DEUXIÈME GÉNÉRATION
*
La deuxième génération de Richer dit Louveteau d'Amérique comprend les
enfants de Jacques et de son épouse Marie Geoffrion. On se rappele que ces
derniers eurent seize enfants dont seulement six atteignirent l'âge adulte. Il
s'agit de trois filles, Marie-Anne, Cécile et Madeleine et de trois garçons :
Jacques, François et Jean-Baptiste. Le premier s'étant perdu quelque part
dans les Pays d'en Haut, les deux autres se marièrent et eurent des
descendants.
Nous avons là les deux branches principales des Richer dit Louveteau
d'Amérique. Après quelques hésitations, François s'établit à l'île Bizard alors
que son frère Jean-Baptiste demeura sur l'île de Montréal, à Pointe-Claire.
Dans ce chapître, nous présentons notre ascendance, François et sa famille.
*
FRANÇOIS HERICHE (1702-1763)
et MARIE ANNE BRUNET (1700-1744)
*
FRANÇOIS,
- né et baptisé le 22 octobre 1702 à Montréal, décédé le 26 décembre 1763
« âgé de 63 ans » et inhumé le lendemain dans le cimetière des Pauvres de
Montréal;
- fils de Jacques Heriche dit Louveteau et de Marie Joffrion;
- marié en premières noces le 18 octobre 1723 à Saint-Laurent (Montréal) avec
:
MARIE ANNE BRUNET,
- née en 1700, décédée le 23 octobre 1744 « âgée d'environ 43 ans » et inhumée
le lendemain à Sainte-Geneviève (Montréal);
- fille de Jacques et de Jeanne Verre.
- marié en secondes noces le 11 octobre 1745 au Sault-au-Récollet (Montréal)
avec :
MARIE JOSEPH NORMANT
- née en 1719, décédée le 17 mars 1787 « âgée d'environ 82 ans » et inhumée le
lendemain à Pointe-Claire (Montréal);
- fille de Pierre et de Catherine Lahaye.
*
Les enfants du premier mariage (tous nés sur l'île de Montréal)
1- Anonyme, née, ondoyée et décédée le 30 août 1724 à Saint-Laurent et
inhumée le lendemain.
2- Marie Joseph, née le 8 mai 1726 à Saint-Laurent, décédée puis inhumée le
1er avril 1733 à Pointe-Claire.
3- François, né le 27 avril 1728 à Rivière-des-Prairies (Montréal), décédé
avant 1747.
4- Marie Elizabeth, née le 9 mai 1731 à Saint-Laurent, mariée le 25 octobre
1751 à Sainte-Geneviève avec Charles Emery Coderre dit Beauvais,décédée le
20 avril 1803 et inhumée le même jour à Saint-Benoît;
5- Jean-Baptiste, né le 10 novembre 1732 à Rivière-des-Prairies, marié en
premières noces le 1er mars 1756 à Saint-Laurent avec Marie Louise Emery
Coderre dit Beauvais; en secondes noces le 8 janvier 1771 à Saint-Laurent avec
Marie Françoise Duchêne dit Lesourd, décédé le 29 août 1795 et inhumé le
surlendemain à Oka;
6- Pierre Amable, né le 8 avril 1734 à Pointe-Claire, décédé le 16 juillet 1734 et
inhumé le même jour à Pointe-Claire;
7- Paul, né le 14 août 1735 à Pointe-Claire, marié le 22 mai 1758 à
Saint-Laurent avec Cécile Brizebois, décédé le 27 janvier 1821 et inhumé le
surlendemain à Saint-Eustache;
8- Marie-Marguerite, née le 22 mai 1737 à Pointe-Claire, (en démence) décédée
le 19 avril 1817 et inhumée le surlendemain à Saint-Eustache, « fille insensée »;
9- Pierre Amable, né le 10 octobre 1740 à Pointe-Claire, (en démence), décédé
le 3 septembre 1778 et inhumé le lendemain à Saint-Eustache;
10- Anonyme, née et décédée le 23 octobre 1744 à Sainte-Geneviève, inhumée
le lendemain avec sa mère.
*
Un enfant du deuxième mariage
1- François, né le 21 septembre 1747 à Sainte-Geneviève, marié le 11 février
1765 à Saint-Vincent-de-Paul (Laval) avec Théodore Marie Bazinet; décédé le
13 mai 1791 à Saint-Martin (Laval).
