UN FASCINANT VOYAGE DANS L'INCONNU QUI JOUE LA CARTE DU RÉALISME PLUTÔT QUE CELLE DU SENSATIONNEL.
Robert Zemeckis s'est imposé, avec James Cameron, comme l'homme de tous les féis du cinéma américain. Après avoir fait passer une pizza entre Michael J. Fox et Michael J. Fox, après avoir fait d'un personnage animé le héros d'un film avec acteurs, après avoir soigné l'ulcère de Goldie Hawn et débloqué le torticolis de Meryl Streep, après avoir ressuscité trois présidents et un chanteur disparus, le voici qui s'attaque à présent à un monument de la littérature de science-fiction.
Courant sur plusieurs années, sautant d'un pays à l'autre, riche de centaines de personnages, le roman "Contact" de Carl Sagan était une gageure que nombre de cinéastes avaient tenté de relever depuis des années. L'auteur avaient en fait basé son roman sur un synopsis qu'il avait développé avec sa femme Ann Druyan en 1980 pour la productrice Lynda Obst (Nuits Blanches à Seattle). Après cinq années de projets avorté, Sagan décida de faire de son synopsis un roman qui fut publié en 1985 avec un succès considérrable. Sagan (1934-1996) était l'un des scientifiques les plus respectés des États-Unis en matière d'astronomie et d'espace. Conseiller auprès de la NASA, professeur d'Université, il avait su faire partager sa passion par le biais de livres à succès (il remporta le prix Pulitzer, récompense suprême) et d'une série télévisée, "Cosmos", diffusée dans quelques soixante pays (elle remporta l'Emmy, c'est-à-dire l'Oscar TV).
Avec "Contact", il a développé un concept pour lequel il a beaucoup milité toute sa vie: l'existence d'une vie extra-terrestre. Le personnage central du roman lui doit beaucoup. Ellie Arroway (Jodie Foster) est depuis toujours passionnée par les mystères de l'univers. Enfant, elle avait réparé un radio émetteur dans l'espoir d'entrer en contact avec sa mère décédée. La disparition de son père (David Morse) l'avait conduite à concrétiser cette passion en une brillante carrière. Devenue une radioastronome réputée, elle capte un jour un message en provenance de l'étoile Véga. La nouvelle fait sensation dans le monde entier. Un fois décrypté, le message extra-terrestre livre les plans d'une étrange machine destinée, de toute évidence, à transporter un Terrien vers le monde d'origine du message, à l'autre bout de la galazie. Tandis qu'Ellie s'enhousiasme pour le projet, son mentor, plus fin politique, parvient à l'évincer pour prendre sa place. Mais les événements se précipitent et c'est finalement elle qui sera la première à franchir l'espace-temps pour établir le premier contact avec une race extra-terrestre...
En 1988, Lynda Obst céda les droits du sujet et le projet prit vite une tournure plus concrète. Le film fut d'abord annoncé avec Roland Joffé (Mission) à la mise en scène, puis avec George Mad Max Miller, mais aucun des deux ne put venir à bout du scénario. Une rumeur tenace veut aussi que Jodie Foster, attachée au projet depuis le début, ne se serait pas entendue avec Miller et aurait opposé son veto...
Attiré par le projet, Robert Zemeckis aborda le scénario avec une approche radicalement nouvelle dont l'essence était le réalisme absolu. Il fallait décrire cet événement extraordinaire de la façon la plus réaliste et la plus crédible possible. Pour ce faire, l'auteur du multi-oscarisé Forrest Gump n'hésita pas à faire jouer dans leur propre rôle des stars de l'information télévisée comme Larry King. Ainsi, les flashes de l'information CNN qui rythment le film par le biais de moniteurs TV omniprésents sont présentés par les vrais journalistes. L'information n'en est que plus crédible, surtout pour le public américain qui reconnaît le décor et les visages de ses journaux télévisés.
Robert Zemeckis choisit aussi de privilégier l'aspect humain de cette aventure et de centrer son film autour des personnages et non pas des extra-terrestres. "Contact raite de nos réactions face un "message" venu d'ailleurs", explique le cinéaste. "Ce n'est pas une historie d'extra-terrestre. C'est une réflextionsur la nature humaine et sur ce qu'il advient de l'homme lorsque les fondements mêmes de son existence sont bouleversés." Zemeckis porta un soin particulier au débrouissaillage de la terminologie scientifique utilisée par Carl Sagan dans son livre: "Carl était soucieux de préserver la dimension scientifique du scénario, alors que je cherchais à exploiter son potentiel dramatique. J'ai donc essayé de rendre la science aussi passionnante que possible tandis que lui s'efforçait de simplifier au maximum les questions techniques. Ce processus fut long et minutieux. Il nous est même arrivé de passer deux heures sur une simple réplique, à la recherche de la bonne formulation!"
Pour mener à bien ce projet ambitieux, Zemeckis fit appel à l'équipe qui avait si bien su combiner intimisme et haute technologie pour Forrest Gump. On retrouve donc les mêmes artistes à la photo, au montage, aux costumes et à l amusique. Seul nouveau venu, Ed Verreaux signe ici ses débuts en tant que chef décorateur. Il s'était fait un nom dans les années 80 en tant qu'illustrateur de production - ou dessinateur de storyboards. Les poursuites écheveléese des trois Indiana Jones ou de E.T. doivent ainsi beaucoup à son sens de la composition.
