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Dans ce premier chapître, nous présentons l'histoire qui concerne tous les
Richer dit Louveteau d'Amérique. Nous faisons connaissance avec les
fondateurs de cette famille en terre nord-américaine : Jacques Eriché et son
épouse Marie Joffrion (Geoffrion). En effet, nous sommes tous descendants, à
la première génération, de Jacques et de Marie. Par la suite, l'histoire de notre
famille se divise et se multiplie, à chaque génération consécutive, en différentes
branches ou lignées de Richer. En ce qui nous concerne, nous poursuivrons en
présentant, en ligne descendante, l'histoire de notre lignée.
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JACQUES ERICHÉ dit LOUVETEAU (1664-1747)
et MARIE JOFFRION (1672-1756)
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JACQUES,
- né à Louvetot, Normandie, France en 1664, décédé le 24 décembre 1747
« âgé de 99 ans » et inhumé le lendemain à Saint-Laurent (Montréal);
- fils de Jaques et de Catherine Pin (Pain) de Louveteau (Louvetot),
archevêché de Rouen en Normandie;
- marié le 7 avril 1698 à Notre-Dame (Montréal) avec :
MARIE JOFFRION,
- née à Verchères le 25 mars 1672, décédée le 10 mars 1756 « âgée de 98 ans »
et inhumée le lendemain dans le cimetière des Pauvres de Montréal;
- fille de Pierre et de Marie Briau (Priaut);
- veuve de Pierre La Varenne dit Lespérance.
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Les enfants (tous né à Montréal)
1- Marie Anne, née le 18 février 1699, mariée le 6 avril 1717 à Saint-Joseph de
la Rivière-des-Prairies avec Jean Baptiste Joly, décédée le 16 mars 1739 à ce
dernier endroit. Établis dans l'Est de l'île de Montréal, les Joly eurent treize
enfants dont au moins huit moururent avant d'atteindre l'âge adulte.
2- Marie Joseph, née le 16 juin 1700, décédée le 19 et inhumée le lendemain.
3- Jacques, né le 22 mai 1701, présent au mariage de sa soeur Marie-Anne, le
6 avril 1717; obtient une concession de terre dans la seigneurie de La
Chesnaye le 14 juin 1720; engagé comme voyageur pour les Pays d'en Haut
(la région des Grands Lacs) le 18 mai 1721; décédé avant le 12 mars 1725, jour
de la vente de sa terre par son beau-frère, Jean-Baptiste Joly, à Jean
Charbonneau devant le notaire Senet dit Laliberté; vente ratifiée par Jacques
père, le 23 juin 1726.
4- François, né le 22 octobre 1702, marié en premières noces le 18 octobre
1723 à Saint-Laurent avec Marie Anne Brunet dit Letang; marié en secondes
noces le 11 octobre 1745 au Sault-au-Récollet (Montréal) avec Marie Joseph
Normant; décédé le 26 décembre 1763 « âgé de 63 ans » et inhumé le lendemain
dans le cimetière des Pauvres de Montréal.
5- Marie Coecille, née le 22 février 1704, mariée le 11 janvier 1723 à
Saint-Laurent avec Pierre Plouf. Résidants de Saint-Laurent, les Plouffe
eurent 21 enfants dont au moins sept moururent avant d'atteindre l'âge
adulte.
6- Jean Baptiste, né le 19 avril 1705, marié le 22 janvier 1731 à Montréal avec
Marie Jarry, décédé le premier juin 1770 à Point-Claire. Résidants de la côte
Saint-Rémi à Pointe-Claire (montée des Sources), ils eurent quatorze enfants
dont deux seulement moururent en bas âge.
7- Marie Madelaine, née le 28 août 1706, décédée le 31 et inhumée le
lendemain.
8- Michel, né le 28 septembre 1707, décédé et inhumé le 18 juillet 1717.
9- Jean, né le 3 novembre 1708, décédé le 28 janvier 1709 et inhumé le
lendemain.
10- Marie Magdeleine, née le 11 décembre 1709, mariée le 30 octobre 1730 à
Saint-Laurent avec François Libersan dit Laviolette. Résidants de
Saint-Laurent, les Laviolette eurent quatorze enfants dont au moins huit
moururent avant d'atteindre l'âge adulte.
11- Anonyme, jumeau, né et décédé le 22 novembre 1710 à Montréal et
inhumé le lendemain.
12- Philippe René, jumeau, né le 22 novembre 1710, décédé le 13 décembre et
inhumé le lendemain.
13- Françoise, née le 8 mai 1712, décédée et inhumée le 27 décembre 1714.
14- Marguerite, née le 6 mai 1713, décédée et inhumée le 24 juin suivant.
15- Mariane, née le 23 janvier 1715, décédée le 1er mars 1730 à l'Hôtel-Dieu à
l'âge de 15 ans et inhumée le lendemain à Montréal.
16- Charles Augustin, né le 16 mars 1716. Mort probablement en bas-âge.
17- Marie Agnès, née le 22 septembre 1718, décédée et inhumée le 5 novembre
suivant.
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Les premières années de Jacques en Nouvelle-France
La première mention de Jacques Ériché dit Louveteau en Amérique date de
1697. Cette année-là, il est hospitalisé à l'Hôtel-Dieu de Québec à quatre
reprises, entre juillet et décembre, pour un total de 51 jours. Soldat de métier,
il est probable qu'il était parmi les 123 recrues arrivées en Nouvelle-France
l'année précédente pour regarnir les troupes du Roi dans la colonie.
Jacques fait partie de la compagnie de soldats des troupes franches de la
Marine du capitaine Jacques Levasseur de Néré, ingénieur en chef des
ouvrages militaires en Nouvelle-France. Ces troupes, qui faisaient partie du
ministère de la Marine, contrairement aux armées régulières qui relevaient du
ministère de la Guerre, assuraient la sécurité dans l'ensemble des colonies du
roi de France.
La cause de l'hospitalisation de Jacques à l'Hôtel-Dieu de Québec, qui
accueillait les soldats malades ou blessés, demeure incertaine. En fait, trois
hypothèses sont possibles.
Arrivé de France l'année précédant son hospitalisation, il se peut qu'il ait
contracté, durant la traversée transatlantique, une maladie, telle la petite
vérole, qui décimait les populations de l'époque. D'ailleurs, l'année de son
hospitalisation, près du quart des recrues militaires arrivées à Québec en
septembre sur le bateau La Gironde décède de maladies contagieuses.