*
François se marient deux fois
La veille de son premier mariage, François et sa future épouse, Marie-Anne,
s'adressent au notaire David de Montréal afin de passer un contrat de
mariage. Neuf témoins sont présents dont le père du futur époux Jacques, son
frère Jean-Baptiste et son beau-frère Jean-Baptiste Joly, l'époux de sa soeur
Marie-Anne. Ne sachant ni lire et écrire, les futurs mariés marquent le
document d'une croix seulement.
On retouve dans le contrat de mariage, qui prévoit le régime de la
communauté de biens, les clauses habituelles. François et Marie-Anne
promettent de « ... se prendre l'un l'autre pour mary et femme... » devant
l'église catholique, le plus tôt possible.
Ils ne seront pas responsables des dettes respectives contractées avant la date
de leur union. En revanche, les donations et héritages reçus pendant leur
mariage, feront partie de la communauté.
François avantage sa future épouse d'un montant d'argent (le douaire) à
prendre en priorité sur les biens de la communauté, advenant son décès. Les
futurs époux se garantissent mutuellement une autre somme d'argent, (le
préciput) à prendre également en priorité sur la communauté.
Marie-Anne se réserve le droit de renoncer à la communauté - à cause des
dettes - ce qui ne l'empêcherait pas de reprendre ses biens personnels qu'elle a
apportés en mariage, entre autres son «lit garny» (son trousseau) et ses
héritages.
Enfin, s'il n'y a pas d'enfant né ou à naître à la mort de l'un des deux époux, le
survivant devient le seul héritier. « Au dernier vivant les biens », selon une
formule consacrée par nos ancêtres. Cette dernière clause avait pour but
d'éviter le partage de la communauté avec les parents, les frères et les soeurs
du conjoint décédé.
Le lendemain de la rédaction du contrat, soit le 18 octobre 1723, et suite à la
publication des trois bans réglementaires, le curé Méniac bénit le mariage de
François et de Marie-Anne en l'église de Saint-Laurent.
Les enfants
Entre 1724 et 1744, le couple Richer aura dix enfants dont seulement cinq
atteindront l'âge adulte. Il s'agit de Jean-Baptiste, Paul, Elisabeth (Isabelle),
Marguerite et Pierre. Les deux derniers sont mentalement handicapés. Leur
mère, Marie-Anne meurt en couches, le 23 octobre 1744, ainsi que l'enfant
qu'elle met au monde. On le dépose près d'elle dans le même cercueil.
Moins d'un an après le décès de son épouse, François se remarie avec
Marie-Josephe Normand, le 11 octobre 1745, au Sault-au-Récollet, paroisse
située sur le versant nord de l'île de Montréal. Aux yeux de l'époque, la courte
durée du veuvage de François n'avait rien de socialement répréhensible : il y
avait des jeunes enfants à la maison nécessitant la présence d'une mère.
Comme il arrivait occasionnellement, leur contrat de mariage est passé devant
le curé de cette dernière paroisse. Un seul fils, François, naîtra de cette
deuxième union.
François : un travailleur itinérant
Si nous revenons quelques années en arrière, on peut voir, en observant les
endroits de naissance des enfants, qu'entre 1723 et 1733, François et sa famille
habitent l'île de Montréal, soit à Saint-Laurent, soit plus à l'est à
Rivière-des-Prairies.
Durant ces dix premières années de mariage, François aurait été un
travailleur agricole itinérant. En ces temps de colonisation, son travail aurait
consisté à « faire de la terre neuve », soit à défricher et à rendre la terre propre
à l'agriculture.
Il est possible également qu'il achetait du « bois debout » pour le couper et le
revendre. Ainsi, en 1724, il s'engage avec son beau-frère Pierre Plouffe, à
fournir à Pierre Léger dit Parisien, du lac des Deux-Montagnes, le bois
nécessaire à la construction d'une grange de 40 pieds de long sur 22 de large.
Tentative d'établissement à Saint-Laurent
Dès 1726, François tente de s'établir sur sa propre terre. Il se porte acquéreur
d'une concession située à Saint-Laurent, dans la côte Notre-Dame-des-Vertus.
Acquise de Pierre Janson dit Lapalme, cette terre mesure 3 arpents sur 20
dont 5 arpents en culture et sur laquelle se trouve un «meschant engard».
Quatre ans plus tard, François et sa femme admettent « ... qu'ils sont dans
l'impossibilité de la faire valloir [la terre] et de payer la somme porté au dit
contrat... ». En fait, ils n'ont jamais occupé la terre achetée de Lapalme, les
conditions d'achat s'avérant beaucoup trop onéreuses.
