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Lorsque j'étais une petite fille, je savais que l'été se cache sous la robe fleurie du printemps comme une abeille piquante au cœur du chaud calice ; je savais pourquoi je dessinais des insectes pareils à des fleurs et des fruits pareils à des astres : je connaissais la nuance de l'eau à l'aube et l'ombre de l'arbre où passait la ronde bleue des fées ; je savais pourquoi les lilas fleurissent en mai aux pieds de la Vierge : je devinais tous les regards de la Création.
Lorsque j'étais une petite fille, je m'étonnais qu'on appelât saleté le pollen doré dont je fardais la rose de mes joues ; j'ignorais pourquoi seule ma poupée partageait mon émerveillement devant cette framboise assez grosse pour coiffer mon pouce ; je ne comprenais pas pourquoi le pont de l'irréel s'effondrait sous les pas des grandes personnes ; j'ignorais pourquoi l'enfance reste un royaume de solitude et de joie, j'ignorais jusqu'où la pureté rapproche de la Vérité… Rina Lasnier
Créations Jovie , 11 septembre 2001 |