Comme deuxième hypothèse, il est possible que Jacques ait été blessé lors de
l'expédition de 1696 menée par le gouverneur général Frontenac contre les
Amérindiens de la région des Grands Lacs. Cette incursion en territoire
ennemi regroupait 2 000 hommes, soldats, miliciens et amis amérindiens. Sa
réussite avait valu à Frontenac la croix de Saint-Louis, haute distinction
militaire, que lui avait décernée le roi Louis XIV.
Enfin, et c'est là l'explication la plus plausible, Jacques se serait infligé une
blessure lors de la construction de fortifications à Québec. En 1697, Levasseur
de Néré, l'ingénieur responsable de ces ouvrages, effectue des travaux autour
de la capitale de la Nouvelle-France. On craint une attaque venant des
Anglais, la France étant en guerre avec l'Angleterre, sa rivale en Amérique.
L'ingénieur aurait fait participer les soldats de sa compagnie à ces travaux et
Jacques aurait été blessé sérieusement.
Jacques se marie
Quoiqu'il en soit, l'année suivante on retrouve Jacques à Montréal où il est
complètement rétabli. Le 7 avril 1698, il épouse, à l'église Notre-Dame, Marie
Joffrion (Geoffrion), veuve du soldat Pierre La Varenne dit Lespérance. Il est
âgé de 34 ans, elle en a 25.
Marie venait d'une famille de neuf enfants. Elle avait eu un fils de son premier
mariage, Pierre, né le 16 septembre 1691 à Montréal et décédé le 11 octobre
suivant. Son premier mari était mort à Montréal, 16 janvier 1693. Elle
habitait Montréal, dans la côte (rang) Notre-Dames-des-Vertus (de nos jours
Côte-Vertu) lors de son mariage avec Jacques.
Le principal témoin de Jacques à son mariage est René Cuillerier, un autre
soldat. Cette présence militaire n'étonne pas. Dans les années 1690, Montréal
compte de 600 à 800 soldats, sur une population totale d'environ 2 000
habitants. Le deuxième témoin de Jacques est Pierre Lamoureux, marchand
bourgeois de Montréal.
Étant soldat, Jacques avait obtenu au préalable une autorisation spéciale de la
part du gouverneur Frontenac pour se marier. Il avait reçu également son
congé de l'armée et une année de solde (salaire). Il profitait de la politique du
Roi qui, pour favoriser l'établissement des soldats sur des terres, leur
accordait un tel bénéfice monétaire.
Jacques et son épouse Marie se sont mariés en communauté de biens, comme
stipulé dans leur contrat de mariage passé moins d'un mois avant leur
mariage devant le notaire Antoine Adhémar. La passation d'un tel contrat ne
doit pas surprendre puisqu'à l'époque il était d'usage de passer devant le
notaire avant d'aller chez le curé. Tant à l'église que devant le notaire,
Jacques et Marie déclarent ne pas savoir signer leur nom.
La rédaction du contrat de mariage a lieu dans la maison des parents de la
future épouse, ce qui explique la présence de ses père et mère, de ses frères
Jean et Toussaint ainsi que de sa soeur Françoise et de son époux Pierre
Rousseau. La mère de Marie, Marie Briau décèdera moins d'un an plus tard,
soit le 24 février 1699. Son père, Pierre Geoffrion l'a suivra quatre ans plus
tard, le 17 octobre 1704.
Jacques et Marie s'établissent sur l'île de Montréal
Le 26 février 1700, Jacques loue une terre d'Antoine Berthelot dit Savoyard,
dans la côte Notre-Dame-des-Neiges, sur l'île de Montréal. La durée du bail
est de quatre ans et le contrat de location est passé devant le notaire Pierre
Raimbault.
Puis, en 1702, deux ans avant la fin de son bail, Jacques décide d'exploiter sa
propre ferme. Les propriétaires de l'île de Montréal, les messieurs de
Saint-Sulpice lui concèdent donc une terre située dans la côte Saint-Michel,
aujourd'hui la rue Jarry . Le contrat est rédigé par le notaire Pierre
Raimbault. Il faut se rappeler qu'à l'époque le régime seigneurial régissait la
tenure des terres. Avant d'aborder l'histoire de Jacques et de Marie, jetons un
coup d'oeil sur les débuts de Montréal.
Les débuts de Montréal
Le roi de France ou son représentant dans la colonie, le gouverneur général,
concédait à des personnes, souvent des militaires ou à des institutions
religieuses, d'immenses territoires sous forme de seigneuries ou fiefs. En
retour, ces personnes, appelées seigneurs, étaient tenues de concéder leur
seigneurie, divisée en lots, à des habitants ou cultivateurs, appelés censitaires.
En 1640, l'île de Montréal avait été concédée à la société Notre-Dame par la
compagnie des Cent Associés. Celle-ci avait obtenu du roi de France le
monopole de l'exploitation de la Nouvelle-France. La société Notre-Dame,
fondée par Jérôme de la Dauversière et Jacques Olier, avait pour but d'établir
une colonie religieuse à Montréal dans le but d'évangéliser les Amérindiens.
Le premier gouverneur de la société Notre-Dame fut Paul de Chomedy, sieur
de Maisonneuve, que l'histoire consacrera fondateur de la Ville de
Montréal. En effet, c'est en 1642 qu'il arrivera à Ville-Marie - nom de
Montréal à l'époque - avec une quarantaine de colons pour s'installer sur des
terres situées près de la place d'Youville actuelle. Bientôt cette aventure
religieuse s'avérera un échec.
Criblée de dettes et déçue dans son objectif premier, la société Notre-Dame
devait céder sa seigneurie de Montréal au profit du séminaire de Saint-Sulpice
de Paris, en 1663. Ces prêtres parisiens, les messieurs de Saint-Sulpice, vinrent
établir un séminaire à Montréal et prirent en charge le développement de l'île.
En plus de poursuivre le développement de Ville-Marie, le Vieux Montréal
actuel, les Sulpiciens concédèrent en premier les terres le long du littoral sud
de l'île, depuis Senneville à l'ouest, jusqu'à Rivière-des-Prairies à l'est. Puis,
vers la fin du siècle, ils ouvrirent plusieurs rangs à la colonisation dans le
centre de l'île.
Par conséquent, dès 1700, la partie centrale de l'île comprenait plusieurs rangs
dont les côtes Notre-Dame-de-Liesse, Notre-Dame-des-Neiges,
Notre-Dame-des-Vertus, Saint-Laurent et Saint-Michel.
En 1760, à la fin du Régime français, la totalité de l'île de Montréal avait été
concédée sous l'égide du régime seigneurial. Ce système devait être aboli en
1840 pour l'île de Montréal et en 1854 pour tout le Bas-Canada (Québec). Il
n'y avait plus de seigneurs, plus de censitaires. Ce régime, venu de France
avec nos ancêtres, a façonné pour toujours le territoire québécois.
