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L'enjeu éthique du clonage

Le développement des connaissances et l'intérêt des malades devraient-ils avoir priorité

Jean-Noël Ringuet

Le mercredi 09 mai 2001

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L'enjeu éthique du clonage thérapeutique peut se résumer ainsi: le développement des connaissances et l'intérêt des malades devraient-ils avoir priorité sur les considérations touchant la dignité humaine? L'industrie biopharmaceutique, les organismes de recherche ainsi que les associations de patients qui attendent des bénéfices de ces recherches répondent par l'affirmative. Les opposants, en Angleterre et aux États-Unis, s'inspirent généralement de l'argumentaire religieux de la droite pro-vie. Cependant, en Europe continentale, l'opposition provient surtout des milieux scientifique et politique (par exemple, en France, Axel Kahn, Claude Sureau, Jacques Testart, Jean-François Mattei, le président Jacques Chirac et la Commission nationale de bioéthique du PCF), dont les objections portent tout particulièrement sur les risques de réification (réduction à une chose) de l'embryon et de marchandisation de la vie humaine. Leur point de vue critique s'inscrit dans une tradition humaniste, laïque et progressiste dont le Canada aurait intérêt à s'inspirer.

Au nom de l'efficacité

À qui devrait revenir le soin de déterminer les balises éthiques des biotechnologies? Au milieu scientifique? Au marché? À l'État? En ce qui concerne la science, il faut bien constater qu'elle n'a plus grand-chose à voir avec la quête désintéressée de savoir; la science fondamentale et la technologie sont si intimement interdépendantes qu'elles constituent une nouvelle entité, la technoscience, où l'aspect technique domine. L'orientation et le financement de la recherche sont de plus en plus déterminés en fonction de ses applications. La technoscience répond à un seul impératif: tout ce qui est possible doit être réalisé. Quant au marché, il ne s'accommode guère de considérations morales car l'économie libérale, par essence, exige que tout ce qui peut avoir une valeur d'échange devienne marchandise. La révolution biologique et médicale est en train de faire de la vie en général, y compris la vie humaine, un nouvel objet transformable et commercialisable, d'où l'intérêt considérable du marché en ce qui a trait aux biotechnologies. Il va donc de soi que les technosciences et le marché, par définition réfractaires à toute limite, s'accommodent mal de l'éthique dont la mission est justement, à partir de valeurs universelles, de proposer des points de repère et des balises à l'action humaine.

La diminution des subventions de l'État aux chercheurs ont eu pour effet de laisser le champ libre au secteur privé dans la définition des finalités de la recherche. C'est ainsi que dans le domaine de la santé, la toute-puissante industrie biopharmaceutique embrigade les meilleurs chercheurs, exerce un lobby efficace auprès des gouvernements et s'assure, à grand renfort d'émouvantes publicités, d'entretenir dans le public une image de bienfaitrice.

Le prestige de certains scientifiques est mis à contribution pour faire valoir les nobles visées (avancement des connaissances, amélioration de la santé humaine, défense de la liberté de recherche, etc.) d'entreprises dont l'objectif premier est la recherche de profits. Des professionnels du droit et de la bioéthique prêtent également leurs services pour avaliser la transgression de principes éthiques considérées jusqu'ici inviolables. Critiquer la technoscience au nom d'une conception de la dignité humaine, de la justice sociale ou de l'environnement relèverait d'utopies ringardes, sinon franchement réactionnaires. On évite la discussion sur les conséquences sociales et morales de la recherche; seule en importe l'efficacité.

Ce sont d'ailleurs des arguments d'utilité et d'efficacité qui ont servi à motiver toutes les dérogations aux normes éthiques dans l'histoire récente du domaine biomédical, qu'il s'agisse de l'inclusion de mineurs et de personnes inaptes à consentir dans l'expérimentation médicale, de l'utilisation d'embryons surnuméraires (souvent euphémiquement nommés «préembryons») à des fins de recherche ou de la tendance à assouplir les critères de la mort clinique en vue du prélèvement d'organes. En soustrayant du statut de vie humaine les premiers et les derniers moments de l'existence, on se donne bonne conscience pour utiliser des humains comme de simples objets. L'efficacité réelle ou prétendue du clonage thérapeutique sera sans doute l'argument clé de la remise en question des valeurs humanistes qui, jusqu'ici, faisaient consensus dans les sociétés démocratiques.

Principales objections au clonage thérapeutique

Rappelons que le clonage thérapeutique implique la création d'embryons non dans un but de procréation mais strictement comme source de matériel thérapeutique. Or le potentiel thérapeutique des cellules souches embryonnaires est-il si imminent qu'il faille recourir dès maintenant au clonage? Compte tenu des inconvénients et risques éthiques et sociaux de l'autorisation de cette pratique, l'argument d'efficacité mérite-t-il de prévaloir? Les considérations suivantes devraient inciter à moins de précipitation.

Jusqu'ici, les expérimentations se sont concentrées sur les cellules souches embryonnaires parce que celles-ci se reproduisent mieux que les cellules souches adultes. Or des expérimentations récentes annoncent des résultats aussi satisfaisants avec les cellules souches adultes qu'avec celles dérivées d'embryons.

