| Antoine Leblond Dissertation philosophique en éthique Cégep de Chicoutimi, 15 avril 1997
Dernièrement, des scientifiques écossais ont réussi à cloner une brebis adulte à partir dune de ses cellules mammaires. Ce fut une véritable prouesse scientifique. Auparavant, on avait toujours cru quil était impossible de cloner un mammifère adulte. Cette découverte a rendu envisageable le clonage dêtres humains du point de vue scientifique. Par contre, est-ce que cela est acceptable au point de vue éthique ? En dautres mots, doit-on permettre le clonage chez lêtre humain ? Cela constitue un dilemme que je me propose danalyser à lintérieur de cette dissertation. En premier lieu, je présenterai les principaux arguments qui militent en faveur et contre le clonage chez lêtre humain. Je tenterai de distinguer les jugements de fait des jugements de valeur et je massurerai de leur validité. Par la suite, je cernerai le principal enjeu éthique de ce dilemme et jappliquerai les théories morales personnaliste et utilitariste à celui-ci. Finalement, je terminerai par la présentation de mon opinion. Plusieurs arguments militent en faveur du clonage chez lêtre humain. Dautres, par contre, sy opposent totalement. Presque tous les arguments que je présenterai seront des jugements de valeur. La plupart de ceux-ci comporteront également une partie jugement de fait sur laquelle ils sappuieront. Toutefois, la dimension valeur sera toujours plus importante que celle factuelle. De plus, tous les jugements de valeur que je présenterai seront universels. En dautres termes, ils sappliqueront à tous les humains et ils ne seront aucunement discriminatoires. Ils seront donc tous acceptables du point de vue philosophique à moins quils ne se basent sur des jugements de fait faux. Tout dabord, certains croient que le clonage devrait être permis, car il constitue une nouvelle technique de reproduction qui est applicable à tous. Des individus totalement stériles pourront obtenir des copies deux-mêmes grâce à cette technique. Ils pourront donc faire survivre leur patrimoine génétique. Les valeurs en cause sont donc limportance de la filiation, de la survie du patrimoine génétique et la famille. De plus, ce jugement de valeur est universel. En effet, cette technologie, applicable pour tous, fait appel à des valeurs universelles. Par contre, il existe un jugement de valeur qui soppose à celui que nous venons de présenter. Celui-ci nous dit que les clones pourront présenter certains problèmes psychologiques. Imaginons, par exemple, la situation où un humain stérile se fait quatre clones à deux ans dintervalle. Les clones ne souffriront-ils pas de problèmes didentité ? Le jeune enfant ne perdra-t-il pas son sentiment dunicité lorsquil verra quil est identique à son père ou sa mère et quil peut être copié à volonté ? Les opposants se posent ces questions. Bien sûr, certains diront : « Nen est-il pas de même pour les jumeaux identiques ? » Largument présenté devient donc très discutable et on peut facilement le négliger. Par ailleurs, certains croient que lon ne devrait pas interdire le clonage, car il permettrait daccéder à la vie éternelle. Ces derniers stipulent quil suffit de se faire des clones pour ne jamais mourir. Ce jugement de valeur, né du besoin déternité, na aucun de sens. Il nest quun fantasme. En effet, le clone créé aura sa propre identité, au même titre quun jumeau identique et il sera impossible pour le « père » de transmigrer dun corps à lautre. Par contre, le clonage devrait peut-être être permis afin de faire revivre de grandes personnalités disparues. Elles pourraient continuer leur uvre. Ce jugement de valeur, né de la reconnaissance de limportance du progrès et des accomplissements, nest quun fantasme également. En effet, un être humain a plus quune génécité. Il a une personnalité également. Celle-ci se forme au contact de lenvironnement, à laide de léducation et des expériences de vie ainsi quà laide dautres facteurs, connus et inconnus. Le clonage permet de copier le patrimoine génétique, mais non lidentité. Le clone naura donc pas les connaissances de son « père » et ne développera pas nécessairement les mêmes goûts. Il est donc inadéquat de parler de « reprises des travaux ». Tout au mieux, le clone pourra travailler dans le même domaine que son « père » au