Qu'est-ce qui vous a séduit dans le roman de Carl Sagan?
Lorsque j'ai lu le livre de Carl, j'ai été impressionné par sa vision des choses. En effet, l'histoire racontait de façon vraisemblable, quelles seraient nos réactions face à la preuve d'une vie extraterrestre, face à un premier contact. Qui seraient les acteurs de ce premier rendez-vous, comment se ferait le partage des informations entre les scientifiques et le gouvernement. Autant de questions auxquelles Carl donne une réponse de façon scientifique. Mais c'est finalement par sa dimension humaine que cette histoire m'a passionné.
Contact semble s'incrire à contre-courant de l'actuelle production de science-fiction hollywoodienne...
L'histoire de Contact est le reflet de ce que Carl a toujours essayé de nous faire comprendre. C'est un récit qui parle avant tout de nous. Il traite de nos réactions, on sort de la vision spéculative omniprésente dans les autres films pour faire ici, notre examen de conscience. On regarde notre monde d'une façon différente lorsqu'on le voit de l'espace. Il y a ici ce recul, cette nouvelle perspective, c'est ce qui rend Contact différent des autres films du genre.
Quel est le message de Contact?
Le film est rempli de messages sous-jacents. Par exemple, le personnage d'Ellie est représentatif de l'évolution d'une idéologie en idéal. Le film traite des contacts à un niveau humain et émotionnel. Les contacts avec des formes de vie extraterrestres n'étant que des métaphores.
Que pensez-vous de la façon de Carl Sagan d'aborder la science?
C'est est quelqu'un que j'admirais, ses écrits et ses émissions de télévision sont exceptionnels. Je partage sa philosophie tendant à penser que la science est une lumière dans l'obscurité et qu'il faut chercher et connaître la vérité, même si les réponses ne sont pas évidentes. Il est toujours mieux de vouloir savoir la vérité sans vraiment la trouver que de se reposer sur de faux postulats. Tout n'est pas pour autant exact et dans le film, il fallait faire des concessions pour adapter le scénario, pour le rendre plus dynamique tout en gardant le côté réaliste instauré par Carl. L'intrigue du roman s'étale sur plusieurs années, se déroule dans plusieurs pays et réunit des centaines de personnages. Le plus difficile fut de condenser tout cela et d'en tirer une histoire à la fois compréhensible et captivante. Je ne suis pas un fanatique de la science, mais la force de Carl réside dans le fait qu'il base ses dires sur des faits facilement reconnaissables par tout le monde. Il ne s'agit pas simplement de formules mathématiques arides et de postulats complexes, il sait prendre des théories et les appliquer à notre vie de tous les jours. J'aime vraiment sa façon d'appréhender les problèmes.
Il n'aura pas pu, malheureusement, voir le film achevé...
C'est la première fois où je suis impliqué dans un projet et où le créateur n'est plus là pour voir le résultat final. Je suis triste non seulement au niveau de la campagne du film qui se fait sans lui, mais également car je suis sûr que Carl aurait aimé le film. Je regrette vraiment qu'il ne l'ai pas vu car il s'agissait d'un sujet qui lui tenait particulièrement à coeur. J'aurais voulu entendre ses critiques à la fin de la projection, sur la façon dont j'avais traité son roman. Carl était quelqu'un de consciencieux, qui aimait l'exactitude. Lui et moi avons gardé d'excellentes relations tout au long du projet. Il était, bien évidemment, soucieux de préserver la dimension scientifique du scénario, et moi d'exploiter son potentiel dramatique. J'ai essayé de rendre la science aussi intéressante que possible, tandis que lui-même s'efforçait de simplifier au maximum des question fort techniques pour les rendre accessibles aux profanes. Ce fut un long et minutieux processus. Il nous est même arrivé de passer deux heures sur une simple réplique!
Pour une fois, les effets spéciaux ne volent pas la vedette au reste du film...
Je vois les effets spéciaux et l'image de synthèse à la façon dont on voyait, voici quelques années, le microphone. Il ne s'agit que d'outils permettant d'améliorer la qualité des images au profit de l'histoire. Cela restera un outil et rien de plus. Je pense de toute façon que très bientôt on ne parlera plus d'effets spéciaux lors d'interviews, ceux-ci n'étant qu'une aide devant faire place à ce qui est vraiment important: l'histoire. Il faut assimileer les nouvelles technologies, ne plus se focaliser dessus et en revenir aux films proprement dits. Les effets spéciaux ne sont présents pour améliorere l'histoire visuellement, non la remplacer.
Le véhicule intergalactique est impressionnant...
Le roman ne donnait qu'une vague description du "lanceur" de la capsule spatiale, cette structure géante composée d'anneaux en révolution dont l'accélération génère un champ énergétique très intense. Lorsque la capsule est larguée dans ce vortex, son occupant est immédiatement transporté à travers l'espace-temps. Avant d'exposer ce concept dans son roman, Carl Sagan l'avait testé auprès d'un technicien réputé de Cal Tech, qui en garantit la viabilité et fournit à Carl une "bible" des voyages spatio-temporels dont il s'inspira directement. Le cinéma exigeait cependant plus de précision et un maximum de véracité. Il fallait ainsi que le dispositif ait un caractère important pour refléter les enjeux et les risques de l'expérience. Nous avons effectué plusieurs visites au Centre Spatial Kennedy de Cap Canaveral, où nous avons eu accès à des sites habituellement fermés au public. Nous avons pu ainsi visiter le pas de tir No 5 avant le lancement de la navette spatiale et en étudier et photographier les installations: acenseur, chevalet de levage, plate-forme d'accès, etc. Tous ces détails furent ultérieurement intégrés au schéma du lanceur. La fabrication de la capsule, de l'intérieur de l'ascenseur et du chevalet demanda près de quatre mois de travail. Le reste de la structure géante, telle qu'on l'aperçoit dans les plans d'ensemble, fut créée en images de synthèse par sony Imageworks...
