CONTACT
Jodie Foster éclatante dans le rôle d'Ellie
LOUISE BLANCHARD
D'un été à l'autre, les extraterrestres se suivent au grand écran, mais dieu merci, ne se ressemblent pas tous. Après la démesure caricaturale de "ID4 - Le Jour de la riposte" et "Hommes en noir", que diriez-vous de la note plus réaliste de "Contact" - bien sûr, si l'on peut qualifier de réaliste un récit de science-fiction.
Basé sur le roman de l'astrophysicien Carl Sagan, "Contact" imagine ce qui se passerait si des extraterrestres prenaient contact avec la Terre. Il suppose qu'une jeune astronome américaine, Ellie ( Jodie Foster ), aurait été à l'écoute de l'Univers depuis son enfance. En recevant dans son casque d'écoute un premier signal d'intelligence - de l'étoile Véga -, Ellie s'empresserait d'alerta la platète entière pour que tous, et non seulemetn les militaires américains bénéficient de cette nouvelle.
Agitation, exaltation et grincement de dents: les réactions des Terriens vont dans tous les sens. Les scientifiques sont ravis, les militaires prudents, les "preachers" catastrophés: pour ces derniers, les mystères de Dieu n'ont pas à être percés. Mais il n'y a pas de retour en arrière dans cette marche en avant de l'Humanité: les extraterrestres ont livré aux Terriens le plan d'une machine à voyager dans l'espace. Ellie est prête à tout laisser derrière elle pour faire ce premier contact avec les extraterrestres. Seulement, les Américains feront-ils confiance à une jeune femme qui dit ne pas avoir de preuves suffisantes pour croire en l'existence de Dieu?
Sujet sérieux, non? La grandeur de l'Univers, la place de l'Homme dans les milliards d'étoiles de sa galaxie, la présence d'autres êtres intelligents ailleurs que sur la Terre, l'existence de Dieu: voilà des sujets que Hollywood évite d'aborder de front - surtout en plein été, quand les films d'action font rage. Mais le réalisateur Robert Zemeckis, fort notamment de l'immense succès de "Forrest Gump", a fait le pari que son film, tout sérieux soit-il, captiverait le public.
Comme pour "Forrest Gump", il mise sur une héroïne marginale, pas encore sortie de l'enfance, qui s'accroche à son destin avec une persistance et une patience peu commune. Il s'agit en l'occurrence d'une femme qui, ô blasphème dans la prude Hollywood, n'avalise pas l'existence de Dieu. Son engagement est total, sa solitude et son manque d'amour dévorants. Jodie Foster n'a jamais été aussi belle dans ce rôle qu'elle incarne avec une finesse de jeu et une émotion saisissantes. Elle compose, avec Matthew McConaughey, un couple attachant qui échappe aux stéréotypes.
Toujours fasciné par les courants sociaux, Zemeckis explore avec un humour décapant les comportements possibles des humains en cas de "contact"; quelle foire bigarrée que celle qui vient assister au lancement de la machine: écolos, amérindiens, néo-nazis, prédicateurs et même faux Elvis! Il répète l'exploit de "Forrest Gump" de manipuler subversivement les images officielles du président des États-Unis, mais l'effet est moins heureux: le récit perd de son réalisme et de son efficacité avec la juxtaposition d'images fictives et documentaires.
Moins stylisé et métaphysique que "2001: odyssée de l'espace", moins magique, peut-être que "Rencontre du troisième type", "Contact" s'appuie sur une construction classique qui n'échappe pas, par moments, à une certaine mièverie et à un ton moralisateur. Mais chapeau à Zemeckis!
Pour qui a l'âme ouverte sur l'Univers et suit avec enthousiasme les pérégrinations de Pathfinder sur Mars, voilà un film bien inspirant sur le voyage de l'Humanité dans le temps et l'espace.