KEN RALSTON
SUPERVISEUR DES EFFETS VISUELS
Ken Ralston a remporté l'Oscar des meilleurs effets visuels pour Cocoon, Le Retour du Jedi, Qui veut la peau de Roger Rabbit, La mort vous va si bien et Forrest Gump. Également collaborateur de Robert Zemeckis pour la trilogie Retour vers le futur (citation à l'Oscar pour le second volet), il a en outre obtenu 4 British Academy Awards. Entré à l'atelier ILM comme opérateur sur La guerre des étoiles, Ken Ralston y a travaillé pendant près de vingt ans. Il préside depuis décembre 1995 la société Sony Imageworks.

Parlez-nous des effets spéciaux de Contact.
Ce film est ma sixième collaboration avec Robert Zemeckis. Nous avons fait tout notre possible pour que les effets aient le même degré de réalisme et de vraisemblances que les prises de vues réelles, de manière à offrir au public un spectacle "total et inédit". Ce que nous avons essayé de faire, donc, est d'améliorer l'intégration des effets spéciaux au sien du film. Ils sont partie intégrante du film et aident à faire progresser l'histoire de façon fluide sans se détacher de l'action. Nous avons mis l'accent our que vous ne puissiez pas reconnaître ce qui est réel de ce qui ne l'est pas. De plus le style que nous avons utilisé est constant, il suit la progression sans jamais casser le rythme et le visuel. Tous ces effets parviennent à nous conduire de façon crédible dans un monde que nous ne connaissons pas.

Quels moyens avez-vous utilisé?
Comme à l'habitude, il nous fallait jongler avec les différentes techniques mises à notre disposition pour arriver aux résultats recherchés. Chaque scène a représenté une épreuve pour laquelle nous avons dû trouver les bonnes combinaisons entre image de synthèse, maquettes... pour arriver à un résultat à la fois spectaculaire et réaliste. Le point positif est que grâce à ces mélanges, le spectateur ne peut pas identifier la façon dont les effets ont été créés.

Comment s'est passée cette nouvelle collaboration avec Zemeckis?
Aucun autre réalisateur ne sait intégrer dans ses films avec tant de dextérité, prise de vue réelle et images de synthèse. Bob a une façon exceptionnelle d'appréhender les choses et de raconter une histoire. De plus il me fait confiance, ce qui est très important pour un projet aussi ambitieux avec des effets aussi complexes, ce dont on a le moins besoin, c'est d'être constamment interrompu.

Qu'est-ce qui vous a posé le plus de problèmes?
Il est très difficile d'intégrer de façon réaliste des effets spéciaux dans un univers que le public à l'habitude de côtoyer. À la moindre erreur l'harmonie est brisée est l'on a donc fait tout particulièrement attention à l'intégration de ces effets.

Carl Sagan a-t-il été impliqué dans la mise en place de certains effets?
Il a participé à la création de certains sets. Je pense que s'il était encore là, il aurait essayé de nous faire coller le plus possible à la réalité scientifique tout en essayant de ne pas affecter notre visuel. J'aime sa vision des choses et nous avons tout fait pour garder cet équilibre entre la science et le déroulement de l'action.

Parlez-nous de la scène du voyage au bout de l'univers à la fin du film
Cette scène a été très difficile à mettre en place. Le film tourne autour du personnage d'Ellie, de sa vraie nature, de ses émotions et avec les effets spéciaux nous avons eu la lourde tache de retranscrire par un visuel, sa personnalité et ses espoirs. Ce voyage est le paroxysme du film, c'est ce qu'Ellie a attendu depuis des années et il va se révéler être encore plus extraordinaire que ce a quoi elle s'attendait. Il nous fallait trouver un moyen de mener le spectateur vers le terme de ce voyage de façon spectaculaire. Nous avons mis en place une vision de l'univers en nous basant sur les études actuelles de la galaxie. Cela a été d'autant plus dur à réaliser que toute la scène est très abstraite par rapport au reste du film.

RESTER À LA POINTE
DU PROGRÈS

Que pensez-vous de la multiplication des techniques mises à votre disposition?
Ce que nous essayons de faire à chaque film, c'est d'augmenter le nombre d'outils dont nous disposons pour permettre au réalisateur d'aller plus loin et de raconter l'histoire de la façon dont il le désire. Nous ouvrons toujours de nouvelles portes. Au niveau de notre travail et depuis l'avènement de l'image de synthèse, le simple fait de rester à la pointe du progrès est un travail en lui-même! (Rires) Il est gratifiant de ne pas se contenter de ce que l'on a mais de trouver à chaque fois de nouveaux procéder, de nouveaux mélanges.

Par quel aspect du film avez-vous été plus particulièrement attiré?
Ce qui m'a tout de suite attiré est qu'il s'agit non pas d'une histoire sur des formes de vie extraterrestres, mais sur nous-mêmes, sur l'humanité. Ce que j'espère, c'est que les effets spéciaux seront de plus en plus utilisés dans des films où l'histoire n'est pas qu'un simple prétexte pour une débauche d'effets. Je veux que les cinéastes réalisent tout leurs projets, sans aucune limite.

Qu'est-ce qui vous déplaît dans la façon dont sont utilisés les effets spéciaux de nos jours
Je n'aime pas l'idée que les effets soient ce qui motive le public à aller voir un film. Je veux que ces effets soient des outils, des aides. Si l'un des composants d'un film domine je pense qu'à la longue le public se désintéressera du cinéma. Le problème actuel est que l'on donne en pâture n'importe quoi pourvu que cela rapporte de l'argent et que le public lui fonce tête baissée. Il faut rétablir l'ordre des choses.

Pensez-vous que les travail des acteurs soit modifié par ces techniques?
Oui, car il est souvent très dur pour eux de devoir jouer en simulation la présence d'un personnage ou d'un objet, cela requiert un travail tout particulier. Il nous faut les aider à travers ces moments, les guider dans ce monde que nous connaissons bien. Nous leur apprenons à utiliser leur imagination de façon beaucoup importante que sur un plateau normal. Ils doivent s'y habituer car cela représente l'avenir.

Propos
recueillis
et traduits par
Benoît Grenier