même titre que nimporte quel individu. Ou encore, le clonage pourrait être intéressant pour recopier ceux qui ont fait leur preuve. Les militants contre le clonage affirment que cette pensée est réductionniste. Comme il la déjà été mentionné, lêtre humain est plus quune génécité. Il a également une identité. Le clonage ne permettant pas de copier lidentité, il est donc inutile de copier un être humain pour ce quil a fait de son vécu. Bien sûr, le clone possède initialement les mêmes capacités que son « père », mais il les développera différemment. De plus, il est important de ne pas oublier quil na pas été démontré que lintelligence est héréditaire. Tous ces contre-arguments, qui font appel à la psychologie humaine, invalident donc le dernier argument présenté. De plus, la copie dindividus ayant fait leur preuve constitue une forme deugénisme. En effet, par le biais de cette technique, on tente daméliorer la race. Certaines personnes contre le clonage y voient de nombreux problèmes. En effet, sur quels critères peut se baser leugénisme ? Comment déterminer qui sont les meilleurs ? De plus, leugénisme présente dimportants risques. Par exemple, on peut faire disparaître certains gènes utiles et augmenter la représentation dautres néfastes. Il ne faut pas oublier quaucun individu nest génétiquement parfait. On estime que chaque être humain est porteur dentre quinze et vingt maladies récessives létales. Cette dernière phrase constitue un jugement de fait sur lequel notre contre-argument, un jugement de valeur, sappuie. Le clonage chez lêtre humain pourrait être extrêmement pratique en médecine. En effet, un individu nécessitant une greffe pourrait se faire un clone et sen servir comme banque dorganes. Les scientifiques disent quil serait théoriquement possible darrêter le développement de lembryon avant lapparition dactivité cérébrale et de prélever ses organes pour les faire devenir matures en laboratoire. Les organes ainsi obtenus seraient totalement compatibles avec le receveur puisquils posséderaient le même code génétique que ce dernier. Il ny aurait donc aucun rejet. Cet argument est un jugement de valeur qui considère limportance de la vie du receveur. Les contre-arguments considérant la dignité et les droits du clone seront présentés ultérieurement. Certains disent que le clonage dêtres humains devrait être permis, car cela permettrait à la science de faire des pas de géants. En effet, beaucoup de recherches seffectueraient dans ce domaine et celles-ci pourraient être profitables pour lhomme de plusieurs façons. De plus, le clonage pourrait augmenter lefficacité de certaines expériences, car il est beaucoup plus facile de comparer les effets de celles-ci sur des individus génétiquement identiques. Ceux qui sopposent au clonage clament que cela est totalement immoral. Cela ne respecte aucunement la dignité humaine et se sert de lhomme comme dun objet. Il y a donc opposition entre deux jugements de valeurs. Les valeurs en cause sont limportance du progrès et la dignité humaine. Économiquement, le clonage humain serait très avantageux. Plusieurs laboratoires et emplois pourraient être créés. Cet argument, présenté par des défendeurs du clonage, a comme valeur largent. Par contre, des opposants du clonage disent que ce procédé va à lencontre de la dignité et du droit à nexister quen un seul exemplaire. Cela constitue un jugement de valeur. Celui-ci peut facilement être invalidé en regardant ce qui en est pour les jumeaux identiques. Ont-ils moins de dignité que les autres êtres humains ? Non. Ceux-ci, quoique génétiquement identiques, possèdent chacun une identité et une personnalité distincte. Certains disent quil faut interdire le clonage, car cette technique est contre-nature. Cela constitue un jugement de valeur qui se base sur un jugement de fait qui est faux. Le clonage nest pas contre-nature. Il sen produit naturellement une fois sur quatre cents naissances (jugement de fait). En effet, les jumeaux identiques sont des clones parfaits (jugement de fait). Cet argument est donc éliminé. De plus, pour certains, le clonage devrait être interdit, car il comporte de nombreux risques. Lhomme, ne connaissant pas ses limites, pourrait commettre de graves erreurs. De nombreux comportements réductionnistes ou eugéniques pourraient en