Le prix d'achat était payable sous forme d'une rente annuelle et perpétuelle à
une dame d'Argenteuil à qui Lapalme devait de l'argent. François devait aussi
charroyer de la chaux et du sable pour crépir deux cheminées appartenant à
celle-ci. Il devait aussi dédommager un menuisier envers qui celle-ci s'était
engagée verbalement pour la construction d'une maison.En plus, François
devait payer aux seigneurs de l'île de Montréal les arrérages depuis 1702 des
taxes de l'époque, notamment les « cens et rentes » annuelles.
Le 15 août 1730, François et son épouse remettent la terre à son ancien
propriétaire. Ils n'étaient pas au bout de leurs peines. Entre-temps,
l'intendant de la Nouvelle-France, Gilles Hocquart, responsable de la justice
dans la colonie, condamne François à payer les rentes annuelles dues à
madame d'Argenteuil. François et son épouse se retrouvent donc sans terre et
avec une dette envers cette dernière.
Quelques années plus tard, en 1735, François est incapable d'acquitter une
dette au marchand Jean-Baptiste Neveu de Sainte-Geneviève. Nicolas Gagnon
qui s'était porté garant doit rembourser la somme due.
Établissement de François à l'île Bizard
Quoi qu'il en soit, la situation financière de François semble s'améliorer car
on le retrouve en possession d'une terre à l'île Bizard dès 1738. En fait, en
observant encore une fois les endroits de naissance et de décès des enfants de
la famille Richer, il est possible que celle-ci se soit établie à l'île Bizard aussi
tôt que 1733.
Cette dernière année, une des filles de François est inhumée dans le cimetière
de la paroisse de Pointe-Claire dont l'île Bizard faisait partie. Après 1740, les
habitants de ce dernier endroit seront intégrés à la nouvelle paroisse de
Sainte-Geneviève.
Bien que concédée à Jacques Bizard en 1678, la colonisation de l'île du même
nom n'a débuté que dans les années 1730. Les premiers colons venaient de l'île
de Montréal, entre autres, de la paroisse de Saint-Laurent. En 1763, lors de
la Conquête anglaise, l'île Bizard comptait 28 maisons.
La terre de François mesure environ 4 arpents sur 20. Elle est située sur le
versant sud de l'île, face à la terre ferme, dans le secteur est où sont octroyées
les premières concessions. François habitera cette terre jusqu'à sa mort en
1763.
La première épouse de François, Marie-Anne Brunet, étant décédée en 1744,
les cinq enfants survivants héritent de la part de leur défunte mère dans la
communauté de biens de leurs parents, comme le stipule la coutume de Paris,
la code Civil de l'époque. On parle ici de la moitié de la terre, des biens et des
immeubles situés à l'île Bizard.
En 1760 et en 1763, un des enfants, Jean-Baptiste achète les parts de son frère
Paul et de sa soeur Élisabeth, dans la succession de leur défunte mère.
Jean-Baptiste débourse un montant d'argent à Paul, s'engage à lui couper un
arpent de bois sur sa terre située également à l'île Bizard et à lui donner une
journée de travail pour l'aider à piler ce bois. À sa soeur et son époux, Charles
Beauvais, Jean-Baptiste verse également une somme d'argent plus importante.
Le 14 juillet 1763, Paul, Jean-Baptiste et Élisabeth abandonnent leurs droits et
ceux de leur frère Pierre et de leur soeur Marguerite, tous deux incapables,
dans la succession de leur défunte mère et de leur père en faveur de leur
demi-frère François. Ils stipulent qu'advenant le remariage de leur belle-mère,
Marie-Josephe Normand, celle-ci ne pourra pas demeurer avec son deuxième
mari sur le bien de leur père.
Donation en faveur de François fils
Quelques jours avant son décès, soit le 14 décembre 1763, François et son
épouse Marie-Josephe, forts de l'autorisation obtenue des enfants issus du
premier mariage, font une donation en faveur de leur fils François qui habite
avec eux.
À l'époque, il était courant que les enfants vendent ou cèdent leur part
individuelle dans la succession de leurs parents à un d'entre eux. Dans ce cas,
le bénéficiaire - habituellement un des fils - prenait en charge l'obligation de
subvenir à leurs parents le reste de leurs jours.
