This is G o o g l e's cache of http://www.ledevoir.com/public/client-old/news-webview.jsp?newsid=1099.
G o o g l e's cache is the snapshot that we took of the page as we crawled the web.
The page may have changed since that time. Click here for the current page without highlighting.


Google is not affiliated with the authors of this page nor responsible for its content.
These search terms have been highlighted: jean noël ringuet 

Le Devoir Édition Internet
 
 




Le Devoir

S'abonner
Une histoire
Publicité
Offres et avis
ledevoir.com
Nous joindre


Agora

Idées et opinions


Chroniques

J. Dion
C. Hébert
C. Rioux
O. Tremblay
D. Bombardier
M. Cornellier
J-C. Leclerc
Invités
A.-R. Nadeau
S. Bouchard
L.-G. Francoeur
M. David
G. Courtemanche


Politique

Canada
Québec
Villes
Monde


Économie

Actualité
Finances
économie.com
Travail


Société

Actualité
Écologie
Éducation
Justice
Médias
Sciences
Santé
Technologie
Sport


Culture

Actualité
Cinéma
Livres
Télévision
Théâtre
Arts visuels
Musique classique
Pop-rock
Jazz et Blues
Danse
Musique du monde


Plaisirs

Restaurants
Vins
Voyage
Passe-temps
Saveurs et gourmandises
C'est la vie
Jardins


Images

Caricature

Accueil

Imprimer | Faire suivre

 

Faut-il interdire le clonage thérapeutique?

Jean-Noël Ringuet

Le mardi 08 mai 2001

Textes apparentés

L'interdiction du «clonage thérapeutique» représente sans doute l'élément de l'avant-projet de loi déposé récemment par le ministre Allan Rock le plus susceptible de susciter la controverse. L'état des connaissances lors des travaux de la Commission Baird (1989-1993) ne permettait pas de prévoir ce développement technologique. Il s'agit donc d'une question qui n'a jamais encore été publiquement discutée au Canada, presque la seule de l'avant-projet qui justifie une consultation publique. Le présent texte fait le point sur la technique du clonage thérapeutique et l'état des législations de divers pays; le prochain traitera des enjeux éthiques et sociaux.

Le XXe siècle s'est achevé avec deux réalisations spectaculaires dans le domaine des biotechnologies: la réussite, en 1997, du clonage de la brebis Dolly, et la culture, en 1998, de cellules souches embryonnaires humaines.

Le clonage d'un animal adulte

Le clonage de Dolly a ceci de révolutionnaire qu'il a été réalisé à partir de la technique dite du «transfert de noyau» d'une cellule de brebis adulte dans un ovule énucléé; l'ovule reconstitué a été ensuite implanté dans l'utérus d'une autre brebis qui a mené la gestation à terme. Cette réussite a confirmé qu'une cellule d'adulte pouvait être reprogrammée pour devenir totipotente, c'est-à-dire capable de former un embryon complet. Malgré un seuil de réussite encore très faible, l'expérience a depuis été répétée avec d'autres mammifères, dont des souris, des chèvres et des vaches. Le premier clonage humain est sans doute imminent.

L'intérêt thérapeutique des cellules souches

La culture de cellules souches, qui a fait moins de bruit au plan médiatique, revêt aussi une importance extrême pour la médecine car ces cellules, pluripotentes, ont la capacité de se différencier pour former divers tissus et organes. Leur potentiel thérapeutique suscite de grands espoirs pour le traitement de pathologies cardiaques, des maladies d'Alzheimer et de Parkinson, du diabète, des traumatismes de la moelle épinière, etc.

Les cellules souches existent chez l'adulte où elles sont cependant difficiles à trouver et à extraire, ce qui n'est pas le cas chez l'embryon au stade du blastocyste (cinq-six jours après la fécondation). C'est pourquoi jusqu'ici, les expérimentations se sont surtout faites à partir de cellules souches dérivées de tissus foetaux et d'embryons avortés ou inutilisés lors de fécondations in vitro. L'intérêt médical de ces cellules (pour une greffe, par exemple) reste cependant limité par le phénomène du rejet qui exige le recours aux médicaments immunodépresseurs. Toutefois, des cellules souches extraites d'un embryon génétiquement identique au patient permettraient de résoudre ce problème de compatibilité. Ce résultat implique la fusion des deux technologies décrites ci-contre (voir illustration): c'est d'ailleurs l'objectif de l'acquisition en 1999 de l'entreprise écossaise créatrice de Dolly, Roslin Biomed, par la firme américaine Geron, commanditaire de la première expérience réussie de culture de cellules souches.

Du clonage reproductif au clonage thérapeutique

Ces découvertes ont eu pour effet de replacer la question du clonage humain dans une tout autre perspective. Jusqu'à tout récemment, les discussions ne portaient que sur le clonage reproductif (d'un nouveau-né copie conforme d'un autre être humain), largement réprouvé parce qu'associé à des motivations narcissiques ou eugénistes et dénoncé comme une atteinte grave à la dignité humaine et aux droits de l'enfant. Des conventions internationales en matière de biomédecine (UNESCO, Conseil de l'Europe), ratifiées par des dizaines de pays, s'opposent formellement à ce type de clonage et plusieurs États ont des dispositions législatives à cet effet. Les organismes publics subventionnaires de la recherche biomédicale aux États-Unis et au Canada - deux pays où il n'existe pas de législation sur le clonage - refusaient jusqu'à tout récemment de financer, à même les fonds publics, une expérimentation impliquant le clonage d'embryons.