La terre de la côte Saint-Michel
En 1702, Jacques Ériché s'était donc vu octroyer une concession de la part des
seigneurs propriétaires de l'île de Montréal dans la côte Saint-Michel. La terre
concédée mesure 3 arpents de front sur 20 de profondeur pour une superficie
totale de 60 arpents, ce qui représente l'étendue moyenne des concessions de
l'époque.
La concession de Jacques est bornée du côté nord-est par la terre de Faron dit
Sancene, en façade par le chemin de la côte Saint-Michel et du côté nord-ouest
et en profondeur par les terres non concédées. La même année, la terre du
côté nord-ouest sera octroyée à Jacques Viger.
Jacques obtient aussi le « droit de commune ». Il peut donc faire pacager ses
animaux, durant l'été, avec ceux des autres habitants de la côte Saint-Michel,
sur une terre commune située en face de leurs concessions.
Le pacage en commun des animaux était une source constante de chicanes
entre voisins. L'automne arrivé, il était difficile de faire le partage des
bêtes. Certaines avaient grossi plus que d'autres, parfois des animaux
manquaient à l'appel, ce qui donnaient lieu à d'interminables discussions
entre voisins qui se terminaient souvent devant les tribunaux.
En retour de sa concession, Jacques doit s'acquitter de certaines obligations. Il
doit notamment payer des taxes annuelles (montant dérisoire) appelées « cens
et rente » et faire moudre son grain au moulin des Sulpiciens à qui il doit
laisser un minot de blé sur quatorze.
Il doit défricher sa terre, la faire borner, la garder en bon état, construire une
maison, « tenir feu et lieu », entretenir la chemin qui passe devant chez lui et
accommoder ses voisins pour qu'ils puissent avoir accès à leur concession.
Si Jacques achète une autre terre déjà concédée, il est obligé de payer aux
seigneurs les « lods et ventes ». Cette taxe, correspondant aujourd'hui à la taxe
de mutation ou taxe de bienvenue, équivalait à un douzième du prix payé. Elle
avait pour but de décourager la vente des terres afin de les conserver dans le
patrimoine familial.
Jacques doit aussi participer avec ses voisins à des corvées annuelles de quatre
à cinq jours de travail. On y voit à la construction et à l'entretien de routes et
de ponts. En tant que bon paroissien, il doit partager dans la construction et
l'entretien de l'église et payer la dîme à son curé.
Il doit, comme ses voisins, prier chaque dimanche pour les Sulpiciens (de nos
jours, les catholiques prient pour le pape, l'évêque et les autorités civiles) et
participer à la plantation du « mai », le premier mai, lors d'une grande fête
populaire, réunissant les seigneurs propriétaires et les habitants appelés
censitaires de l'île de Montréal.
Les seigneurs avaient aussi certaines obligations et des privilèges. En retour de
l'obtention de la part du roi de France de larges concessions de terre appelés
seigneuries, ils devaient à leur tour concéder des terres aux habitants, leur
construire un moulin banal, vivre parmi eux dans un manoir seigneurial «
tenir feu et lieu ».
Ils devaient organiser pour le bénéfice de leurs censitaires un système
judiciaire de première instance soit une « cour seigneuriale »; rendre « foi et
hommage » au Roi ou à son représentant le gouverneur général de la
Nouvelle-France résidant au château Saint-Louis à Québec; garder à jour un «
papier terrier » de leur seigneurie.
Le seigneur qui se départissait de sa seigneurie devait payer une taxe spéciale,
le « droit de quint » qui représentait un cinquième du prix de vente. Cette
mesure avait pour but de décourager la vente des seigneuries et d'en favoriser
la transmission de père en fils.
Parmi leurs privilèges, les seigneurs avaient préséance dans les cérémonies
publiques et religieuses, possédaient à perpétuité leur propre banc à l'église, le
« banc seigneurial », plus large et plus confortable et, enfin pouvaient être
inhumés eux et leur famille dans le sous-sol de l'église, directement en-dessous
de leur banc.
Si nous revenons à Jacques, celui-ci ne doit ni offrir, ni vendre de boissons
enivrantes aux autochtones sous peine de perdre sa concession. Cette clause de
son contrat de concession s'explique par la proximité de la mission
amérindienne située à l'époque au Sault-au-Récollet, dans le Nord de l'île.
Les enfants Eriché (Richer)
Entre 1699 et 1718, Jacques et Marie ont 17 enfants dont des jumeaux. Ils se
situent nettement au dessus de la moyenne des familles du début du XV111e
siècle dont la taille était de 5,6 enfants.
Sept, probablement huit, des enfants sont donc morts avant d'atteindre l'âge
d'un an; trois autres sont décédés à 2, 10 et 15 ans et seulement six ont
dépassés l'âge de 15 ans; trois garçons et trois filles.
Les filles, Cécile, Madeleine et Marie-Anne, auront de nombreuses familles,
soit plus de treize enfants et, comme leur mère, elles auront des jumeaux. Deux
des garçons, François et Jean-Baptiste, se marieront. Ils auront
respectivement des familles de onze et de quatorze enfants.
Quant au troisième fils, Jacques, sauf sa présence au mariage de sa soeur
Marie-Anne en 1717 et son engagement pour aider à monter un canot de
marchandises dans les Pays d'en Haut en vue d'y faire la traite de la fourrure,
trois ans plus tard, aucune autre information n'a été trouvée à son sujet.
L'engagement de Jacques dans sa communauté
En 1721, Jacques, alors sergent de milice, et trois voisins représentent les
habitants de la côte Saint-Michel auprès du procureur général du Roi,
Mathieu-Benoit Collet. Celui-ci fait enquête sur les paroisses de la
Nouvelle-France. Cette vaste consultation fait suite aux récriminations de
certains habitants touchant l'éloignement de certaines églises.
Avant 1720, les habitants de la côte Saint-Michel devaient se rendre à
Notre-Dame de Montréal - paroisse mère de l'île - éloignée de plusieurs
kilomètres. Ainsi, tous les enfants Ériché furent baptisés à Notre-Dame.
Mais, cette année-là, après bien des tribulations - les habitants n'étaient pas
zélés pour payer la construction d'une église, d'un presbytère et pour
l'entretien d'un curé - un nouveau lieu de culte était ouvert au centre de l'Île :
Saint-Laurent. Cette nouvelle paroisse desservait les habitants de trois rangs:
Saint-Michel, Saint-Laurent et Notre-Dame-des-Vertus.