Parents et enfants se devaient, par la loi, secours mutuel. Dans l'indigence la
plus totale, les parents étaient pris en charge par certaines institutions
religieuses dont les hôpitaux généraux de Montréal et de Québec. Ces
organismes étaient subventionnés par le Roi (aujourd'hui on dirait l'État).
Cependant, mourir en institution était le lot des indigents.
La donation « entre vifs », soit entre François et son épouse à leur fils,
comprend une terre située à l'île Bizard avec les meubles et immeubles qui s'y
trouvent. En retour, François s'engage à entretenir ses père et mère leur vie
durant :
[les] nourrir à son pot ordinaire, loger, chauffer, blanchir ses dits pere et mere,
coucher, eclairer et entretenir de tous vêtemens, linges, hardes, chaussures selon
leur état et condition, en avoir soin tant en santé qu'en maladie, pendant
lesquelles maladies leur fournir les douceurs necessaires, et leur procurer le
secours des prêtres et des chirurgiens, ... fera le dit donataire inhumer les corps
de ses dits pere et mere selon leur etat et condition.
François doit également garder Pierre et Marguerite. Il doit « ... les traiter
humainement... car ils... sont en démence et pauvres d'esprit... ».
Décès de François et vente de la terre paternelle
François père meurt quelques jours plus tard, le 26 décembre 1763, à l'âge de
61 ans. Comme sa mère quelques années plus tôt, il est inhumé dans le
cimetière des Pauvres de Montréal. Sa deuxième épouse, Marie-Josephe
Normand, convolera en secondes noces en avril 1765 avec Jacques Périllard,
un voisin de l'île Bizard. Elle décèdera en 1787 et sera inhumée à
Pointe-Claire.
Son père décédé, sa mère remariée, François fils vend la terre paternelle à son
demi-frère Jean-Baptiste, le 10 février 1766. L'obligation d'entretenir
Marguerite et Pierre revient donc à ce dernier.
Le 18 février 1782, Jean-Baptiste vend une partie de la terre paternelle à son
autre frère Paul qui, dorénavant, assure la subsistance de leur soeur
Marguerite. L'année suivante, celui-ci vend cette partie de terre à un voisin,
Michel Brunet. Il amène sa soeur vivre avec lui et sa famille dans un nouveau
pays de colonisation. Mais c'est déjà là une autre histoire.
La descendance de François aujourd'hui
Sur les onze enfants issus des deux mariages de François, seulement six ont
atteint l'âge adulte dont deux sont mentalement handicapés. Des quatre
autres, il y a une fille Élisabeth et trois fils, Jean-Baptiste, Paul et leur
demi-frère François.
Ce dernier n'aura pas de descendance tandis que les deux autres quitteront
l'île de Montréal et l'île Bizard. Ils iront s'établir plus au nord, dans un
nouveau pays de colonisation, la région de la rivière du Chêne,
Saint-Eustache, où ils auront une nombreuse descendance.
Cette branche de la famille, issue de la deuxième génération, est à l'origine de
la plupart des Richer dit Louveteau qu'on retrouve aujourd'hui dans les
Laurentides; dans l'Outaouais québécois et ontarien, incluant les régions de
Gatineau et d'Ottawa et dans le Nord de l'Ontario.
*
DOCUMENTS
*
DEUXIÈME GÉNÉRATION
*
NAISSANCE
FRANÇOIS RICHER
FILS DE JACQUES ET DE MARIE GEOFFRION,
MONTRÉAL, LE 22 OCTOBRE 1702
(Paroisse Notre-Dame).
* Le 22 octobre 1702 a été baptisé François né ce jour, fils de Jacque Riché dit
Louveteau habitant de Ville-Marie et de Marie Geofrillon sa femme. Le parrain
a esté Jean Frangey dit Gridelin mtre tailleur d'habits, la marraine Jeanne
Bouché femme de Maturin Pavane Charpentier, laquelle a signé. Les autres
ayant déclaré ne le sçavoir, de ce interpeller suivant l'ordonnance.
Jeanne Boucher, Meriel prêtre.
*
NAISSANCE
MARIE-ANNE BRUNET
ÉPOUSE DE FRANÇOIS RICHER,
MONTRÉAL, LE 3 SEPTEMBRE 1704
(Paroisse Notre-Dame).
