Dans le vaste château aux sinistres couloirs

Circule un air vicié quand passent les fantômes

Fuyant de leur suaire-un mystérieux arôme

Vient fouiller hardiment le tréfonds des mémoires.

 

Et les marches grincantes et les parquets geignards

Font une symphonie qui fait trembler les heaumes

Au fond des galeries-et courir tous les gnomes

Montés des souterrains pour jouer au billard.

Dans la bibliothèque aux multiples volumes

Dès qu'on en saisit un - qu'on l'ouvre et qu'on le hume

Le parfum du passé resurgit et s'allume.

 

Dans la salle de bal-aux mil et un costumes

Se danse un menuet à la grâce posthume.

Des perruques poudrées - un lourd parfum s'exhume.

Au salon où marquis et marquises papotent

Dans un coin l'on s'amuse et dans l'autre on complote

Le parfum de l'intrigue aux pointes parpaillotes.

 

Aux cuisines ma foi, le parfum est le roi

Et tous les marmitons s'affairent sur les plats

Cependant les foyers depuis longtemps sont froids!

 

Et le parfum glacé de ces années défuntes

Laisse partout ancrée son implacable étreinte.

Le château endormi fredonne une complainte.

 

Il est des nuits d'orage où des éclairs de feu

Teintent couleur de sang le dédale des lieux

Et de longs hurlements s'élèvent vers les cieux.

 

Dans le parc solitaire on voit des linges blancs

Courir éperdument vers l'éternel néant.

Le parfum des enfers les embaume ardemment !

 

Denis Germain

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