résulter. De plus, certains pourraient sen servir pour accomplir des actes jugés immoraux par ceux qui sopposent au clonage. Nous navons quà penser aux nombreux clones dun mégalomane ou aux parents, qui pour se consoler, copieraient leur enfant décédé. Le clonage pourrait également engendrer de graves problèmes sociaux comme la discrimination génétique. Ces arguments sont des jugements de valeur empreints de conservatisme. Finalement, pour certains, le clonage chez lêtre humain devrait être interdit, car il va à lencontre de sa dignité. En effet, le clone est voulu pour son avoir et non pour son être. On désire le clone pour ses qualités, ses capacités, ses caractéristiques ou ses organes, mais non pour ce quil est. En dautres mots, le clone est considéré comme un objet et non une personne. Il est un moyen et non une fin. Cela ne respecte donc pas la dignité humaine. Ce jugement de valeur est largument majeur de ceux qui sopposent au clonage. En résumé, ce dilemme éthique présente une opposition entre plusieurs valeurs. Dune part, il y a le progrès scientifique, qui peut permettre de sauver des vies, venir en aide aux personnes stériles et stimuler léconomie, et dautre part, il y a la dignité de lêtre humain et le conservatisme face à des risques possibles. Selon limportance que lon accorde à ces valeurs en conflit, on sera pour ou contre le clonage chez lêtre humain. Cette opposition constitue lenjeu éthique de ce dilemme. Tentons de le résoudre. Commençons par une approche personnaliste. La valeur fondamentale du personnalisme est la personne. Cette dernière doit être considérée comme une fin et non un moyen. Il est donc évident quun personnaliste serait contre le clonage. En effet, le clonage se sert de lêtre humain comme moyen. On désire le clone pour ses qualités, ses organes ou encore, une autre de ses caractéristiques. On souhaite tirer avantage du clone. On ne le désire pas pour ce quil est. Il ne constitue pas la fin de laction. Le prélèvement dorganes sur un clone présenterait un très grand avantage pour le receveur. Cela est toutefois contraire à la morale personnaliste, car selon celle-ci, on ne doit jamais se servir dune personne sans son consentement libre et éclairé et il est immoral de sacrifier une personne pour venir en aide à une autre. Un personnaliste sera donc contre le clonage chez lêtre humain, car il accorde plus dimportance au respect de la dignité humaine quà lavancement scientifique ou économique. Un utilitariste, par contre, verrait le dilemme sous une perspective différente. Il étudierait les conséquences, à court et à long terme, et chercherait ce qui pourrait procurer le plus de bonheur général. Il sagit de la position favorisant le clonage. Un utilitariste serait toutefois prudent. Il exigerait un contrôle extrêmement vigilant ou un moratoire afin déviter toutes conséquences négatives. Le clonage peut avoir des répercussions positives et contribuer au bonheur général, car il permet de faire progresser la science, de sauver des vies grâce aux greffes dorganes, de venir en aide aux individus stériles et de stimuler léconomie. Par contre, tout cela ne nuit pas au bonheur du clone. Même sil est initialement désiré pour son avoir, il pourra profiter dune vie heureuse. Cela sest déjà vu ailleurs. Par exemple, un fils dagriculteur, désiré pour son aide sur la ferme, peut vivre de façon très heureuse. Pour ce qui concerne le prélèvement dorganes sur un embryon, ce dernier na pas encore dactivité cérébrale. Il nest donc aucunement question de souffrances pour celui-ci. Par contre, le clonage peut être source de problèmes sociaux ou autres. Les conséquences à long terme peuvent donc réduire le bonheur général. Cest pour cela quun utilitariste serait très prudent. Il désirerait éliminer les risques et donc rendre les conséquences néfastes peu probables. Il exigerait des lois très strictes ou un moratoire. Cela donnerait le temps à lhomme dacquérir les connaissances qui lui empêcheraient de commettre des erreurs. Lutilitariste nest pas contre le principe du clonage, mais il craint les conséquences négatives. Un délai permettrait justement de les éviter. Et au pire, suite à un moratoire, si lutilitariste se rend compte que les erreurs sont inévitables, il pourra toujours reconsidérer la question. En résumé, le clonage peut