*
Le troisième jour de septembre de l'année mil sept cent quatre a été baptisée
Marie Anne née le même jour fille de Jaques Brunet habitant de la coste
St-Laurent en cette paroisse et de Jeanne Verre sa femme. Le parrein a été Louis
Philippeau maître tailleur d'habit, la marraine né Elizabeth Delguere, femme de
Jean Le Touilleur maître boulanger de cette ville. Le père de l'enfant a déclaré
ne savoir signer, de ce enquis suivant l'ordonnance.
L. Phelippeau, Elizabeth Delguere. J. Piat, prêtre.
*
MARIAGE
FRANÇOIS RICHER ET MARIE-ANNE BRUNET,
MONTRÉAL, 18 OCTOBRE 1723
(Paroisse Saint-Laurent).
*
Lan mil cent sept cent vingt et trois le dix huit octobre apres trois publications de
bans faittes au prone des grands messes des trois derniers dimanches sans
aucune opposition faite, Francois Heriche fils de Jacques heriche dit louveteau
et de Marie Joffrion son épouse d'une part et Marie Anne Brunet fille de
Jacques Brunet et Jeanne Verre son épouse, tous les deux de cette paroisse,
soussigné prêtre curé de St Laurens ay recu leur consentement mutuel de
mariage et donné la bénédiction nuptiale selon les cérémonies de la Ste Eglise,
en présence de Jacques Heriche père de l'époux, de Pierre Plouff, de Josephe
Heriche son épouse frère et soeur, de Baptiste Jolly, de Jean Frette et de Joseph
Vanier et de Jean Geaux dit l'Irlande, de Jeanne Verre son épouse, père et mère
de l'épouse, de Catherine et Marguerite Frette, de Jean Lemeilleur, lesquels tous
ont déclaré ne sçavoir signer, de ce enquis, à la réserve de Jean-Baptiste Frette
lequel a signé ici avec moy.
Jean-Baptiste Frette
Miniac, prêtre.
*
MARCHÉ ENTRE PIERRE PLOUFFE, FRANÇOIS RICHER ET
PIERRE LEGER DIT PARISIEN POUR LA CONSTRUCTION
D'UNE GRANGE,
MONTRÉAL, LE 19 JUILLET 1724
(Jean-Baptiste Adhémar, notaire).
*
Commentaires : François Richer et son beau-frère Pierre Plouffe, résidants de
Saint-Laurent, s'engagent à construire une grange pour un dénommé Léger,
sur sa terre de la seigneurie des Deux-Montagnes. Le bâtiment mesurera 40
pieds de long sur 22 de large.
*
19 juillet 1724
Marché fait entre Leger dit Parisien et Plouf et Riché
Furent présents Pierre Plouf et François Riché demeurant a St Laurent d'une part et Pierre
Leger dit Parisien demeurant au lac des Deux Montagnes d'autre part lesquels ont fait
ensemble les accords et marchés qui ensuivent C'est à sçavoir que les dits Plouf et Riché se
sont solidairement obligé de faire et parfaire le bois d'une grange de quarante pieds de long
sur vingt deux pieds de large... Sçavoir huit potteaux de dix pouces par le petit bout de
quatorze pieds de long, quatre [équille] de trente un pieds chacune et six pouces par le petit
bout deux sabliere de quarante pieds de long de lepaisseur de six à huit pouces, quatre autre
sablière de vingt deux pieds de long de huit pouces quarré deux cens pieces de douze pieds de
long en cedre pour entourer la dite grange, quatre feuilliere de vingt un pieds de long
chacune, deux faistage de vingt un pieds chacun et trente deux chevrons de vingt deux pieds
de long de bois rond tous le bois lequel bois sera fourny couppés et aussitost amené... Et pour
lesquels ouvrages les dits Plouf et Riché se sont obligé solidairemens... moyennant... quarante
livres monnaye de france sur laquelle somme les dits Plouf et Riché ont reconnu avoir recu du
dit Parisien la somme de douze livres comptant... Et le restans le dit Parisien promet de leur
bailler et payer lorsque le dit ouvrage sera fini que les dits Plouf et Riché seront tenue
commencer pressemmens et continuer jusque perfection d'ouvrage...
Latour Jean Biron
Adhémar not. roy.
*
ORDONNANCE CONDAMNANT FRANÇOIS RICHER À
PAYER DES ARRÉRAGES DE RENTES, LE 27 JUIN 1730
(Ordonnance des intendants de la Nouvelle-France).
*
Commentaires : Quatre ans après l'achat d'une terre qu'il s'avoue incapable
de payer, François Richer est condamné par la justice à payer à madame
d'Argenteuil les rentes annuelles demeurées en souffrance depuis 1726.