Lors de la rencontre avec le procureur, Jacques et ses voisins se déclarent
satisfaits de leur nouveau lieu de culte : « ... ils n'ont point d'église qui leur soit
plus commode, et qu'ils sont contents d'en estre paroissiens ... ».
Jacques et Marie prennent leur retraite
En 1736, Jacques et son épouse Marie vendent leur terre de la côte
Saint-Michel à Jean-Baptiste Monpellier dit Beaulieu. Le contrat de vente est
passé devant le notaire François Pailleur. Ils sont âgés respectivement de 73 et
de 63 ans.
Ils avaient défriché cette terre, l'avaient occupé pendant 34 ans et y avaient
élevé leur famille. Rendus à un âge avancé pour l'époque, vivant seuls - leur
dernier enfant à quitter, Jean-Baptiste, était parti de la maison depuis cinq
ans - ils avaient décidé de se retirer.
Dans les sociétés rurales, les parents avaient l'habitude d'assurer leurs vieux
jours en donnant leurs biens à un de leurs enfants, généralement un fils. On
disait alors que les parents « se donnaient » et on parlait de donation « entre
vifs ». Aussi, c'était une façon de garder le bien paternel dans la famille. Cette
pratique persistera jusque dans la première moitié du XXe siècle, soit jusqu'à
l'apparition de mesures sociales telle les pensions de vieillesse.
En retour du bien paternel, le fils s'engageait à garder, à entretenir et à faire
inhumer ses père et mère. La cohabitation sous un même toit de trois
générations, les parents, les grands-parents et les petits-enfants, était souvent
la source de bien des tensions, notamment entre la belle-fille et les
beaux-parents. On en entend encore parler!
Jacques et Marie ne font pas de donation en faveur de l'un de leurs cinq
enfants vivants. Peut-être parce que leur terre de la côte Saint-Michel est trop
exiguë et n'offre pas de possibilité d'expansion ou plutôt parce que leurs
enfants, garçons et filles, sont déjà bien établis.
Sauf François qu'on retrouve à l'île Bizard, les autres enfants Ériché habitent
l'île de Montréal; Jean-Baptiste dans la côte des Sources à Pointe-Claire;
Cécile et Madeleine, mariées respectivement à Pierre Plouffe et à François
Libersan, dans la côte Notre-Dame-des-Vertus à Saint-Laurent et
Marie-Anne, mariée à Jean-Baptiste Joly, dans l'Est de l'île, à
Rivière-des-Prairies.
Jacques et Marie vendent donc leur terre au dénommé Beaulieu pour la
somme de 1 000 livres. L'acquéreur leur paiera ce montant au rythme de 100
livres par année, moitié en argent, moitié en produits venant du magasin de
Pierre Correau ou d'un autre marchand. De cette façon, les époux Richer
s'assuraient d'un revenu annuel, en biens et en argent, pour les dix
prochaines années.
En plus, Jacques se garde le droit d'ensemencer sa terre le printemps suivant,
soit en 1737, et d'y mettre en pacage une vache et un cochon avec les animaux
du nouveau propriétaire.
En 1744, les enfants de Jacques et de Marie ratifient, devant le notaire
Jean-Baptiste Adhémar, la vente de 1736 en faveur de Beaulieu et, par
conséquent, renoncent à leur part dans la succession familiale.
Avant de rejoindre Jacques et Marie dans leurs dernières années, regardons
ce qu'était les étapes d'un premier établissement enpays de colonisation.
L'établissement d'un colon en Nouvelle-France
À l'époque, il fallait environ trente ans à un colon pour construire une
exploitation. La première année, dès le printemps, il procédait à la
construction d'une cabane de pieux d'environ 15 pieds sur 20. Avec seulement
une hache comme outil, il abattait de petits arbres qu'il aiguisait à un bout et
plantait en terre.
Sa « cabane » n'avait ni plancher, ni cheminée. Il utilisait des écorces et des
herbes pour faire le toit et boucher les fentes. Quelques semaines plus tard, il
pouvait y aménager avec son coffre de biens personnels et des provisions.
Au début de l'été, il s'attaquait à de plus gros arbres, de préférence le pin,
qu'il coupait en pièces d'environ 20 pieds. Ces morceaux étaient mis de côté en
vue de la construction de sa maison permanente. Ensuite, il nettoyait la
clairière ainsi dégagée. Il arrachait les plus petites souches tandis que les plus
grosses étaient rasées et rayées. Il devait attendre environ cinq ans pour que
ces souches pourrissent avant de les arracher.
Les restes du bois étaient coupés et cordés près de sa cabane pour servir au
chauffage de celle-ci. Enfin, les broussailles étaient brûlées. La terre était
prête à être piochée, ce qu'il faisait dès l'automne.
Tard dans l'année ou au printemps suivant, le colon semait les premiers grains
entre les gros troncs d'arbres en voie de pourrisement. En attendant l'hiver, il
procédait à l'équarrissage des pièces de pin qu'il avait conservées en vue de
construire sa maison.
Durant l'hiver, il entreprenait un nouveau chantier, coupant les arbres à la
hauteur de la neige. Le printemps suivant, il semait entre les troncs d'arbres,
qui avaient parfois de trois à quatre pieds de haut, des citrouilles, des fèves et
du maïs. Le nettoyage de cette pièce était reporté à l'automne suivant.
Après un an, le nouveau colon possédait une cabane en bois ronds, un arpent «
en labours de pioche » et deux arpents « d'abattis ». Chaque année, il défrichait
deux arpents nouveaux. Dès que possible, il construisait sa maison
permanente, en pièce sur pièce, avec plancher de madriers, toit de planches et
cheminée en terre.
Il achetait des animaux; une taure, une truie et quelques volailles, qu'il logeait
dans son ancienne cabane convertie en étable. Cinq ans après le début de son
établissement, il arrachait les souches pourries avec l'aide d'un boeuf. Il
mettait graduellement sa terre « à la charrue passante ».
Au bout d'une dizaine d'années, le colon avait environ dix arpents en labour
de charrue, le minimum pour permettre de nourrir sa famille. À sa mort,
environ trente ans après l'obtention de sa concession, l'habitant moyen
possédait une exploitation comprenant environ trente arpents de terre arable,
une pièce de prairie, une grange, une étable et une maison.
L'exploitation agricole des Eriché
Pour revenir à Jacques et à Marie, nous savons qu'en 1731, près de trente ans
après la concession de leur terre dans le rang Saint-Michel, ils possèdent une
maison, une grange, une étable et 23 arpents de terre arable.