augmenter le bonheur général de la société si des mesures empêchant les conséquences négatives sont prises. Cest pour cette raison quun utilitariste nest pas contre le principe du clonage humain. Par contre, il peut avoir des objections tant quaux modalités de celui-ci. Cest pour cela quil pourrait exiger des mesures législatives très sévères ou tout simplement demander un moratoire. Voici maintenant ma position personnelle. Je suis contre le clonage chez lêtre humain pour les mêmes raisons quun personnaliste. Je trouve que cela va à lencontre de la dignité humaine et quil sagit dun manque de respect de la personne. On ne doit pas utiliser un humain comme un simple moyen. On doit le respecter dans toute son intégrité. La personne humaine doit constituer la fin de nos actions. De plus, le clonage comporte trop de risques. Il sagit dune technique très puissante quil est facile demployer incorrectement. Elle peut donner naissance à de nombreux comportements immoraux ou dégradants pour lhomme. Par exemple, comme il la déjà été mentionné, des parents pourraient cloner leur enfant qui vient de mourir. Ou encore, des humains pourraient être clonés afin dêtre utilisés comme soldats ou esclaves. Avec le clonage, il est facile de tomber dans le réductionnisme ou leugénisme. On peut facilement être tenté daméliorer la race en clonant des êtres extraordinaires, mais qui sont génétiquement imparfaits (nous sommes tous imparfaits). Cela nest pas souhaitable puisquon duplique un certain groupe de gènes néfastes et augmente ainsi sa représentativité. De plus, on peut être tenté de surestimer limportance du code génétique. Cela peut nous faire commettre des erreurs (ex : discrimination génétique). De toutes façons, le clonage ne présente pas beaucoup davantages. La plupart de ceux quil paraissait présenter nétaient que des fantasmes. Linterdiction de tout clonage chez lhomme ne constitue donc pas une grosse perte pour lhumanité et nous évite de nombreux problèmes. En résumé, les arguments valides en faveur du clonage chez lêtre humain stipulent que cette technique peut sauver des vies, venir en aide aux personnes stériles et contribuer à lavancement scientifique et économique. Par contre, cette technique va à lencontre de la dignité humaine et peut être la source deffets néfastes. Cette opposition constitue donc lenjeu éthique de notre dilemme. Les théories morales personnaliste et utilitariste peuvent nous à aider à le résoudre. Il a été démontré quun personnaliste serait contre le clonage étant donné que cette technique va à lencontre de la dignité humaine. De plus, il a été démontré quun utilitariste serait pour le principe mais quil serait extrêmement vigilant afin déviter toute conséquence néfaste. En effet, le clonage correctement utilisé peut contribuer au bonheur général. Finalement, jai expliqué pourquoi selon moi, nous devrions tous être contre le clonage chez lêtre humain. Jai principalement repris les arguments du personnalisme. Nous venons détudier un dilemme de bioétique relié à la génétique.
Lavancement des sciences dans le domaine biomédical en a soulevé beaucoup
dautres. Étant donné limportance grandissante quoccupe la génétique
dans notre société, il pourrait être très intéressant détudier dautres
problèmes de ce genre. Par exemple, serions-nous intéressés à passer un test de
dépistage génétique fiable pour une maladie létale incurable si lon se savait à
risque ? D. LAMBERT, Raymond. « Un cas dinsouciance face aux conséquences du clonage », La Presse, 13 novembre 1993, cahier B, p. 3. FERRY, Luc. « Le clone et la personne humaine », Le Point, numéro 1276, 1er mars 1997, p. 71. FITTERMAN, Lisa. « Door opens to human cloning », The Gazette, 24 février 1997, cahier A, pp. 1 et 10. KLUGER, Jeffrey. « Will we follow the sheep ? », Time, 10 mars 1997, pp. 39-44.. « Le clonage humain est inacceptable, selon les experts », La Presse, mercredi le 26 février 1997, cahier A, p. 17. LÉGER, Marie France. « Clonage dhumains : ce nest pas demain la veille », La Presse, mercredi le 26 février 1997, p. 1. « Le meilleur des mondes? redouté nest pas pour demain », La Presse, mercredi le 26 février 1997, cahier A, p. 17. MELANÇON, Marcel. Notes de cours, Philosophie - Bioéthique 340-BSN-03 WRIGHT, Robert. « Can be xeroxed ? », Time, 10 mars 1997, p. 45. |