*
27 juin. Entre la dame Dargenteuil et le nommé Louveteau
Madame d'Argenteuil ayant fait venir pardevant nous François Riché dit Louveteau
demeurant à St-Laurent pour se voir condamner à luy payer trois années d'arrérages de rente
eschux le quatre juillet de l'année dernière pour la terre qu'il a acquise de Pierre Janson dit la
palme scitué à la coste Notre Dame des Vertus par contract passé devant Mtre Adhémar notaire
royal le quatrième juillet mil sept cent vingt six, sans préjudice de l'année courante le tout dû à
la dite dame... ce qui a été accepté par le dit Riché par le même contract, sauf à luy tenir
compte de huit minots de bled et de dix minots de poix qu'elle a reçu par le nommé Latour qui
a exploité la dite terre... le dit Riché présent aurait dit qu'il est vray qu'il doit les dits arrérages
mais qu'il n'est pas en état de les payer et ne peut même pas faire valoir ny habiter la dite terre
offrant d'en faire l'abandon à la dite Dame et après avoir entendu le sieur Chevalier
d'Argenteuil pour la dite Dame sa mère qui a consenti de déduire une année des dits
arrérages...
Nous avons condamné le dit Louveteau à payer à Dame d'Argenteuil la somme de quatre vingt
livres pour les arrérages... et à payer l'année courante à son eschéance... le quatre juillet
prochain ... permettant à la dite Dame d'entrer en possession de la dite terre pour l'exploiter
ou en disposer... et ce en accord avec le dit Louveteau deschü de son droit de propriété sur la
dite terre...
Fait à Montréal le vingt sept juin mil sept cent trente.
Hocquart
*
ABANDON PAR JEAN-BAPTISTE, PAUL ET ISABELLE
RICHER DE LEURS DROITS DANS LA SUCCESSION DE
LEUR PÈRE FRANÇOIS,
MONTRÉAL, LE 14 JUILLET 1763
(Gervaise Hodiesne, notaire)).
*
Commentaires : Souvent les enfants renonçaient à leur part dans la succession
de leurs père et mère en faveur d'un seul d'entre eux. En retour, celui-ci
prenait à charge les vieux parents. Dans le cas qui nous intéresse, les enfants
issus du premier mariage renoncent à leur part respective dans la succession
de leur père, en faveur de leur demi-frère François. Ils renoncent aussi, aux
noms de leur frère et soeur qui sont pauvres d'esprit, à leur part dans la
succession de leurs parents. En revanche, le bénéficiaire leur demi-frère
François, verra à l'entretien de son père François, de son frère et de sa soeur
ainsi que de sa mère Marie-Josephe Normand. Il est bien entendu que si cette
dernière se remarie, elle ne pourra pas demeurer sur le bien de son premier
mari.
*
Pardevant les notaires royaux de la ville... de Montreal... furent presens Jean-Baptiste et Paul
Louveteau et Marie Isabel Louveteau femme de Charles Beauvais et de luy pour ce presens
autorisée... tous habitans de la paroisse Ste-Genevieve... declarent que pour procurer a
François Louveteau leur pere et a Marie Joseph Normand leur belle mere a ce presente et
acceptante et faciliter leur nourriture et entretien le reste de leurs jours, ils consentent... que le
dit François Louveteau leur pere cede abandonne et delaisse a François Louveteau leur frere
germain tous ses biens ... moyennant une rente et pension viagere capable de luy donner les
nourritures et entrettien le reste de ses jours... declarons les dits Jean-Baptiste Paul et Marie
Habel Louveteau... renoncent... a la future succession du dit François Louveteau leur pere, a
condition toutesfois qu'ils seront bien... déchargés du devoir d'assister... leur pere pour luy
procurer ses besoins, consentent pareillement lesdits Jean-Baptiste, Paul et Marie... a ce que
tout ce qui peut revenir... à Pierre et Marie Louveteau leurs frere et soeur qui sont pauvres
d'esprit et en demence dans les biens ... de la succession de defunte Marie-Anne Brunet leur
mere et en la future succession dudit François Louveteau leur pere soit et appartienne audit
François Louveteau leur frere, a condition qu'il aura soin de les nourrir le reste de leurs jours
comme luy même a son pot ordinaire et les entretenir selon leur état et condition... au cas de
predeceds... de François Louveteau leur pere la dite Marie Joseph Normand leur belle mere
convolât en seconde noces elle ne pourra alors demeurer avec le dit second mari sur les biens
de leurs dits pere et frere et soeur...