Que pensez-vous des films de SF en général?
La science-fiction est un univers très porteurs, dans lequel vous pouvez créer de A à Z des mondes totalement différents peuplés de créatures étranges, appliquer toute les manipulations temporelles et farie voler n'importe quels engins... La seule restriction étant de faire des histoires dont l'élément central est l'humain. Davantage qu'un pur produit de SF, Contact est un film de spéculatin scientifique. Dans les classiques du genre on retrouve des créatures, des vaisseaux et des explosions en chaînes. Contact est un film de SF en apparence seulement, car il essaie de rendre crédible l'action et coller le plus possible à notre réalité. C'est à la base une simple histoire relationnelle entre deux individus. Mais en y regardant de plus près le sujet de Contact est plus profond et est encré dans un canevas encore plus important.
Il y a des moments très sombres dans le film...
Les films sont le reflet de la vie, et comme dans la vie il y a des moments noirs.
Pensez-vous que les films de SF classiques soient une souce d'inspiration?
Ce qu'il y a vraiment d'intéressant dans ces films, ce sont les visions qu'ils portaient sur le futur. Si vous regardez les films muets de SF, la façon qu'ils avaient de montrer les préparatifs pour les expéditions spatiales, vous vous apercevrez qu'ils montrent les mêmes choses que ce que l'on voit de nos jours lors de vraies mises sur orbite. Il s'agit en effet d'une grande source d'inspiration, et pas seulement pour le cinéma.
Quel rôle joue le conseiller scientifique sur un tournage comme celui-ci?
Ce qui arrive toujours lorsqu'il y a un conseiller technique présent sur le plateau est que la plupart du temps la réalisté dépasse la fiction. La réalité dépasse souvent et de loin ce que vous voulez mettre dans un film et vous devez la changer pour rendre l'histoire plus crédible. De toute façon c'est souvent grâce au conseiller technique que le film devient plus vivant celui-ci agrémentant le scénario de petits détails qui ajouent un "plus" à toute l'histoire.
Qu'est-ce qui vous plaît dans le personnage que campe Jodie Foster?
Ayant perdu sa mère en bas âge et son père à onze ans, Ellie se jette à corps perdu dans la recherche scientifique. Elle scrute l'univers, elle guette un signe mais garde en toutes circonstance une objectivité et une rigueur toutes scientifiques. C'est une scientifique, certes, mais qui reste une femme, elle n'a pas tout sacrifié pour sa carrière. On est loin du cliché de la scientifique qui n'a pas d'autres raisons de vivre que son travail. Aucune comédienne ne pouvait mieux incarner la dimension émotionnelle et intellectuelle de ce personnage. Jodie est capable d'interpréter une femme qui est à la fois une scientifique brillante et un être de chair et de sang. Elle procure au film un ancrage émotionnel qui permet au spectateur d'entrer dans cette histoire étrange et fantastique.
Comment s'est passé votre collaboration avec elle?
Ce que j'aime chez Jodie Foster, c'est son professionnalisme, à aucun moment vous n'avez l'impression qu'elle joue la comédie, elle est très naturelle et donne au film une réelle profondeur. Elle s'est vraiment donnée à fond pour ce film. Au niveau du casting en général, je pense que c'est l'un des meilleurs que j'aie jamais réuni. Tous les acteurs étaient formidables. De plus, le choix de Matthew McConaughey dans le rôle de Palmer Joss s'est révélé excellent, c'est un très bon acteur qui a su, face à la caméra, faire marcher l'alchimie enre son personnage et celui de Jodie Foster. Palmer est un chef spirituel New Age, doté d'un charisme à la Bruce Springsteen. Il y a entre Ellie et lui une forte attirance physique et romantique, qui transcende leurs conlits idéologiques. Matthew apporte au rôle son dynamisme personnel, son sérieux et une approche très réaliste qui en renforce la crédibilité.
Que pensez-vous de l'engouement actuel pour l'ufologie?
De deux choses l'une: soit les gens sont très équilibrés et ont le temps de penser à l'existence de formes de vie extraterrestres, soit leurs vies sont très perturbées et ils cherchent des réponses dans d'autres vérités. Où peut-être est-ce un mélange des deux?
Croyez-vous qu'il existe d'autres formes de vie?
Je me range du côté de Carl car si l'on regarde les probabilités, étant donné la taille de l'univers il serait logique qu'il existe quelque part ailleurs d'autres formes de vie, cela est mathématiquement démontré. D'un autre côté il est fort possible que la vie ne se soit développée que dans une patie de l'univers. Les deux hypothèses se tiennent, mais oui, je pense qu'il existe d'autres formes de vie ou bien qu'il y en a eue.