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C'était durant une nuit du mois de mars, alors qu'une violente tempête de neige faisait rage, que la petite neuvième de la famille choisit de naître. Mon père avait attelé les chevaux et avec peine, était allé chercher sa mère qui habitait à un demi-kilomètre de chez-nous. À cette époque, surtout dans les campagnes, les femmes accouchaient chez elle avec l'aide d'une voisine qui assurait le rôle de sage-femme. Ma mère m'a souvent raconté la réaction de ma grand-mère lorsqu'elle m'a vu " Celle-là n'est pas comme les autres " Elle a été la
première mais non pas la seule à faire cette déclaration. Je n'ai pas jamais compris pourquoi exactement, je paraissais différente aux regards extérieurs. Était- ce à cause de mes yeux un peu trop vifs, de ma bravade, ou simplement ma curiosité insatiable ? Un mouton noir
est une '' plaie'' dans une famille parce qu'il n'entre pas dans le moule.
Il ne se conforme pas aux normes établies. En fait, il remet en question
toutes les valeurs que l'on veut lui inculquer. J'avais souvent l'impression que je ne faisais jamais la bonne chose, de la bonne façon et au bon rythme. C'était un motif pour m'isoler. En vérité, je préférais mes livres et le calme de la nature. Lorsqu'il faisait un gros orage, maman réunissait toute la famille dans la cuisine pour dire un chapelet, afin que Dieu protège la maison de tout danger. Je me faufilais dans ma chambre, au deuxième étage pour admirer les éléments qui se déchaînaient. Je trouvais cela magnifique ! Tout l'été, je me faisais réveiller par le chant des oiseaux qui nichaient au creux du toit, tout près de ma fenêtre. Le soir, avant de dormir, je pensais à ce que je voulais demander au petit Jésus et le matin, je me confiais à ces beaux rossignols qui, je le croyais vraiment, faisaient bien la " commission ". C'est ainsi que j'ai commencé à inventer mes propres mots pour prier. À l'âge de quatorze ans, j'avais confié à ma grande sœur combien j'avais hâte de m'en aller de ma campagne, qui malgré ses attraits, était bien trop ennuyeuse pour moi. Elle me conseillait de bien rester tranquille, car à l'extérieur, c'était très difficile et que j'apprendrais bien assez tôt à affronter les tumultes de la vie. Je me souviens avec quelle intensité, je lui avais répondu : " Mais je veux vivre ! Je veux sentir la vie en moi avec tout ce que cela contient de tristesse et de joie " Je ne me trouvais pas d'appartenance dans ce monde. Je me demandais pourquoi j'étais là, sur cette terre ! Mon esprit voguait continuellement, je rêvais de voyages autour du monde, découvrir un pays où… j'y étais ! Heureusement, j'étais secrète, donc ma famille ne connaissait pas tout ce qui m'habitait. Je détestais les chuchotements et je ne comprenais pas pourquoi il y avait tant de mots tabous. C'est donc aussi de par mon audace et avec mon franc-parler qui pouvait être choquant, surtout à cette époque où il y avait si peu de liberté, qui faisait de moi un ''mouton noir ". Maman me laissa toute liberté très jeune ! Elle avait peut-être bien un regard pour surveiller mes agissements mais elle était dépassée par l'incapacité de comprendre qui était " sa fille " et par sa détermination à ne pas vivre sur les chemins tracés. Ce que j'ai cru, à un moment être de l'indifférence était de la confiance ! Elle croyait en mon bon jugement et surtout, ma force lui apportait une certaine quiétude. Elle ne s'étonna donc pas que je fus la seule qui, dès que j'atteignis mes dix-huit ans, quitta définitivement la maison pour travailler au loin. Je n'avais pas peur de me tromper de route, même si je rencontrais ronces et épines, il y avait toujours une rose à découvrir pour animer mes pas ! Un mouton noir n'a pas de crainte devant la vie, il a seulement peur de ne plus avoir de combat à mener ! Il n'est pas une victime ou une pestiférée, c'est simplement une personne qu'on ne comprend pas … et qui essaie de comprendre le monde dans lequel il vit, avec ses propres yeux. Jovie 2001
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