Soustel G. Hodiene
n. royal not. royal
*
DONATION DE FRANÇOIS RICHER ET DE SA FEMME
MARIE-JOSEPHE NORMAND À LEUR FILS FRANÇOIS,
MONTRÉAL, LE 14 DÉCEMBRE 1763
(Gervaise Hodiesne, notaire)
*
Commentaires : À l'époque, les parents âgés ou malades assuraient leur
subsistance en donnant leur biens à un de leurs enfants, habituellement un fils,
qui devait les garder et les entretenir jusqu'à leurs décès. Cinq mois après
avoir reçu l'autorisation de leurs enfants, François et son épouse, cèdent leurs
biens à leur fils François. Ce dernier prendra charge aussi de de son demi-
frère et sa demi-soeur malades. Il n'aura pas à garder ses parents très
longtemps puisque son père décède quelques jours plus tard et sa mère se
remarie en avril 1765.
*
Pardevant les notaires royaux de la ville et gouvernement de Montréal y resident
soussignés furent présents françois Louveteau et marie joseph normand sa
femme qu'il autorise à l'effet des présentes habitant demeurant en l'îsle Bizard
paroisse Ste-Geneviève et étant ce jour d'huy en cette ville lesquels en
consequence du consentement pour la donation cy apres déclarée donné par
Jean Baptiste, Paul et Marie Isabel louveteau issus du mariage du dit françois
louveteau avec def. marie anne Brunet sa première femme leur dit consentement
par acte passé par devant Hodiesne l'un des notaires soussignés le quatorzième
de juillet dernier ont volontairement donné, cédé, quitté et délaissé en
avancement d'hoirie par donation pure, simple et irrévocable faite entrevifs en la
meilleure forme que donation puisse valoir à françois Louveteau leur fils
demeurant avec les dits pere et mere a ce présent et acceptant tous les biens et
droits à eux appartenens situés en la dite Isle Bizard meubles et immeubles,
noms, raisons et actions, parts et pretentions quelconque d'eux appartenantes
fait au dit donateur dans sa communauté avec la dite défunte marie anne Brunet
sa femme que par acquisition en la dite Isle a eux appartenans de quelque
manière et à quelque titre que ce soit a l'un et à l'autre pour en jouir par le dit
françois louveteau fils ses dits hoirs et ayans cause en pleine propriété, pour la
poursuite et recherche desquels biens et droits présens et à venir des dits
donateurs qui se trouveront leur appartenir au jour de leur décès sans aucune
exception ny reserve en quoi qu'ils quittent consistes il luy ont donné et donnent
par ces présentes plein pouvoir se dessaisissans et dévêtans & ca voulans & ca
contribuans & ca procureur le porteur & ca donnant pouvoir & a la charge des
cens et autres droits seigneuriaux dont est chargée la terre comprise en la dite
donation située en la dite Isle Bizard contennante trois arpens de front sur vingt
de profondeur, tenante d'un bout à la Rivière des Prairies d'autre bout a terres
non concédées, d'un coté à Jacques la Riviere et dautres côte a Jacques [Triolet]
avec les bâtimens qui sont sur icelle a la charge de par le dit donataire
nourrir a son pot et ordinaire, lochauffer, blanchir ses dits pere et mere coucher,
eclairer et entretenir de tous vêtemens, linges, hardes, chaussures selon leur état
et condition, en avoir soin tant en santé qu'en maladie, pendant lesquelles
maladies leur fournir les douceurs nécessaires, et leur procurer le secours des
prêtres et des chirurgiens, le tout de rente et pension viagère pendant toute leur
vie durante et jusqu'à leur déces, duquel la dite rente et pension viagere
sera eteinte et les biens du dit donataire deschargés d'icelle, a toutes lesquelles
charges manquant le dit donataire, les dits donateurs ses pere et mere seront en
droit de le faire condamner a une pension viagere honnête envers eux a manger
ou bon leur semblera ou auront les dits donateurs droits de vente et possession
des dits biens cy dessus donnés, fera le dit donataire inhumes les corps de ses dits
pere et mere selon leur état et condition. De plus les dits françois Louveteau et
marie joseph normand sa femme du luy autorisée comme cy avant donnent,
quittent, cedent, transportent et delaissent par ces mêmes presentes en
conséquence de l'avis et consentement des dits Jean Baptiste, Paul et Marie
Isabel Louveteau cy dessus déjà cités au dit françois Louveteau leur fils ce