Mais les promesses du clonage thérapeutique, qui permettra éventuellement la production de «pièces de rechange» dérivées d'embryons clonés, ont fissuré le consensus. Des États ont ainsi entrepris une réévaluation de leur réglementation concernant le clonage humain et la création d'embryons humains à des fins de recherche.

La création d'embryons à des fins expérimentales

La création d'embryons aux seules fins de recherche est présentement prohibée partout sauf en Angleterre, en Grèce et en Belgique. La plupart des pays Européens, l'Allemagne en tête, interdisent même l'expérimentation sur des embryons humains ou la limitent de façon très stricte. De son côté, le Canada, bien qu'il ne subventionne que les recherches sur des embryons surnuméraires ou avortés de moins de 14 jours, n'interdit en aucune manière la création d'embryons.

Le jeu des lobbies

Pour faire avancer la cause du clonage thérapeutique, l'industrie biopharmaceutique et les milieux de recherche ont engagé un lobby intense auprès des législateurs et des organismes de réglementation de divers pays en faisant valoir le risque de perte de compétitivité en recherche de pointe. La mise en concurrence de plusieurs pays par les multinationales a fini par ouvrir des brèches significatives. D'abord, aux États-Unis où l'organisme public responsable de la recherche médicale, le National Institute of Health (NIH), permet depuis 1999 le financement public d'expériences sur les cellules souches embryonnaires à la condition que les fonds ne servent pas à la partie de l'expérimentation impliquant la manipulation d'embryons.

Cette nouvelle politique du NIH suscite un vif débat opposant principalement le mouvement pro-vie à des associations de patients. Or, ces dernières, selon la revue américaine The Public i, reçoivent un soutien financier considérable de la part de compagnies biopharmaceutiques. Un des plus importants regroupements de patients, l'Alliance for Aging Research, a déclaré des dons totalisant des centaines de milliers de dollars provenant de corporations telles: Geron, Pfizer, Eli Lilly, Glaxo Wellcome, Hoechst Marion Roussel, etc. L'Alliance, dont le président actuel est l'ancien PDG de Geron, a même mis sur pied une coalition d'associations de malades, (Patients' Coalition for Urgent Research - CURe) en vue, notamment, de faire pression sur les législateurs pour qu'ils autorisent le financement public du clonage d'embryons.

La fin du consensus

En Angleterre, le gouvernement Blair a franchi le Rubicon en décembre dernier en adoptant un projet de loi qui légalise le clonage d'embryons pour la culture de cellules souches. La France envisage s'engager dans la même voie et vient de soumettre à la consultation un avant-projet de loi analogue, à cette différence près qu'il y est question pudiquement de «prélèvement et transfert de cellules» plutôt que de «clonage embryonnaire».

À l'opposé, le Parlement européen a adopté en septembre 2000 une résolution condamnant le clonage humain peu importe ses fins. En novembre, le parlement japonais a voté une loi sévère criminalisant le clonage humain alors que l'Allemagne a réaffirmé son intention de ne pas modifier sa législation actuelle qui l'interdit formellement.

Le Canada, sept ans après avoir investi 28 millions de dollars dans la Commission royale sur les nouvelles technologies de reproduction, après avoir déclaré un «moratoire volontaire» en 1995 et laissé mourir au feuilleton deux projets de loi en 1997 et 1999, n'a encore ni législation ni réglementation. Seules des «lignes directrices» en éthique des trois Conseils canadiens de la recherche déclarent inacceptable le clonage humain. Cette situation pourrait toutefois changer si le projet de loi déposé récemment par le ministre Allan Rock, interdisant toute forme de clonage humain, était mené à terme.

Les réactions qui ont suivi immédiatement l'annonce du projet de loi laissent présager que c'est sur la question du clonage thérapeutique que le consensus recherché par le ministre peut être le plus difficile à atteindre. Des éditorialistes et des chercheurs, plaidant qu'il s'agit d'un frein au développement de nouvelles thérapies, remettent en cause l'interdiction du clonage thérapeutique et de la création d'embryons à des fins de recherche. Les perspectives thérapeutiques des cellules souches embryonnaires justifient-elles la levée d'interdits touchant le traitement de la vie humaine? Et même, appartient-il à l'État d'encadrer la recherche scientifique?

Jean-Noël Ringuet professeur de philosophie. Cexte a été préparé en collaboration avec le Groupe d'éthique appliquée du Collège de Chicoutimi.

 
   
 
 

ACCUEIL |  PLAN DU SITE |  EN HAUT
Agora |  Chroniques |  Politique |  Économie |  Société |  Culture |  Plaisirs | 
Idées |  Canada |  Québec |  Villes
Économie |  Travail |  Finance |  Éducation |  Écologie |  Justice |  Médias |  Science |  Technologie
Arts visuels |  Cinéma |  Danse |  Livres |  Musique classique |  Pop-rock |  Jazz |  Télévision |  Restaurants |  Vins |  Passe-temps |  Voyage
Abonnement |  Publicité |  Offres et avis publics

Copyright ©Le Devoir 2001 - Tous droits réservés