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Je
redeviens enfant, je joue à la marelle
Entre ciel et terre.
Mon cœur est sans péché, je puis toucher mes ailes,
Je n'ai jamais souffert.
Je
viens du Paradis, il reste encor des plumes
Au milieu de mon dos.
Les étoiles, pour moi, chaque nuit se rallument,
Je leur parle, sans mots.
Mon
ange prie, assis sur le bord de ma couche.
Il me suit en chemin
Et chasse le démon comme on chasse les mouches,
D'un geste de la main.
J'ai
peur du méchant loup qui m'a mordu l'oreille
Quand je n'y pensais pas
De sa lucarne Dieu peut-être me surveille
Qui sait où vont mes pas.
Pour
moi, je ne vois pas, à l'heure des semailles,
Comment se fera l'août
Et fais comme je peux, jetant vaille que vaille,
Les grains et les cailloux.
Ma
tête dans le vent, mes pieds dans leurs chaussures
Mon âme dans son corps,
J'ignore où, je m'en vais, la route n'est pas sûre,
Au bout m'attend la mort.
J'arrête
au bord d'un trou, je sens qu'on m'y balance
Comme un peu de fumier
Je ne crains pas le juge,il met sur la balance
Le poids de la pitié.
Mon
Dieu, je n'ai rien fait pour vous déplaire,
Encor moins qui vous plût
Que pourriez-vous offrir pour dîme et pour salaire
A qui ne vaut pas plus?
Mais
regardez mon dos qui porte encor trois plumes
Et prenez dans mon œil
Un peu de cette mer dont j'ai terni l'écume
En frappant les écueils
Je
le sais bien Seigneur, mes bras ne vous apportent
Que la moitié de rien
Dans votre paradis mettez-moi sur la porte,
J'y servirai de chien
Puisque
vous connaissez qui doit cette caniche
Et comment, et pourquoi,
Je veux me contenter aussi bien de la niche
Que du trône du roi,
Pourvu
qu'en me voyant vous ne tourniez la tête
Avec l'air dédaigneux
Lorsque vous passerez et que je ferai fête
En sautant de mon mieux.
Liliane Wouters
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