Cinq ans plus tard, lorsqu'ils vendent leur ferme, il est fait mention, dans
l'acte de vente, de bâtiments, de prairies, de pacages, de terres labourables, de
bois et d'un verger. Jacques et Marie avaient donc passé leur vie à défricher et
à bâtir.
Les dernières années de Jacques et de Marie
Jacques vivra près de douze ans après la vente de sa ferme. Il décède en 1747 à
Saint-Laurent. Il vit peut-être chez sa fille Cécile car Pierre Plouffe, son
gendre, signe l'acte de décès. Il est âgé de 83 ans, âge exceptionnel à cette
époque, et non de « 99 ans » comme il est écrit dans le registre de la paroisse
qui faisait fonction d'état civil.
Comme on se préoccupait peu de l'exactitude de l'âge, et aussi de
l'orthographe des noms qui changaient au gré du rédacteur, on avait inscrit «
99 ans » pour insister sur sa très grande vieillesse.
Son épouse Marie lui survivra près de neuf ans. Elle meurt en 1756, âgée
également de 83 ans. L'inhumation a lieu au cimetière des Pauvres de
Montréal. Aucun de ses enfants n'est présent à la cérémonie. Il y a fort à
parier que Marie a terminé ses jours à l'Hôpital général des Soeurs de la
Charité, lieu de refuge pour les vieillards dans l'indigence.
En conclusion, malgré une progéniture nombreuse, seulement deux fils de
Jacques et de Marie, Jean-Baptiste et François, auront des familles qui
assureront par la suite la présence des Richer dit Louveteau en Amérique.
C'est donc à partir de Pointe-Claire pour Jean-Baptiste et de l'île Bizard pour
François que se poursuivra l'histoire des Richer dit Louveteau.
*
DOCUMENTS
*
PREMIÈRE GÉNÉRATION
*
NAISSANCE
MARIE GEOFFRION
ÉPOUSE DE JACQUES RICHER,
VERCHÈRES, LE 25 MARS 1672
(Paroisse Sainte-Famille, Boucherville).
*
L'an de N. S. (Notre Seigneur) mil six cent soixante et douze le vingt et septième
d'avril, jay baptisé chez Mr. de Vercher (Verchères) un enfant né du vingt et
cinq de mars de la susditte année, de Pierre Joffriau et de Marie Priau
légitimement mariés ensemble. Cet enfant s'appelle Marie, son parrain Jean
Baptiste Lefebvre dit St Jean habitant de Vercher, fils de Geofroy Lefebvre, la
marraine Jeanne Mansion femme de Jean Churlos habitant de Vercher.
Pierre de Caumont, prêtre mission(aire).
*
Commentaire : L'acte de naissance de Marie a été déposé par le missionnaire
itinérant à la paroisse Sainte-Famille de Boucherville, celle de son lieu de
naissance, Verchères, n'existait pas encore en 1672.
*
CONTRAT DE MARIAGE
JACQUES RICHER ET MARIE GEOFFRION,
MONTRÉAL, LE 10 MARS 1698
(Antoine Adhémar, notaire).
*
Commentaire : À l'époque, il était d'usage de passer chez le notaire avant
d'aller chez le curé. Tous les contrats de mariage se ressemblaient puisqu'on y
retrouvait à peu près les mêmes clauses. Le testament était moins répandu, le
contrat de mariage prévoyant en partie le règlement éventuel de la succession.
Pour le reste, on s'en tenait aux prescriptions du code Civil en vigueur à
l'époque, soit la coutume de Paris. Ce contrat est le tout premier document
officiel concernant nos ancêtres, Jacques et Marie.
*
Dix mars 1698
Mariage d'Eriché et de Joffrion
Pardevant & furent présents Jacques Eriché dit Louveteau soldat de la
compagnie du sieur Levasseur capitaine d'un detachemens des troupes de la
Marine fils de deffunt Jacques Eriché et de Catherine Pin ses pere et mere natif
de Louveteau en Normandie archevêché de Rouen present en cette ville pour luy
et en son nom d'une part, Et Marie Joffrion veuve de Pierre Lavarenne dit
l'Espérance vivant en la cotte Vertu pour elle et en son nom d'austre part les
quelles parties en la présence et assentimens de leurs parens et amys cy apres
nommez à sçavoir de la part du dit Jacques Eriché ils furent Renné Cuiellerier &
Pierre Lamoureux dit St-Germain marchand bourgeoys de cette ville, Et de la
part de la dite Marie Joffrion de Pierre Joffrion & Marie Priot sa femme ses pere
& mere Jean & Toussaint Joffrion freres de la dite future espouse & de Pierre
Rousseau & Francoise Joffrion sa femme soeur et beau-frere de la dite future
épouse.
Ont [en vertu] de la permission qu'il a plu à Monseigneur le comte de Frontenac
gouverneur et lieutenant gouverneur pour le Roy en tout ces possessions accordé
au dit Eriché en datte du 4e de ce mois signé Frontenac [et plus bas] par
Monseigneur de Monseignat a recognu & confessé avoir fait et accorder
[l'autorisation] de marriage & toutes les clauses quy y sont jointes C'est à scavoir
que les dits Jacques Eriché et Marie Joffrion ont promis & promettent
réciproquemens par les presentes de se prendre l'un l'autre par nom et loy de
mariage. Et luy Eriché a prendre la dite Marie Joffrion avec ses biens et droits
quy luy escheront [tant par dons ou autres] de Joffrion et Priot sa femme pere et
mere de la dite future epouse, le dit mariage faire et solemniser en face de notre
mere Ste eglise le plus tost que faire se pourra et qu'il sera avisé et délibéré entre
eux.
Seront les futurs epoux uns & communs en tous biens meubles & conquests
qu'ils auront & feront ensemble pendant leur futur mariage suivant la Coutume
de la ville promis et ont promis à laquelle les dix futurs se soumettront pour le
present contrat de la communauté de biens et toutes les clauses y contenues et
mentionnées voulant qu'ils soient & suivant les lois & coutumes les
dits futurs epoux transfereront leur demeure en autre Coutume leurs
acquisitions en d'autres provinces quy auront contraire a quoy ils renoncent
expresse. Derrogeant, renonçant, abrogeant. Ne seront neamoins les dits
futurs epoux tenus des dettes l'un de lautre faites et créées avant les épousailles,
mais si aucune y a elles seront payées et acquittées sur les biens de celuy des
deux qui les auront faittes sans que l'autre ni ses biens en soyent tenus de
quelque maniere que ce soit.
