
Les ouragans qui vont si fort, si loin, si vite,
Qu'ils emmêlent soudain le jour avec la nuit,
Brouillant la vérité, le mensonge et le mythe,
L'ombre avec la clarté, la paix avec le bruit;
Les ouragans qui vont en navrant les espaces,
Et retournent au seuil clair de l'éternité,
J'ai connu l'âpreté de leurs libres audaces,
J'ai aimé leur vertige et leur intensité.
Ils m'ont tous possédée, ils m'ont faite plus sage,
Et c'est d'eux que j'ai pris l'incorruptible orgueil,
L'orgueil d'avoir eu, plus qu'une autre, du courage.
Lorsque, cherchant l'amour, je n'ai trouvé que deuils.
C'est pour eux que je garde en ma vie incolore
Le vouloir obstiné; pour eux que je voudrais
Être trois fois humaine, assez pour l'être encore,
Quand même, un jour, l'humanité me renierait.
Jovette Bernier
(Les masques déchirés (1932)
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