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CART@GÈNE
ET L’INTÉRÊT PUBLIC Jean-Noël
Ringuet, Groupe
d’éthique appliquée du Collège de Chicoutimi Dans
leur réplique à mon texte du 4 décembre sur la recherche en génétique,
un groupe de personnes associées au Centre de recherche en droit public
de l’Université de Montréal (CRDP) et à Cart@gène m’accuse
d’inventions et d’interpolations. Rétablissons les faits. Premièrement,
les signataires prétendent me corriger : « Cart@gène n’est
pas encore subventionné. Il a reçu l’aval de Génome Québec, etc. ».
Qu’on me relise : « Cart@gène, lancé en juin
dernier, vient de RECEVOIR L’AVAL de Génome Québec pour une subvention
de 35 millions ». Un aval, c’est une caution, un soutien pour
quelque chose et non la chose elle-même. Qui interpole ici ? Deuxièmement,
les signataires soutiennent que les chercheurs de Cart@gène n’accèderont
pas aux « informations personnelles » des dossiers de la RAMQ, mais
en obtiendront « une liste d’adresses postales d’individus » âgés
entre 25 et 74 ans répartis dans tout le Québec.
Ne jouons pas sur les mots. Un nom couplé à une adresse, à un
code postal et à un groupe d’âge constitue un bloc de renseignements
sur la personne. La Loi sur
l’assurance-maladie établit clairement que ce type de renseignements
recueillis par la RAMQ dans le cadre de prestations de services est
confidentiel. N’est-ce pas d’ailleurs en raison de leur caractère
confidentiel reconnu par la loi que, pour obtenir ces « listes
d’adresses postales », Cart@gène s’apprête à solliciter
l’autorisation de la Commission d’accès à l’information ? Revenons
plutôt à l’essentiel de mon texte du 4 décembre, soit le problème de
l’imputabilité. J’y questionne le fait que la définition des
orientations de la recherche en génomique et en génétique soit laissée
à des organismes tels Génome Canada, Génome Québec et bientôt, peut-être,
Cart@gène
dont aucun n’est imputable publiquement. Pourtant, lors de son lancement
en juin dernier, le directeur scientifique de Cart@gène, le Dr Claude Laberge, déclarait
qu’il s’agissait d’un « projet de société ». L’expression est
très juste : c’est en effet une recherche biomédicale d’une
ampleur sans précédent au Québec, impliquant des dizaines de milliers
de citoyens, financée par des fonds publics et dont le potentiel pour
l’avancement des connaissances et l’amélioration de la santé est
immense. C’est en raison de son impact éminemment sociétal que
l’encadrement de cette recherche concerne au premier chef les citoyens
et leurs représentants élus. Quoi
de plus normal qu’un « projet de société » soit
soumis à des mécanismes démocratiques de discussion et de contrôle ? Or, c’est
ce à quoi les signataires tentent de soustraire le projet en promettant
que Cart@gène lui-même « mettra en place
une série de mesures complètes pour garantir au public et à tous les
groupes intéressés la meilleure protection possible »et assurera
une information transparente en mettant sur pied des « consultations
publiques » et un « forum de citoyens ». De surcroît,
ils annoncent en primeur la formation d’un « institut public indépendant »,
l’Institut de Populations et Génétique (IPEG), dont l’ambitieuse
mission sera d’encadrer Cart@gène,
de protéger le public et d’assurer un partage des avantages profitable
à la population du Québec.
N’est-ce pas là un État dans l’État ? Enfin,
quant aux normes éthiques auxquelles sera assujetti
Cart@gène, la réplique renvoie à
un Énoncé de principes en recherche génomique dont la
majorité des signataires sont, soit dit en passant, les auteurs. Notons
que ces lignes directrices, élaborées sans consultation publique, sont
loin de faire l’unanimité dans les milieux intéressés à l’éthique
de la recherche. Prenons, à titre d’exemple, ce principe que « le
chercheur principal peut avoir à divulguer de l’information génétique
aux membres de la famille biologique du participant malgré le refus de ce
dernier » (p. 10) : pareille dérogation à la confidentialité,
en dehors d’une relation patient-médecin,
suscite de sérieuses critiques, y compris dans le récent avis sur
la génétique du Conseil de la santé et du bien-être du Québec. Appartient-il
à des scientifiques et chercheurs universitaires, si compétents et intègres
soient-ils, de s’approprier
de responsabilités relevant
de l’État et de ses institutions démocratiques ? Ce serait
confisquer aux citoyens un droit de regard sur le bien commun, plus
indispensable que jamais au moment où les orientations de la recherche
biomédicale, même à l’université, sont de plus en plus déterminées
par l’entreprise. Pour éviter
les dérapages et profiter pleinement de l’évolution rapide des
connaissances, il me semble plus
raisonnable et prudent de rappeler au gouvernement ses responsabilités
pour que l’encadrement de la recherche biomédicale, la protection
du public ainsi que la définition des normes éthiques de la recherche
relèvent d’instances représentatives et imputables aux citoyens. |