Sera doué la future epouse comme des a present le dit futur epoux l'a douée de la
somme de quatre cents livres de douaire prefix à prendre sur tous et chacun des
biens meubles & immeubles présens et à venir du dit futur epoux qu'il a dès a
presens chargés, affectés, obligés et hypothéqués [à l'avenir] de la somme et
valeur du dit douaire préfix la dite future épouse prendra le douaire
coutumier pour le dit douaire tel que sera choisi par la dite future epouse à
prendre pour elle quand douaire aura lieu sns qu'elle soit tenu de la demande
en justice.
Sera loisible à la dite future épouse advenant le décès du dit futur epoux
d'accepter ou renoncer à la dite communauté et en renonçant à la dite
communauté elle pourra prendre franchement et quittement tout ce quelle aura
apporté et lui sera avenu & échu par succession ou autrement avec son douaire
tel que dessus sans être tenue d'aucune donation ou autrement dettes ny
hypotheques faites et créées pendant la dite communauté. Encore qu'elle y fut
obligée ou qu'elle y eut être condamnée dont elle sera acquittée et indemnisée
par le dit futur epoux & sur ses biens ou par ses hoirs laquelle sera remboursée
et indemnisée elle aura son hypotheque dès ce jour sur tous les biens présents &
à venir de quelque nature du dit futur epoux.
Car ainsy & prometant & obligeant & renonçant & Faict et passé au dit
Ville-Marie maison de Pierre Joffrion & Marie Priot sa femme lan mil sept cent
quatre vingt dix huict, le dix jour de mars après midy. En présence du sieur
St-Germain Pierre et Toussaint Joffrion Cuillerier Lamoureux demeurant au dit
Ville-Marie. Avec Pierre Joffrion et nous notaire ont signé les dits sieurs
Cuillerier et Lamoureux. Les dits futurs epoux & autres ont déclaré ne sçavoir
signé de ce enquis après lecture faite selon l'ordonnance.
P. Lamoureux
marque du futur x epoux
René Cuillerier
marque de la future x epouse
P. Joffrion P. Raineault
Barette Adhémar, not. roy.
*
MARIAGE
JACQUES RICHER ET MARIE GEOFFRION,
MONTRÉAL, LE 7 AVRIL 1698
(Paroisse Notre-Dame).
*
Commentaire : Lorsque Jacques et Marie s'épousent en 1698, Notre-Dame est
la seule paroisse desservant l'île de Montréal. En plus d'être propriétaire de
l'île, les Sulpiciens avaient le monopole de l'organisation paroissiale. Ce n'est
qu'à partir de 1867, suite à de nombreuses tractations juridiques et de
pressions auprès des autorités du Vatican, que l'évêque de Montréal a pu
confier la gestion de nouvelles paroisses à d'autres ordres religieux ou encore
à un clergé séculier. Entre-temps, la dizaine de paroisses de l'île relevaient de
la paroisse-mère, Notre-Dame. À l'époque, et jusque tout récemment au
Québec, on se mariait devant un ministre du culte, principalement un prêtre
catholique. C'est seulement depuis les années 1960 que le gouvernement du
Québec a institué le mariage civil.
*
Notre-Dame de Montréal
Jacques Eriché dit Louveteau et Marie Joffrion
Le septième d'avril de l'année mil six cent quatre vingt dix huit, les trois
publications ayant esté faites, et ne setant trouvé aucun empechement, le
mariage a esté fait et solemnisé entre Jaques Eriché dit Louveteau agé de trente
et quatre ans fils de Jaques Eriché et de Catherine Pin de la paroisse de
Louveteau Archeveché de Roüen d'une part, et Marie Joffrion veuve de Pierre
La Varenne dit L'esperance agé de vingt et cinq ans, fille de Pierre Joffrion et de
Marie Briau habitans de cette paroisse. Ledit mariage a esté fait en presence de
Mr René Culleriers, de Mr Pierre L'Amoureux, Louis Roulleau amys de dit
epoux, de francois L'Amoureux, Pierre de L'Estage et de Susanne charbonnier
amys de ladite épouse. Le dit Louis Roulleau a declaré ne scavoir signer.
René Culleriers
P. De Lestage
P. L'amoureux
Susanne Charbonnier
Francoy Lamour
*
CONCESSION À JACQUES RICHER D'UNE TERRE SUR L'ÎLE
DE MONTRÉAL, LE 26 JUIN 1702
(Pierre Raimbault, notaire).
*
Commentaire : Cette concession d'une terre est faite à Jacques Richer par les
Sulpiciens, seigneurs et propriétaires de l'île de Montréal. Moyennant
certaines redevances annuelles, payables habituellement à la Saint-Martin, le
11 novembre, Jacques recevait une terre qu'il devait défricher et habiter
(tenir feu et lieu). Une concession mesurait habituellement trois arpents sur
vingt pour une superficie de soixante arpents.