Contact marqua aussi la sicième collaboration consécutive entre Robert Zemeckis et Ken Ralston, superviseur des effets visuels. Les deux hommes se sont rencontrés sur le premier Retour vers le Futur et ont travaillé ensemble sur tous les films suivants du cinéaste. Preuve de leur complicité exemplaire, Zemeckis a de nouveau fait appel à Ralston pour Contact, alors que celui-ci avati démissionné d'ILM pour rejoindre les rangs de Sony Pictures Imageworks, une société bien moins cotée et n'ayant que des projets mineurs à son actif. Une belle preuve de confiance dont peu de réalisateurs auraient été capables.
Car avec ses 250 plans à effets visuels, dont la plupart devaient être invisibles, Contact se présentait comme l'un des plus gros films à effets spéciaux de l'année. Confier une telle responsabilité à un jeune studio qui n'avait encore jamais fait ses preuves sur un gros film était un pari risqué. D'un autre côté, la collaboration Zemeckis / Ralston a connu jusqu'à aujourd'hui une réussite exceptionnelle; les deux hommes ont déjà remporté trois fois en huit ans l'Oscar des meuilleurs effets visuels pour Qui veut la Peau de Roger Rabbit?, La Mort vous va si bien et Forrest Gump, sans compter les équivalents britanniques des Oscars et les nominations! Seuls Steven Spielberg et Dennis Muren peuvent en dire autant avec E.T., Indiana Jones et le Temple Maudit et Jurassic Park.
La majeure partie des effets visuels du film sera donc invisible pour les spectateurs: un changement de ciel ici, une après-midi transformée en crépuscule là, de hauts nuages effacés ici pour être remplacés par de beaux cumulus là, autant de manipulations d'images dont l'objectif est d'homogénéiser le film et d'obtenir des images aussi parfaites que possibles, quelles qu'aient été les conditions de tournage. Tout comme pour Forrest gump, l'équipe de Contact dut beaucoup voyager pour enregistrer les prises de vues exigées par le scénario, ce qui l'amena à subir des conditions météorologiques rarement idéales. Les effets numériques intervinrent donc à point nommé pour accélérer le tournage: il était souvent moins cher de retoucher une image correcte sur ordinateur plutôt que de payer 150 personnes à ne rien faire en attendant d'avoir les conditions idéales pour une image parfaite...
Depuis les avenues de Washington jusqu'à la jungle de Porto Rico, l'équipe connut toutes les conditions de tournage. Dans l'île tropicale, la production filma la célèbre antenne parabolique géante d'Arécibo qui a été creusée à même le sol. Le public du monde entier avait pu découvrir cette impressionnante réussite technologique dans la séquence finale de Golden-Eye. Après un passage obligé par les 27 radiotélescopes du désert de Sorocco au Nouveau Mexique, l'équipe regagna les studios d'Hollywood dans lesquels avaient été édifiés les décors intérieurs.
Le premier d'entre eux était une reconstitution fantaisiste du centre de contrôle de Cap Canaveral. Ed Verreaux Habilla le décor de dizaines d'écrans de contrôle qu'il fallut alimenter par des centaiens de films préalablement tournés en vidéo ou par des animations 3D pré-programmées. Sur tout un côté de la salle, une grande baie vitrée s'ouvrait sur la perspective des pistes de décollage. En fait, cette image de l'extérieur était une immense transparence, une sorte de diapositive géante (obtenue à partir d'une photographie à format large) représentant le site réel. Longue de 35 mètres et haute de 12, la transparence était éclairée par derrière par une batterie de 130 projecteurs, puissance indispensable pour simuler l'impression de soleil éclatant provenant de l'extérieur. En réalité, derrière la transparence se trouvait... le mur du studio!
La même technique fut utilisée pour le décor du centre de contrôle de Socorro et pour celui d'Arecibo. Dans les trois cas, l'illusion est parfaite et démontre que des trucs vieux de trois quarts de siècle sont encore d'actualité à l'époque des images numériques. Lorsqu'un besoin spécifique apparaissait au niveau de la vue sur l'extérieur, la transparence était remplacée par un écran bleu. Libre ensuite à l'équipe des effets visuels de la remplacer par la prise de vues que sélectionnait Zemeckis.
Un plan d'apparence anodine représenta un véritalbe tour de force technique. Au début du film, Ellie se trouve dans le complexe de socorro, au pied d'un radio-télescope. Lorsqu'elle entend la première transmission venant de l'espace, elle se précipite vers la salle de contrôle. Le personnage est suivi comme son ombre par un Steadicam (caméra portée stabilisée). Ellie descend bientôt une volée d'escaliers, francit un couloir et plusieurs portes dant de pénétrer dans le centre de contrôle. En fait, ce dernier est un décor édifié à Hollywood. Ainsi, la caméra a suivi le personnage depuis le désert du Nouveau-Mexique jusqu'à un plateau de cinéma californien sans que le public ne remarque la moindre coupure! On passe donc en continu d'un site de tournage à l'autre. Ce qui n'avait jamais été fait jusqu'alors, qui plus est avec une caméra portée suivant l'actrice en pleine course!
La technique standard est connue depuis les débuts du cinéma: on filme un acteur dans une vraie rue en train d'ouvrir une porte, puis on enchaîne avec l'acteur en train d'entrer dans une pièce construite en studio. Pour des raisions pratiques, un même site est donc représenté par deux lieux de tournage différents. Mais Zemeckis ne voulait pas de ce truc pour Contact. Recherchant le réalisme maximum, il souhaitait établir une connexion visuelle indiscutable entre le décor factice et le site réel. Au final, le film dégage une impression d'authenticité permanente qui transcende l'histoire. Grâce à des effets visuels remarquables sur lesqueles nous reviendrons dans notre prochain numéro...