
Miro
le petit chat est parti un matin
Fier - il a traversé les rues de son village
Et puis s'en est allé découvrir les rivages
Lointains - s'étendant au-delà de son jardin.
Il n'avançait pas vite et s'arrêtait
souvent -
Ravi de découvrir autant de paysages
Changeants : la plaine - les vallons - autant d'images -
En son esprit - enfermées pour longtemps.
Pour se nourrir - notre félin
devint chasseur -
Plus d'assiette assurée aux heures régulières
Il retrouva l'instinct d'ancêtres séculaires -
Prédateur avisé faisant régner la peur.

Dans les fermes - parfois - il trouvait
nourriture
Ainsi qu'un bol de lait qui faisait son bonheur.
Il gîtait dans le coin d'une grange ou ailleurs
Jouissant au maximum de la mère nature.
Et passèrent les jours et
les mois et Miro
Grandissait - devenait un chat de belle allure -
Et quand il gambadait en gonflant sa stature
Plus d'une chatte se disait : " Ciel ! qu'il est beau ! "
C'est vrai que ce matou - moitié
noir - moitié blanc -
Sa moustache en bataille et ses illades vertes
Où s'étaient imprimées toutes ses découvertes
-
Intriguaient fort les mignonnettes en le voyant.

Un beau jour notre chat arriva à
Bordeaux
Et un soir qu'il errait sur les pavés du port
Un marin l'adopta et l'emmena à bord
De son bateau qui s'en allait à Bornéo.
Quelle émotion pour lui que
cet embarquement
Quelle joie de courir tout au long des coursives
Découvrir l'océan de prunelles pensives
Et rêver sur le pont le soir en s'endormant.
Son ami le marin le traitait gentiment
Et même - l'équipage en faisait sa mascotte -
Vraiment notre héros avait la forte cote -
Auprès de tous et y compris le Commandant !

Son
gros travail à bord fut la chasse aux souris
Qui n'eurent désormais plus un jour sans alerte -
Notre héros courait - impitoyable - alerte -
Les chassant de la cale et de tous leurs abris.
Le navire aborda enfin dans un pays.
Miro put trottiner dans d'infinies ruelles
Sur les talons de son ami ombre fidèle
S'attachait au marin en bordée jour et nuit.
Puis le bateau repris sa maritime
errance
Et les journées passaient au grand air de la mer -
Lorsqu'un jour la vigie cria à nouveau : " Terre ! "
En voyant enfin le Cap de Bonne-Espérance.
Ceci était du temps de la
marine à voiles
Où l'on mettait des mois à naviguer sans fin
En rêvant de trouver quelque pays lointain
Que la carte ignorait- levant ainsi le voile
Qui recouvrait encor ces inconnus
rivages
Au bout du monde où il n'y a plus rien -
Plus rien que l'horizon - aujourd'hui et demain
D'une terre et d'un ciel n'ayant jamais eu d'âge.
Miro et son copain - après
un tour du monde
Et en huit mois de temps - retrouvèrent Bordeaux.
Le chat voulu revoir le ciel de son hameau :
Maintenant il savait que la terre était ronde.
Et il reprit ainsi sa marche vagabonde
-
Partout où il passait on le reconnaissait
On l'accueillait - on le fêtait - lui - racontait
Son odyssée géante aux îles de la Sonde.
Sur les chemins du Nord - tout près
de Valenciennes -
Baguenaudant un soir dans un riche quartier
Il avait aperçu - joliment pomponnée
Une superbe chatte ayant un port de Reine.

Un collier de satin lui enserrait le cou
Où tintinnabulaient de petites clochettes.
En croisant le matou elle fit sa coquette
Et Miro sur le champ tomba amoureux fou.
Tous les jours il revint roder sous
les platanes
De la place où logeait l'objet de sa passion -
Et ses yeux verts levés vers un certain balcon
Il attendait l'instant où viendrait la Persane.
Nuit et jour roucoulèrent
nos deux tourtereaux -
Miaulant leurs amours aux quatre coins d'un square
Voisin de la maison où logeait Malasare
La douce dulcinée de notre ami Miro.
Quelques semaines s'écoulèrent.
Nos amoureux
Ne pouvaient se résoudre à se quitter. Alors
Puisque les unissait un amour aussi fort
Prirent la décision de partir tous les deux
Au pays de Miro qu'il voulait tant
revoir.
Ils y furent un soir - en plein cur de l'été -
Les amis étaient là - n'avaient point oublié
Et Miro très présent dans toutes les mémoires.
Un chenapan parti - revenait un gaillard
Que le voyage au bout du monde avait changé.
Il parlait gravement des mondes rencontrés
Où les humains se démenaient dans leurs brouillards
Leurs guerres - leurs égoïsmes
- leurs désespoirs
La bourse qui montait et d'un coup s'écroulait
La femme qui partait - les enfants qui pleuraient
Sur le quai des adieux - agitant leurs mouchoirs.
Il avait vu tout ça Miro le
voyageur
Et il se jurait bien d'en tirer la leçon -
D'éduquer sagement tous les petits chatons
Que Malasare et lui élèveraient en chur.
Ils avaient retrouvé une bonne
maison
Des gens qui adoraient avoir beaucoup de chats.
Quand ils allaient au bourg y faire des achats
La colonie suivait - forte d'un bataillon !
Et un jour Malasare annonça
à Miro
Qu'ils ne seraient - bientôt - plus seuls en ce bas monde
Que des petits chattons faisaient sa panse ronde
Et qu'il fallait songer à leurs futurs berceaux.
Notre chat exulta - énormément
réjoui
Et serra sur son cur la future maman.
Ah ! qu'ils étaient heureux - quel sublime moment -
Ils allèrent tous deux informer leurs amis.
Alors ce fut la fête en toute
la maison
Les maîtres régalaient la bande des greffiers -
Tout le monde cherchait des noms de nouveaux nés
Et la gaieté régnait partout à l'unisson.

Quand le moment venu - Malasare accoucha
-
La tribu augmenta de cinq petits minets.
Une autre fête eut lieu - dans un estaminet
Dont la spécialité était " Banquets pour Chats !
"
Et les ans s'écoulaient en
bonheur familial -
Plus aucune souris ne hantait la commune
Car " Les Chats Réunis " - chaque soir - à la brune
-
Inspectaient tous les coins et dans toutes les salles.
Les habitants heureux les gâtaient
constamment -
Les chattes et les chats aiment les " chatteries "
C'est bien connu. Grands bols de lait et poissons frits
Venaient récompenser ces chasseurs méritants.
Cependant il advint qu'un de ces
fédérés
Tomba amoureux fou d'une belle souris.
Il voulu protéger son amour - Il trahit
La cause et fut donc sur le champ emprisonné.
Le Président des chats le
gracia cependant.
Miro et Malasare élevaient leur marmaille -
Famille bien tranquille et sans chamaille
Espérons que pour eux cela dure longtemps.
Quant au village - peut-être
qu'un jour - qui sait ?
Passant par là vous y verrez tous ces gens là.
Le nom ? eh bien ! mais oui : c'est " Le Village aux Chats "
Vous ne connaissiez pas ? voilà donc qu'y est fait !

Denis
Germain
Janvier 2002
©Conception Jovie 2002