Le taux de réussite chez les mammifères est encore très faible: pour un clonage réussi, il faut recourir à des dizaines d'ovocytes (ovules). La technique du transfert de noyau de cellules adultes n'a pas encore permis le clonage de primates, génétiquement proches de l'homme. Il est donc prévisible, compte tenu du peu d'efficacité des techniques actuelles, que les expériences de clonage humain exigeront des quantités considérables d'ovules pour lesquelles les dons ne pourront suffire. Le recours à des incitatifs économiques ne peut que favoriser davantage l'instrumentalisation et la commercialisation du corps féminin. Déjà, le commerce d'ovules est florissant aux États-Unis où, par exemple, des étudiantes peu fortunées paient leurs études en vendant leurs ovules à des entreprises de recherche et à des cliniques de fertilisation.

Il y a encore loin de la cellule souche à la production d'organes. Les mécanismes permettant d'amorcer et d'orienter le processus de différentiation cellulaire sont encore peu connus, et l'expérimentation animale à cet effet est très peu avancée. Les chercheurs reconnaissent qu'il faudra plusieurs années de recherche avant que l'on puisse produire en laboratoire un os, un coeur ou un muscle. Les applications thérapeutiques sont donc plutôt lointaines et l'urgence d'un recours au clonage d'embryons est d'autant plus discutable que d'autres méthodes s'avèrent prometteuses.

La première étape du processus de clonage thérapeutique est identique à celle du clonage reproductif, à cette différence près qu'elle entraîne la destruction de l'embryon après quelques jours alors que, dans le cas du clonage reproductif, l'embryon est implanté dans un utérus pour poursuivre son développement. L'autorisation du clonage thérapeutique pourrait préparer le terrain au clonage reproductif: des scientifiques font d'ailleurs déjà valoir que le clonage reproductif permettrait à des couples infertiles d'avoir des enfants ou encore préviendrait le développement de certaines maladies génétiques rares chez l'embryon. L'argument du «droit à la reproduction» de personnes infertiles ou génétiquement à risque pourrait servir de prétexte à la légitimation des premiers clonages reproductifs.

La technoscience et l'économie sont des outils de l'homme et doivent rester à son service. On ne peut que s'inquiéter de la tendance actuelle qui vise à faire de l'homme un moyen au service de ses propres créations. Ces nouveaux pouvoirs d'agir sur notre propre nature doivent être exercés avec la plus grande prudence; de plus, dans l'incertitude quant aux risques, le principe de précaution devrait prévaloir. Ainsi, l'impact du clonage thérapeutique doit être évalué en tenant compte non seulement de son efficacité mais aussi et surtout de ses conséquences sur le respect particulier reconnu à la vie humaine en démocratie.

Se réjouir ou s'inquiéter?

Le Canada est considéré comme un paradis pour l'industrie des biotechnologies car c'est l'un des seuls pays occidentaux à n'avoir aucune réglementation. Cette inertie semble d'ailleurs générale: un rapport de la Société royale du Canada sur les organismes génétiquement modifiés (OGM) dénonçait récemment l'incurie des organismes de réglementation canadiens touchant la protection de la santé humaine. Ce laisser-faire prolongé démontre l'efficacité des lobbys privés et publics opposés à tout encadrement législatif. Par exemple, le Dr Alan Bernstein, président des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), déclarait en décembre dernier au Devoir que des «lignes directrices», plus souples qu'une législation, seraient préférables pour l'encadrement de la recherche.

Le ministre Rock, après des années d'atermoiements, annonce que le développement des biotechnologies devra se soumettre à des impératifs supérieurs d'ordre moral et éthique coulés dans la loi. Fort bien. Toutefois, certaines explications des documents d'accompagnement du projet de loi - le clonage thérapeutique ne serait interdit que «pour le moment» - et, surtout, la durée démesurée de consultation (au moins un an) font douter du tonus des intentions du ministre.

Il faut s'attendre à ce que des pressions considérables soient exercées par des organismes bien pourvus en budgets de représentation afin de soustraire le clonage thérapeutique du chapitre des «actes prohibés» par la loi. Le gouvernement libéral ne s'est pas particulièrement signalé jusqu'ici par son engouement pour l'éthique; M. Rock aura sans doute besoin de nombreux appuis publics pour maintenir ce volet de son projet de loi, même auprès de son caucus.

La définition de balises sur des questions aussi fondamentales que le traitement de la vie humaine n'est pas seulement un enjeude science ou de marché mais d'humanité. La discussion des implications éthiques et sociales du clonage thérapeutique est éminemment politique car elle soulève des questions fondamentales touchant la conception même de l'être humain. Il appartient donc aux élus, responsables du bien commun, de ne pas se défiler encore une fois et de défendre avec vigueur les principes de protection et de promotion de «la dignité et des droits des êtres humains» dont se réclame la législation proposée.

Jean-Noël Ringuet est professeur de philosophie. Son texte a été préparé en collaboration avec le groupe d'éthique appliquée du Collège de Chicoutimi.

 
   
 
 

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