

Dans le vaste château aux sinistres couloirs
Circule un air vicié quand passent les fantômes
Fuyant de leur suaire-un mystérieux arôme
Vient fouiller hardiment le tréfonds des mémoires.
Et les marches grincantes et les parquets geignards
Font une symphonie qui fait trembler les heaumes
Au fond des galeries-et courir tous les gnomes
Montés des souterrains pour jouer au billard.

Dans la bibliothèque aux multiples volumes
Dès qu'on en saisit un - qu'on l'ouvre et qu'on le hume
Le parfum du passé resurgit et s'allume.
Dans la salle de bal-aux mil et un costumes
Se danse un menuet à la grâce posthume.
Des perruques poudrées - un lourd parfum s'exhume.

Au salon où marquis et marquises papotent
Dans un coin l'on s'amuse et dans l'autre on complote
Le parfum de l'intrigue aux pointes parpaillotes.
Aux cuisines ma foi, le parfum est le roi
Et tous les marmitons s'affairent sur les plats
Cependant les foyers depuis longtemps sont froids!
Et le parfum glacé de ces années défuntes
Laisse partout ancrée son implacable étreinte.
Le château endormi fredonne une complainte.
Il est des nuits d'orage où des éclairs de feu
Teintent couleur de sang le dédale des lieux
Et de longs hurlements s'élèvent vers les cieux.

Dans le parc solitaire on voit des linges blancs
Courir éperdument vers l'éternel néant.
Le parfum des enfers les embaume ardemment !
©Créations Jsovie 2002