texte soumis par Olivier Duquesne et pris sur Le Journal Le Soir


"HOME FOR THE HOLIDAYS"
Famille, je t'aime, je te hais


La solitude est absolue. S'il existe une communion sur différents plans, cela reste un faux-semblant religieux, politique, amoureux, artistique... Il faut vivre en sachant que la solitude est totale, a écrit Ingmar Bergman. Les personnages du nouveau film de Jodie Foster, " Home for the Holidays ", auraient pu reprendre à leur compte ces pensées du maître suédois. Car c'est souvent ce sentiment qui naît lorsque, par la force d'une fête, les membres éclatés d'une famille comme tant d'autres se retrouvent pour une réjouissance collective commandée.

Chez les Larson, on s'apprête, comme chaque année, à fêter Thanksgiving. Bonheur de reconstituer la table familiale d'antan. Mais le repas dérape vite dans l'expression des petits ou grands déboires existentiels de chacun. Cela vole haut et bas, rageur et doux. L'excessif côtoie le sentimentalisme, les rancoeurs les élans de tendresse. Les convenances s'écroulent, l'atmosphère s'alourdit, les mouches arrêtent de voler et le vernis craque lorsque la vieille tante doux-dingue (Géraldine Chaplin) révèle le souvenir d'un baiser et son amour caché pour le mari de sa soeur. Les mots deviennent plus aigres quand les excentricités du frérot marginal (Robert Downey Jr) sont mises au jour. Il y a aussi le père (Charles Durning) sentimental, la mère (Anne Brancroft) à bout de nerfs, la soeur prise de doutes (Holly Hunter). Coups de gueule et coups de folie entre des gens qui s'aiment trop pour se le dire simplement.

Filmant le chaud et le froid qui soufflent dans le coeur de ses personnages, Jodie Foster, qui se retrouve pour la deuxième fois derrière la caméra, signe ainsi une chronique familiale qui lorgne ironiquement vers Woody Allen et marche agréablement à côté des clichés. Elle donne toute la saveur à " Home for the Holidays " en pistant les dérapages et les cassures. Elle croise et décroise les humeurs, les tons, les états d'âme. Douce-amère, elle cache sa pudeur dans le rire. Forte d'une brillante distribution, elle donne du relief à un sentiment qui habite la plupart de ses semblables : Famille, je t'aime, je te hais.

F. B.