Étape 11ESPAÑOLVendredi 28 (Frómista - Sahagún) Je vois qu'il y a un refuge à Población de Campos, environ 3 km passé Frómista. Si j'avais mieux lu mon guide, j'aurais laissé l'auberge de Frómista derrière. Le choix est souvent difficile : si on s'arrête dans un hameau, l'hospitalier sera sûrement plus sympathique et l'auberge aura une âme; mais si on s'arrête dans une ville, on a des heures pour visiter les édifices à son aise, sans courir Je m'arrête à Villalcázar de Sirga (sirga = sentier), je prends un café au bar devant l'église où je suis seule avec le patron. J'ai bien fait d'attendre 45 minutes jusqu'à l'ouverture de l'église, car ça me donne l'occasion de discuter avec lui pendant qu'il pèle les pommes de terre pour la tortilla. Il connaît bien l'église et son histoire et il me parle du tremblement de terre de Lisbonne (1755) comme si ça c'était passé hier. A partir de là , je ne me suis pas arrêtée jusqu'à Sahagún. Il faut se résigner : on ne peut pas tout voir. Si j'avais écouté Gitlitz et Davidson, je me serais arrêtée dans 12 villages sur 60 km! Un marathon. Car il faut aussi rouler, manger (j'oublie souvent ce détail, et mon pantalon me tombe sur les hanches), trouver de l'eau et des provisions, etc. Et aussi absorber toutes les nouveautés. Mon séjour à Sahagún est à l'opposé
de celui de Frómista. Le refuge est situé dans un immense
bâtiment qui tient pour moitié de l'église et pour
moitié de la grange, avec un toit très haut. Grand bonheur,
je retrouve mes amis basques, Juan et Javier, rencontrés à
Artieda.
Javier, Johanne et Juan
Ils s'étaient joints à d'autres pèlerins et nous
avons visité la ville ensemble. Sahagún est un haut lieu
du style roman-mudéjar du 12e et du 13e s. (art mudéjar
= art chrétien influencé par l'art musulman dans l'Espagne
reconquise, 12e-16e s.; art mozarabe = art chrétien influencé
par l'art musulman pendant l'occupation arabe, 11e-12e s.). Gitlitz et
Davidson en expliquent les caractéristiques: trois nefs sans transept
et trois absides semi-circulaires; construction de brique. Les toits reposent
sur des poutres de bois plutôt que sur des voûtes en pierre;
les murs sont plus minces parce que la brique est plus légère
que la pierre et que les murs n'ont pas à supporter d'énormes
voûtes en pierre; gros clochers, souvent avec dessins géométriques
et arcs; utilisation minimale de la sculpture décorative sur les
tympans, chapiteaux et frises; accent sur les lignes horizontales plutôt
que verticales; utilisation d'éléments décoratifs
islamiques, comme les arcs en fer à cheval polylobés. Nous allons souper à huit : Juan et Javier (San Sebastián), Fernando (Irún), Damián (Madrid), Manolo (Alicante), Rubén (îles Canaries), Daniele (Turin), moi, la montréalaise, âgés de 25 à 60 ans. On a discuté de tout et ri à en pleurer. (Un excellent repas de 3 services avec du bon vin nous coûte 11 $CAN chacun, tout inclus). |