acceptant pour luy, ses hoirs et ayans cause a l'avenir tout ce qui peut revenir et
appartenir a Pierre et Marie Louveteau qui sont en démence et pauvres desprit
enfans du dit donateur dans les biens mobiliers et immobiliers de la succession
de la dite defunte marie anne Brunet leur mere pourra lui revenir et appartenir
en la future succession du dit françois Louveteau leur pere, luy transportant par
les dits cedans et et qu'ils agissent tous droits de propriété et se dessaisis sont et
devetant & constituant & procurans le porteur & en son nom pouvoir & a la
charge des cens et autres droits seigneuriaux que peuvent devoir les dits
heritages compris en la presente donation envers les seigneurs dont ils relevent;
et encore a la charge de par le dit donataire aussi qu'il promet s'oblige de
nourrir a son pot ordinaire loger, chaufer, coucher les dits Pierre et Marie
Louveteau et les blanchir, et entretenir de tous vêtemens, des linges et chaussures
en avoir soin tans sains que malades les traiter humainement et ce jusqu'à leur
deceds, duquel jour il en sera dechargé et fera inhumer leurs corps selon leur
état et condition a toutes lesquelles charges susdites les dits biens cy dessus
donnés sont et demeurent spécialement et par préference et privilege affectés et
hypotequés avec tous et un chacuns les autres biens meubles et immeubles
presens et avenir du dit françois louveteau fils, une obligation ne dérogeant a
lautre.
Et pour faire insinuer ces presentes au greffe de la chambre de justice de cette
dite ville et partout ailleurs au besoin les dites parties ont elu leur procureur
le porteur d'icelles luy en donnant pouvoir. Car ainsy et pour lexecution des
presentes les dites parties ont élû leurs domicils et leurs demeures susdites
auxquels lieux & ca non obstant & ca promettant & ca obligeant & ca renoncant
& ca fait et passé au dit montreal étude des dits notaires lan mil sept cens
soixante trois le quatorzième pour de decembre avant midi. Et ont les dits
notaires signé et les dites parties déclaré ne scavoir écrire ny signer, de ce enquis
après lecture faite...
Simonet hodiene
not. royal not royal
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DÉCÈS
MARIE-ANNE BRUNET
ÉPOUSE DE FRANÇOIS RICHER,
MONTRÉAL, LE 23 OCTOBRE 1744
(Paroisse Sainte-Geneviève de Pierrefonds).
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Le vingt quatrième du mois d'octobre mil sept cens quarante quatre a été
inhumée par moy prêtre du Séminaire de Montréal soussigné dans le cimetière
de cette paroisse le corps de Marianne Letand décédée du jour précédens avec
son enfans qui a été ondoyer par Marie Joffrion, femme de Jacques Richer, âgée
d'environ quarante trois ans avec les sacremens recus. En présence de Pierre
Plouffe et Jean-Baptiste Richer qui ont déclarer ne sçavoir signer, de ce enquis
suivant l'ordonnance.
Farre, prêtre.
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Commentaire : La belle-mère de Marie-Anne, Marie Geoffrion agissant
comme sage-femme, a ondoyé l'enfant avant son décès. Ce sont des membres
de la famille Richer, deux beaux-frères, Jean-Baptiste Richer et Pierre
Plouffe, qui sont présents à l'inhumation de Marie-Anne et de son enfant qui
sont enterrés dans un même cercueil.
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DÉCÈS
FRANÇOIS RICHER
ÉPOUX DE FEUE MARIE-ANNE BRUNET
ET DE MARIE-JOSEPHE NORMANT,
MONTRÉAL, LE 26 DÉCEMBRE 1763
(Paroisse Notre-Dame).
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Le vingt sept décembre mil sept cent soixante trois a été inhumé dans le cimetière
des Pauvres le corps de Francois Eriché dit Louvetau decédé d'hier âgé de
soixante trois ans. Ont été présents Jacques Berthiaume et Etienne Geoffroi qui
ont signé.
E. Geoffroi, J.J. Berthiaume, Vallières prêtre.
* Commentaire : Comme sa mère Marie Geoffrion sept ans auparavant,
François est probablement décédé à l'hospice de l'Hôpital Général où il a
terminé ses jours. Aussi, il fut inhumé dans le cimetière des Pauvres sans la
présence d'aucun membre de sa famille, comme le laisse voir son certificat de
décès.
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