*
J. Richer Louveteau
Pardevant Pierre Raimbault notaire royal de l'isle de Montréal résident à
Ville-Marie soussigné et témoin enfin nommes fut présent messire François
Vachon de Belmont l'un des prêtres du Séminaire de St-Sulpice de Paris
supérieur de messieurs les ecclésiastiques du Séminaire de Ville-Marie
procureur de messire François Le Chassier prêtre Docteur en théologie de la
Sacrée faculté de Paris et supérieur de Messieurs les Ecclésiastiques du
Séminaire St-Sulpice de Paris Seigneurs propriétaires de la ditte isle de Montréal
et autres lieux et dépendance lequel assisté de Jean François Douay l'un des dits
Ecclésiastiques du Séminaire de Ville-Marie et leur procureur a reconnu et
confessé avoir baillé et concédé à titre de cens dès maintenan et a tousjours
promis et promet garanti de tous les troubles et empeschemens generallemens
quelconque à Jacques Richer dit Louveteau habitant de cette isle à ce présent et
acceptant preneur au dit titre pour luy ses hoirs et ayans cause a l'avenir une
concession seize a la coste St Michel en cette isle de la contenance de soixante
arpens de terre en superficie en trois arpens de front sur vingt de profondeur a
prendre en terrains d'un bout sur le devant a une ligne qui coure au nord est et
separe la dite concession des terres destinées pour servir de commune aux
habitans de la dite coste St-Michel d'un costé au nord est Faron dit Sancerre
d'autre costé et d'autre bord par derriere aux terres non concédées. Plus
monsieur de Belmont a baillé et concédé a titre de cens et comme dessus au dit
preneur et acceptant droict de commune en tous les district du terrain qui se
trouvera tant vis à vis de la susdite concession que de celle qui sont données et se
donneront apres à la dite coste St-Michel ainsy que le tout se poursuit et
comporte la dite concession et le dit droit de commune tenant et mouvant en
censive de la dite seigneurie de Montréal et envers elle chargée par ces présentes
de trente sols et un minot et demy de bled froment bon sec net et loyal et
marchand et sept sols six deniers pour le dit droit de commune le tout de cens par
chacun an payable à messieurs les Seigneurs ou leur receveur ou au portier en
leur hostel seigneurial ou au lieu de leur recepte au dit Ville Marie au onzième
novembre dans la première année et paymens devra au onzième novembre de
l'année prochaine mil sept cent trois. Le dit cens portant profits de lods et ventes
saisinnes deffault et amendes quand le cas y eschoira avec tous autres droits
seigneuriaux suivant la coutume de Paris laquelle concession sera sujette au
moulin de la dite seigneurie avec droict de retenu par préférence le droict de
vente en remboursant l'acquéreur du prix des acquisitions et des loyaux coûts le
bail aussy faict a la charge du dit cens et droict cy dessus en outre de tenir feu et
lieu bastir et resider sur la dite concession dans l'an et jour datte des présens,
travailler sur la dite concession et l'entretenir en bon estat et valeur a toujours
descouvrir les dessertes des voisins de la dite concession au fur et a mesure qu'il
sera necessaire souffrir tous les chemins que messieurs les Seigneurs jugeront a
propos et entre autres un chemin propre a passer charette que le dit preneur ses
hoirs et ayans cause feront entretiendront et rendront praticable sur les terres de
la dite commune vis-à-vis de la susdite concession et que Messieurs les seigneurs
pouront prendre tous les bois dont ils pourraient avoir besoin et aussy pour
l'utilité publique sans en rien payer, et que le dit preneur ses hoirs et ayans
cause ne pourront vendre ny traiter aucune boisson enivrantes aux Sauvages
directement ny indirectement en quelque façon que ce soit. A tout ce que dessus
le dit preneur pour luy ses hoirs et ayans cause s'oblige et promet faire et payer
le dit cens autorise lesdit avant que elle ne fut bornée et mesurée nonobstant
toute clause generallemen quelconque contraire y derogeant ex pressemens et
ainsy continue tans aussi longuemens que le dit preneur ses hoirs ou ayans
cause seront possesseurs et detempteurs de tous ou partie de la dite concession et
particulieremens qu'il ne traiteron aucune boisson enivrantes aux Sauvages
directement ou indirectement en quelque façon que ce soit a peine de desaissi du
benefice de la présente concession et de prendre comme des a presens tous les
travaux et batimens que le dit preneur ses hoirs et ayans cause y auraient faictes
ou faict faire qui retourneront de plein droict au profict de messieurs les
seigneurs sans aucune formalité de proces ou sans que messieurs les seigneurs
puissent estretenu de faire aucun remboursement ny recompense pour les dits
concession travaux et batimens ainsy confisquer auquel les dites presentes seront
nulles et comme non faites ny passées. fournira au terme des presentes a
monsieur Bailleur dans huit jours d'huy avec copie du proces verbal de
mesurage et bornage quil fera faire a ses frais de la dite concession par M. Guré
arpenteur. Prom & Oblig & Rent. Faict et passé en une des salles du dit
seminaire de Ville Marie l'an mil sept cent deux le vingt sixieme jour de juin
avant midy en presence de François [Lahaye] huissier et Gille Latour jardinier
temoins demeurans au dit Ville-Marie qui ont signé a la minutte des presentes le
dit preneur a declafé ne scavoir escrire ny signer de ce enquis apres lecture faite
suivant l'ordonnance.
P. Raimbault
not. roy.
*
EMPLACEMENT DE LA TERRE DE JACQUES RICHER,
CÔTE SAINT-MICHEL, MONTRÉAL
(Archives du Séminaire de Montréal).
*
Commentaire : La flèche indique la concession de Jacques Richer dans la côte
ou rang Saint-Michel, au centre nord de l'île de Montréal. Elle correspondait
à la huitième terre du côté sud de la côte Saint-Michel, aujourd'hui la partie
de la rue Jarry sise au nord du boulevard Métropolitain. On ne doit pas
confondre le rang Saint-Michel et le boulevard du même nom qui reliera
éventuellement le premier à Ville-Marie (Vieux Montréal). La terre de
Jacques se situerait de nos jours entre les avenues Musset et Shelley et serait
traversée par le boulevard Métopolitain.
*
*
*
Île de Montréal en 1702 (partie centrale). De gauche à droite, on observe
notamment les rangs doubles de Notre-Dame des Neiges, au centre celui de
Saint-Laurent, puis à droite celui de Saint-Michel. En bas de la carte, au
centre, on reconnaît le Mont-Royal.
*
*
Gros plan sur la côte Saint-Michel. Au milieu du rang, on distingue la
commune, lieu où les habitants faisaient paître leurs animaux durant l'été. En
1712, l'ingénieur du Roi, Gédéon de Catalogne écrivait au sujet de la côte
Saint-Michel que : «... les terres sont très belles tant pour les arbres fruitiers
que pour rapporter toutes sortes de grains et légumes.»
*
DONATION D'UNE TERRE À JEAN-BAPTISTE RICHER
FILS DE JACQUES RICHER
PAR SON PARRAIN JEAN-BAPTISTE GENAIN DIT
GEMOZAT,
MONTRÉAL, LE 8 JUIN 1707
(MICHEL LEPAILLEUR, NOTAIRE).
*
Commentaire : Ce document reproduit en partie, l'autre concernant une
donation en faveur des religieuses de l'Hôtel-Dieu de Montréal, est très
intéressant tant par les termes utilisés que par son intention. À la veille de
partir pour défendre Québec, la capitale de la Nouvelle-France, le parrain de
Jean-Baptiste, Genain dit Gemozat, un militaire sans doute ancien collègue de
son père Jacques, lui lègue une terre située à Montréal. En retour,
Jean-Baptiste, alors un enfant de deux ans, ou son père Jacques, s'engage à
faire chanter cent messes basses à la nouvelle « certaine » de sa mort.
L'histoire n'a pas encore révélé ce qui est arrivé.
