Sur toutes les fermes, un chien fait partie de la famille: Maman aime la présence sécurisante de notre St-Bernard. Étant seule avec ses enfants et craintive de nature, la taille imposante et l'aboiement typique à cette race en fait le gardien idéal pour elle. Mes grands frères s'amusent bien avec lui, moi je me sens très petite à ses côtés.

Je ne sais pas à quel moment un autre chien arrive chez-nous. C'est un mi-colley noir et blanc. Je me souviens qu'un jour, je lui porte de la nourriture, je m'assois près de lui, et je me raconte. Il me regarde intensément et m'écoute . Il commence à me suivre partout. Je ne songe pas à me donner le titre de maître, ni d'essayer de le "dompter". Il est devenu mon ami, mon confident !

Il attend que je lui donne la permission avant de suivre mes frères aux champs. Après tout, je peux prévoir une sortie spéciale avec lui ! Il ne se contente pas de me suivre, il participe à toutes mes activités. Lorsque je vais à la cueillette des fraises des champs, il s'assît près de moi, précautionneusement et lorsque je termine ma talle, je lui dis : "Jacky, va m'en chercher une autre. Il parcourt le champ, attentif à me trouver de belles fraises. Une autre fois, alors que je ramasse des framboises dans une digue, il m'avertit à temps qu'il y a un nid de guêpes derrière moi. Je me sens en toute quiétude lorsque je vais à la Montagne des Ours avec lui. Nous voyons fréquemment des traces d'ours, mais lorsqu'il sent qu'ils sont trop près, il me bloque le passage pour que je rebrousse chemin.

Nous avons à proximité de chez-nous, un pont couvert. C'est un de mes lieux de rêverie ! Je m'y réfugie les jours où j'ai un gros chagrin. Des larmes coulent sur mon visage, Jacky les lèche et gémit. Cela me touche de sentir son empathie alors je lui dit: "Jacky, nous n'avons pas le droit d'être triste quand il fait si beau". Je repars en gambadant. Jacky me jette des coups œil fréquemment pour s'assurer que je vais mieux.

Je lui présente mes arbres préférés et lui explique ce que je vois dans mon ciel. Nous nous arrêtons souvent dans nos balades en forêt: "Jack, écoute les oiseaux" ! Assis, le nez dans les airs, il essaie de les repérer et me fait un signe pour m'indiquer qu'il les aperçoit.

La diversité de nos promenades, selon les saisons, nous en apprend toujours davantage l'un de l'autre. Que ce soit avec la corvée du bois à rentrer à l'automne, les glissades en luge que nous descendons ensemble, chaque pas que nous accomplissons dans notre vie, renforce notre complicité.

J'ai quinze ans lorsqu'une tante m'invite chez elle pour que je puisse poursuivre mes études. À plus de cinq cent milles de chez-moi ! Je ne peux pas emmener Jacky . Je suis très enthousiaste devant la perspective d'une vie plus trépidante que celle de la ferme. Mais comment quitter mon ami ! Le cœur déchiré, je lui fais mes adieux. Il comprend ! Il se couche par terre et gémit ! Il court derrière l'auto qui m'éloigne de lui, jusqu'à ce qu' elle ne devienne qu'une traînée de poussière.

Il ne survécu pas à mon absence. Vivre dans des conditions qui le ramène au titre d'un simple animal ne lui suffisait plus. C'est ainsi que j'interprète son départ.

Dans mon cœur subsiste un malaise fait de peine et de remords que le temps n'atténue pas. Je fais la paix avec moi-même seulement le jour où je retourne sur les lieux de mon enfance. Je m'assois à notre place habituelle sur le pont . Je cri ma peine et le regret de l'avoir abandonné ! Je m'imprègne de tout l'amour que je lui porte en espérant qu'il le reçoit, d'où qu'il soit ! Je le remercie pour le coin du ciel bleu qu'il m'a apporté durant mon enfance. Je sens la caresse du vent m'apporter sa réponse .

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