortue avait un bon débit et était une bonne source d'approvisionnement en poissons de toutes sortes car plusieurs espèces montaient du fleuve pour frayer. C'est pour cela qu'il y avait deux campements indiens malécites près de la maison ancestrale.

     Le premier Thibault à s'établir sur le bord de cette rivière est venue de Cap St-Ignace en 1705 et a dû composer avec les indiens avec qui il faisait bon voisinage. Aigle Pêcheur se rendait souvent, même l'hiver, au Lac Trois-Saumons pour pêcher sous la glace. En revenant à la fin de la saison, il s'arrangeait toujours pour passer à un endroit du Ruisseau Sauvage où il y avait une chute pour cueillir l'eau miraculeuse du matin de Pâques en laquelle nos anciens avaient pleine confiance.

     Il `tait de coutume aussi dans la famille d'aller pêcher un peu plus haut dans ce ruisseau. Il y avait toujours de la truite à prendre, pas grosse mais vigoureuse, et bonne puisque l'eau y est cristalline et bien oxygénée car ce cours d'eau prend sa source là-haut dans le piedmont du lac Bringé à 560 mètres     (1 800 pi.) d'altitude. Cette eau des rochers a désaltéré plusieurs de nos ancêtres bûcherons dont les camps étaient bâtis le long ru ruisseau au 4ième Rang et au 5ième Rang le long des chemins de halage de la Petite et de la Grande Colombie.

     Par ailleurs, incidemment, c'est par un matin de septembre 1915, alors qu'Amédée traversait le pont de la Rivière Tortue, sur la route des (Thibault), qu'il a vu un aigle pêcheur fendre l'air en vrille pour saisir une anguille dans le courant de la rivière. Mon grand-père impressionné par cet incident ne s'attarda point car il était impatient d'aller mettre la dernière touche au monument dédié au Sacré-cœur qu'il avait érigé chez des parents, Paul et Nazaire Thibault, au bord du chemin à St-Eugène (encore bien conservé aujourd'hui).

     Plusieurs années plus tard, par un jour de canicule de juillet 1954, Amédée qui travaillait aux champs alla boire de l'eau de la Rivière Tortue pour se rafraîchir comme lui et ses ancêtres l'avaient toujours fait avant lui. Pas longtemps après, il se sentit mal et il fut pris de convulsions, ainsi que les jours suivants. Il est décédé au mois d'octobre, après des semaines de souffrances. Par la suite, il a fallu clôturer les berges et faire des puits dans les terres pour abreuver les animaux  car cette eau n'était plus potable à cause des déversements industriels et depuis ce temps, il n'y a plus aucun poisson à pêcher.

     À L'opposé de ce cours d'eau, le Ruisseau Sauvage est devenue un symbole vivant car à L'unisson, nos trois municipalités avoisinantes boivent de son eau restée cristalline.

     Le 26 mai 2001, alors que j'escaladais le Mont-Astral à proximité du Ruisseau Sauvage, j'ai vue un magnifique balbuzard (aigle pêcheur à tête blanche) qui m'a laissé une plume de sa ramure en souvenir, J'y ai vu un signe car j'ai ouï-dire que certains gaspilleurs d'eau avaient été attaqués en rase-mottes par un aigle.

     Le message que l'aigle pêcheur veut nous donner est qu'en voulant dominer la nature, L'homme s'en est éloigné. Il faut donc réapprendre le rythme de la terre et renouer avec l'énergie primordiale qui est en lui.

Wilson Thibault février 2001