*
Par devant Michel Lepailleur, notaire royal de l'île de Montréal et résidant à
Ville-Marie, soussignés et témoins cy bas nommés, fut présent Jean-Baptiste
Genain dit Gemozat, soldat des troupes du détachement de la Marine dans la
Compagnie de Mr. (?) en garnison en cette ville lequel étant proche de partir
pour descendre en la ville de Québec avec les troupes de la Marine, pour
(s'opposer à) nos ennemis les anglais sur la nouvelle qu'on a eu de leur venu. Et
compte tenu des événements de la guerre dans lesquels il pourrait être enveloppé
par la mort et dans ce cas vouloir disposer de ses biens et affaires, a par
conséquent donné, cédé, délaissé, en cas de mort, à Jean-Baptiste Richer fils de
Jacques Richer dit Louveteau, habitant de St-Michel en cette isle, son filleul, le
dit richer père accepte pour son dit fils, c'est à scavoir une terre en concession
sise au dit lieu de St-Michel, de la concession de trois arpents de front sur vingt
arpents de profondeur avec tous les dependances cependant sans en rien
recouvrer ny retenir, ainsy que le tout se poursuit et comporte. Bornée d'un côté
à Jacques Viger ... de la commune cy derrière aux terres non concédées. De ce
pour la bonne amitié et affection portées au dit Jean-Baptiste Richer son filleul,
la ditte donation faitte comme dit par le dit Genain Gemozat au cas de mort, pour
en jouir, faire et disposer par le dit Jean-Baptiste Richer son filleul, ses hoirs et
ayans causes comme le soy à luy appatenant après le décès du dit donateur. A la
charge par le dit Jean-Baptiste Richer ou le dit Richer Louveteau son père
acceptant de faire dire cent masses basses pour le repos de l'âme du dit donateur
... après la nouvelle certaine de son décès. Ce sans autres charges que de payer
les droits seigneuriaux qui ... de concession ... le dit donataire a révoqué et
révoque toutes les clauses et codicilles qui pourraient avoir fait cy devant voulant
que la présente donation ... son plaisir et toutes effets comme étant son intention
et dernière volonté et par ce motif d'affection et de reconnaissance. Promettant,
obligeant, renonçant. Fait et passé au dit Ville-Marie en l'étude du dit notaire
avant-midi le huit juin mil sept cent sept en présence de (Louis) Jean Petit
(huissier royal) et de Laurent Renaud marchand témoin résidant au dit
Ville-Marie qui avec le dit notaire a signé. Le dit donataire et le dit Richer
Louveteau ont déclaré ne scavoir signé de ce enquis après lecture faite ...
Signé : L.J. Petit et Le Pailleur, notaire.
*
ENGAGEMENT DE JACQUES RICHER FILS
POUR UN VOYAGE DANS LES PAYS D'EN HAUT,
LE 18 MAI 1721
(Jacques David, notaire).
* Commentaire : Il s'agit d'un contrat par lequel Jacques Richer fils s'engage
auprès de Joseph Vandry en vue de monter un canot dans les Pays d'en Haut
(l'Ouest nord américain), dans le but de faire la traite des fourrures. Ces
engagements étaient populaires auprès des jeunes gens de la région de
Montréal car ils représentaient un revenu d'appoint intéressant pour ces fils
d'habitants. Suite à cet engagement, nous perdons la trace de Jacques fils.
Serait-il décédé lors de cette expédition?
*18 may 1721
Engagement de Jacques Loufeteau avec le sr Joseph Vaudry
Pardevant & fut present Jacques Loufeteau demeurant a la coste St-Michel en
cette isle, ... lequel a reconnu et confessé s'etre alloué et engagé a Sr Joseph
Vaudry a ce present et acceptant pour une année a commencer du jour de leur
depart de cette ville pour montée dans les pays d'en haut auquel lieu le dit
engagé sera libre apres la dite année expirée pour ayder a monter un canot de
marchandises, desquelles le dit engagé promet avoir soin du mieu qu'il luy sera
possible, et les garantir autant qu'il pourra de tous accidents et dommages faire
le profit au dit Sieur Vaudry, eviter son dommage l'en [informer] s'il vient à sa
connaissance luy obéir en tout ce qu'il luy commandera de licite et honneste
pendant le dit temps. Cest engagement ainsy fait pour y moyennant la somme de
cent cinquante livres argent et monnaye de France qui sera baillée et payée au
dit engagé par le dit sieur Vaudry en bon castor et autres bonnes pelleteries aux
prix quelles voudront en especes, lors du payment aussi tost larrivée du dit
engagé en cette ville, comme aussi le dit Vaudry soblige fournir de souliers
sauvages au dit engagé pendant la dite année... Fait et passé au dit Villemarie en
l'étude du dit notaire lan mil sept cent vingt un. Le dix huitième may apres midy
en presence des sieurs André Dorien et François Chambellan. Temoins
demeurant au dit Villemarie qui ont avec le dit notaire signé. Les dits partis
ayant déclaré ne scavoir ecrire ni signé & Ce interpellé après lecture faite
suivant lordonnance ...
André Dorien Chambellan
David notaire royal
*
DÉCÈS
JACQUES RICHER
ÉPOUX DE MARIE GEOFFRION,
MONTRÉAL, LE 24 DÉCEMBRE 1747
(Paroisse Saint-Laurent).
* Jacques Heriché dit Louvetau
Le vingt cinquième jour du mois de décembre mil sept cent quarante sept a été inhumé dans le
cimetière de cette paroisse le corps de Jacques Heriché dit Louvetau âgé de quatre vingt dix neuf
ans décédé le jour précédent. Témoins Pierre Plouf, gendre du dit Louveteau et Joseph St-Amour
qui ont déclaré ne scavoir signé, de ce enquis suivant l'ordonnance.
J. Matis, prêtre.
* Commentaire : Sans doute pour souligner son grand âge, on affirme dans
l'acte de décès que Jacques est âgé de 99 ans alors qu'il a 83. Il vivait
probablement chez sa fille Cécile à Saint-Laurent où il est décédé. Son gendre
Pierre Plouffe est témoin lors de l'inhumation.
*
DÉCÈS
MARIE GEOFFRION
ÉPOUSE DE JACQUES RICHER,
MONTRÉAL, LE 10 MARS 1756
(Paroisse Notre-Dame).
* Marie Joseph Jofrion
Le onze mars mil sept cent cinquante six a été inhumé dans le cimetière des Pauvres le corps de
Marie Joseph Gofrion veuve Louveteau décédée hier âgée de quatre vingt dix huit ans. Ont été
présens Curatteau et Pierre Denys bedeau qui ont signé avec moi.
Besson, prêtre.
*Commentaire : Marie serait décédée à l'hospice de l'Hôpital Général situé
dans la paroisse Notre-Dame, ce qui explique son inhumation dans le cimetière
des Pauvres de Montréal, alors que son époux repose dans celui de la paroisse
Saint-Laurent.
*